lundi 27 février 2006

samedi 25 février 2006

Je hais les huîtres

Week-end déprime. L'Homme est parti hier midi (avec la voiture) en stage à Lyon. Il ne rentre que dimanche soir. Je lui ai demandé s'il voulait que je profite de son absence pour déménager. Il m'a répondu "Mais non" très gentiment et avec une totale absence de conviction. Pourquoi il refuse de me dire ce qu'il a? Je préfèrerais entendre qu'il ne m'aime plus ou qu'il a quelqu'un d'autre plutôt que de passer mon temps à me demander à quoi il pense et ce que je dois faire. Sérieusement! Pourquoi les mecs ont tous hérité du gène de l'huître? C'est quand même pas super dur d'aligner trois mots pour faire une phrase, surtout quand la personne d'en face le réclame, bordel! Si c'est juste une phase, ça ne me dérange pas trop d'attendre; si c'est un truc définitif, j'aimerais le savoir rapidement pour prendre mes dispositions pour le reste de ma vie. Cette espèce de flou artistique, ça me tue.
Du coup j'ai rien glandé depuis mercredi soir et je suis en train de prendre du retard au boulot - et probablement des kilos, moi qui étais si fière d'avoir tenu un mois sans fumer et sans prendre un gramme, car en guise de dîner je me suis acheté une tropézienne pour 4 personnes. Ca fait deux jours que je tourne en rond chez moi sans rien faire de plus productif qu'éplucher la presse mensuelle et remplir des grilles de sudoku à 4 cases de côté. Je déteste ça.

jeudi 23 février 2006

Punch & Judy

Après des années passées à supporter mes sautes d'humeur, l'Homme semble être arrivé au bout de sa patience. Ce n'est pas qu'il soit devenu méchant ou désagréable, non. Simplement, il est : absent. Il ne me calcule plus du tout. Il fait sa vie sans se préoccuper de moi, se réfugie dans le bureau à peine rentré à la maison vers 22h30 et n'en ressort que pour aller se coucher. Il me répond si je lui demande quelque chose, et la communication s'arrête à peu près là.
Il dit qu'il ne voit personne d'autre à côté et ne souhaite pas que je m'en aille. Mais bon, ça ne signifie pas grand-chose. Comme beaucoup d'hommes, il est trop lâche pour prendre l'initiative d'une rupture. Le cas échéant, il préfèrera attendre que ça soit moi qui décide de me barrer et qui assume la responsabilité de la fin de notre couple.

J'avoue que je ne sais pas trop quoi faire. On s'aime encore, mais il est clair qu'on n'a rien en commun et qu'on n'est plus amoureux. On fonctionne bien au quotidien. Je ne veux ni mariage ni enfants, lui non plus. On s'admire mutuellement, et chacun respecte le besoin d'indépendance de l'autre. A côté de ça, on n'a aucun projet commun, et nos emplois du temps sont tellement décalés qu'on ne se voit pratiquement jamais. Il sait qu'il n'est pas ma priorité numéro un, et je sais que je ne suis pas la sienne.
Bref, tout dépend du niveau auquel je place ma barre d'exigence. On peut très bien continuer à cohabiter paisiblement et vieillir ensemble sans cris ni drames. Je pense que beaucoup de gens s'en satisferaient. Est-ce que moi, je suis assez raisonnable pour ça? Ca reste à voir.

dimanche 19 février 2006

KO en un round

Vingt-cinq ans de journal intime papier et deux de blogue. Des milliers de romans dévorés à longueur de journées, de soirées ou même de nuits. Douze ans de boulot dans l'édition, soit environ deux cents bouquins traduits. Une tendance inquiétante à feuilleter le Larousse "juste pour le plaisir". Plus une ascendance paternelle italo-provençale de bavards invétérés. Si je sais faire une chose dans la vie, c'est de jolies phrases qui expriment très exactement ce que je ressens (parfois de manière plus longue et beaucoup plus détaillée que mes interlocuteurs ne le souhaiteraient, j'imagine). Je suis le Clark Kent du langage.

Et apparemment, ma kryptonite verte, c'est les cartes Hallmark ornées de dessins de nounours et destinées à un public de fillettes de 8 ans. Si si. Moins de dix secondes après ouverture de l'enveloppe, mise en rideau totale des centres du vocabulaire et de la grammaire. T'façon ça tombe bien, j'avais la gorge tellement nouée que j'aurais eu du mal à articuler quoi que ce soit.

