mardi 31 janvier 2006

No smoking - J4

Abattu ma trentaine de feuillets quotidiens à la vitesse grand V.
Respiré sereinement la bougie parfumée du jour ("Sugared Plums").
Mâché un unique chewing-gum; même pas bu de thé au bureau.
Pas grignoté entre les repas (si le goûter compte comme tel) ni mangé plus pendant.
Pas rongé mes ongles ni boulotté une demi-douzaine de capuchons de Bic.
Eté d'une gentillesse quasi-bouleversante avec les gens qui m'ont adressé la parole (l'Homme qui rentre encore méga tard ce soir, la vendeuse de chez Yves Rocher qui m'a annoncé qu'elle n'avait pas de rendez-vous disponible en épilation le seul jour où j'étais libre, et la boulangère qui m'a vendu le goûter susmentionné).

Je suis : zen.

lundi 30 janvier 2006

No smoking - J3

Je savais bien que la grande épreuve, ce serait le premier jour de boulot sans tabac.
Douze ans que j'ai des sueurs froides à l'idée de me retrouver en panne de Peter vertes alors que j'ai de la copie à pondre. Douze ans que je n'ai pas traduit une seule page sans une clope au bec ou à portée de main. Les cigarettes du dehors, celles que je m'accorde après un repas un peu arrosé ou parce que je suis avec des amis fumeurs, je les apprécie beaucoup mais je n'en ai pas vraiment besoin. Par contre, je me suis toujours sentie incapable de produire du texte sans une bonne dose de nicotine pour booster mes fonctions intellectuelles quand je démarre péniblement ma journée à l'aube glaciale (vers onze heures ou midi).
Et en plus j'avais pas acheté de patchs.
Bilan de ce lundi: une trentaine de feuillets traduits (ma moyenne habituelle), une bougie "senteurs marines" brûlée pour me donner quelque chose d'agréable à respirer, un chewing-gum sans sucre mâchouillé fébrilement, un repas de midi normal, une chope de thé aux fruits rouges dans l'après-midi, zéro patch, zéro clope.
Et j'ai même pas trouvé ça particulièrement dur.
Il ne me reste plus qu'à recommencer demain, et après-demain, et tous les autres jours de mon existence. En me disant (très important) que je ne viens pas de me priver d'un petit plaisir, mais de m'en offrir un autre: celui de vivre dans une atmosphère non polluée et de ne pas avoir à redouter un cancer des poumons.

vendredi 27 janvier 2006

Smoking, no smoking

L'autre jour, j'ai réalisé que j'avais passé exactement la moitié de ma vie à fumer - pas en continu hein... mais j'ai commencé l'été de mes 17 ans et je m'achemine doucement vers les 35.
Ca craint.
En plus, la fumée me donne des migraines terribles en fin de journée. Et je supporte de moins en moins d'avoir un bureau et des fringues qui empestent le tabac froid en permanence.
Donc... j'arrête.
J'ai écrasé ma dernière clope cet après-midi vers 16h. Demain, je vais m'acheter une bouilloire électrique pour le bureau, des kilos de thé en sachet, un plein chariot de chewing-gums sans sucre et probablement une boîte de patchs à la nicotine (je doute que ça serve à quelque chose car c'est au geste et au goût que je suis accro... mais bon, si ça ne fait pas de bien, ça ne peut pas faire de mal).
Si tout ça ne suffit pas, j'irai consulter un acupuncteur ou demander à mon généraliste de me prescrire l'équivalent français du Zyban.
Et comme ça, je n'aurai pas totalement perdu mon mois de janvier.

mardi 24 janvier 2006

"Ce qui ne me tue pas me rend plus fort"

