samedi 3 avril 2010

Tu parles d'un héritage!

Je crois que je suis en train de devenir mon père.

Non, une moustache poivre-et-sel n'est pas subitement apparue sur ma lèvre supérieure. Non, mon sac Dreyfuss bien-aimé ne s'est pas transformé en vilaine gibecière de chasse et non, je n'ai pas miraculeusement perdu cinq ou dix kilos. (Oui, je pèse plus lourd que mon père. VDM.) Mais plus le temps passe, et plus je deviens catastrophiste.

J'ai toujours été d'un naturel peu confiant en mon prochain, et eu du coup tendance à baliser au maximum mes interactions sociales. Pour le reste, en revanche, je donnais plutôt dans l'optimisme. Je prenais toutes les précautions qui me semblaient nécessaires afin que les choses se passent bien; après quoi, je me détendais et je profitais de la vie.

Mais depuis quelque temps, je constate chez moi une mutation inquiétante: le développement d'une tendance à inventer des problèmes là où il n'y en a pas, à toujours partir du principe que l'issue d'une situation donnée sera la pire possible. Les fans de "Friends" se souviendront peut-être de cet épisode où Rachel s'enferme hors de chez elle alors que son bébé dort à l'intérieur. Elle se tape un délire total, imaginant qu'un aigle s'engouffre par la fenêtre ouverte pour enlever sa fille. Sur le coup, ça m'avait fait beaucoup rigoler. Aujourd'hui, je trouve poignantes les souffrances mentales de la pauvre Rachel.

Chaque nouveauté dans ma vie est désormais une source d'angoisse. Prenons par exemple le voyage au Japon que Chouchou et moi devons faire incessamment sous peu. Cette semaine, dans la journée qui a suivi ma visite chez le dentiste, une de mes gencives a triplé de volume. J'ai aussitôt conclu que j'avais un horrible abcès qui allait s'infecter et m'obliger à courir aux urgences tokyoïtes, où un chirurgien qui n'aurait pas compris mon mauvais japonais m'arracherait une dent saine sans anesthésie avant de me présenter une facture de plusieurs milliards de yens que la sécu ne me rembourserait jamais. En fait, je m'étais brûlée avec un thé trop chaud et j'avais une bête cloque qui a éclaté ce matin.

Je me suis sentie soulagée pendant environ une minute. Puis j'ai cherché un autre sujet d'inquiétude. Et je n'ai pas tardé à le trouver. Ce préacheminement en Thalys jusqu'à Charles-de-Gaulle, quel piège! Les trains sont toujours en retard, c'est bien connu. Si nous loupons notre avion, nous perdrons au minimum un jour de vacances, et peut-être notre réservation au Kimi-Ryokan, ce qui foutrait tout notre séjour en l'air. Quand j'ai fait part de mes craintes à Chouchou, il m'a annoncé que la SNCF avait déposé un préavis de grève pour le 6 avril. Rhââââââ je le savais que ce voyage allait être une catastrophe, je le savais, je le savais!

...Demain je contacte l'agence pour voir s'il n'y aurait pas moyen de changer nos réservations de Thalys et de gagner Paris la veille, quitte à payer une nuit d'hôtel sur place pour être sûrs d'avoir notre avion dimanche prochain.

2 commentaires:

Miss Sunalee a dit…

et moi ma mère !
exactement la même chose...

je n'ai pas vraiment paniqué pour le départ parce que les grèves, c'était à Paris, Londres et Francfort... pas à Amsterdam. Mais par exemple quand l'avion a décollé de Kuala Lumpur au retour, je l'ai vu se crasher au décollage. J'avais l'impression qu'il ne prenait pas d'altitude. Et je passe toutes les autres angoisses du voyage que j'ai gardé pour moi.

Cécile de Brest a dit…

Je suis exactement pareille et pourtant, je ne crois pas tenir ça de quelqu'un...
Il y a 15 jours, un matin, j'ai remarqué que mon fils avait un truc bizarre sur la peau.
J'ai flippé toute la journée, en me voyant déjà à l'hôpital, obligée de le faire opérer (et le faire opérer en Guyane, ce n'est pas de gaieté de coeur !)et d'annuler nos vacances à la Martinique.
Le soir même, tout était rentré dans l'ordre, plus aucune trace d'un quelconque kyste.
C'est assez fatiguant à vivre, je m'épuise moi-même :-((