dimanche 30 mars 2008

Sweet Sunday afternoon

A 13h02, j'étais à poil dans la baignoire en train de rincer ma teinture "rouge intense" quand j'ai réalisé.
L'unique bus que je pouvais prendre pour aller cet après-midi chez C&C passait à 13h17.
Un quart d'heure pour finir de me doucher, essorer mes cheveux dégoulinants, enfiler une tenue vaguement cohérente (T-shirt Harley Daytona + Levis à dragon + boots de moto), étaler une couche de Diorskin Pure Light, mettre un peu de mascara noir et deux pschitt d'Orange Magnifica, transvaser mes affaires de mon sac précédent dans le Gérard Darel tout neuf que je viens de payer un rein, localiser un bouquin et un rouge à lèvres, retrouver le Tupperware dans lequel C&C m'avaient fait emporter des lasagnes il y a plusieurs mois déjà, attraper mon blouson au vol et courir jusqu'à l'arrêt de bus le plus proche.
J'y suis arrivée. Le cheveu encore trempé comme si je sortais de la piscine, le maquillage pas fini, mais j'y suis arrivée.
Ca valait le coup de me dépêcher. Sans ça, j'aurais raté l'occasion de m'entendre dire "mon Dieu, mais tu es plus belle et plus rayonnante à chaque fois que je te vois" (visiblement j'ai le coup de main pour appliquer du rouge cerise pétasse dans un bus en marche), de manger de délicieuses crêpes avec du sucre à la framboise (du vrai avec les grains qui craquent sous la dent et pas le machin impalpable qu'ils utilisent en Belgique), de me faire battre sur la Wii au bowling et au tennis par une fillette de cinq ans et demi (no comment), de découvrir la cote actuelle des toutes premières cartes Magic dont je me suis débarrassée il y a plus de dix ans (mon Shivan dragon s'échange désormais pour 85 euros, argh!), de faire des dessins au feutre et de recevoir en échange un superbe portrait de moi avec des mains violettes (mais des cheveux pile de la bonne teinte et deux coeurs tout choupinets au-dessus) et de dîner de pizza 4 fromages maison à une heure où je peux encore espérer la digérer avant d'aller dormir.
C&C et leurs enfants sont l'un des très rares bonheurs qui me font dire que je n'ai pas tout à fait perdu les sept ans passés avec l'Homme.

samedi 29 mars 2008

Panne des sens

Très peu de temps après que je sois venue m'installer à Bruxelles, un problème de santé inopiné a fait que notre vie sexuelle jusque là extrêmement intense est tout d'un coup passée au quasi point mort. Imaginez une Ferrari qui ne peut subitement plus rouler qu'en première et vous aurez une petite idée de l'effet produit.

Or, le couple que je forme avec Hawk s'est fondé sur nos libidos hypertrophiées et passablement tordues. C'est d'ailleurs l'une des raisons qui me faisaient redouter la vie à deux. La familiarité et la disponibilité engendrant fatalement une forme d'ennui, je craignais soit qu'on parte dans des délires de plus en plus intenables pour entretenir le désir à toute force, soit qu'on retombe dans l'apathie qu'on avait tous deux connue sur la fin avec nos précédents partenaires. Et qu'on réalise qu'au-delà de notre merveilleuse entente sexuelle, on n'avait finalement pas grand-chose en commun.

C'est tout le contraire qui s'est produit. Oh bien sûr, la frustration n'a pas manqué de pointer le bout de son nez et de provoquer un ou deux accrochages. Mais dans l'ensemble, la situation nous a surtout permis de nous rendre compte que le sexe n'était qu'une toute petite partie de ce qu'on partageait. Que nos sentiments ne dépendaient que très peu de ce que nos corps pouvaient se faire ou non. Que notre relation n'était pas juste basée sur le cul, mais aussi sur l'écoute, la compréhension, le respect des blessures et des blocages de l'autre, un besoin constant de se parler et d'échanger des idées, une envie commune de créer, une dynamique qui fait ressortir le meilleur de chacun de nous et nous donne envie d'avancer en tant que couple et qu'individus.

Et même si je me serais bien passée de le découvrir de cette façon, savoir cela est immensément rassurant.

vendredi 28 mars 2008

L'inconnu(e) du 29

Hier à la sortie de la gare SNCF, j'ai pris le bus pour finir le trajet jusqu'à Monpatelin. Il était presque vide quand je suis montée dedans; j'ai donc réquisitionné les deux places derrière le chauffeur: celle contre la vitre pour mettre ma valise par terre et mon ordi + mon gros sac à main sur le siège, et l'autre pour poser mon séant.
Deux stations plus loin, le bus subit un assaut de lycéens fraîchement sortis de cours. Il ne reste pas une seule place de libre quand je vois monter une personne de sexe indéterminé à l'allure extrêmement étrange. Longs cheveux clairsemés, tire-bouchonnant sur les épaules et hésitant entre le gris et le jaune. Visage aux traits a priori masculins; un oeil gonflé et à demi fermé; joues rouges; dentition abîmée. Sweat-shirt XXL à message humoristique. Jupe informe en molleton marron. Jambes nues; celle de gauche ne semble avoir ni cheville ni talon. Chaussettes de laine grise tire-bouchonnées sur Converse basses rouges ayant connu des jours meilleurs.
J'entends cette personne expliquer au chauffeur qu'elle ne peut pas rester debout dans un bus en mouvement, et ce que je redoutais arrive: elle se tourne vers moi en souriant et demande d'une voix aussi masculine que ses traits: "Pardon mademoiselle, je peux me mettre à côté de vous?" Je pousse donc mes bagages pour me tasser sur le siège contre la vitre. Comme ma valise occupe toute la place au sol, je me retrouve dans une position très inconfortable, les jambes de biais à demi sur le siège côté allée. Et toute ma cuisse droite pressée contre la cuisse gauche de mon voisin (ou ma voisine, allez savoir). En temps normal, déjà, je déteste la proximité physique avec des inconnus. Là, je priais carrément pour que cette personne descende le plus vite possible.
Pourtant, l'exiguité des sièges mises à part, elle ne me dérangeait en rien. Elle ne sentait pas l'alcool, n'avait pas d'odeur corporelle déplaisante, s'exprimait tout à fait correctement et n'a pas cherché pas à engager la conversation avec moi (mon cauchemar dans les transports en commun). J'ai essayé de définir ce qui me mettait si mal à l'aise. Son handicap physique, un petit peu. Sa mise de SDF, un petit peu aussi. Mais dans le fond ce qui me perturbait le plus, me semble-t-il, c'est que j'étais incapable de la ranger dans une case. Homme ou femme? Aucune idée. Trop propre pour vivre dans la rue. Trop mal attifée pour quelqu'un de "normal". Trop normale dans son comportement et ses paroles pour être soûle ou dingue.
Je ne pouvais pas lui coller d'étiquette, donc elle me faisait vaguement peur. Alors que depuis toujours je prétends vomir le conformisme et prôner l'individualité à tout prix.
Sur ce coup-là, franchement, j'ai eu honte de moi.