Je crois que j'ai même pas dit merci.

jeudi 16 février 2006

Faux espoir

Bon bah voilà, j'ai fini par accepter de continuer la série que je voulais arrêter juste parce que je ne supportais pas de revenir sur ma parole. Ce qui veut dire que je vais continuer à me taper 9 mois d'heroïc fantasy par an jusqu'en 2009. Je me sens comme le personne d'Albert Dupontel dans "Fauteuils d'orchestre" (sauf que si je fais un strip-tease au boulot j'aurai pas toute une salle de témoins). Heureusement que j'ai pas des masses de principes, parce que ceux que j'ai me coûtent drôlement cher! J'ai même pas négocié une augmentation. A ce stade je sais plus si c'est de la moralité ou de la connerie.
[Et avec tout ça j'ai encore pas cédé à la tentation de m'en griller une... Je suis : héroïque.]

lundi 13 février 2006

"Alice & June"

L'album qui tourne en boucle dans la chaîne du salon et le poste de la voiture, en ce moment, c'est le dernier Indochine. Je dois être en plein période revival-des-groupes-de-quand-j'étais-djeûn. N'empêche que j'ai été impressionnée par la qualité musicale et par la capacité de Nicola Sirkis à se renouveler après autant de temps. Bon, au niveau des textes, c'est toujours du Mylène Farmer au masculin avec des tournures de phrase encore plus abracadabrantes (Nicola partage d'ailleurs avec Mylène ce côté physiquement figé, "je n'ai pas bougé d'un poil depuis vingt ans", que je trouve à la limite du malsain, mais bon, ça doit être parce que je suis jalouse). Au niveau de la voix, c'est rien d'extraordinaire non plus... Pas grave, je suis fan.

jeudi 9 février 2006

No smoking - J13

La première semaine sans tabac, c'était étonnamment facile.
La deuxième, ça l'est beaucoup moins. D'abord j'ai recommencé à prendre des somnifères qui me transforment en zombie et me donnent terriblement besoin d'un petit coup de fouet. Ensuite, hier je me suis pris la tête avec un éditeur pour lequel je voulais arrêter de bosser - en gros il m'a traitée de lâcheuse, et je n'avais encore jamais brisé un engagement moral, donc ça me travaille beaucoup. Mais si je continue j'en prends pour douze mois (étalés sur 3-4 ans) de bouquins qui me sortent par les trous de nez... Sacré dilemme, d'autant plus que j'admire beaucoup le gars en question et l'apprécie sur un plan personnel.
Bref, aujourd'hui j'ai pas fumé, mais j'ai flingué un pack de Lipton aux agrumes et l'ongle de mon index gauche. La bonne nouvelle, c'est qu'il me reste plein de Lipton aux fruits rouges et neuf autres doigts à saccager.

lundi 6 février 2006

Le gène de la violence

Hier soir devant la télé. Le journal diffuse des images d'un quelconque massacre perpétré en Afrique noire. Commentaire de l'Homme, qui a mis les pieds au Sénégal une fois dans sa vie et se croit un expert sur la question: "Quand même, on peut dire ce qu'on veut, les Blacks, c'est des sauvages".
Moi: "QUOIIIIIIIIIIII?"
Lui: "Ben c'est quand même toujours chez eux qu'on s'entretue à coups de machette entre voisins."
Moi: "Et tu crois pas que c'est une question de culture et de circonstances plutôt que de couleur de peau?"

S'en suit une discussion assez chaude pendant laquelle je m'échine à lui faire admettre que s'il existe peut-être un gène de la violence, il n'est pas nécessairement présent chez toute une race et absent chez les autres. Qu'il n'y a pas si longtemps, les Européens se massacraient avec une barbarie qui n'avait rien à envier à celle des Africains (tout juste un peu plus de raffinement dans la méthode). Que dans une bonne partie de l'Asie aux moeurs si raffinée selon lui, chaque jour, des petites filles sont tuées à la naissance et des femmes adultes brûlées vives pour un rien. Qu'un Noir élevé chez des Blancs depuis son plus jeune âge adoptera leurs coutumes et leurs façons de faire, positives ou non. Que si lui-même, tout zen qu'il soit, avait grandi au Rwanda, il serait sans doute devenu un boucher comme les autres.

