samedi 30 octobre 2010

"Eat Pray Love"

J'avais tellement aimé le livre que je me sentais plus ou moins obligée d'aller voir le film, ne serait-ce que pour me rincer l'oeil en matant Javier Bardem admirant les rues de Rome et les paysages balinais.

Or donc, pour les gens qui vivraient dans une caverne non-équipée du wifi, "Eat Pray Love", c'est l'histoire vraie d'une femme déprimée par sa vie parfaite qui prend une année sabbatique dans l'idée de se trouver. Elle va se chercher dans un premier temps en Italie, où elle apprendra à manger et plus généralement à profiter des plaisirs de la vie; puis dans un ashram en Inde, où elle découvrira Dieu et la spiritualité; et enfin en Indonésie, où l'amour lui (re)tombera dessus sans crier gare.

Au premier abord, le film est extrêmement fidèle au livre (physique hollywoodien des protagonistes excepté). Mais à mieux y regarder, on s'aperçoit qu'il manque certaines des scènes les plus intéressantes - notamment celle où Liz a sa "révélation" en méditant - et que d'autres ont été ajoutées - par exemple, celle où elle se voit danser avec son ex-mari. Cela m'a donné l'impression que la quête essentiellement spirituelle du personnage devenait une banale histoire de coeur brisé qui peine à se remettre en selle. Ceci mis à part, "Eat Pray Love" fait bien son boulot de "feel-good movie", et on en ressort le sourire aux lèvres. J'imagine que pour la plupart des spectateurs, ce sera l'essentiel.

jeudi 28 octobre 2010

"The Spellman Files"


Investigatrice sur des affaires qui ne sont pas ou plus du ressort de la police, elle approche de la trentaine avec un caractère pas piqué des vers, un humour hautement sarcastique et une réputation de problème ambulant. Sa vie amoureuse est un désastre, peut-être parce qu'elle préfère le jean-baskets aux robes-escarpins, refuse de sortir avec les avocats que sa mère rêverait d'avoir pour gendres et se retrouve systématiquement obligée de mentir à ses petits amis. Ses rapports avec sa famille hautement dysfonctionnelle sont une source de fous-rires répétés chez le lecteur.

Malgré toutes ces similitudes, elle, ce n'est pas la Stephanie Plum de Janet Evanovich, mais Isabel Spellman (dite Izzy), l'héroïne de la série de Lisa Lutz. Ses parents tiennent une agence de détectives privés dans laquelle elle bosse avec son oncle Ray, un alcoolique qui tend à disparaître pendant des semaines entières pour des marathons bibine-poker-prostituées, et sa petite soeur Rae, gamine de quatorze ans accro au sucre et aux filatures rapprochées. Seul son frère aîné David, incarnation de la perfection terrestre, a réussi à prendre ses distances avec l'asile de fous qu'est la résidence Spellman en devenant avocat - ce qui ne l'empêche pas d'être systématiquement entraîné dans les guerres intestines que les autres membres de la famille se livrent avec une ténacité de pitbulls et un mépris total pour l'intimité d'autrui.

Malgré une petite intrigue pas trop mal ficelée, "The Spellman Files" n'est pas un roman policier - et malgré les déboires amoureux de son héroïne, je ne le classerais pas non plus dans la catégorie chick-lit. C'est juste un bouquin léger mais bien construit, bien écrit et très drôle, que je n'ai pas lâché avant de l'avoir fini. Parfait pour se vider la tête. J'ai déjà commandé le tome 2 sur Amazon.

"The Spellman Files" est disponible en français sous le titre "Spellman et Associés".

mercredi 27 octobre 2010

Get me out of this mess get me out of this trap get me out of my brain

Au temps lointain où j'étais djeûns, j'adorais la nuit. Bouquiner la veilleuse allumée pendant que tout le monde dormait. Ecouter des chansons très tristes avec mon casque de walkman et écrire des missives pathétiques ultra-romantiques à mon premier amour pour le convaincre qu'il avait fait une grosse erreur en me larguant. Massacrer du troll autour d'une table couverte de feuilles de perso et de dés aux formes bizarres jusqu'à l'heure du premier bus. Danser sur Body Count dans les caves d'Aix-en-Provence le mardi soir, et tant pis si on m'attendait au boulot à 6h le lendemain matin. Me promener avec mes potes d'un pas légèrement vacillant dans les rues désertes, avec l'impression de voler du temps au temps.