Dieu sait que je suis fan de Nietzsche, mais j'en ai plus qu'assez d'entendre les gens répéter cette maxime à tort et à travers comme un raccourci de "oui bon là je morfle grave mais je sais qu'au final j'en ressortirai grandi alors faisons contre mauvaise fortune bon coeur et tâchons de voir le verre à moitié plein hein". Pas que j'aie quoi que ce soit contre la méthode Coué ni même contre le positivisme si utilisé à dose raisonnable. Mais les coups durs, ça ne fonctionne pas comme le vaccin contre la grippe ou la mithridatisation. Ceux qui ne nous achèvent pas ne nous immunisent pas nécessairement contre les suivants. Parfois, ils ne font que nous fragiliser davantage, briser de plus en plus menu des morceaux déjà maintes fois recollés. Ou bien, ils nous endurcissent réellement, mais à quel prix? La fois d'après, on hésite à prendre des risques matériels ou sentimentaux - on a bien compris ce qui pouvait en résulter, bien senti comment ça pouvait faire mal. Et puis surtout... Qui a dit que le but dans la vie, c'était d'être fort et courageux? Personnellement, je me contenterais d'être heureuse.

dimanche 22 janvier 2006

Thanksgiving

Il y avait bien trop longtemps que nous n'avions pas veillé jusqu'à 2 heures du matin autour d'un bon verre de rouge (ou six) et du mythique gratin de macaronis à la grecque, à discuter de politique, de littérature et d'amour sans le spectre d'une vilaine maladie pour planer au-dessus de nous et ternir le bleu des yeux de Brigitte. Un jour peut-être, je trouverai les mots pour leur dire, à Jean-Claude et à elle, tout ce qu'ils représentent pour moi et à quel point je suis reconnaissante de les avoir dans ma vie. Pour leur expliquer que dans leur maison, ancienne ou nouvelle, je me sens davantage chez moi que dans l'appartement où mes parents habitent depuis que je suis môme. Pour les remercier de la confiance qu'ils ont placée en moi voici déjà dix ans, et qui m'a forcée à devenir une personne meilleure. Avoir été "choisie" par des gens d'une intelligence si fine et d'une humanité si profonde, c'est un honneur que je suis toujours un peu étonnée de mériter. Quand je sors de chez eux, j'ai l'impression qu'ils ont déteint sur moi, que je suis une personne fabuleuse et que je peux venir à bout de n'importe quoi.

jeudi 19 janvier 2006

7, la suite

Sept de vos qualités:
- Intelligente
- Loyale
- Franche
- Consciencieuse
- Créative
- Empathe
- Bon coeur

Sept de vos défauts:
- Cyclothymique
- Velléitaire
- Gourmande
- Râleuse
- Paresseuse
- Dépensière
- Narcissique

Sept de vos petites manies:
- Alphabétiser tout ce qui peut l'être; ranger le reste par couleur/genre/taille
- Me toucher le front chaque fois que je prononce, entends ou lis le mot "cancer"
- Faire des listes - pour tout
- Faire une fixette sur un aliment pendant un mois ou deux et m'en dégoûter à tout jamais
- Tout garder (tickets de ciné/concert/musée, cartes de resto, petits mots écrits par mes proches, souvenirs divers) comme pour prouver que j'ai bien vécu des choses et que ça n'était pas juste un rêve
- En hiver, toujours commencer à m'habiller par les chaussettes
- Replier mes jambes sous moi (sur le siège) quand je suis assise

Sept choses que vous sauveriez si votre maison brûlait:
- Mes chats
- Mes albums photo
- Les 17 volumes de mon journal
- Mon exemplaire dédicacé de la Treasury Edition de "Strangers in paradise"
- Le compotier art déco qui trônait autrefois dans la cuisine de mon grand-père
- Mes deux grandes Blythe
- Mes archives professionnelles

Sept chansons qui parlent de vous:
- "Nobody's wife" (Anouk)
- "Warm wet circles" (Marillion)
- "Des bouts de moi" (JJ Goldman)
- "Cosy prisons" (a-Ha)
- "Des attractions désastre" (Etienne Daho)
- "Me" (Paula Cole)
- "Fou de toi" (Zazie)

Sept CD que vous emporteriez sur une île déserte:
- "La gazza ladra" (Marillion)
- "Urban solitude" (Anouk)
- "Revelations" (Fields of the Nephilim)
- "Floodland" (Sisters of mercy)
- "Scoundrel days" (a-Ha)
- "Daholympia" (Etienne Daho)
- "Cats" (B.O. de la comédie musicale)