jeudi 27 mars 2008

Projets pour la semaine

- Profiter de l'absence de distractions dans Monpatelin pour bien entamer la trad du tome 4 de Série Sympa
- Aller chez Champion faire un stock de tous les trucs indispensables à ma survie que je ne trouve pas au Delhaize Flagey, à savoir: Lipton vert aux agrumes, 5 baies (et pas "sinkbêêêh" à la belge), crème de marrons mangeable, strips Nivéa et eau démaquillante de la marque que j'aime
- Boucler ma déclaration de revenus 2007 et entrevoir l'Homme-ce-traître juste le temps de la lui faire signer
- Expédier mon détartrage annuel chez le dentiste (je déteste qu'on me touche les dents, raison de plus pour prévenir plutôt que guérir)
- Faire mon rappel de vaccin DTpolio chez Gentil Généraliste; en profiter pour lui toucher deux mots de mon torticolis persistant et de mes angoisses actuelles pour voir s'il me prescrit des médocs rigolos
- Déjeuner avec Etre Exquis au super salon de thé où on goûte d'habitude, pour changer un peu
- Passer chez Etam Lingerie claquer les 80 euros de chèques fidélité que je viens de recevoir; un pyjama supplémentaire et une paire de pantoufles qui ne puent pas (ou à défaut des chaussettes à semelle antidérapante) seraient les bienvenus
- Tâcher d'éviter la crise cardiaque quand l'employé(e) de ma mutuelle m'annoncera à combien je dois porter mes cotisations mensuelles pour bénéficier d'indemnités journalières décentes en cas d'arrêt de travail prolongé
- Regarder "Le grand journal" le plus souvent possible, "Pékin Express" mardi soir et "La Nouvelle Star" mercredi: ma chouchoute Amandine sera à Baltard!
- Essayer d'aller dîner chez C&C (mais quand?)
- Faire le ménage en prévision de la venue de Hawk (*heart* *heart* *love* *kiss*) à la fin du mois prochain

Bulletin météo comparatif

Bruxelles: 0° dehors, pluie et vent, mais appart délicieusement douillet.
Monpatelin: 18° dehors, grand soleil, mais appart glagla et impossible à chauffer.
Je ne peux juste pas gagner.

mercredi 26 mars 2008

Le plus beau cadeau de l'univers

...Et en plus, il va le faire avec moi!!!
*heart* *heart* *heart*

La journée commence bien

J'ai été réveillée une première fois vers 7h par une attaque-éclair de Scarlett sur mon pied droit qui dépassait malencontreusement de la couette.
J'ai été réveillée une deuxième fois vers 9h par un coup d'interphone qui m'a fait sortir sur le balcon en T-shirt et culotte, par 0° dehors, pour voir qui c'était. Réponse: quelqu'un qui cherchait Mme Fabbri. Il n'y a pas de Mme Fabbri dans l'immeuble.
J'ai été réveillée une troisième fois vers 10h par la sonnerie de mon portable belge. C'était mes parents qui voulaient me souhaiter un joyeux anniversaire.
A ce stade, j'ai pensé qu'il valait mieux me lever.

mardi 25 mars 2008

"The Spiderwick chronicles"

Pour une fois, je suis allée voir un film tiré d'un roman de fantasy sans avoir lu le bouquin avant; je n'avais donc pas de point de comparaison ni d'attentes particulières à part passer un bon moment. Et de fait, un bon moment j'ai passé. Parce que l'aventure qui arrive aux jeunes héros, c'est plus ou moins celle dont je rêvais quand j'étais petite. Tous les éléments étaient réunis: un manoir poussiéreux plein de recoins et de secrets, un mystérieux grimoire aux illustrations alléchantes, un lutin domestique râleur, un souterrain à l'entrée dissimulée, des fées croquignolettes, des monstres dégoûtants des crapauds plein de bave écroulés de rire en contemplant d'autres épaves (JJG, sors de ce corps!) , un vol à dos de griffon... Le tout très bien réalisé et sans autre prétention que faire retomber le spectateur en enfance. En ce qui me concerne, objectif atteint. Seul problème: maintenant, je ne veux plus me trouver un T3 à Ixelles mais une jolie vieille maison dans les bois, et je me dis qu'aller faire ses courses chez Carrefour en créature mythologique plutôt qu'en Ford Cambio, ça serait quand même vachement plus classe.

lundi 24 mars 2008

Week-end pascal

Il aura été, pour nous, studieux et dépourvu de chocolat. Hawk bossait samedi de 6h à 14h; j'en ai profité pour avancer sur une trad que je devais rendre mardi, et pour faire quelques courses au Delhaize afin de ne pas affronter deux jours de magasins fermés le frigo vide. L'après-midi, nous avons tenté une brève excursion en ville pour chercher un Freeloader, mais le temps pourri nous a très vite poussés à nous replier chez nous avec quatre couques de chez Sucré-Salé et une théière de genmaicha. Le soir, nous étions invités chez Olive et Aurore où nous avons passé un très bon moment et dîné mieux qu'au resto (apparemment, les crevettes se marient super bien avec la pomme et le curry, et j'ai découvert la tarte au sucre qui n'est pas mal du tout, même si elle ne compense pas le coup du faux cheesecake belge piégé aux speculoos).
Dimanche, brunch au Balmoral avec Phil H et Julie: ça faisait longtemps. Je passe sur l'hérésie qui consiste à commander une assiette de frites rustiques - mayo méga grasse en complément d'un pain de Toscane (tomates/mozzarella/roquette/huile d'olive) très peu américain comme son nom et sa composition l'indiquent. Après ça, faute de Guitar Hero, nous nous sommes serrés tous les quatre sur le confortable canapé de Phil H face à Super Mario party. Bien entendu, je suis nulle à ce jeu comme à tous les autres qui nécessitent une dextérité supérieure à celle d'un escargot. Mais on s'est bien marrés et c'est l'essentiel. Tant que je m'amuse, je me fiche de gagner ou de perdre; je n'ai aucun esprit de compétition.
Puis nous avons été manger des pitas au Touch'n'go, où j'ai commis ma seconde erreur diététique de la journée en arrosant mes gambas, mon avocat et mon ananas d'un litre de sauce à l'ail super piquante. Dix-neuf heures et trois brossages de dents plus tard, j'ai encore mal au bide et je n'ose parler à personne sans détourner la tête. La journée s'est conclue par la visionnage des trois premiers épisodes de Dirt, qui est tout à fait conforme à ce que j'attendais: cynique, cruel, dramatique avec en plus l'élément perturbant du photographe schizophrène. La série a de très bonnes bases, pas fracassantes mais intrigantes, et j'ai hâte de voir comment elle va évoluer. En plus Courteney Cox est magnifique; je la trouve un poil maigre et elle a sûrement fait un peu de chirurgie esthétique, mais au moins ça reste discret. Elle n'a pas un bec de canard à la place de la bouche et elle continue à se ressembler (contrairement à d'autres actrices venant de passer la quarantaine - oui, c'est à toi que je parle Nicole).
Ce matin, je me suis levée à regret au lieu de prolonger ma grasse mat' câline avec Hawk car je devais bosser. Pendant qu'il allait à sa salle de sport, j'ai traduit une quinzaine de feuillets en observant, médusée, les changements de temps par la fenêtre: grand soleil, blizzard, grand soleil, blizzard, le tout en l'espace de quelques minutes. Mars est réputé pour ses giboulées mais je n'avais jamais vu de climat aussi maboule. Là j'écris ce post pendant qu'il fait la cuisine. L'après-midi va se passer à bosser côte à côte chacun sur son ordi portable, avec probablement une théière de quelque chose et de nombreux aller-retour pipi à l'étage.