Les années ont passé. J'ai commencé à ne plus supporter la musique trop forte, la fumée de clope et le manque de sommeil. Petit à petit, je suis devenue une créature profondément diurne, vite déprimée quand elle n'a pas son quota de lumière. J'ai commencé à redouter le moment du coucher, cette heure où je m'allongerais dans le noir sans réussir à m'endormir, et où je ruminerais mes idées encore plus noires jusqu'à épuisement. Mais après une longue période sous somnifères, j'ai fini par retrouver une certaine sérénité et un rythme biologique acceptable.

Puis il y a eu ces quelques semaines chez mes parents où chaque soir, raide d'appréhension dans mon lit, je guettais les halètements de douleur qui annonceraient le début d'une nouvelle crise paternelle. Et même quand la morpine faisait effet et que les cris ne venaient pas, je ne dormais pas pour autant. Jusqu'au lever du jour, j'affrontais immobile les démons intimes qui m'assaillaient de toutes parts; j'essayais vainement d'endiguer le flot des scénarios catastrophe qui défilaient dans ma tête; je hurlais de terreur en silence.

A la torture mentale s'ajoutait la culpabilité de flipper pour quelque chose qui n'arriverait peut-être jamais, l'impossibilité de décrire le tourment qui était le mien, la certitude que personne ne pouvait comprendre, la honte d'être faible au point de ne pas réussir à contrôler mes propres pensées. Dans la journée, je tenais assez bien le coup. Je me focalisais sur les démarches à faire pour mon père, le boulot à essayer d'abattre malgré tout, et ça allait à peu près. Mais dès la tombée de la nuit, mes angoisses revenaient à la charge.

Aujourd'hui, je suis rentrée chez moi depuis quinze jours. Mon père vient d'entamer sa quatrième semaine de traitement, et il ne souffre (presque) plus, même si ça ne signifie pas qu'il est tiré d'affaire - ça, seul l'avenir et ses prochains examens le diront. Je fais des démarches pour m'assurer que si je tombe malade, je pourrai être soignée à Bruxelles et ne pas me retrouver séparée de Chouchou. En attendant, je prends des rendez-vous de contrôle chez la gynéco ou le dermato. Je médite le vendredi soir et fais du yoga le samedi midi. Je cuisine plein de légumes et je mange des fruits plutôt que des biscuits à quatre heures. Quand je dois aller quelque part, je marche au lieu de prendre les transports en commun.

Je me dis que si une femme sur neuf aura un cancer du sein un jour, ça veut dire que huit femmes sur neuf n'en auront pas; que tous types de cancer confondus, les statistiques restent de mon côté; que parmi tous les gens atteints d'une tumeur, il y en a une majorité que la médecine moderne parviendra à guérir. Chaque fois que l'angoisse me saisit, je respire un bon coup et je me récite une litanie d'arguments rassurants.

Mes nuits sont toujours mauvaises, mais (un peu) moins. Je me suis résignée: entre mes démons intérieurs et moi, ce sera une guerre de tranchées. Elle s'annonce longue.

lundi 25 octobre 2010

"Manabeshima"


Au printemps 2009, j'avais flashé sur le sublime "Tokyo Sanpo", carnet de voyage aussi beau que drôle et foisonnant, réalisé par Florent Chavouet alors qu'il passait six mois là-bas avec sa petite amie en stage dans une entreprise japonaise. L'auteur était sur Facebook; je lui avais envoyé un message pour lui dire mon admiration et lui demander avec quoi il dessinait. Il m'avait répondu très gentiment, ajoutant qu'il espérait pouvoir réaliser un deuxième ouvrage sur le Japon, mais côté rural cette fois.

Mercredi dernier, je suis passée à l'Ambassade de France où on n'a absolument rien pu me dire d'utile concernant mes projets. Comme du coup, il me restait une heure à tuer avant mon massage au Serendip Spa, je suis allée flâner dans les rayons de Filigranes. Et là, au rayon bédé, j'ai découvert "Manabeshima", du même Florent Chavouet: le récit de deux mois passés, à l'été 2009, sur une minuscule île de pêcheurs dans le sud du Japon. Impossible d'attendre pour le commander sur Amazon; je l'ai embarqué direct. Et pendant les soirées qui ont suivi, j'ai dû me rationner pour ne pas le terminer trop vite.

"Tokyo Sanpo" témoignait déjà d'une belle maîtrise technique et d'un style très personnel. "Manabeshima" est plus abouti encore. Quand on sait que l'auteur n'a pas trente ans, on se délecte d'avance à la pensée des merveilles qu'il va pouvoir produire par la suite. Chaque page m'a arraché des "Oooooh" de ravissement, des "Aaaaargh!" de jalousie, des "Mais c'est pas possible, combien de temps il a passé sur ce plan?", ou des crises de fou-rire incontrôlées.