Sept films que vous ne vous lassez pas de revoir:
- "Breakfast at Tiffany's" ("Diamants sur canapé")
- "Point break"
- "Mermaids" ("Les deux sirènes")
- "Blade runner"
- "Pump up the volume"
- "Reality bites" ("Génération 90")
- "Clueless" ("Oui, j'ai honte")

mercredi 18 janvier 2006

Ca fera toujours un truc à rayer de la liste

Cet été, l'Homme et moi, on a décidé de s'envoyer en l'air:

http://www.latitude-challenge.fr/index1.html

7

Sept choses que vous voulez faire avant de mourir :
- écrire un livre
- passer mon brevet de chute libre
- de la figuration dans un film
- le tour de l'hémisphère nord
- parler six langues couramment
- rentrer dans du 36 en pantalon
- accompagner une mission humanitaire

Sept choses que vous faites bien :
- parler anglais
- "scrapbooker"
- craquer sur des chaussures importables
- m'organiser
- calculer de tête
- deviner la fin des films
- me faire des films

Sept choses que vous ne pouvez/savez pas faire :
- croire en Dieu
- chanter juste
- faire fonctionner n'importe quel appareil électrique ou électronique possédant plus de deux boutons
- revenir sur ma parole
- vivre dans le désordre
- monter la mayonnaise ou la chantilly à la main
- cacher mes sentiments

Sept choses qui vous attirent chez l'autre :
- une taille > à 1,80m
- les cheveux longs
- une dégaine de viking
- une culture étendue mais différente de la mienne
- l'ironie
- le sang-froid
- le petit creux entre le cou et la clavicule

Sept choses que vous dites souvent :
- C'est moi le chef de moi
- Je t'emm...
- Mais euuuuuh
- Certes
- Même pas en rêve
- Je comprends
- Va mourir

Sept béguins pour des célébrités :
- Alyson Hannigan
- Lauren Graham
- Christian Slater dans "Heathers" et "Pump up the volume"
- Patrick Swayze dans "Dirty dancing" et "Point break"
- Viggo Mortensen en Aragorn
- Morten Harket entre 30 et 35 ans (ou juste dans le clip de "Move to Memphis")
- Angelina Jolie

Sept personnes dont vous aimeriez qu'elles répondent aussi à ce questionnaire :
Qui a envie. Je suis pas le chef de vous.

dimanche 15 janvier 2006

Strength

How do you cut out from your life people who have seen you laugh and cry. Who listened to you sleeping and shared their warmth with you. Who saw what you look like in the morning after a restless night. Who travelled to the other side of the world with you and stared at the same alien landscapes. Who know your most shameful thoughts and darkest secrets. Who have mercilessly mocked you and selflessly helped you. Who know what a goofball you can be under the intellectual aloofness you usually show to the world. Who gave you back something you thought you had lost forever: faith in love and friendship. Who brought spring in your life after a very long winter. Who are all that really matters deep down.
But how do you live with the constant heartache and paranoïa, the fear that something unbearable is going to happen - and you know it will, you just don't know when. With the vulnerability that you hate, the feeling of being inadequate and pathetic that denies you the self-esteem you had such a hard time building up. With the voice in your head that says "You're just not enough".
In the end, what takes more strength?

samedi 14 janvier 2006

20 ans déjà

Il devrait y avoir une société pour la protection des chanteurs morts. Histoire d'empêcher Florent Pagny, Natasha Saint-Pier, Patrick Fiori et Grégory de la Starac' de massacrer les morceaux de mon idole de jeunesse en prime time sur TF1. Je cite ceux-là parce qu'ils viennent juste de m'écorcher les tympans, mais ils sont pas les seuls hein. Y'a pas un interprète qui soit foutu de reprendre correctement les chansons de Balavoine. Et c'est très bien comme ça.
Vingt ans déjà... Ca me file un sacré coup. Il n'est jamais arrivé à l'âge que j'ai aujourd'hui; désormais, il sera éternellement plus jeune que moi.

vendredi 13 janvier 2006

Bonne ou mauvaise nouvelle?