samedi 22 mars 2008

La fausse bonne idée

Depuis que nous sommes les heureux propriétaires d'une Wii, Hawk et moi nous fantasmons en héritiers spirituels de Slash faisant trembler les murs de l'immeuble avec notre reprise époustouflante de "Welcome to the jungle". Autrement dit, nous avions envie d'un Guitar Hero III: Legends of Rock. Seul hic, le prix plutôt élevé en Belgique, dans les 90 euros. Ca tombait bien, les VIP partaient aux USA début février et Kris proposait gentiment d'utiliser sa moitié de valise toujours vacante pour nous ramener des trucs si on voulait. Au cours actuel du dollar, ça aurait été bête de ne pas profiter; j'ai donc passé commande du jeu tant convoité. 67 euros frais bancaires compris, une affaire.
Il a encore fallu attendre le week-end dernier et notre passage à Paris pour le récupérer. La boîte était méga encombrante; nous l'avons traînée à Notre-Dame et jusqu'au deuxième étage de la Tour Eiffel dans la pluie et le vent. A notre retour à Bruxelles, nous avons eu une semaine trop chargée pour le tester tout de suite. Puis Phil H a proposé un après-midi Guitar Hero dimanche, et ne voulant pas une fois de plus passer pour les handicapés de service, nous avons essayé de nous entraîner hier soir. Montage de la guitare: check. Introduction du jeu dans la console: "impossible de lire le disque".
...Gni?
Sortie du disque, coup de chiffon, réintroduction dans la console: "impossible de lire le disque". Une rapide vérification sur internet nous apprend que... les jeux Wii sont zonés, comme les DVD. Mais qu'il y a moyen de dézoner la console au moyen d'un soft récent appelé Freeloader.
Cet après-midi, nous nous mettons donc en quête de la chose - sous un grand soleil au départ de la maison, puis une pluie battante dès que nous mettons le nez hors du métro fringués bien évidemment pour temps sec. Dans les cinq ou six magasins où nous réclamons successivement le Freeloader, les vendeurs ouvrent de grands yeux ahuris et répondent qu'ils ne connaissent pas. Nous rentrons sous la neige et dans les grommellements excédés des 50% féminins de notre couple. Arrivés à la maison, nous commandons un Freeloader sur internet.
Coût de l'opération, frais de port inclus: 18,65 euros. Prix de revient total du Guitar Hero jusqu'ici: 85,65 euros. Vraiment, ça vaut la peine de chercher à faire des économies.

jeudi 20 mars 2008

Frustrée de voyages

Ce soir, nous sommes allés voir "Darjeeling Limited" - à la base parce que j'aime le côté doucement déjanté des films de Wes Anderson et parce que Hawk n'en avait jamais vu aucun, ce qui était une grave lacune dans sa culture de cinéphile. Au final, même si "Darjeeling Limited" était plus abouti et mieux construit que "La famille Tenenbaum" ou "La vie aquatique", ce que j'en retiendrai surtout, ce sont les images de l'Inde: les couleurs éclatantes, le joyeux bordel dans les rues des grandes villes, l'omniprésence de la religion, l'atmosphère propice à la spiritualité et le rapport à la mort si différent du nôtre. Plusieurs fois, au lieu de suivre l'histoire des trois frères interprétés par Owen Wilson, Adrian Brody et Jason Schwartzman, j'ai laissé mon esprit vagabonder comme si c'était moi qui traversais le pays à bord d'un train poussif et pittoresque.
Il faut dire que depuis notre retour du Japon en septembre dernier, rien n'est venu étancher ma soif d'ailleurs - et rien ne viendra le faire dans un avenir proche. Le problème n'est ni le manque de temps ni le manque d'argent, pour une fois, mais le manque de congés de Hawk. La banque pour laquelle il bosse ne lui a même pas accordé la semaine de vacances que nous avions prévue de passer ensemble dans le sud de la France pour mon anniversaire, et il ne connaît son emploi du temps que vers le 15 du mois pour le mois suivant. Partant de là, je n'ose pas faire de projets exotiques et coûteux qui risqueraient de se voir annulés au dernier moment. Je commence même à craindre pour la malheureuse semaine que nous avions prévu de passer à Copenhague en septembre. Et mes fourmis dans les pattes se font de plus en plus pressantes. Oh, je ne m'ennuie absolument pas à Bruxelles, et je mentirais en prétendant que j'ai du stress professionnel à évacuer. Mais je suis une voyageuse dans l'âme. J'ai besoin de paysages, de musiques, d'odeurs, de rencontres pour nourrir mon imaginaire. Là, je suis gravement en manque.

Mon ami Xiti

Ca fait un an que je me suis que le sémillant Phil H m'a abonnée à Xiti (je suis une cruche en informatique et j'assume). Bien plus qu'un vulgaire compteur de visites, il s'agit d'un programme analyseur de données qui trace de jolies courbes représentant l'évolution de la fréquentation de mon blog, liste les mots-clés ayant permis d'y accéder par l'intermédiaire de Google et colorie sur une carte du monde le pays d'origine de chacun de mes lecteurs.

Grâce à lui, je sais désormais:

- Que le nombre de mes visiteurs uniques a doublé au cours de ces douze derniers mois et frôle désormais les 200 chaque jour. C'est peu comparé à certains blogs hyper populaires, mais jamais je n'aurais cru atteindre ce chiffre avec un blog aussi foutoir et intimiste que le mien, d'autant que je ne fais aucun effort de "publicité" et commente rarement les blogs des autres.

- Que l'expression "ce qui ne me tue pas me rend plus fort" est de loin le keyword qui revient le plus souvent dans ma liste; que citer une émission de télé (Pékin Express, la Nouvelle Star) ou une manifestation populaire (Expo Star Wars, Salon du Livre) est un bon moyen d'attirer des visiteurs - mais probablement pas de les garder, raison pour laquelle je ne sombrerai pas dans le name-dropping injustifié.

- Qu'il y a dans l'état de New York, dans le Massachussetts, dans le New Jersey et plus récemment au Maroc des gens qui viennent me lire chaque jour ou presque sans jamais laisser de commentaires. Alors que je serais vraiment curieuse de les connaître, de savoir comment ils sont arrivés "chez moi" de si loin et ce qu'ils y ont trouvé qui les pousse à revenir régulièrement.

mercredi 19 mars 2008

"Le fait d'habiter Bagnolet"

C'est l'affiche ludique et colorée, scotchée dans la vitrine d'un magasin de la place Flagey, qui a d'abord attiré mon attention. Et c'est le nom de l'auteur qui m'a fait demander à Hawk: "ça te dirait d'aller voir ce truc?". Il faut dire que nous sommes tous deux amateurs de l'univers bobo adulescent de Vincent Delerm. Renseignements pris sur internet, "Le fait d'habiter Bagnolet" était une pièce assez ancienne, écrite pendant ses études, qui racontait la formation d'un couple pendant une scène au restaurant juste avant l'échange du premier baiser. Le thème semblait en effet très delermien. Nous avons réservé deux places pour la représentation du 18 mars.
Hier soir, je n'avais pas envie de sortir. Temps merdique, nuque en compote, mal à la gorge, appart en sérieuse carence de ménage, énorme pile de bouquins à lire ramenée de Paris... Mais la pièce ne se jouait que jusqu'à la fin de cette semaine par ailleurs bien remplie pour nous. Je me suis un peu forcée à m'habiller pour sortir dans le vent, le froid et la pluie.
Le tram 81 nous a laissés au pied de la chaussée St-Pierre dont l'état m'a fait halluciner. Gadoue à la place du bitume sur toute la largeur, engins de chantier stationnés parmi les voitures, parpaings entassés le long des bâtiments - on se serait crus à Beyrouth. Je me suis félicitée d'avoir joué l'emmitouflage et le confort plutôt que l'élégance: c'était un coup à flinguer irrémédiablement une paire d'escarpins, alors que mes boots de moto Free Lance sont à toute épreuve.
L'Atelier 210 s'est avéré être une de ces petites salles de théâtre que j'affectionne pour leur côté intime et qui, paraît-il, sont légion à Bruxelles. J'ai beaucoup aimé la peinture rouge sombre des murs pour l'aspect dramatique qu'elle conférait aux marches usées, aux tapis élimés, aux vieux fauteuils défoncés et aux tables dépareillées du bar. Nous étions en avance; nous avons bu un soda en attendant l'ouverture des portes.
La pièce a commencé à l'heure, sans tambour ni trompette juste après l'extinction des lumières. Les deux comédiens qui jouaient Simon et Alice sont entrés sur scène et ont, chacun leur tour, commencé à s'adresser au public pour raconter leur version de leur rencontre, leur interprétation des gestes d'un Autre qu'ils connaissaient encore si peu, la manière dont cette histoire naissante s'inscrivait dans leurs vies respectives, les questions qu'ils se posaient et leurs espoirs pour un éventuel avenir commun. La structure de la pièce faisait qu'ils ne s'adressaient pratiquement jamais l'un à l'autre, que l'action se passait dans leur tête plutôt que dans leurs échanges. Ca aurait pu être une démonstration un peu pompeuse sur le thème de l'incommunicabilité, des fausses intentions que chacun prête à son partenaire dans un couple, de l'influence exercée par le passé, voire du déterminisme amoureux. C'était juste un portrait sans prétention, brossé à petites touches pleines de tendresse et de dérision, avec une multitude de détails justes et touchants. Du Delerm, quoi.
A part ça, j'ai beaucoup aimé la mise en scène simple, mais efficace et pleine de dynamisme, et notamment l'idée des deux moitiés séparées de table de restaurant. Hawk a cependant déploré de trop longues séquences de vieux films qui, diffusées sur un écran au fond de la scène, venaient casser le rythme de la pièce. Pour le reste, les comédiens n'étaient pas mal dans leur rôle, même si Fanny Duroisin mâchait un peu ses mots et qu'on avait parfois du mal à la comprendre. L'un dans l'autre, j'ai passé une très bonne soirée et vraiment pas regretté de m'être fait violence pour sortir.

