dimanche 17 janvier 2010

Still drinking in L.A. after all these years

Veste en tweed Barbour, col roulé kaki Lacoste, écharpe orange Hugo Boss achetée sur les conseils du vendeur de la boutique Façonnable à Saint-Trop', Rollex classique au poignet, chaussures montantes de gentleman farmer dont la droite a été un peu grignotée par sa femelle bull terrier: c'est dans cette tenue qu'Etre Exquis passe me chercher ce samedi midi avec son Range Rover tout neuf et si confortable. En riant, il cite une pancarte d'une manif écolo second degré vue sur internet: "Les générations suivantes n'avaient qu'à arriver avant!". Et même si, sur le principe, je ne suis pas d'accord, je ris avec lui. Il est comme ça, Etre Exquis: il désarme toutes les velléités de militantisme avec sa nonchalance bon enfant.

Il m'emmène sur le port d'un patelin voisin, où nous déjeunons sur la terrasse (couverte et chauffée, certes) d'une brasserie. En attendant que la serveuse apporte notre commande, il allume sa Xième clope de la journée. Puis, du hamburger maison qu'il a commandé, il ôte la feuille de salade et la tranche de tomate en secouant la tête d'un air mi-amusé, mi-désapprobateur, avant d'aplatir fermement le reste et de mordre dedans avec gourmandise. Nous mangeons sans trop parler, dans ce silence confortable qui règne parfois entre les vieux amis. Après avoir repoussé mon assiette dans laquelle ne s'attardent que trois ou quatre têtes de gambas, je le taquine sur sa perpétuelle absence de papiers d'identité. Et là, triomphant, il sort de sa sacoche le permis de conduire qu'il vient de refaire après avoir roulé sans (et sans carte grise, également perdue) pendant des années. Ce nouveau permis est rangé dans le passeport périmé qui date de l'époque où nous sortions ensemble, et dont il ne s'est jamais servi. Je compare les deux photos: indiscutablement, il vieillit bien. Ses pattes d'oie soulignent la malice de ses yeux et rappellent qu'il est toujours prompt à se marrer. Et puis il a gagné en assurance, ça se voit. Serait-il le même homme si je ne l'avais pas quitté pour quelqu'un d'autre et s'il n'avait pas, ensuite, collectionné les conquêtes pendant sept ans avant de se caser? C'est le genre de question qu'il ne se pose pas. Etre Exquis prend la vie comme elle vient, avec fatalisme et gentillesse, sans débordements affectifs mais avec une immense loyauté.

Quand nous avons fini de manger, il met le cap vers Grandeville où j'ai quelques courses à faire. Son lecteur de CD termine le premier album de Gorillaz et enchaîne sur Bran Van 3000 alors que nous sommes coincés dans les embouteillages aux abords du centre commercial. Etre Exquis monte le son, et nous brâmons en choeur: " I woke up again this morning with the sun in my eye, when Mike came over with a script surprise..." Une douce chaleur m'envahit. Plus de douze ans après notre rencontre, dix ans après notre rupture - malgré toutes nos différences, Etre Exquis est toujours mon ami, mon confident et mon roc.

3 commentaires:

Les tests de Gridou a dit…

Et bien moi qui personnellement suis en pleine déception vu que l'histoire d'amour vécue durant des années pour un gars s'est soldée par un violent échec et que la tentative d'amitié s'est soldée par perturbant échec, j'ai lu ton poste avec beaucoup de plaisir et d'émotion. C'est donc possible d'aimer d'amour et puis d'aimer d'amitié...

ARMALITE a dit…

Pour être honnête, cette histoire est unique en son genre dans mon répertoire. Toutes les autres fois, une des deux personnes était trop blessée pour qu'on puisse envisager de poursuivre des relations autres que très lointaines, genre se croiser chez des amis communs et ne pas se sauter à la gorge. Ah si, y'a Philou aussi, mon ami qui vit à Lille, avec qui je suis sortie brièvement quand j'avais vingt ans... Mais on a mis quatre ans à se revoir et à devenir amis, et ça n'a été possible, je crois, que parce que je me suis excusée de la façon dont je m'étais comportée à l'époque (comme une sale petite merdeuse, donc).

Les tests de Gridou a dit…

Ouais, ben comme j'ai reconnu mes torts et que lui ne reconnait que le fait que tout est de ma faute, je pense que l'échec était prévisible :-D
Je mets donc ce projet en pause, pour les années à venir ou le reste de ma vie, je verrai ;-)