Les insulaires dont Florent Chavouet fait le portrait sont si pittoresques qu'on pourrait les croire issus de son imagination, alors qu'il a sans doute à peine forcé leurs caractéristiques naturelles. La vie sur Manabeshima est retranscrite avec un sens de l'observation et du détail particulièrement développé; il ne faut négliger aucune des annotations minuscules qui parsèment les pages du livre: elles sont toutes à mourir de rire, et expriment très bien la perplexité engendrée par certaines coutumes japonaises chez l'Européen moyen.

Si vous aimez le Japon, si vous êtes fan de carnets de voyage, si vous avez soif de dépaysement et d'humour ou juste envie de découvrir un artiste prometteur, vous devez lire "Manabeshima".

dimanche 24 octobre 2010

Où notre brillante carrière de géocacheurs allie l'utile à l'agréable

Après un samedi fort maussade où nous n'avons mis le nez dehors que pour aller suivre un cours de yoga au Serendip Spa et acheter un Rotring à Chouchou, nous sommes tout heureux de trouver le ciel dégagé en nous levant. J'enfile mon joli manteau turquoise Desigual, mes babies Chie Mihara assorties, et nous partons au Pays des Merveilles bruncher avec Sara et Yal.

Moment délicieux grâce à un bagel aux épinards frais (je sais que ce légume n'est pas très populaire, mais je lui voue une véritable passion), un vrai cheesecake à l'américaine avec une authentique croûte en biscuits digestifs (3 zilliards de calories la part, mais quand on aime, on ne compte pas!) et une conversation à bâtons rompus sur le livre numérique, les salons de l'imaginaire ou les formalités à accomplir par les expats français en Belgique.

Vers 14h, le centre de gravité un peu plus bas mais l'humeur toujours légère, nous nous dirigeons vers la première des géocaches que nous avons repérées dans le quartier de Saint-Gilles, du côté de la mairie maison communale. Malheureusement, notre GPS fait un caprice et refuse de nous situer de manière assez précise pour nous permettre de rechercher un nano-container sur l'emplacement duquel nous n'avons aucun autre indice que ses coordonnées. Next!

Direction le Parc Pierre Paulus, petit écrin d'eau et de verdure serti entre des rues limite crasseuses et de superbes demeures bourgeoises. Des canards s'ébattent au bord d'une mare; des feuilles mortes collent aux marches de pierre humides. C'est un endroit charmant, et nous y trouvons rapidement ce que nous sommes venus chercher. Je dépose dans la cache un des Travel Bugs récupérés la semaine dernière à Londres; bon voyage, petit footballeur perdu!

Notre dernière tentative du jour nous amène sur le parvis de Saint-Gilles. A cette heure-ci, le marché du dimanche matin a remballé ses étals et laissé place nette... à une famille qui fait la manche assise sur les marches de l'église, pile à côté des rampes métalliques sur lesquelles nous pensons que la cache est aimantée. Je m'imagine mal leur demander de se pousser, et nous décidons donc de repasser plutôt un soir. Nous rentrons juste avant que la pluie se mette à tomber, assez contents de notre timing!

vendredi 22 octobre 2010

La faute à la pleine lune

Parmi les mesures que j'ai décidé de prendre pour juguler mon anxiété rampante, il y a "pratiquer la méditation". J'ai déjà essayé les médicaments et la thérapie; ni les uns ni l'autre ne me conviennent. Le problème, c'est que j'ai besoin d'être guidée sur un chemin qui n'est pas vraiment naturel pour moi, et que même si Claudia du Serendip Spa est merveilleuse, à 60€ la session privée, j'allais vite me retrouver obligée de vendre ma collection de chaussures aux enchères.

Puis j'ai découvert que depuis la rentrée, Claudia organisait des séances de méditation de groupe tous les vendredi de 18h à 18h30, et que la participation ne se montait qu'à 10€ par personne (voire 9 en payant 10 séances à l'avance). J'ai pratiquement fourré ma Visa de force entre les mains de la réceptionniste en la suppliant de me vendre un abonnement et de m'inscrire à TOUTES les séances jusqu'au mois de juin prochain.

Lorsque nous sommes arrivées dans la salle tout à l'heure - oui, nous n'étions que des femmes -, Claudia nous a fait asseoir sur nos petits coussins; puis elle nous a demandé comment nous allions et ce que chacune de nous recherchait. Elle nous a également prévenues que c'était la pleine lune aujourd'hui et que c'était normal de se sentir plus émotif que d'habitude.

