vendredi 31 mars 2006

Charlie come back

Vers 17-18 ans, j’avais une vision morbide récurrente. Je m’imaginais nue dans une pièce vide, entièrement carrelée de blanc (genre salle de bains sans lavabo ni baignoire, ou cellule capitonnée sans capitonnage). Avec un de ces vieux rasoirs à main qu’on appelait coupe-chou, je m’ouvrais les veines dans le sang de la longueur - pas comme les amateurs - et je tournais sur moi-même pour éclabousser les murs, le sol, le plafond, tout repeindre en rouge jusqu’à ce que je me vide de mon sang et que je tombe par terre. Ensuite je pensais à la tête des proches qui me découvriraient et j’espérais qu’ils ne se remettraient jamais du choc. Ca leur apprendrait à n’avoir pas su m’aimer et me protéger.
Ca fait longtemps que j’ai passé cette période, recollé les morceaux de mon esprit fracturé et mis de l’ordre dans ma vie. Que j’ai appris à m’aimer à travers le regard bienveillant que d’autres personnes ont posé sur moi.
Aujourd’hui le regard de celui qui compte par-dessus tout me passe au travers comme si j’étais transparente. Dans ses yeux, je ne vois plus qu’un vague résidu de tendresse parce que six ans partagés, ça ne s’efface pas d’un seul coup. Son indifférence sape mes fondations et jette par terre les murs que j’ai eu tant de mal à construire. Elle me renvoie au dégoût, au mépris, à la haine de moi que je croyais avoir bannis et qui n’étaient qu’endormis au fond de mon cœur.
Je me déteste d’être empêtrée dans mes propres contradictions et de ne pas réussir à les dépasser.
Je me déteste d’avoir cru que le seul moyen de me préserver était de n’accepter aucun compromis.
Je me déteste d’avoir toujours considéré l’amour comme une aliénation à laquelle il fallait céder le moins de terrain possible.
Je me déteste de n’avoir jamais su inspirer l’adoration de Jean-Claude pour Brigitte ou de David pour ma sœur.
Je me déteste que personne n’ait jamais pensé qu’un top model russe de 20 ans, c’était un pis-aller par rapport à moi.
Je me déteste de ne pouvoir compter que sur mes prouesses horizontales pour faire craquer les gens qui me plaisent.
Je me déteste d’être si fondamentalement défectueuse que la seule réaction que je peux susciter quand je m’offre tout entière, c’est la violence ou le rejet.
Je ne me supporte plus. Et je ne connais pas trente-six moyens de d’étouffer la peur, la tristesse, la solitude – surtout, de faire taire les voix dans ma tête qui me hurlent d’abandonner, de me résigner à vivre cachée.
She don't lie, she don't lie, she don't lie...

Ce matin...

...Je me suis réveillée avec un gros lézard emmêlé dans mes cheveux.
Encore une journée qui commence bien à Armaliteland, je le sens.

lundi 27 mars 2006

Unhappy birthday

Au hit-parade des anniversaires les plus tristes de ma vie, celui-ci sera arrivé en 3ème position après mes 20 ans (l'enterrement de ma grand-mère) et mes 25 ans (la mort de Lucrèce). Je ne voulais qu'une seule chose, mais apparemment c'était encore trop demander.
Le soir, l'Homme est venu me chercher à l'aéroport. Il m'avait déjà souhaité mon anniversaire le matin au téléphone, et apparemment il estimait que ça suffisait. Pas de cadeau, je m'en fous - même si moi je lui en fais toujours un pour le sien et si pour une fois, cette année, il avait des sous. Pas de dînette en amoureux comme on avait l'habitude de faire pour marquer les occasions spéciales, c'était déjà un peu plus raide, d'autant qu'il avait passé toute la journée à la maison et qu'il aurait eu le temps de préparer une bricole - surtout qu'il avait fait tout un repas japonais pour ses potes vendredi soir. Pas de câlin sous prétexte que sa pluvalgie lui fait mal, alors qu'il ne m'a pas touchée depuis plus de trois semaines... Là, je me suis sentie vraiment misérable.
Ou bien il essaie de me faire payer mon attitude de l'année dernière, et je ne peux pas décemment protester. Mais la mesquinerie, c'est pas du tout son style. Ou bien il n'en a vraiment plus rien à foutre de moi, et il faut vite que je me casse avant d'en être arrivée à me mépriser et à me détester totalement. Sauf que je suis peut-être en train de paranoïer pour pas grand-chose, et qu'il faudrait juste que j'apprenne la patience parce que ce genre de crise ne se résoud pas en claquant des doigts.