mardi 18 mars 2008

4 jours à Paris : en vrac

JEUDI 13
- J'ai trouvé les Ono de chez Ash au Printemps Haussman. A moins 15% ce jour-là. Mais pas dans la couleur que je voulais, et surtout, pas dans ma pointure: le 36 me tombe des pieds et elles n'existent pas en 35. Uber-déçue j'étais.
- J'ai accepté de faire, pour Editeur Préféré, une trilogie dont chaque tome compte la bagatelle de 660 pages. Et dont la trad doit être bouclée d'ici fin novembre 2009 - en plus des autres séries sur lesquelles je suis déjà engagée. Les vacances ne vont pas me faire mal l'an prochain, c'est moi qui vous le dis.
- La vue de Claire ravissante dans sa petite robe en satin noir et ses jolies sandales m'a dissuadée d'assister à l'inauguration du Salon du Livre. Avec ma tenue spéciale "marchons des heures dans les rues de Paris sans avoir froid ni mal aux pieds", je me sentais limite comme une clocharde à côté d'elle.
- 7: c'est le nombre de vendeurs pakistanais qui sont venus nous proposer des roses, à Kris et à moi, pendant que nous dînions au Paradis du Fruit Bastille. Chaque fois, je leur souriais en secouant la tête. Chaque fois, Kris ronchonnait: "Depuis le temps qu'on s'est pas vus, tu pourrais quand même m'offrir une rose". A la fin, quand j'en voyais un se diriger vers nous, j'avais juste envie de piquer un fou-rire.
- Après le repas, j'ai laissé Kris au bas des escaliers du métro pour reprendre la ligne 5 dans le sens inverse de lui. Pendant que j'attendais mon train, je me suis amusée à photographier, sur le quai d'en face, deux affiches pour les prochains concerts de Kiss et de ZZTop - tout en pestant contre le quidam assis juste dessous. Quand j'ai pu visionner mes clichés sur le MacBook de Hawk, j'ai éclaté de rire: le quidam, c'était Kris.

VENDREDI 14
- J'ai voulu commencer ma journée de shopping dans le Marais. Mauvaise idée: la plupart des boutiques du quartier n'ouvrent pas avant midi. Quelle bande de feignasses ces commerçants parisiens, pffff.
- Le magasin La Redoute des Halles est tout aussi désespérément fermé que celui de Monpatelin. Je sens une conspiration pour m'empêcher d'essayer la petite robe de la page 51.
- Le premier numéro d'Echo, la nouvelle série de Terry Moore, est paru, mais mon dealer de comics ne l'avait pas encore reçu. Damned. Je me suis contentée des 4 derniers Buffy saison 8, en essayant de ne pas rouspéter parce que c'est un éditeur de bédé pour lequel je ne bosse pas qui a emporté la bataille des droits de traduction. Après Harry Potter, je ne suis plus à ça près.
- Deux tops pas spécialement travaillés chez Kookai coûtent 115 euros ces jours-ci. Soit environ le double d'avant le passage à l'euro. Et on essaie de nous faire croire que non, les prix n'ont pas augmenté de façon disproportionnée aux salaires.
- En début de saison, quand je n'avais pas besoin de sous-vêtements, Calvin Klein faisait des boxers en microfibre rouge vif, gris anthracite ou violet foncé. Maintenant qu'il m'en faut, on ne trouve plus que du noir et du chair. Top fun.
- J'ai découvert l'afternoon tea du Virgin Café, sur les Champs-Elysées. Délicieux. Et encore plus quand servi par un charmant jeune homme prénommé Yohann.
- Drôle de dîner que celui de vendredi soir au resto de l'hôtel W. JC et moi, une semaine à peine après les obsèques de sa femme. Le discours est positif mais l'émotion bien présente. Ca me fait du bien de le retrouver même si je déteste ces circonstances.
- Récupération de Hawk sur le quai de la Gare du Nord à presque minuit. La dernière fois que je suis venue le chercher là, c'était en janvier 2007. Comme notre vie a changé depuis... (Nos conditions de séjour aussi, d'ailleurs. L'hôtel des 3 Nations est un bon compromis qualité/situation/prix, mais il ne vaut clairement pas l'hôtel Amour en matière de sexytude.)

SAMEDI 15
- En sortant le matin, je suggère à Hawk de se prendre un Minute Maid à la boulangerie la plus proche de l'hôtel. Il préfère attendre de trouver un café. Après avoir payé un minuscule jus d'orange 4,50 euros au Royal Opéra, il devrait mieux écouter mes conseils la prochaine fois.
- Gap donne toujours les mêmes maudits sacs en plastique bleu marine avec des poignées en ficelle style baluchon de marin. Ils auraient sciemment cherché à faire un truc chiant à trimballer qu'ils n'auraient pas pu mieux inventer. En fin de journée, mains de schtroumpf décoloré et doigts semi-sciés garantis.
- J'ai raté, par manque d'organisation, pas mal d'auteurs que j'aurais aimé voir ou dont j'aurais dû penser à emporter les bouquins pour les faire dédicacer au Salon du Livre. Si je reviens l'an prochain, je me préparerai mieux. Et je penserai à emporter une carte de visite pour ne pas payer l'entrée.
- Chouette soirée chez Editeur Préféré, même s'il manquait quelques têtes que j'espérais voir, comme Barbara ou Mélanie. Je n'ai pas trop eu le temps de discuter avec Bones, mais j'ai eu une première conversation avec Gérard et sa moitié, une deuxième avec Claire-plus-rock'n'roll-qu'il-n'y-paraît et Fred (un collègue traducteur qui a l'immense bon goût de lire et d'apprécier ce blog), une troisième avec Anne que j'aime beaucoup et n'ai guère vue ces dernières années. J'ai également retrouvé le très sympathique Damien et rencontré deux jeunes auteurs anglais charmants, plus un vieil auteur anglais bourru et extrêmement célèbre à qui j'ai eu peur d'adresser la parole. J'ai bu quatre coupes de champagne et je confirme que c'est ma limite avant de me mettre à rire bêtement et à raconter n'importe quoi.