Séance classique: on se met en tailleur; on positionne ses mains sur les genoux ou sous le hara; on ferme les yeux; on se concentre sur sa respiration; on s'imagine enveloppée d'un cocon de lumière; à chaque inspiration, on accueille ce que l'univers a à donner; à chaque expiration, on le laisse filer. Et là, je ne sais pas trop ce qui m'a pris. L'idée que l'univers soit bienveillant et qu'il y ait de bonnes choses à y prendre me paraissait totalement incongrue, presque risible. Depuis cet été, j'ai si fort l'impression d'être attaquée de tous les côtés et de perdre pied peu à peu... Des larmes se sont mises à couler sur mes joues.

J'ai essayé de pleurer en silence pour ne pas me faire remarquer, mais mon nez ne voulant pas être en reste s'est mis à ruisseler lui aussi. Après avoir constaté la totale absence de propriétés absorbantes du dos de mes mains, je me suis résolue à me lever discrètement et à filer m'essuyer au vestiaire.

J'ai eu beaucoup de mal à terminer la séance, me sentant complètement déconnectée de la sérénité qui émanait de Claudia. Mais je suis quand même restée jusqu'au bout. Et en sortant, je me sentais mieux. J'ai réalisé que je voulais tellement me montrer solide que je n'avais pratiquement pas pleuré depuis l'annonce du cancer de mon père. J'imagine que ça m'a un peu nettoyée de l'intérieur. Une chose est sûre: j'y retournerai vendredi prochain.

...Après tout, la pleine lune, c'est une seule fois par mois, non?

jeudi 21 octobre 2010

Sherlock Holmes Museum


Je ne suis pas du tout amatrice de roman policiers. Pourtant, deux des personnages qui m'ont le plus marquée sont Arsène Lupin et Sherlock Holmes, tous deux découverts autour de l'age de 10 ans. Je me souviens de l'impatience avec laquelle j'attendais le passage du bibliobus dans mon quartier, le vendredi soir, pour pouvoir emprunter de nouvelles aventures de mes héros. Quand j'ai commencé à travailler, l'intégrale des aventures du gentleman-cambrioleur et du détective à la logique implacable a fait partie de mes premiers achats. Et malgré le temps écoulé, malgré l'évolution de mes goûts littéraires, elle trône toujours fièrement dans ma bibliothèque.

Au tout début des années 90, j'ai eu l'occasion de visiter Etretat et de contempler la fameuse Aiguille Creuse dont la taille modeste m'a quelque peu déçue. Mais il aura fallu attendre ce week-end et mon 5ème séjour à Londres pour que j'aie vent de l'existence d'un musée Sherlock Holmes au 221b Baker Street (of course!), soit à deux stations de métro seulement de notre hôtel. Ne pas le visiter eût donc été un crime.

C'est ainsi que dimanche matin, après avoir fait déchirer nos tickets par un bobby souriant, nous sommes montés au premier étage d'une demeure victorienne dont l'ameublement et la décoration avaient été soigneusement choisis pour coller avec les descriptions de Sir Arthur Conan Doyle. Au premier étage, dans le salon du détective, on pouvait notamment voir la trousse de médecin du Dr Watson traîner sur une chaise. Son propriétaire, un aimable vieillard à la moustache blanche broussailleuse, nous a accueillis en personne (si, si!) et a même accepté de poser avec Régis pour une photo.

Puis il nous a laissés nous promener à notre gré de pièce en pièce. La chambre de Holmes, d'abord, avec ses pipes et ses seringues posées sur un étroit lit de célibataire. Au deuxième étage, la chambre du Dr. Watson avec son mini cabinet de curiosités et celle, plus féminine, de Mme Hudson. Le troisième étage était consacré aux reconstitutions des crimes les plus macabres qui figurent dans les romans, avec des figurines en cire qui n'auraient pas déparé chez Mme Tussauds. Dans les combles, enfin, nous avons pu admirer un petit cabinet de toilette (et nous féliciter de vivre à une époque où toutes les salles de bain sont équipées d'une douche ou d'une baignoire!).

Partout où se posait le regard, ce n'était qu'affichettes de police, articles de journaux "d'époque" ou autres allusions aux romans qui nous arrachaient des exclamations ravies quand nous les replaçions et des froncements de sourcils ennuyés dans le cas contraire. Une vraie plongée dans l'univers de Sherlock Holmes - je dirais même, un pèlerinage obligatoire pour tous ses fans!

Sherlock Holmes Museum
221b Baker Street
LONDON
Métro Baker Street
Ouvert tous les jours de 9h30 à 18h

Entrée: adultes £6, enfants £4

mercredi 20 octobre 2010

"The Runaways"

Je voulais absolument voir ce film consacré au début de la carrière de Joan Jett et au premier groupe de rock entièrement féminin qu'elle monta dans les années 70. Mes projets personnels ayant été, par la force des choses, mis de côté pendant un mois, le temps que je sois en mesure d'aller le voir, "The Runaways" ne passait plus que dans une seule salle à Bruxelles - un minuscule cinéma de quartier sis dans une maison traditionnelle et baptisé Le Styx.