Je vais être tata pour la deuxième fois.
Cette fois c'est sûr: je reverrai plus jamais mes parents.

C'est marrant parce que la première fois, ma fragine avait eu un mal fou à tomber enceinte... Elle avait même suivi un traitement assez lourd contre l'infertilité. Et là, pouf! Je suis vraiment contente pour elle. Elle vient de se payer une année 2005 de merde sur à peu près tous les plans possibles; 2006 commence bien mieux pour elle. Bref, le contraire de moi, comme d'hab.

jeudi 12 janvier 2006

Y'a encore plus blonde que moi

La semaine dernière, le meilleur ami d'Etre Exquis prend rendez-vous pour le contrôle technique de sa voiture.
Et se rend au garage avec la Clio de sa femme.

mercredi 11 janvier 2006

A bon entendeur...


Si j'étais atteinte d'une maladie grave et qu'il me restait six mois à vivre, je voudrais le savoir. Je n'ai pas forcément des tonnes de qualité, mais j'ai toujours préféré regarder la réalité en face. J'ai souvent la tête dans les nuages; mes pieds, en revanche, sont bien plantés sur terre, et je suis assez solide pour encaisser n'importe quoi. Et surtout, une vraie "control freak". J'ai besoin de connaître toutes les données d'un problème ou d'une situation pour pouvoir la gérer au mieux. C'est très important pour moi de maîtriser chaque aspect de ma vie, d'en choisir le déroulement jusque dans ses moindres détails.

Je comprends que l'on puisse mentir ou dissimuler des faits pour ménager quelqu'un; il m'arrive de le faire avec des gens que je sais incapables d'affronter la réalité. Simplement, je ne fais pas partie de ces gens-là. Je ressens comme une véritable trahison le fait que mes proches me dissimulent des choses. Surtout quand j'ai déjà des soupçons. Dans le meilleur des cas, je suis en-dessous de la vérité, et il vaut mieux me la dire pour m'éviter de gamberger. Dans le pire des cas, j'ai mis dans le mille, et plus tôt je le saurai, plus vite je pourrai m'en remettre et tourner la page.

Adieu, prix Nobel de physique

La scène se passe hier soir, vers 21h30. Il commence à faire faim et l'Homme n'est pas là pour me nourrir. Je vais dans la cuisine, remplis une casserole d'eau et la pose sur le feu. Qui refuse catégoriquement de s'allumer. Je sens bien que la bouteille de gaz n'est pas vide, mais impossible d'obtenir la petite étincelle habituelle. Et nous n'avons pas d'allume-gaz dans la maison.
Dépitée, je colle deux bouts de poisson surgelé, un oignon émincé, quelques haricots verts/pommes de terre/carottes dans un plat en pyrex, arrose le tout de vin blanc et mets au four pendant une demi-heure. A la fin, le poisson et les haricots sont cuits, mais les carottes et les patates croustillent sous la dent, ce qui n'est pas l'idéal. Je mange du bout des dents.
Un peu plus tard, l'Homme rentre. J'ai encore faim et je suis grognon. Je lui explique mes déboires. Il éclate de rire.
- Et toi, une fumeuse, t'as pas eu l'idée d'utiliser ton briquet ou des allumettes?

...

Plus tard encore, nous sommes en train de regarder un téléfilm très intéressant sur la vie de Stephen Hawkins, l'auteur de la théorie du Big Bang.
MOI (émerveillée): Quand même, t'imagines ce qu'on doit ressentir quand on vient de percer un mystère de l'univers? Bon d'accord, y'a peu de chances que ça nous arrive un jour...
L'HOMME (ironique): Ben disons qu'il y en a au moins une de nous pour qui c'est mal barré.

samedi 7 janvier 2006

Bilan 2005 - livres, ciné, télé

Romans lus cette année, hors boulot: 47. On touche le fond, là. Depuis que je suis capable de déchiffrer l'alphabet, j'ai jamais dû faire un "score" aussi bas. C'est mal. Et ça rend l'élaboration de mon top 3 habituel un peu difficile faute de matière. En réalité, deux livres seulement m'auront marquée cette année: "Jonathan Strange & Mr Norrell" de Susan Clarke, et "Une fièvre impossible à négocier" de Lola Lafon (dans des genres très différents). Si je devais en choisir un troisième, je dirais sans doute "The house of leaves" de Mark Z. Danielewski. Mention honorable à "Un amour de jeunesse" de Ann Packer et à "Tout ce que j'aimais" de Siri Hustvedt.