DIMANCHE 16
- Je me suis levée sans torticolis mais avec la gorge qui gratouillait. Restons stoïque (et filons acheter du Codotussyl dans la première pharmacie ouverte).
- Le Paradis du Fruit Saint-Michel où nous avons déjeuné avec Kris et Autre Moi a changé sa recette de marmite rustique, et pas en mieux. La prochaine fois, je reviendrai à mon sempiternel Paradis Terrestre.
- Ca y est, nous avons récupéré notre Guitar Hero spécialement importé pour nous des USA par les VIP. Ca va rocker ce week-end dans les chaumières!
- Je ferais n'importe quoi par amour. Y compris visiter Notre-Dame un dimanche des Rameaux.
- ...Ou la Tour Eiffel un jour de pluie et de vent. Je n'y étais venue qu'une seule fois, lors de mon premier séjour à Paris avec Père quand j'avais 17 ans. Pfiou, tout ça ne me rajeunit pas.
- Hawk a testé le Subway avec moi et trouvé ça crapuleusement bon. Le contraire m'aurait étonnée.

lundi 17 mars 2008

Salon du Livre 2008 à la Porte de Versailles

Quand, samedi vers 17h, nous sommes sortis du métro Porte de Versailles avec Hawk, nous avons été accueillis par une bande de manifestants peu nombreux mais extrêmement remontés qui braillaient "Israël, criminels!" planqués sous leurs keffieh. On s'est dit que vraiment, ça commençait bien. On avait déjà une bonne journée de marche dans les pattes, on était complètement déshydratés et j'avais prévenu Hawk que les années précédentes, il faisait 72° à l'intérieur du Hall 1 avec une foule tellement compacte qu'il fallait jouer des coudes pour avancer. Du coup, j'ai presque failli faire demi-tour.
Un Ricqlès à 4,20 euros plus tard (après six mois à Bruxelles, les prix des brasseries parisiennes me font encore plus halluciner qu'avant), nous nous sommes enfin décidés à tenter une incursion. Il a fallu faire une queue immense et passer un portique de sécurité comme dans les aéroports. Super rassurant. Mais une fois dedans, bonne surprise: la température était raisonnable et la foule, bien que nombreuse, permettait une circulation assez fluide dans les allées.
Nous sommes d'abord passés sur le stand d'Editeur Préféré, où nous avons croisé et bavardé brièvement avec plusieurs stars du forum. C'est toujours sympa de mettre une tête sur un pseudo avec lequel on échange des insultes à longueur de journée; ça permet de personnaliser les vannes et de jouer bassement sur le physique d'autrui ^^
Puis nous avons décidé de faire un tour d'horizon et, peut-être, d'essayer de glaner quelques dédicaces. La liste des auteurs présents était impressionnante; il m'a fallu plusieurs minutes pour la parcourir. Chouette, Frédérique Deghelt que j'avais manquée à la Foire du Livre de Bruxelles la semaine précédente se trouvait justement là. Nous avons foncé vers le stand d'Actes Sud où nous avons rencontré une auteure charmante qui s'est gentiment prêtée au jeu du groupie shot avec Régis. Aude Picault dont j'ai adoré les deux "Moi, je" était là aussi, mais beaucoup de filles attendaient devant sa table, et j'avais déjà acheté mais négligé d'emporter ses bouquins. Lola Lafon, hélas, était prévue pour le mardi 18, bien après notre retour à Bruxelles. Et selon le programme Pénélope Bagieu avait commencé sa séance à 15h; nous approchions des 18h30 et je doutais fort qu'elle soit encore là.
Comme toujours, Hawk s'est ri de mon pessimisme naturel et m'a tout de même entraînée vers le stand des éditions La Martinière qui publient le Chama Sutra illustré par Pénélope. Et là, surprise inverse de la Foire du Livre de Bruxelles: sa dédicace avait été déplacée sur le créneau 17-19h, donc elle était toujours là avec son co-auteur! Mieux encore, elle a reconnu Régis pour l'avoir rencontré chez Tropismes et aperçu jeudi soir au vernissage de son expo, et elle lui a fait son premier fan art (que nous publierons très prochainement). Mieux que tout, elle a accepté la proposition parfaitement décente que je lui ai faite. Moins bien, Hawk était tellement sonné par la fatigue et hypnotisé par son décolleté qu'il en a oublié de prendre les photos d'usage, tsss tsss. Pénélope, ceci est un message personnel: pour la paix des ménages, peux-tu envisager de faire tes prochaines dédicaces en burqa, si on t'en trouve une mauve ou bleu Klein? Merci d'avance.
Au final, je suis sortie de là les jambes lourdes et le porte-monnaie plus léger, mais complètement ravie.

Expo Pénélope Bagieu / Cha / Jérômeuh à la galerie Jamault

Puisque j'étais sur Paris jeudi soir avec très peu de choses à faire (juste passer chez mon éditeur dans le 8ème, dîner avec Kris et assister à l'inauguration du Salon du Livre porte de Versailles), je me suis dit que j'allais faire un tour au vernissage de l'expo de Pénélope Bagieu dans le Marais. J'ai déjà raconté ici combien je suis fan du blog de cette demoiselle et de son bouquin, et j'avais envie de voir ce qu'elle était capable de faire d'autre.
J'ai eu un peu de mal à trouver la rue des Blancs-Manteaux. Résultat, en m'égarant dans le quartier, je suis tombée sur un magasin Muji dont je suis ressortie avec deux sacs très encombrants et pas du tout prévus au programme. Manque de chance, la galerie Jamault est un espace de dimensions modestes qui était blindé de monde ce soir-là. Je serais curieuse de savoir combien de bleus j'ai infligés aux mollets des autres visiteurs avec mes caissons en acrylique aux coins bien pointus et bien durs.
Bref, revenons au sujet de ce post: l'expo. Pas plus d'une douzaine d'oeuvres pour chacun des trois artistes. J'avoue que le travail de Jérômeuh m'indiffère. Je ne suis pas non plus fan de Cha, mais le tableau d'elle accroché en vitrine (deux amoureux sur une toile lacérée et recousue au point croisé, dans des tons de rose et de rouge, avec l'inscription "Love kills") m'a beaucoup plu.
Quant aux collages de Pénélope, ses planches naturalistes m'ont laissée un peu perplexe; par contre j'ai eu le coup de foudre pour une photo des toits de Paris sur laquelle elle a rajouté plein de cordes à linge avec de petits enfants tout plats en train de sécher, et dans un coin une jeune femme en sous-vêtements en train d'en repasser d'autres d'un air concentré. Je me suis précipitée vers le comptoir en égratignant quelques mollets supplémentaires au passage. "Trop tard, elle est déjà vendue", m'a dit le propriétaire de la galerie. J'étais super déçue. Ca faisait longtemps que je n'avais pas acheté de tableau parce que je ne trouvais rien qui me touchait, et j'aurais vraiment aimé accrocher celui-ci sur les murs de notre appartement bruxellois.
Dépitée, je n'ai même pas tenté de faire un coucou à Pénélope (de toute façon assaillie par une file de visiteurs qui voulaient se faire dédicacer son bouquin). Je suis tristement ressortie sous la pluie pour rejoindre Kris et noyer mon chagrin dans un Rose Paradis au Paradis du Fruit.
Pour les gens intéressés, l'expo se poursuit jusqu'au 22 mars; c'est au 19 rue des Blancs-Manteaux, métro Saint-Paul ou Rambuteau. Mais n'espérez pas repartir avec une oeuvre sous le bras: au moins la moitié d'entre elles se sont vendues dans la première heure du vernissage.

Paris, mars 2008


jeudi 13 mars 2008

Sur une note plus légère... enfin, quand je dis légère...