Hier soir, Chouchou et moi avons donc bravé la drache et le froid pour nous traîner à pied jusqu'à la chaussée d'Ixelles. Mais ça en valait la peine. D'abord, j'ai été charmée par l'endroit (et par le prix des tickets: 5€ seulement). Ensuite... "The Runaways" est un putain de bon film, vraiment habité par l'esprit du rock'n'roll. Il montre très bien comment ses deux personnages principaux, les jeunes Cherry Currie et Joan Jett, se sentent à l'étroit dans leur peau d'adolescentes qui n'ont pas franchement tiré le gros lot côté famille; comment elles vont canaliser dans la musique leur révolte, leur envie de vivre autre chose et de s'affirmer hors des carcans dans lesquels on voudrait les enfermer en tant que filles.

Mais le succès de leur groupe, la vie sur les routes, la pression exercée par leur manager ne tardent pas à créer des tensions internes. L'énergie créatrice qui animait les débuts des Runaways vire au gouffre destructeur. Trop mise en valeur par rapport aux autres, la blonde chanteuse Cherry Currie suscite la jalousie de ses camarades, se drogue un peu trop pour oublier qu'elle a laissé sa soeur jumelle s'occuper seule de leur père alcoolique et finit par perdre complètement pied.

Loin de son rôle de nouille molle dans "Twilight", Kristen Stewart affiche une parfaite attitude rock'n'roll et un ravissant petit cul en pantalon noir moulant. Dakota Fanning surprend par la sensibilité avec laquelle elle joue une ado paumée, embarquée dans quelque chose qui la dépasse. Mais la véritable réussite du film, c'est de savoir créer une ambiance lourde, prenante, presque hypnotiques dans certaines scènes. Assise dans mon fauteuil, j'ai tour à tour ressenti la rage, la lassitude, l'amertume des héroïnes, et jusqu'au goût des cigarettes qu'elles s'allument à peine réveillées, les yeux collés par leur maquillage de la veille. Je suis bien contente de ne pas avoir raté ça.

mardi 19 octobre 2010

Les chaussures, les chaussuuuuuuures!


3 paires dans la journée de samedi. Je pense que c'est mon record.
A ma décharge, je n'aurai pas fait trop d'autres folies durant ce week-end à Londres. Le reste de mes achats se résume à:
- une théière en forme de machine à écrire sur laquelle est tapée le début du Chien des Baskerville
- un magnet Baker Street (oui, nous sommes allés au musée Sherlock Holmes et c'était formidable, je vous en parle dans un autre post)
- un blush MAC de la collection limitée Venomous Villains et un fard à paupières Lucky Green (un poil moins cher qu'en France ou en Belgique)
- un bonnet à pompon bleu électrique de chez Urban Outfitters
- un bouquin de photos de blogueuses mode, Style Diaries: World Fashion from Berlin to Tokyo
- une brassée de cartes postales Paperchase
Pas de vêtements car j'ai eu la flemme d'explorer Topshop cette fois, et rien ne m'inspirait chez Urban Outfitters (une première!).
Mais sans plus attendre...
Les Trinkettina de chez Irregular Choice, repérées depuis un moment déjà sur le site de la marque, essayées et adoptées samedi matin pour £69.99. Evidemment, il faut les assumer. Et encore, ce n'est pas le modèle le plus délirant que j'aievu dans la boutique de Carnaby Street - un régal pop pour les yeux. Petit détail appréciable: les boîtes sont très jolies, et le carrier bag bleu électrique ornés de robots rétro l'est plus encore.



Samedi après-midi, nous sommes passés chez Destiny, situé dans Neal Street et que j'avais repérée comme étant un dépositaire Shellys et Miss L Fire. Au premier abord, la boutique ne paye pas spécialement de mine, et aucun des rares modèles des marques suscitées ne m'a tapé dans l'oeil. Par contre, j'ai flashé sur ces bottines Hush Puppies à la fois jolies et confortables.

Pendant qu'on allait me chercher du 3 dans la réserve située à plusieurs rues de là, j'ai eu le malheur de laisser traîner mon regard... et poussé un petit cri de joie en découvrant ça:


...Des petits escarpins T.U.K. (marque dont je possède déjà deux autres paires de chaussures pas forcément hyper solides, mais jolies et pas ruineuses). Je suis juste dingue du motif plume de paon. Et à £39.99, ça aurait été dommage de se priver.