mardi 21 mars 2006

Autopsie d'une relation

Quand on s'est mis ensemble, l'Homme et moi, je pensais que ça ne durerait jamais. Parce qu'on était trop différents et surtout parce que je l'avais piqué à sa femme. Il me semblait que si je n'étais pas arrivée comme un chien au milieu d'un jeu de quilles, ils auraient pu résoudre leurs problèmes et continuer leur vie tous les deux. Résultat: pendant des années, j'ai eu l'impression d'avoir usurpé ma place auprès de lui et que le destin (le karma, la justice immanente, appelez ça comme vous voudrez) allait se charger de m'en éjecter tôt ou tard.
Du coup, je me suis toujours conduite comme si notre situation était du provisoire-éventuellement-susceptible-de-devenir-définitif-mais-j'y-crois-pas-des-masses. Régulièrement, je menaçais de me barrer parce qu'il ne m'aimait pas assez, parce que je m'ennuyais à l'endroit où nous habitons, etc. Je fuyais toute forme d'engagement commun (mariage, enfants, achat d'une maison, etc) pour conserver ma sacro-sainte indépendance et me préserver au cas où. Ces derniers temps, j'avais même laissé d'autres gens prendre la première place dans mon coeur.
Ce qui devait arriver est arrivé. L'Homme a fini par avouer, hier soir, qu'il pensait ne plus m'aimer mais qu'il avait encore de l'affection pour moi et pas nécessairement envie que je m'en aille: donc, que ça avait une chance de repartir, peut-être.
Le plus ironique, c'est qu'après m'être posé énormément de questions sur le même thème, j'étais depuis quelques semaines arrivée à la conclusion que je me sentais enfin prête à considérer notre histoire comme définitive et à faire le nécessaire pour lui redonner la place numéro un dans ma vie, parce que je n'avais jamais aimé et n'aimerais jamais personne autant que lui et que c'était très con de larguer quelqu'un de génial juste pour le plaisir d'aller vivre ailleurs et de satisfaire un besoin puéril de nouveauté.
En gros, au moment où je me décide à tout donner, il n'en veut plus - ou en tout cas, il n'est pas du tout certain d'en vouloir encore. Et je ne sais plus quoi faire. Dois-je m'accrocher et serrer les dents en me disant qu'après tout, je l'ai bien mérité, que ce truc-là je le lui ai déjà fait vivre plusieurs fois et qu'il a toujours patiemment attendu que ça passe, que si on surmonte cette crise ça aura peut-être été le choc salutaire qui nous aura enfin mis sur les bons rails au bout de six ans? Ou dois-je prendre les devants parce qu'il est trop gentil pour me faire de la peine en me disant lui-même "c'est fini", et que regarder notre histoire agoniser en supportant sa pitié (ou en guettant l'irruption d'une Autre dont il sera amoureux comme une épée de Damoclès au-dessus de ma tête), c'est plus que je n'en puis supporter?
(Cette question n'est pas purement rhétorique... J'ai vraiment envie d'avoir des avis extérieurs parce que là je suis perdue.)

lundi 20 mars 2006

Suite féline


Brochette de lionceaux

Ca ne vous fait pas penser à une pub pour Benetton?

Je me moque, mais ils m'ont fait complètement craquer ces deux-là...
C'était hier, au parc animalier de Cerza: un endroit magnifique consacré à la protection et à la reproduction de nombreuses espèces animales en danger dont les loups à crinière, les ours à lunettes, les rhinocéros blancs et les hyènes rayées. Si jamais vous passez dans le Calvados, je vous conseille de prendre une journée pour le visiter - vous ne le regretterez pas.

vendredi 17 mars 2006

C'est la faute à Pratchett

Aujourd'hui, 18h45. Arrêtée à un carrefour, j'aperçois assez loin devant moi une espèce d'ogre à l'expression méchante et aux bras croisés sur la poitrine, en plein milieu de la route. Il est tellement grand que sa tête touche presque la barre transversale des feux de circulation. Je fronce les sourcils. Ils n'ont quand même pas osé mettre un troll pour collecter un droit de péage en pleine zone industrielle?!? En plus y'a pas le moindre pont dans les parages; où va-t-on si on ne respecte plus la tradition!
Puis je réalise que ce que j'ai pris pour un ogre ou un troll est en réalité l'arrière d'une bétonnière.
Je l'avais bien dit qu'il était urgent que j'arrête de traduire de l'heroic fantasy parce que ça commençait à me taper sur le système... Je me demande si mon éditeur accepterait cette anecdote comme excuse?

jeudi 16 mars 2006

eBay addict: je ne suis pas toute seule...