Films vus au ciné: 26, ce qui doit être dans ma moyenne habituelle. M'ont vraiment vraiment plu: "The edukators" et "Les seigneurs de Dogtown". M'ont vraiment vraiment déçue: les deux Tim Burton, le 4ème Harry Potter, l'adaptation du Monde de Narnia. A côté de ça, pas mal de petits films dont je n'attendais rien de spécial et qui m'ont fait passer un très bon moment, comme "Ma vie en l'air" ou "Travaux: on sait quand ça commence..."

Séries télé en cours: là par contre, sans hésitation - "The L word", "Desperate housewives" et "NCIS".

jeudi 5 janvier 2006

Bilan 2005 - ma vie, mon oeuvre

Allez zou, un post positif pour changer un peu! Oui, j'ai le moral au trente-sixième dessous en ce moment. Ca ne change rien au fait que 2005 aura été une année exceptionnelle pour moi (peut-être la meilleure à ce jour, à vue de nez et sans trop réfléchir). J'ai fait deux magnifiques voyages à l'autre bout du monde et réussi à passer pas mal de temp avec ma famille de coeur, malgré l'éloignement. J'ai rencontré la chouchoute, plusieurs fois, et ressorti du placard ma passion d'ado pour a-Ha. J'ai beaucoup moins lu que d'habitude, mais beaucoup plus écrit. Je pense m'être pas mal améliorée niveau caractère - je suis devenue moins misanthrope, moins cynique, moins matérialiste, plus tolérante et plus affectueuse. Une petite opération m'a débarrassée d'un problème de santé que je traînais depuis des années. Au boulot, rien de spécial à part une série chiante mais qui devrait faire bien sur mon CV, et un gros ras-le-bol qui m'a décidée à prendre les mesures nécessaires pour changer d'orientation, même si ça ne se fera pas du jour au lendemain. Côté coeur, beaucoup d'interrogations que j'ai gérées plus ou moins bien. Le prix citron va à ma famille de sang qui ne s'est pas particulièrement distinguée cette année (du moins, pas en bien). Mais bon. Je retiens surtout les paysages inoubliables, les fou-rires à s'en faire mal au ventre, les expressions devenues cultes et le vertige des sentiments.

mercredi 4 janvier 2006

Dédoublement

En ce moment j'ai l'impression que mon corps et mon esprit sont totalement déconnectés.
Le premier se lève tous les jours en grognant qu'il n'a pas assez dormi, avale son thé vert qui l'enverra aux toilettes douze fois dans l'heure suivante, se douche en pestant contre le froid qui règne dans la salle de bain, s'habille en soupirant que toutes ses fringues le boudinent, se rend au boulot à reculons, aligne tant bien que mal ses trente feuillets de trad, se rentre chez lui vers 18h30-19h, s'installe devant le PC et se connecte à AIM où il essaie de trouver des choses spirituelles à raconter à ses potes. Vu de l'extérieur, il est mon moi habituel, pitre râleur et lunatique.
Mais à l'intérieur de ce corps en pilotage automatique qui donne vraiment bien le change, je hurle en silence, pleure à m'en donner la nausée, me coupe sur le tranchant de mes sentiments indésirables, me cogne aux murs étanches qui ne laissent ni sortir ma voix ni entrer ma raison. Chaque jour, chaque heure, chaque minute presque, une seule chose occupe mon esprit, et cette chose est à jamais hors de mon atteinte.