En tout et après conversion + prélèvement de frais par ma banque, les trois paires me reviennent un peu moins de 210€. Et je suis hyper contente de mes trouvailles.

Où notre brillante carrière de géocacheurs s'internationalise


J'avais, avant notre départ, imprimé la fiche d'une douzaine de caches situées dans le centre de Londres. J'en ai éliminé deux après m'être rendu compte qu'elles étaient probablement devenues inactives. Sur les dix restantes, nous n'avons réussi à en faire que six, mais les trois plus intéressantes étaient du lot.

REFLECTIONS IN NEAL'S YARD:
Samedi en début d'après-midi, alors que nous traînons du côté de Covent Garden et des Seven Dials, notre GPS nous conduit à l'adorable petite cour baptisée Neal's Yard, que je n'avais jamais visitée alors qu'à chacune de mes visites à Londres, je passe systématiquement dans Neal Street située juste à côté. L'indice est original et alors qu'il semble crever les yeux, nous mettons quand même quelques minutes à l'identifier. C'est Chouchou qui déniche la boîte à lentilles abritant le logbook.

THE CIRCUS:
Samedi après-midi, un peu plus tard. Aux abords de Piccadilly Circus, nous trouvons presque instantanément, (grâce à des coordonnées GPS très précises) cette cache magnétique astucieuse qui, vue de l'extérieur, semble faire partie du mobilier urbain. En réalité, elle se détache et se dévisse, révélant une minuscule bande de papier sur laquelle nous inscrivons notre nom.

FLONOPOLY 26 - PICCADILLY:
Samedi en fin d'après-midi, puis le soir. Le nom de cette cache me laissait croire qu'elle se trouvait à proximité de la précédente. En réalité, notre GPS nous a entraînés jusqu'aux grilles de Green Park... lesquelles étaient recouvertes par les tableaux d'un artiste-peintee. Nous avons voulu ruser en cherchant depuis l'intérieur du parc. De gros buissons épineux autant qu'épais bloquaient l'accès à la zone de recherche; n'écoutant que notre courage, nous avons tiré nos manches de blouson sur nos mains et nos capuches sur nos têtes avant de nous y enfoncer... et d'en ressortir bredouilles au bout de quelques minutes.
Ne voulant pas nous avouer vaincus, nous sommes repassés après avoir dîné dans un pub. L'artiste-peintre avait remballé ses tableaux, et nous avons facilement mis la main sur une boîte de pellicule située un peu plus loin que nous ne le pensions.

THE WINCHESTER GEESE
Dimanche vers midi. Une longue marche au sud de la Tamise, depuis le Movium situé au pied du London Eye et presque jusqu'à la station de métro Borough, nous emmène dans un lieu plutôt intrigant - un ancien cimetière où étaient autrefois inhumées les prostituées sans famille, surnommées les "Winchester Geese". Aujourd'hui, c'est devenu un terrain vague auquel on ne peut plus accéder; mais les grilles qui y conduisent s'ornent d'une foule de rubans et de menus présents déposés là en hommage à ces femmes anonymes. La cache n'est pas une micro, mais un assez gros container de plastique noir où nous déposons un Travel Bug et en récupérons un autre, ainsi que notre première Geocoin.

LAST DELIVERY
Dimanche à la suite de la précédente. C'est la cache la plus visitée du Royaume-Uni. Elle se trouve au coeur de la City; une fois encore, nous devons marcher beaucoup et dans un quartier peu riant pour l'atteindre. Le jardin d'une église forme un havre de paix inattendu au milieu des grands bâtiments modernes. Nous y dénichons très vite le Tupperware dans lequel nous attend une autre Geocoin (une chauve-souris intéressée par les châteaux et les maisons hantées; je verrai ce qu'on peut faire pour elle à Bruxelles!). Nous tentons de repartir par la station Barbican; malheureusement, elle est fermée pour travaux et nous devons rebrousser chemin jusqu'à Saint-Paul.

GREAT ORMOND ST. (ALMOST!)
Dimanche après-midi pour conclure cette tournée londonienne. Face au célèbre Children's Hospital, non loin de la station de métro Russell Square, s'étend un joli petit parc plein de bancs ombragés. C'est sur l'un d'eux que nous ouvrons notre troisième Tupperware de la journée et y pêchons un second Travel Bug. A ce stade, mon genou gauche commence à refuser de coopérer, et nous décidons d'arrêter là les recherches pour ce week-end.

lundi 18 octobre 2010

The Pavilion (Indian Summer)


Les hôtels à Londres sont extrêmement chers. Si on souhaite en plus dormir dans un endroit mémorable, les prix s'envolent très vite au-delà des possibilités du quidam moyen. Un seul établissement semblait capable de satisfaire notre goût du design sans engloutir la quasi-totalité de notre budget shopping: l'hôtel Pavilion, réputé pour ses chambres toutes différentes et sa clientèle rock'n'roll. Nous avons réservé plusieurs mois à l'avance; pourtant, il ne restait déjà plus guère de choix dans les "double rooms" qui, en taille et en tarif (£100 la nuit), correspondaient à un échelon 3 sur 5. Finalement, c'est l'Indian Summer que nous avons retenue.