Trouvé sur mon site de potins people en ligne:

James Blunt infamously sold one of his sisters on eBay a few years back, but because it worked out so well – she's now living with the man who bought her – he's thinking of selling the other sister, too. "I had a bit of an eBay addiction and I sold everything in my apartment in London and then I came in one day and my sister was crying because she couldn't get to a funeral in southern Ireland," recalls James. "None of the planes were working, none of the trains, none of the ferries, so I saw another golden opportunity to flog something and so I put my sister up on eBay, saying, 'Damsel in distress, needs to get to southern Ireland. What do you get out of it as a bidder? You just get to be a knight in shining armour.' Everyone started bidding and a guy won and he had a helicopter and he could fly her to the funeral in southern Ireland and they're now dating and they've been going out for 18 months and she's living with him." Now James admits: "I have a second sister, who's gonna go on sale soon."

Je ne suis pas fan de ce chanteur, mais j'avoue que l'anecdote m'a bien fait rire!

mardi 14 mars 2006

CPE

Ca me hérisse le poil, tous ces djeûns qui manifestent pour le retrait du CPE (Contrat Première Embauche, pour les gens qui auraient passé les deux derniers mois dans une grotte sans électricité loin de la civilisation). Ils rouspètent parce qu'ont peut les licencier "du jour au lendemain" - en réalité, avec un mois de préavis - pendant les deux premières années. Mais où ont-ils lu que la sécurité de l'emploi était un droit? De nos jours, qui peut prétendre être à l'abri d'un licenciement, à part les fonctionnaires? Un boulot même un peu précaire, c'est toujours mieux que pas de boulot du tout, non?
En France, on est vraiment les champions de la contestation. La plupart du temps, je trouve ça sain de ne pas laisser les politiciens faire n'importe quoi. Mais si on s'oppose à absolument toutes les tentatives de faire bouger les choses, comment peut-on espérer guérir les maux actuels de notre économie? Tout le monde voudrait qu'on remédie aux inconvénients mais sans rien céder sur les avantages sociaux acquis. C'est possible en période de forte croissance, sûrement pas en ce moment. A ne pas vouloir s'adapter aux exigences de l'époque, on risque de provoquer une crise encore plus grave.

lundi 13 mars 2006

Les paris sont ouverts

Je dis que le PS serait stupide de ne pas choisir Ségolène Royal comme candidate aux prochaines présidentielles. Outre le soutien des socialistes pur jus, elle pourrait rassembler les voix des indécis à tendance féministe, et le fait d'être une femme lui assurerait (ou continuerait à lui assurer, car ça a déjà commencé) une couverture médiatique très importante. Je pense même que si elle se présente, je voterai pour elle: je ne me reconnais en aucun parti, et il me semble qu'une femme, jeune de surcroît, aurait une chance d'éviter l'écueil de faire de la "politique politicienne".
L'Homme dit que les éléphants du PS lui feront barrage, car ils voudront être représentés par l'un des leurs - soit un vieux barbon, comme d'hab. Notez qu'au fond, nos deux opinions sont pas incompatibles. Ca serait pas la première fois qu'un groupe se saborderait plutôt que de changer ses habitudes et d'affronter le bouleversement potentiel d'un renouveau.