On pourrait penser qu'en l'absence de brioches au sucre, de ravioles de Romans et de tout un tas d'autres délices dont j'abusais en France, mon séjour en Belgique déboucherait sur une perte de poids significative.
Que nenni.
Car outre les gaufres vendues ici par des stands situés tous les cinquante mètres, il existe un truc absolument terrible qui s'appelle la portion fromage. Comprendre: de bêtes cubes de gruyère servis avec de la moutarde, du sel de céleri et des cure-dents. A l'heure de l'apéro avec un verre de vin rouge, c'est juste divin (en fin de soirée avec un Coca light, ça le fait très bien aussi). Et pour qui veut vraiment s'achever, il y a la portion mixte, à laquelle viennent se rajouter des olives vertes et de grandes tranches de chorizo.
Je me demande s'il y a un pays au monde dans lequel j'arriverais à perdre du poids.

mercredi 12 mars 2008

De la bascule des priorités

Pendant très longtemps, j'ai fait plus jeune que mon âge. Ceci était en partie dû à mon mètre cinquante-quatre et à ma voix de gamine, en partie à mes fringues plus rock que féminines ou élégantes. Ce qui m'énervait adolescente et jeune adulte est devenu une source de satisfaction intense à partir de 27 ou 28 ans. Alors que les filles de mon âge commençaient à attraper des rides et des cheveux blancs, ma détestation absolue du soleil et mon visage rond retardaient l'apparition des pattes d'oie et autres plis sur le front, tandis qu'une appréciable hérédité paternelle conservait à mes cheveux leur brun foncé naturel.
Puis l'année de mes 33 ans, mes sillons naso-géniens se sont creusés brusquement, et j'ai trouvé un premier cheveu blanc sec et frisotté au milieu de la jolie crinière qui faisait ma fierté. A partir de là, le bas de mon visage a commencé à s'affaisser irrémédiablement, me gratifiant d'un menton surnuméraire dès que je cessais de tendre le cou en avant. Alors que jusque là j'avais toujours bien aimé mon visage, je me suis mise à redouter mon reflet dans le miroir. Je pouvais bien continuer à écouter du metal et du goth, à baigner dans la fantasy, à lire des mangas et à acheter mes fringues dans les boutiques de djeûns, je devais me rendre à l'évidence: je vieillissais. Je faisais mon âge, celui d'une adulte restée ado dans sa tête qui virait peu à peu au "mouton déguisé en agneau", comme disent les anglo-saxons.
Ca m'a pas mal chagrinée. Je n'ai jamais été une bombe anatomique et je ne craignais pas de perdre une ligne que je n'avais jamais eue, mais je me sentais de plus en plus étrangère à la personne qui me rendait mon regard dans la glace. Je me demandais si je n'allais pas devenir une de ces quadras, puis quinquas pathétiques dont la seule obsession est de continuer à faire jeune; si je ne devais pas me résoudre à grandir enfin pour être raccord avec l'image que je présentais au reste du monde - quoi que puisse signifier le verbe "grandir" dans mon cas.
Après l'extérieur, c'est l'intérieur qui a commencé à donner des signes d'usure. Mon endométriose s'est aggravée et je n'ai plus pu continuer à l'ignorer; j'ai dû me faire opérer, puis chercher un traitement pour l'empêcher de récidiver. J'ai perdu peu à peu la souplesse développée par vingt ans de danse classique et moderne. Hier pour la première fois, mon genou droit abîmé par un vieil accident de ski s'est mis à me faire mal pour la seule raison que le temps était pluvieux.
La maladie puis le décès de mon amie B. m'ont joliment remis les idées en place. Depuis quelques semaines, je me dis que ce n'est pas bien grave d'avoir des rides ou des articulations qui craquent, que c'est le signe qu'on a vécu, fait des choses et exprimé des émotions. Je ne vais pas prétendre que je trouve Brigitte Bardot et Jeanne Moreau sublimes telles qu'elles sont aujourd'hui, mais je préfère encore ça au visage botoxé de partout de ces actrices de 40 ans qui ont toujours l'air d'en avoir 20. S'efforcer de rester jeune à tout prix, c'est livrer une bataille qui, en plus d'être vaine, mobilise beaucoup trop de temps et d'énergie à mon goût. C'est aussi se priver de la chance d'être en harmonie avec son âge et d'en savourer les plaisirs propres. En gros, j'ai décidé que ça n'était pas pour moi, que j'allais accepter ce qui arrive à mon corps (sans toutefois me laisser aller à ne plus prendre aucun soin de ma personne) et me préoccuper juste de rester moi plutôt que de rester jeune.
Je suis donc en paix avec mon apparence. Mais atrocement angoissée par mon état de santé. Je traîne depuis plusieurs semaines un torticolis dont je suis persuadée - ne riez pas - qu'il est le signe avant-coureur d'une tumeur au cerveau qui appuie sur les muscles de ma nuque. Je n'ai pas de raison particulière de m'inquiéter; je fais des check-ups réguliers, je ne fume plus depuis deux ans, il n'y pas d'antécédents de cancer dans ma famille, etc. A cause de B., et aussi d'une amie de Soeur Cadette (32 ans, sportive, une parfaite hygiène de vie et une tumeur du cerveau très aggressive découverte il y a quelques mois), je suis pourtant douloureusement consciente que tout cela ne garantit rien. Qu'à mon insu, un vilain crabe pourrait très bien être en train de me grignoter l'un ou l'autre organe - et que je pourrais très bien ne pas m'en apercevoir avant qu'il soit trop tard.
C'est fou la vitesse à laquelle les priorités peuvent basculer. Aujourd'hui ma seule préoccupation, la seule chose qui ne dépend pas entièrement de moi et pour laquelle je prie, c'est rester en bonne santé. Tout le reste me paraît très insignifiant et/ou remédiable avec un peu de bonne volonté.

mardi 11 mars 2008

"Des vies multiples"

Je me demande souvent ce que je serais devenue si j'avais fait d'autres choix à certains moments-clés de mon existence - ou plutôt, si je n'avais pas pris certaines décisions apparemment anodines sur le coup, mais qui se sont avérées avoir des répercussions sur toute la suite de ma vie.
Exemple: si je ne m'étais pas disputée avec ma première prof de danse classique et que je n'avais pas, sur un coup de tête, décidé de quitter son école pour m'inscrire à l'Opéra de T., je n'aurais pas rencontré Joëlle, qui ne m'aurait pas emmenée dans son club de jeux de rôles; je n'aurais donc pas eu les connaissances nécessaires pour devenir traductrice de fantasy, et qui sait ce que je serais en train de faire professionnellement aujourd'hui?
Parfois, je pense que sans cette petite phrase lancée en l'air à l'époque et sur laquelle j'ai embrayé par pur orgueil, je serais une personne complètement différente. Mais il est possible que je me trompe du tout au tout. Peut-être était-il inévitable que, à cause de ma personnalité et de mes goûts, je finisse un jour ou l'autre par "tomber" dans le JdR et par décider d'exploiter ma connaissance de l'anglais pour gagner ma vie autrement qu'à l'aide de mon foutu diplôme. Je ne le saurai jamais.
Toujours est-il que j'ai maintes fois réécrit mon histoire dans ma tête. Au début des années 90, j'ai dévoré "Replay" de Ken Grimwood, dont le héros a l'opportunité de recommencer sa vie maintes fois en utilisant ses souvenirs pour changer le cours des choses. Par curiosité, j'ai regardé le chick flick "Sliding doors" qui montre comment un métro attrapé ou raté fait basculer l'existence de Gwyneth Paltrow dans deux directions totalement opposées. J'ai même envisagé d'écrire une auto-fiction sur le concept "imaginons qu'à tel carrefour de ma vie j'aie pris telle autre route". Flemmasse que je suis, je n'ai jamais donné suite.
Alors quand j'ai vu que tel était précisément le concept du livre de Penelope Lively "Des vies multiples", je me suis jetée dessus, bien qu'il vienne juste de paraître en grand format et que je me sois fixé pour règle d'attendre la sortie en poche des bouquins qui m'intéressent - pour des raisons à la fois budgétaires et de place dans ma bibliothèque déjà pleine à craquer. Je pensais que j'allais adorer... Et je me trompais.
Je n'aime pas la façon dont l'auteur retrace au début de chaque chapitre le cheminement mental qui l'a poussée à écrire celui-ci. Je n'aime pas non plus qu'elle présente certaines histoires alternatives sous le point de vue d'autres personnes qu'elle (son mari ou une fille imaginaire). Je n'aime pas qu'elle attribue systématiquement un prénom différent à ses alter ego: ça donne l'impression de lire des nouvelles sans aucun rapport entre elles. Les lieux et événements - le naufrage d'un pseudo Titanic, une bataille en Corée - qu'elle a choisi de mettre en scène me laissent de marbre. J'ai l'impression de contempler des pièces de puzzle différents dont aucun ne possède un thème qui m'intéresse. En plus je trouve ça mal traduit; je déteste quand on peut retrouver mot pour mot le texte original à travers le français.
Bref, un très joli plantage dans mes lectures du mois.

lundi 10 mars 2008

Hillary ou Barack?

