mercredi 11 mars 2009

Y'a encore du boulot

Samedi après-midi, au Promod de la rue Neuve. Pendant que je fouille les portants en quête d'une jupe au-genou-évasée-pas-en-jean, je surprends la conversation d'une petite blonde toute fluette, 18 ans à vue de nez, avec un grand type sapé façon épouvantail et une autre blonde bâtie comme une armoire normande flamande. La petite blonde manifeste des velléités d'essayer tel ou tel pantalon tandis que son mec et sa copine se récrient: "Ah mais c'est horrible! Tu vas pas porter ça, sérieusement!". Je ne fais pas attention aux vêtements choisis par la petite blonde; peut-être sont-ils effectivement affreux, mais la question n'est pas là. Comme elle passe près de moi, je lui souris et murmure un complice "Le shopping, il faut le faire seule!". Elle me rend mon sourire d'un air un peu gêné. "Oui mais ça servirait à rien parce qu'ensuite, les fringues, j'aurais pas le droit de les mettre". Mon sang ne fait qu'un tour. J'envisage un instant de lui remonter les bretelles (celles du pantalon qu'on lui interdit visiblement d'acheter), mais je renonce. Après tout, ça ne me regarde pas.

Dimanche, c'était la journée internationale des droits de la femme. Et certes, nous autres occidentales bénéficions d'une situation extrêmement confortable par rapport à certaines de nos consoeurs d'Afrique, d'Asie, du Moyen-Orient ou d'Amérique du Sud. On ne nous excise pas à l'âge de cinq ans, on ne nous force pas à nous planquer sous une toile de tente noire dont ne dépassent que nos yeux, on ne nous arrose pas d'acide si on a eu le malheur de se faire violer, on ne nous immole pas par le feu pour un mot de travers lancé à un époux qu'on nous a imposé (bien que ces incidents atroces se produisent parfois aussi en France). Nous avons le droit de voter, de choisir nous-mêmes nos partenaires et d'exercer le métier que nous voulons pour un salaire équivalent à celui d'un homme. Sur de nombreux points, la théorie n'a pas encore tout à fait rejoint la pratique, mais franchement, nous sommes mieux loties que n'importe quelles autres femmes sur cette planète. Pourtant, quand je vois une réaction comme celle de la jeune fille du Promod, je me dis qu'il y a encore un sacré boulot à faire sur les mentalités des premières intéressées.

3 commentaires:

antonia a dit…

Ton texte m'a donnée des frissons. Je suis tout à fait d'accord avec toi, quelle chance d'être née ici...

C'est d'autant plus dommage de se mettre la burka toute seule...

Nuryko (Niana) a dit…

C'est sur que notre situation est excellente par rapport à l'immense majorité des femmes du monde.
Ceci dit, notre société inculque encore pas mal de valeur très sexiste à ses enfants, il n'y a qu'à voir les rayonnages des magasins de jouets. Ou bien même encore pas mal de livres pour enfants.
J'ai aussi l'impression que le temps des grands combats est passé (droit de vote, pilule, avortement,...) et que tout ceci étant acquis (légalement en tous cas), c'est tellement naturel pour tout le monde que les plus jeunes en oublient que ce n'est pas si lointain et qu'il ne faut pas se reposer sur ses lauriers au risque de repartir en arrière.
On a trop souvent tendance, dans mon entourage, à ponctuer d'un sourire attendri mes réactions virulentes au genre de situation que tu décris ici. Comme si tout ceci était bien dérisoire, ma bonne dame, vous n'êtes pas si malheureuse...

Ingrid a dit…

Que j'ai ri avec le normande / flamande :D
Pour le fond, je suis beaucoup plus modérée sur ce qui se passe par chez nous et je t'avoue avoir plus pitié de ces filles que de la révolte.