vendredi 10 mars 2006

Le coup de gueule du jeudi soir, bis

J'en ai maaaaarre que le Pathé auquel j'ai pris un abonnement à l'année ne passe jamais les films que je veux voir! "Pompoko" est resté à l'affiche une semaine; "Brokeback Mountain" n'a jamais été programmé; j'ai pas eu "Hell" la semaine dernière et cette semaine je suis privée de "Toi & Moi". Sur 12 films à l'affiche y'en a pas un que je veux voir! (Y'en avait un que je voulais voir, "Mémoires d'une geisha". C'est fait, et c'était esthétiquement parfait mais bof pour le reste.) Je vais quand même pas me taper "Les Bronzés 3" sous prétexte qu'y a un match sur la 6 et le rien habituel sur les autres chaînes!
Je suis pourtant pas difficile. Le seul truc que j'aime pas, c'est les films d'horreur. Et les films de guerre - tous les trucs où y'a du sang en fait. Et les films comiques qui ne me font jamais, jamais rire. Et les comédies romantiques dégoulinantes de mièvrerie. Et les films d'action dont le scénario tient en deux lignes. Bon OK présenté comme ça on pourrait limite croire que je suis difficile. Mais je suis super bon public pour les films d'auteur tchéco-islandais en VO non sous-titrée.

Le coup de gueule du jeudi soir

(Réprimé jusqu'à vendredi après-midi pour cause de site en rade)

J'en ai maaaaaarre qu'on me sucre Kaamelott à cause du foot! (En plus pour la branlée que s'est pris l'OM, c'était bien la peine!) Je veux savoir où va ouvrir la prochaine porte dimensionnelle et si Arthur va enfin conclure avec la femme de Caradoc!

dimanche 5 mars 2006

A propos d'Ilan Halimi

Je viens de regarder le "Arrêt sur images" consacré à cette triste affaire. Après avoir passé en revue tous les éléments dont disposent les enquêteurs, les journalistes et le public, je trouve injustifiée la levée de boucliers qui s'est produite au nom d'un soi-disant antisémitisme. Les bourreaux d'Ilan l'ont enlevé en pensant que "les juifs ont de l'argent, et que s'ils n'en ont pas eux-mêmes, ils peuvent compter sur le reste de leur communauté pour le réunir" (je résume). Ce qui est un stéréotype aussi stupide que "les Suisses sont lents", "les Ecossais sont avares", "les Grecs sont pédés" ou "les Arabes sont tous des extrémistes assoiffés du sang des infidèles", mais bref. Leur motif était l'argent, pas la religion. La judaïcité de la victime n'a été qu'une cause indirecte de son calvaire. Et cela dit, même s'il s'agissait réellement de haine à l'encontre d'un peuple plutôt que de vulgaire crapulerie... L'atrocité de cet acte serait-elle en rien augmentée ou diminuée? Pour moi, les barbares méritent la peine maximum dans tous les cas - et je déplore bien qu'en France, ils n'encourent qu'une pseudo-condamnation à perpétuité.

C'est rassurant

La semaine dernière, un homme s'est tué au club où je dois effectuer mon stage PAC cet été. Son parachute principal ne s'est pas ouvert et il s'est emmêlé dans les fils de son parachute de secours. Il avait 10 000 sauts à son actif. Que ressent-on quand on voit la terre approcher à toute vitesse et qu'on sait qu'on va mourir dans 5 secondes... 4... 3... 2... 1... 0?

jeudi 2 mars 2006

Verre à moitié vide, verre à moitié plein

L'Homme ne me voit pas et ne me parle pas. Je suis total paumée.
Je ne survis que grâce à ma couverture polaire et il reste encore un bon mois d'hiver.
Depuis que j'ai arrêté de fumer, j'ai tout le temps envie de sucré.
Je viens de rempiler pour 5 tomes énormes d'une série d'heroic fantasy, moi qui n'aime que les traductions courtes. C'est pas demain que je vais réussir à dévier vers le mainstream.
Cette année je ne pourrai prendre de vacances qu'une seule fois.

L'Homme et moi cohabitons paisiblement sans la moindre dispute. J'ai réussi à ne rien faire d'irréparable pour le moment.
L'hiver n'a pas été très froid ni très pluvieux, et dans un mois à peine c'est le printemps.
Depuis que j'ai arrêté de fumer, j'ai réussi à ne prendre que 300 grammes (!)
C'est pas demain que je me retrouve au chômage technique. Et ma série préférée, que l'éditeur voulait lâcher, a été maintenue pour cause de plébiscite des lecteurs.
Les prochaines vacances, c'est 3 semaines aux USA entre amis et ça devrait tuer des chats (non, Junior, pas au sens propre; c'est une virée en bagnole, pas la grippe aviaire).

Le bonheur, c'est une question de point de vue.