L'HOTEL
Le Pavilion se trouve sur Edgware Road, à cinq minutes à pied d'une station de métro qui sans être centrale se situe quand même sur quatre lignes: Bakerloo, District, Central, Hammersmith & City, à quatre stations seulement d'Oxford Circus. Par contre, contrairement à Bayswater où je descends d'habitude lors de mes séjours londoniens, le quartier n'a rien de riant, et je me verrais mal y traîner dans la soirée - pas parce que ça craint, mais parce qu'il n'y a absolument rien à faire.

Les réceptionistes indiens sont gentils et serviables. Le petit déjeuner continental (jus d'orange en brique, vilain thé noir en sachet, croissant industriel mou avec petite barquette de confiture, céréales, lait et muffin aux pépites de chocolat étonnamment bon) est inclus dans le prix; en l'absence de place pour mettre une cuisine et une salle à manger au rez-de-chaussée, il est déposé devant la porte de chaque chambre à l'heure choisie par les clients, ce qui permet de paresser plus longtemps au lit! Le check-out est à midi. Les bagages laissés là jusqu'au soir sont entreposés dans un bout de couloir sans surveillance, ce que j'ai trouvé peu rassurant; j'ai donc insisté pour que mes sacs de shopping soient gardés à la réception.

LA CHAMBRE:
Minuscule, avec tout juste la place de se déplacer en crabe entre les meubles. Très surchargée au niveau de la déco, ce qui combiné à l'exiguïté des lieux et à la petite taille de la fenêtre donne une pièce extrêmement sombre où il n'a pas été possible de prendre des photos correctes. Lavabo situé dans un coin de la chambre, plutôt qu'à la salle de bain: pittoresque mais peu pratique. Aucun produit d'hygiène fourni, à part un minuscule savon pour les mains avec lequel nous avons également dû nous doucher. Lit à baldaquin sympathique, mais matelas dur, sur lequel nous avons pourtant très bien dormi. Réception wifi hyper-faible, à moins de se tenir derrière la porte ordinateur brandi en l'air.

VERDICT:
Malgré l'exiguïté de ses chambres (je ne veux même pas imaginer les placards à balai que doivent être les "small single"!), le Pavilion offre un rapport qualité-prix remarquable pour Londres. A réserver, toutefois, aux voyageurs qui privilégient l'originalité de leur hôtel à son confort. Les autres feront mieux de chercher un établissement plus classique.

Mais pourquoi ne veut-on jamais nous laisser rentrer de voyage?

Hier soir, en arrivant à St-Pancras chargés de moult paquets et complètement claqués après un week-end durant lequel nous avions marché, marché, marché et marché encore, nous avons eu la mauvaise surprise de découvrir que, la gare de Bruxelles Midi fermant à 22h en raison de mouvements sociaux, notre Eurostar était annulé. Nous avons dû sauter dans un Londres-Paris bondé où nous n'avons pu squatter que des strapontins dans le couloir, à côté de trois insupportables pintades qui ont passé le trajet à raconter des conneries plus grosses qu'elles. Descendus à Lille, nous sommes ensuite montés dans un bus affrêté pour l'occasion, qui nous a déposés à Bruxelles un peu après minuit au lieu des 22h30 prévues.

Il nous a semblé que nous ne nous en tirions pas si mal, finalement... Mais aujourd'hui, nous sommes claqués tous les deux. Je devais descendre à Monpatelin mercredi pour une semaine; je vais faire sauter ce voyage. J'en ai plus qu'assez des trains pour le moment, et j'ai besoin de passer un peu de temps au calme chez moi avec Chouchou. Dès que mon boulot me laisse cinq minutes, je vous parle de ce week-end bien rempli, des deux musées que nous avons visités, de nos déconvenues culinaires, de notre curieuse chambre d'hôtel et bien entendu de notre shopping!

vendredi 15 octobre 2010

RestoDays: Bla-Bla & Gallery

Pour fêter à la fois mon retour au bercail après un mois d'absence et les 4 ans de notre couple, Chouchou a voulu m'inviter dans un bon restaurant en profitant de l'offre RestoDays valable du 8 au 18 octobre cette année. Le principe: un menu gastronomique à choix plus limité que la carte habituelle, mais au prix unique de 21€ le midi et 28€ le soir, dans 200 établissements bruxellois. L'occasion de tester des endroits où l'on n'a pas trop les moyens de manger d'habitude. Hélas, comme la chose s'est décidée au dernier moment, il ne restait guère de possibilités. J'ai refusé Le Maharadjah dont la formule buffet me paraissait peu romantique, et nous avons donc atterri au Bla-Bla & Gallery, dont nous aimons beaucoup le brunch mais où nous n'avions encore jamais dîné.