mardi 3 janvier 2006

Do... fa sol la si do

Février 1993. Londres. A l’occasion d’un séjour chez un ami qui finit ses études dans une école de commerce anglaise et loue une maison avec plusieurs autres français, je fais la connaissance de Rémi. Tout de suite, c’est une évidence pour moi : ce garçon est mon âme-frère. Nous sommes très exactement sur la même longueur d’ondes. Nos lectures, nos humeurs, nos opinions, nos failles, nos dérives se font systématiquement écho. Nous passons des nuits entières à discuter autour de la table de la cuisine et à partager notre vision gothique du monde. Nous avons tous les deux été très marqués par Lautréamont et Artaud ; chacun est capable de réciter par cœur « L’horloge », notre poème préféré. Je sors du même cursus scolaire qu’il est en train d’achever – un domaine où nous excellons tous les deux sans forcer, mais sur les codes duquel nous crachons. En lui, j’ai l’impression de voir mon double dans un miroir spirituel, à un point presque effrayant. Il est juste assez féminin et moi juste assez masculine pour que la similitude soit quasi-parfaite.
Coup de chance : Rémi n’est pas mon genre physiquement, et je ne suis pas le sien. Sinon, je sens bien que ça virerait à un remake de Bonnie & Clyde incestueux. Dieu sait que séparément, nous sommes déjà assez dangereux pour nous-mêmes. Dans une société dont nous rejetons les valeurs et où nous ne trouvons pas notre place, nous aspirons naïvement, mais avec toute la passion de nos vingt ans, à n’être que de purs esprits. Frustrés par les limitations de cette prison de chair qui nous rend fous, nous nous vengeons en tâchant d’en jouir de toutes les manières possibles. Le strict minimum de nos besoins matériels une fois assuré, nos principales activités consistent à nous étourdir en boîte, fumer des joints, sniffer de la coke, gober des amphétamines, draguer des gens dont le corps excite notre désir et l’intellect notre mépris. Nous nous auto-détruisons avec un humour très noir qui ne masque notre désespoir qu’aux yeux des autres.
Après mon retour en France, Rémi et moi entamons une correspondance régulière – des lettres de plusieurs pages recto-verso écrites serré grâce auxquelles nous maintenons notre lien. Nous ne sommes pas amants, nous ne sommes pas non plus amis. Chacun est le témoin de l’existence intérieure de l’autre, le point de repère qui lui permet de se maintenir à flot. Un soir où je me sens particulièrement seule, je conclus une de mes missives par : « Ce soir, j’aimerais être avec toi pour voir ma folie se refléter dans tes yeux ». En guise de réponse, il me renvoie un poème qu’aujourd’hui encore je connais par cœur et qui se termine par ces lignes : « Capitule ! Ta liberté t’empoisonne / Elle est ton gouffre, elle t’emprisonne ». Peu de phrases de grands auteurs ont trouvé autant d’écho en moi.
Au bout d’un an et demi, nos échanges ralentissent et finissent par cesser tout à fait. Probablement à cause de moi. Je viens de me marier et j’ai décidé de me racheter une conduite. J’ai envie que ça marche et je sais déjà que si je reste moi-même, ça ne va pas être possible. Après quelques mois de silence, Rémi me téléphone pour prendre de mes nouvelles. Je suis gênée et évasive. « Les gens heureux n’ont pas d’histoire », voilà comment je me justifie. Bien sûr, je ne suis pas heureuse, mais pour le moment du moins, je n’ai pas le courage de me l’avouer.
Après ça, je n’entendrai plus jamais parler de Rémi.
Aujourd’hui, je me demande ce qu’il est devenu, et j’aimerais vraiment, vraiment qu’on puisse comparer nos parcours.