L'Homme ne veut rien entendre. Pourtant, il n'est absolument pas raciste. C'est le premier à juger les gens pour ce qu'ils font (comment ils se comportent) et non pour ce qu'ils sont (quelle est leur origine sociale ou la couleur de leur peau). Alors comment peut-il penser une chose pareille? Et est-ce que c'est moi la graine de fasciste pour avoir tant de mal à accepter qu'il ait une opinion différente que la mienne sur un truc qui me paraît aussi fondamental?

jeudi 2 février 2006

Instantanés

5 ans – Sur les photos, je suis un adorable bout de chou souriant avec des yeux qui pétillent. Il paraît que tout le monde m’adore. Je suis si sage que mes parents se sont longtemps demandé si je n’étais pas autiste. Du coup, ils m’ont donné une petite sœur il n’y a pas longtemps (ce qui s’avèrera un mauvais calcul, car la petite sœur en question cassera tout dans la maison et finira aux urgences avec un truc pété tous les six mois). Fascinée par les livres, je sais déjà lire et écrire depuis un an. Du coup, je rentre à l’école primaire avec un an d’avance. Je ne le sais pas encore, mais ma petite vie idyllique ne va pas le rester bien longtemps.

10 ans – J’ai encore sauté une classe (mes parents ont mis le holà pour une troisième) ; du coup je me retrouve en 5ème. La primaire, déjà, c’était dur. Je me faisais régulièrement taper dessus par mes camarades parce que toute petite, toute timide, incapable de me défendre et chouchou des profs. Le collège, c’est l’enfer. Les enfants sont cruels, mais les ados disposent de moyens autrement plus pervers pour torturer leurs pairs. La seule fois où j’ai craqué et essayé de parler à mes parents, ça a fait un foin pas possible ; ça s’est calmé pendant trois jours et c’est reparti de plus belle. J’ai bien retenu la leçon : dans la vie, on ne peut compter que sur soi. Les livres sont mes seuls amis. Je me prends de passion pour Racine ; je tiens un journal ; j’écris des poèmes pas spécialement bons mais où pointe un certain mal de vivre et une rébellion précoce contre la société, plus une pièce de théâtre à la fin de laquelle c’est le méchant qui gagne et part avec la fille (j’ai déjà une forte aversion pour les conventions de tout poil). Plus tard, je veux être écrivain. Je viens de commencer la danse classique et à ma grande surprise, je me débrouille bien – moi qui suis si empotée quand on fait du sport à l’école.

15 ans – L’année du bac. C’est rien de dire que je me cherche, surtout au niveau du look. J’ai la coupe de Catherine Ringer et à côté de moi, Madonna est un modèle de bon goût. Une fois, je suis allée en cours en pyjama ; une autre fois, en tutu ; le summum a sans doute été atteint avec une audacieuse combinaison chemise de cow-boy/minijupe en feutre vert/une chaussette fluo jaune et l’autre rose + mitaines assorties. Mais je ne suis plus seule. J’ai une petite bande de copines à la danse, un tas de copains dans mon club de jeu de rôles et même un premier grand amour. La danse, j’en fais deux ou trois heures tous les soirs de la semaine et je suis vraiment douée. Le jeu de rôles, je viens de découvrir et je suis à fond dedans : enfin, j’ai la possibilité de changer de peau, d’être qui je veux et d’échapper à une réalité dont la banalité me désole. Le grand amour, il va me plaquer au bout de deux mois en arguant de notre différence d’âge, et je passerai trois ans à multiplier les stratagèmes pour le reconquérir – en vain. C’est la seule fois de ma vie où je serai quittée. Je ne m’entends toujours pas avec les gens de ma classe, mais depuis que je suis entrée au lycée, on me fiche la paix. Je n’en demande pas plus, puisque je m’éclate à l’extérieur. Cette année-là, mon gros chagrin (à part le départ de Legolas), ce sera la mort de Balavoine. Sentiment d’injustice : si ce gars que je considérais comme un héros peut mourir à 33 ans à peine en essayant d’aider les autres, à quoi bon se conformer aux règles ? Il n’y a pas de récompense ici bas, et je n’ai jamais cru à l’au-delà.

