mercredi 1 décembre 2010

Rêve et prophétie - épisode 3: Où je craque nerveusement

La journée de vendredi se termine par un triste constat: non seulement je suis de loin la personne la moins "spirituelle" de l'assemblée, mais je suis aussi la plus torturée (encore que la blonde Lettonienne si placide en apparence ait surpris tout le monde avec une vision d'elle petite fille enfermée seule à double tour dans une maison à la porte en métal inviolable). Je m'en doutais un peu; c'est d'ailleurs pour y remédier que je suis là. Je rentre chez moi intéressée par le travail du jour mais avec le sentiment de ne pas avoir appris grand-chose malgré tout.

Les deux tiers de la journée du samedi sont consacrés au décryptage des rêves et des messages qu'ils nous envoient. Je me sentirais plus impliquée si je n'avais pas totalement cessé de rêver depuis des semaines que je me réveille toutes les nuits à 3 ou 4h du matin, et si mes rêves, quand j'en ai, n'étaient pas si embrouillées et impossibles à reconstituer au réveil. Nous analysons le rêve de l'ex-collègue de Chouchou, dans lequel un bébé joue le rôle central. Il a la figure toute griffée; il est abandonnée à l'arrière d'un camion sous une bâche et donne l'impression d'être en grand danger. Interprétation personnelle des autres participants en tant que "rêveurs secondaires": elle varie sur les détails, mais tous s'accordent à considérer le bébé comme une incarnation de leur enfant intérieur dont ils ne s'occupent pas assez. Moi? J'ai déjà l'impression de n'avoir jamais eu d'enfant extérieur, alors bon... Je ressens cette situation comme une tentative de la société de me forcer à rentrer dans le moule de l'épouse et de la mère en me refilant de force un gamin dont je ne veux pas.

Le dernier tiers de la journée est consacré à des exercices pratiques. "Visualisez-vous dans le temps sans relation à aucun espace." Gni? J'ai ni l'image ni le son, là. Mes petits camarades, en revanche, flottent joyeusement dans un firmament étoilé ou une variation sur le même thème. "Visualisez que l'espace n'est que du temps condensé." Je ne suis pas la seule que cette requête laisse perplexe, mais je suis la seule qui, quand Catherine lui demande à quoi elle a pensé, répond sur un ton désespéré: "Einstein et la théorie de la relativité". Je dois me rendre à l'évidence: mon cerveau gauche est hypertrophié, et je n'arriverai à rien dans cet atelier. (A part peut-être à buter ma voisine de droite qui comprend très mal l'anglais et me réclame la traduction d'un mot sur deux.)

Tout ça me déprime terriblement. Pas mon refus de me reproduire, que j'assume très bien, ni mes vagues notions de physique, parce qu'un peu de culture générale n'a jamais nui à personne, mais le fait que mes interprétations soient systématiquement négatives, marquées par un sentiment d'agression, de peur et de décrépitude. Je savais que j'étais devenu un trou noir affectif ces derniers mois; je commence vraiment à mesurer à quel point. Je suis totalement sidérée par l'Irlandaise qui est tout mon opposé, souriante, enthousiaste et confiante en la vie. Elle a une aura très forte, presque palpable, une sorte d'énergie vitale qui déborde d'elle en permanence. Je l'envie énormément.

Ce soir-là, je rentre à la maison. A cause d'un imprévu au boulot, j'ai une grosse relecture à finir en urgence pour lundi, un truc chiant que je n'ai pas du tout envie de faire. Au bout de vingt minutes, sans qu'aucun évènement extérieur soit survenu entre-temps, je me mets à pleurer. Chouchou me demande ce qui ne va pas d'un air un peu inquiet. C'est là que je dévide, en gros, ce que je raconte dans mon post daté du même jour, cette litanie de trucs qui merdent en ce moment et mon impression de n'avoir plus rien de solide sous les pieds. Et je pleure, je pleure... Mon mascara se met à couler et me pique les yeux; je passe à la salle de bain pour me démaquiller. Debout devant le lavabo, je continue à pleurer en sortant mon huile Shu Uemura, mon eau micellaire, mes cotons recyclables. Je pleure, je pleure sans pouvoir m'arrêter. Je pleure les névroses qui me rongent, mon inquiétude pour mon père, le sentiment amer de n'avoir rien construit dans ma vie.

Je ne suis pas sûre de vouloir retourner à l'atelier le lendemain.

(...A suivre)

3 commentaires:

La princesse a dit…

Moi qui ai la spiritualité d'une poignée de porte, je lis ton récit avec vraiment beaucoup d'intérêt.

je n'ai jamais osé tenté ce genre de travail, à cause de "l'emballage" spirituel que tu évoquais, et par peur de me sentir absolument pas à ma place...Hâte de lire la suite.

bises

ARMALITE a dit…

C'est amusant que tu dises ça, parce que moi ce que j'ai dit à Catherine au début c'est : "J'ai la spiritualité d'une cuillère à soupe", et elle m'a répondu qu'une cuillère à soupe était faite pour contenir, et donc très spirituelle, et que la seule différence entre le corps et l'esprit, c'est leur densité. Donc voilà ^^
Et durant la journée de samedi en particulier, je ne me sentais pas DU TOUT à ma place, j'ai même prévenu Claudia avant de partir que je ne viendrais peut-être pas le lendemain pour cette raison.
Heureusement que j'ai insisté.

La princesse a dit…

Ou je crois, pour être totalement honnête que j'en ai eu surtout marre qu'on veuille m'imposer quelque chose qui me semblait totalement farfelu. Et après, j'ai simplement arrêté de me poser la question...