Les dernières élections présidentielles françaises furent passionnantes (même si elles n'ont pas produit le résultat que j'espérais); la campagne pour les prochaines présidentielles américaines l'est encore davantage. Je pense que tout le monde sera d'accord avec moi pour dire qu'après huit ans de gouvernement Bush et le désastre de la guerre en Irak, le candidat républicain John McCain n'a qu'une très faible chance d'être élu. Selon tout probabilité, le résultat est donc en train de se jouer au sein du parti démocrate, dans le duel sans pitié que se livrent Hillary Clinton et Barack Obama.
Je serais bien en peine de me prononcer en faveur de l'un des deux: Clinton a pour elle une plus grande expérience politique et une solide connaissance du dossier de la sécurité sociale qui devrait être un des chantiers majeurs de ces quatre prochaines années; Obama est vachement plus sexy plus jeune, plus dynamique et socialement plus progressiste. Celui des deux qui remportera les primaires sera vraisembablement le prochain président des Etats-Unis. Et symboliquement, je trouve ça merveilleux de penser qu'il s'agira d'une femme ou d'un Noir.
Bien que n'ayant pas de favori, Hawk et moi avons déjà prévu de participer à la soirée électorale qui aura lieu le 4 novembre dans un grand hôtel de Bruxelles. Vu que ça se passe un mardi et que, décalage horaire oblige, les résultats définitifs ne tomberont pas avant les premières heures du jour, nous risquons de ne pas être très productifs le mercredi 5.
[EDIT: Hawk me signale que si, il a un favori et que c'est une favorite. Selon lui, l'expérience de Clinton lui permettra de manipuler le Sénat pour faire voter les lois qu'elle désire, alors que le soutien populaire ne suffira pas à faire d'Obama un bon président. Il a sans doute raison. Mais Obama reste quand même vachement plus sexy merde un candidat intéressant.]

Un peu de ménage

Comme vous l'avez peut-être constaté, ça bouge dans ma colonne de droite. Certains éléments ont disparu tandis qu'une nouvelle rubrique faisait son apparition. Dans "en bref", vous trouverez les petites choses qui n'ont pas assez d'importance pour justifier un post dédié, mais dont j'ai quand même envie de vous faire part. Elles resteront là en moyenne 24h avant d'être effacées, et mon fil RSS ne les prendra pas en compte.
A suivre: un remaniement complet de mon système d'archivage et une nouvelle classification de mes textes, car là je trouve que c'est un peu le bordel.

samedi 8 mars 2008

Foire du Livre de Bruxelles

Passablement échaudée par mes dernières expériences au Salon du Livre de Paris (foule monstrueuse, température d'environ 60° sous hangar), je me suis pourtant laissée allécher par l'affiche de la Foire du Livre de Bruxelles. Un nom, en fait, a suffi à me convaincre d'y aller: celui de Lola Lafon dont le roman autobiographique "Une fièvre impossible à négocier" figure dans le top 10 des bouquins qui m'ont le plus remuée. Selon le site internet de l'événement, elle dédicaçait aujourd'hui entre midi et 16h. Un petit coup d'oeil aux autres invités, histoire d'amortir le déplacement. Tiens, pourquoi pas m'offrir le dernier Amélie Nothomb s'il n'y a pas trop de monde? Ses romans m'évervent par leur côté répétitif mais j'adore sa façon de parler du Japon. Et puis, il y a Frédérique Deghelt dont j'envisageais depuis un moment de lire "La vie d'une autre"; ce sera ma découverte du mois.

Une fois de plus, Hawk et moi partons donc à l'assaut de l'incontournable Tour & Taxis, sans doute l'endroit le plus mal desservi par les transports en commun dans tout Bruxelles. Coup de bol, il fait soleil et pas trop froid aujourd'hui; je n'aurais pas aimé me taper sous une pluie battante et/ou un vent glacial les 18 km qui séparent la station de métro Yser de notre destination (j'exagère un poil mais vous voyez l'idée). Nous entrons dans le magasin 4, pas trop trop de monde apparemment, ça commence bien. 7 euros l'entrée, c'est plus cher que le Salon de Livre de Paris, je trouve ça un poil abusé pour le droit d'acheter des livres au même prix qu'en magasin. En revanche le vestiaire fait payer au cintre et pas à la pièce déposée, un bon point pour eux.

Mais à l'intérieur, je déchante très vite. Frédérique Deghelt? "Ils se sont trompés sur le programme, en fait elle sera là demain", m'explique un vendeur de chez Actes Sud. Lola Lafon? "Finalement elle était là ce matin et là elle est repartie", m'informe un gentil jeune homme chez Flammarion. Quant à Amélie Nothomb, elle n'est pas difficile à repérer: une vingtaine de personnes sont plantées devant elle en train de la photographier avec leur appareil numérique ou leur téléphone portable. Pfff, c'est très brouillon tout ça. Je demande à l'une des paparazzi où est la file d'attente. Elle me désigne, de l'autre côté du stand, une immense queue qui fait un aller retour sur tout la longueur du hangar. Bon ben tant pis, j'achèterai "Ni d'Adam ni d'Eve" quand il sortira en poche, hein.

C'est peu dire que je suis déçue. Je vais me plaindre au stand info que quand même, l'organisation n'est pas au top. "Ah ben j'y suis pour rien moi", me répond l'hôtesse. Très bien, à qui puis-je m'adresser? "Aucune idée".

Nous ressortons de là une demi-heure après y être entrés. Pour me consoler, je suggère une expédition à Filigranes histoire d'acheter le dernier tome du "Combat ordinaire" s'il est déjà arrivé. Il l'est. En passant à la caisse, Hawk me signale cette petite note qui m'achève (voir photo ci-contre).