That time of the night

4h du mat’ et des poussières. Couchée depuis 00h10 très exactement. Impossible de trouver le sommeil. Trop de pensées se bousculent dans ma tête. Les ruptures auxquelles je n’arrive pas à me résoudre. Les aveux qui risqueraient de tout casser. Les choix impossibles qu’il faudra bien faire un jour, pourtant… L’impression que garder tout ça au fond de moi et ne pouvoir en parler à personne va finir par me faire exploser. Je n’ai rien réclamé, moi, et surtout pas ces sentiments que j’ai de plus en plus de mal à gérer. Envie de hurler, de me taper la tête contre les murs pour faire taire les voix qui refusent de me laisser en paix. Je me lève et passe dans la salle de bains. Ouvre le petit tiroir de gauche. Fixe la plaquette de comprimés blancs que j’ai arrêté de prendre à cause des effets secondaires. Combien pour dormir vraiment et ne plus jamais me réveiller ? Je n’ai pas envie de mourir. Mais je ne sais pas comment tuer ce truc tapi en moi et qui me ronge comme un cancer.
L’angoisse et l’insomnie, couple infernal dont les deux partenaires s’alimentent l’un l’autre…
Je referme le tiroir sans avoir touché à son contenu. Demain matin, je me rappellerai que j’ai beaucoup de chance, que je kiffe la vie, que j’ai surmonté bien pire et que le temps guérit tout. En attendant, les yeux grands ouverts dans le noir, je vais retourner le couteau dans la plaie jusqu’à ce que plus rien n’en coule ou que l’épuisement ait raison de moi.

lundi 2 janvier 2006

Réveillon 2006

Je me doutais bien que rien ne pourrait égaler le dernier réveillon. D’abord parce que ma cuvée de jours de l’an mémorables, apparemment, c’est tous les 7 ans : 1991 à la Lauzade, 1998 à Bruxelles, 2005 en Normandie. [Ca m’énerve d’avoir ce point commun avec Dan Brown, mais j’aime bien faire parler les chiffres. Je sais, c’est pas rationnel du tout, honte à moi.] Ensuite parce que les conditions n’étaient pas les mêmes. D’une part c’était moi qui recevais, ce qui veut dire passer un certain temps en cuisine et autres tâches d’intendance. D’autre part et surtout, je suis absolument incapable de me lâcher en présence de l’Homme. Donc je savais à l’avance qu’il n’y aurait pas de roulage par terre en braillant « Comme d’habitude », pas de vautrage sur mes petits camarades, pas de sieste en tas, pas de discussions avinées jusqu’à 6h du mat’, pas de léchage de champ’ renversé sur table et autres joyeusetés quelque peu nuisibles à mon image de marque mais ayant le mérite de faire rire tout le monde.

Le vendredi et le samedi furent effectivement très moyens. Entre Autre Moi affligée d’une bonne grosse crève, Junior barbouillée et quasi incapable d’avaler quoi que ce soit, Kris dans sa plus belle imitation d’insupportable môme de 7 ans et l’Homme dans son propre rôle qu’il joue si bien (adulte, désespérément adulte), je m’apprêtais à classer tout le week-end dans la catégorie des soufflés qui ne montent pas. [En plus, ma robe a bel et bien explosé. Deux fois. C’est juste un détail, mais c’est vexant. J’en suis quitte pour me remettre au régime - et vite. Dans ma prochaine vie, ou je suis un homme doté du métabolisme de Guy l’Eclair, ou le sosie de Carla Bruni. Sinon, je reviens pas.]

Et puis le dimanche, la magie a fini par prendre. Allez savoir pourquoi. Merci en tout cas à l’inventeur du Pictionnary qui nous aura valu quelques superbes fou-rires et des vidéos hautement compromettantes. Je ne pourrai plus jamais entendre le mot « culbuter » sans l’écho d’Autre Moi qui hurle quasi dans la foulée « enlacer » et « s*d*miser », ni voir une gourmette sans que s’y superpose l’image de Kris et Vinc en train de faire de la lutte gréco-romaine dans mon salon. Et si j’avais un bidet, je ne pourrais pas m’en servir sans revoir Autre Moi et Vaness accroupies côte à côte dans le vide.

Bref le résultat, c’est qu’à 20h30 je sanglotais sur le quai de la gare. Devant tout le monde. Toute honte bue en même temps que les dernières gouttes de champ'. Et que là je me demande si dans le courant de 2005, j’aurais pas été enlevée par des extra-terrestres et remplacée par un clone à l’insu de mon plein gré tellement je me reconnais plus.

dimanche 1 janvier 2006

Ils s'en vont dans moins d'une heure...

...Et j'en ai mal au ventre au point que je suis incapable de passer ces derniers instants avec eux.