20 ans - Je sors d’une grande école de commerce avec un bac +5 en poche. J’ai haï mes études, les petits minets BCBG de ma promo et le bourrage de crâne « vous êtes l’élite de la France ». Et maintenant je n’ai pas le choix : il va falloir que je bosse là-dedans, et vite car j’ai un gros emprunt à rembourser. Je vis seule depuis plusieurs années déjà, loin de ma famille et de mes ex-amis ; j’ai appris à m’assumer matériellement et à ne compter sur personne. De toute façon, je me méfie de tout le monde. Une sale cassure s’est produite dans ma vie. Depuis, ça ne tourne pas très rond dans ma tête. Je suis borderline schizo. J’ai trois personnalités bien distinctes à qui j’ai donné des noms et même attribué une couleur. Un rien suffit pour que je bascule de l’une à l’autre. Et j’entends en permanence les voix des deux autres dans ma tête. Tous les moyens sont bons pour les faire taire. L’alcool, à l’occasion. La drogue, chaque fois que c’est possible. Le sexe - extrême ou rien. D’autant que c’est le meilleur moyen que j’aie trouvé pour m’imposer et avoir enfin du pouvoir sur les autres. Ma seule vraie jouissance, c’est le moment où je vois basculer le regard de la personne d’en face et où je sais que je pourrais lui faire faire n’importe quoi. Je deviens très douée pour manipuler les gens. J’ai bien compris que c’était eux ou moi, et ça sera plus jamais moi. La souffrance, la folie et la mort me fascinent. La musique que j’écoute, les fringues que je porte, les bouquins que je lis, le regard que je porte sur le monde : tout en moi est goth.

25 ans – Je suis mariée. A un Breton psychorigide catho de droite qui veut une famille nombreuse. Qui pense qu’une femme ça porte les cheveux longs, ça s’habille en jupe (pas trop courte surtout) et ça laisse parler le chef de famille. Mais qui se tourne royalement les pouces sous prétexte qu’il ne veut pas faire un boulot ennuyeux et qu’il ne trouve rien d’assez bien pour lui. Du coup, j’assure toute seule financièrement. Aussi curieux que ça puisse paraître, on est fous l’un de l’autre. Et trop têtus pour céder sur quoi que ce soit. Résultat, on passe notre temps à se déchirer. Je refuse de jeter l’éponge. J’ai pris un engagement ; j’entends bien le respecter. Venir vivre à Nantes a eu le mérite de me couper du milieu que je fréquentais. Je ne me drogue plus, je ne touche pas une goutte d’alcool et je suis fidèle – même malheureuse, même sollicitée par plusieurs autres hommes. Je veux désespérément changer, trouver un équilibre et tourner le dos à mes vieux démons. Avoir enfin le sentiment de valoir quelque chose. C’est mon travail qui m’en fournit la première opportunité. Je me suis lancée au culot dans la traduction littéraire, et ça marché tout de suite. Je commence à avoir trop lu pour penser que je serai écrivain un jour. Je n’ai pas d’histoire à raconter, et si mon style est honnête, il n’a rien de follement original ou personnel. Mais comme ça, au moins, je bosse quand même avec des livres.

30 ans – Après un divorce houleux, une année passée aux USA et deux ans avec Etre Exquis – le premier homme avec qui j’ai eu une relation saine -, j’ai craqué pour mon prof d’aïkido qui était sur le point de se marier. Et j’ai fini par l’avoir. Nos débuts ont été très mouvementés ; nous avons mené une double vie jusqu’à son divorce et je ne donnais pas deux kopeks de notre histoire. Mais étonnamment…. Ca fonctionne. Nous sommes opposés et complémentaires. Il m’apaise, me rend plus sereine. Avec lui, j’arrive même à gérer la vie de couple, moi qui ne suis bien que seule à la base. A côté de ça, j’ai dû arrêter la danse pour cause de blessures au dos répétées ; je n’ai aucun ami qui habite à proximité et tous les hivers, je me tape une mini-dépression tellement je m’ennuie. Depuis mon adolescence, je ne visais qu’une chose : l’harmonie avec moi-même et avec mon environnement. Je l’ai, et je me rends compte avec angoisse que ça ne me suffit pas.

Le mois prochain, j’aurai 35 ans. Si j’ai appris une chose en cours de route, c’est que rien n’est écrit à l’avance et que très peu de choses sont réellement hors de ma portée. Que la vie a le chic pour nous surprendre et que les opportunités sont là pourvu qu’on sache les voir et les saisir. Que l’amour ne suffit pas, mais que rien n’a d’importance sans lui. Et que le pouvoir de l’esprit humain est quasiment infini – encore faut-il savoir ce qu’on veut en faire.