mercredi 5 mars 2008

Terreurs nocturnes

J'ai toujours eu tendance à gamberger dans le noir. La nuit, après avoir éteint la lumière, d'autres s'endorment instantanément ou presque - les bienheureux. Moi, je rumine mes problèmes. Et quand je n'en ai pas, j'en imagine. L'obscurité donne corps à toutes mes angoisses. C'est un déclencheur infaillible. Petite, lorsque je devais me relever pour satisfaire une envie pressante, j'allais aux toilettes le coeur dans la gorge, en retenant mon souffle pour passer inaperçue des démons que j'imaginais tapis dans le noir. D'accord, pour une gamine impressionnable, ce n'était pas très malin de se laisser convaincre d'aller voir "Amityville 2" par une copine férue de films d'épouvante. C'était encore moins malin de croire à l'existence du Diable alors que j'avais déjà rejeté l'hypothèse de l'existence de Dieu. Mais bon, le propre des phobies, c'est justement d'être irrationnelles.
Plus tard, mes terreurs nocturnes ont muté vers l'intangibles, le diffus. Je me suis mise à penser à ce que j'aurais pu, aurais dû dire ou faire dans telle situation, puis à inventer des conséquences catastrophiques à mes bévues. Trouver le sommeil est devenu de plus en plus difficile. Dès que j'ai vécu seule, j'ai pris l'habitude de dormir les volets ouverts pour essayer de casser l'enchaînement obscurité -> angoisse -> insomnie. Je me suis mise en couple deux fois, avec des hommes qui m'ont de nouveau imposé le noir total dans notre chambre. Il m'est devenu quasiment impossible de m'endormir avant le lever du jour. En désespoir de cause, j'ai commencé à prendre des somnifères pour retrouver un rythme de vie normal.
L'an dernier, j'ai décidé d'arrêter. Tout allait bien dans ma vie à ce moment-là, j'étais plus heureuse que jamais auparavant et ça m'a paru une bonne occasion pour me sevrer. Résultat: dans la journée, j'allais très bien; limite je gazouillais au lieu de parler. Et le soir, dès la lumière éteinte, je remâchais à m'en rendre malade ma rancoeur envers l'Homme. Quand j'ai enfin eu un déclic et arrêté d'y penser, j'ai développé une fixation sur les problèmes potentiels que le Trésor Public allait me causer au sujet de mes impôts sur le revenu de l'an dernier. Après des semaines de tergiversations, j'ai pris le taureau par les cornes et je me suis décidé à appeler mon centre des impôts, qui à ma grande surprise et pour la première fois de ma vie de contribuable m'a annoncé que tout se passait comme prévu et qu'il n'y avait aucun problème.
J'ai bien dormi pendant... oh, trois jours.
Puis Bones m'a annoncé par mail que B. était entrée à l'hôpital et que cette fois, elle n'en ressortirait sans doute pas.
Depuis, mes nuits sont cauchemardesques. Malgré le clair de la lune qui entre à flots par les grandes fenêtres dont nous ne fermons jamais les volets, malgré le souffle régulier et apaisant de Hawk à côté de moi, je sens chaque soir un étau me comprimer le coeur. Je prends une conscience aiguë de mon corps. Chaque craquement, chaque gargouillis, chaque gêne ou douleur minuscule devient le signe avant-coureur d'une épouvantable maladie qui me tuera dans d'atroces souffrances, non sans m'avoir d'abord avilie et réduite à l'état de loque pathétique. J'ai l'impression d'entendre mes cellules se démultiplier anarchiquement, l'impression que ma chair abrite une bombe à retardement dont le compte à rebours silencieux a déjà démarré à mon insu.
Pourtant, je ne suis pas du genre hypocondriaque. Quand j'ai un petit bobo, je ne me précipite pas chez le médecin: j'attends que ça passe tout seul; au pire si la douleur devient trop gênante (ce qui arrive quand même assez vite car je suis une mauviette), je me bourre de Doliprane et basta. Je suis toujours partie du principe que j'étais quelqu'un de robuste et que je pouvais avoir confiance en mon corps pour fonctionner correctement.
A présent, j'ai l'impression qu'il n'attend qu'une occasion pour me trahir.
J'essaie de rationnaliser, par exemple en me disant que je n'ai pas d'hérédité familiale, que j'ai arrêté de fumer, que je bois rarement et ne me mets jamais au soleil. "Oui, mais ton endométriose t'expose à un risque accru de cancer du col de l'utérus", me rappelle aimablement Hawk. Hum. "Et de toute façon, plus tu y penses, plus ton stress est susceptible de fabriquer une tumeur." Je me décompose. "Ne t'en fais pas, enchaîne-t-il très vite. Si tu mourais, je ne replongerais pas. Je me servirais de ce que tu m'as appris et je continuerais mon chemin." Me voilà rassurée.
Le plus ironique dans tout ça, c'est qu'avant de le rencontrer, je ne tenais guère la vie. Je n'avais pas de pulsions suicidaires ni rien de ce genre; simplement, j'estimais avoir plus ou moins fait le tour de la question. J'avais accumulé beaucoup d'expériences dans des tas de domaines différents, et je ne voyais plus trop de perspectives excitantes devant moi. Pour tout dire, je m'emmerdais un peu. J'avais conscience d'être une personne privilégiée (malgré le ratage relatif de ma vie sentimentale), mais cela ne suffisait pas à combler mon ennui. En fait ma plus grande peur, c'était de vivre trop longtemps et de finir abandonnée de tous dans une maison de retraite, ou de sentir la maladie d'Alzheimer grignoter petit à petit mes ressources intellectuelles. Ces deux perspectives me terrifiaient littéralement.
Aujourd'hui, je nage dans le bonheur conjugal et je n'ai jamais eu autant de projets. Du coup, je suis assaillie par la crainte inverse, celle de ne pas avoir assez de temps pour profiter de ma vie avec l'homme merveilleux qui la partage - celle qu'on me retire brutalement le miracle dont j'ai été gratifiée au moment où je ne l'attendais plus.
Depuis dimanche soir, je reprends des somnifères.

dimanche 2 mars 2008

Farewell my friend


Elle avait cet humour acide que j'aime tant, et puis ce sens de la répartie qui transformait certaines de nos conversations en jouissives parties de ping-pong verbales.
Elle s'intéressait de près à l'actualité qu'elle commentait avec esprit et pertinence.
Son français impeccable, à peine teinté d'une minuscule pointe d'accent allemand, me donnait envie de rire chaque fois que j'entendais une interview de Jane Birkin qui, après quarante ans passés dans l'Hexagone, semble toujours ignorer que "chaise" est un nom féminin.
Elle faisait des macaroni à la grecque délicieux, qui doivent à eux seuls être responsables d'une partie non négligeable de mes bourrelets.
Elle avait du mal à émerger le matin, et ne commençait à pouvoir construire des phrases sujet-verbe-complément qu'après un café, un Perle de Lait et une tranche de pain noir.
Elle aimait manger, boire du bon vin, fumer des cigarillos, discuter entre amis jusqu'à point d'heure, danser comme une folle pendant ses soirées d'anniversaire.
Parfois elle critiquait sans ménagements ma façon de faire ou de dire les choses. Ca m'énervait. En général, elle avait raison.
Elle pouvait être d'une mauvaise foi merveilleuse, surtout avec son mari bien-aimé qui répondait invariablement "oui, chérie; tu as raison, chérie" avec dans la voix juste le nécessaire de douceur et de zen.
Elle était la femme d'un seul homme, le même depuis plus de trente-cinq ans, avec qui elle avait su construire une relation basée sur la complicité et la complémentarité - un modèle de bonheur conjugal auquel je me raccrochais quand je désespérais de mes échecs sentimentaux.
Elle était si forte, si combattive que malgré ses graves problèmes de santé des trente derniers mois, l'idée qu'elle puisse ne pas s'en remettre m'avait à peine effleurée. Je pensais qu'après un ou deux ans sacrifiés à récupérer, elle reprendrait le cours normal de sa vie.
Apparemment, je ferais une voyante déplorable.
Mon amie B. s'est éteinte ce matin à l'hôpital. Elle avait à peine 53 ans, un mari pour qui elle comptait plus que tout au monde et beaucoup d'amis dans le coeur desquels elle laisse un grand vide.

A mourir de rire

L'aveu très médiatique de Sarah Silverman, petite amie du présentateur de talk show Jimmy Kimmel.
C'est excellentissime. Et la preuve que quand ils veulent, les Américains peuvent encore faire des choses hilarantes sans cynisme ni cruauté.

samedi 1 mars 2008

La qualité de la liaison Skype laisse à désirer

MERE: Leur semaine de vacances ne s'est pas très bien passée; ils ont tous été malades sauf David. Ta soeur est rentrée avec une grippe, une gastro et une double otite.
MOI: Puuutain!
MERE: Mais non, ta soeur.