...Et bien, ce fut une grosse déception sur le plan culinaire. En entrée, la plancha de boeuf que j'ai choisie était un plat plus que basique, j'irais même jusqu'à dire grossier: une tranche de boeuf surmontée d'un morceau de poivron et de fromage fondu, accompagnée par des lamelles de légumes sautés. En plat principal, le croustillant d'agneau se composait de morceaux de viande très tendre et cuite à point, certes, mais cuite dans une feuille de brick qui la rendait inutilement bourrative et ne lui apportait rien d'un point de vue gustatif. Ne parlons pas de l'accompagnement: une portion riquiqui de lasagnes de légumes trop sèches, et de bêtes pommes de terre à l'eau coupées en deux et garnies de quelques brins de verdure. Je n'appelle pas ça "gastronomique", mais "quelconque". En dessert, ma crème brûlée aurait beaucoup gagné à ne pas etre servie à température ambiante.

Pour ne pas trop faire ma grincheuse, je tiens quand même à ajouter que la salle du Bla-Bla & Gallery est très belle le soir avec des éclairages tamisés, que le service m'a paru assez correct (bien qu'on ait oublié de nous fournir du pain avec les entrées), et que le petit orchestre piano-violoncelle-batterie apportait une touche musicale agréable - même s'il a dû rivaliser avec le brouhaha d'une tablée de quinze personnes. Mais sur ce coup-là, franchement, leur chef ne s'est pas foulé. Il ne m'a pas donné envie de tester sa carte habituelle. Je retournerai sans doute au Bla-Bla & Gallery, mais uniquement pour y bruncher.

jeudi 14 octobre 2010

Où il semble que je continue à pisser répétitvement sur un totem à l'insu de mon plein gré

En principe, les billets de train SNCF sont mis en vente trois mois avant la date pour laquelle ils sont valables. Pour bénéficier des meilleurs tarifs, je prévois donc mes déplacements bien à l'avance et réserve dès minuit une le jour fatidique.
Mais cette année, un crétin quelconque a décidé que tous les billets pour la période des fêtes de fin d'année (13 décembre -12 janvier) seraient disponibles en bloc à partir du 13 octobre 6h du matin. Hier, je me suis donc arrachée à mon lit douillet aux aurores pour réserver les aller-retour Bruxelles-Toulouse qui nous permettraient, à Chouchou et à moi, d'aller passer Noël dans ma famille. Un événement important, vu les circonstances actuelles.
A 6h01, j'étais connectée. En même temps que des milliers, voire des dizaines de milliers d'autres gens qui voulaient eux aussi se déplacer entre mi-décembre et mi-janvier, de préférence sans y laisser tout le montant de leurs étrennes. Résultat: site saturé, impossible de placer une réservation. Et quand par hasard je réussissais à mettre un billet dans mon panier, l'opération échouait systématiquement au moment de payer. J'ai ainsi reçu une dizaine de messages d'erreur suivis de mails m'informant que mon achat n'avait pu être finalisé.
A 7h45, à bout de nerfs, j'ai résolu de faire l'ouverture de la boutique SNCF située galerie Louise, en me disant que ça marcherait sans doute mieux chez eux. Je me suis recouchée pour une petite heure, et bien sûr, je n'ai pas réussi à me rendormir. Bouffée par l'angoisse que ce soit, peut-être, le dernier Noël de mon père et que je ne puisse pas y aller. Bien sûr, Chouchou et moi pourrions toujours descendre en voiture maintenant que son boulot lui en a filé une, mais l'an dernier à cette période, les intempéries empêchaient toute circulation routière.
Bref, j'étais au plus mal.
A 9h, avant de me préparer pour sortir, j'ai fait une nouvelle tentative sur le site de la SNCF. Paiement de nouveau refusé. Idée lumineuse: j'ai essayé avec mon autre carte Visa, celle qui est rattachée à mon compte professionnel. Et là, TADAM! Go pour un montant de 266€. Intensément soulagée j'étais.
Jusqu'à ce que je me connecte sur le site de ma banque ce matin et voie que tous les achats dont le paiement avait soi-disant échoué apparaissaient sur ma prochaine facture de carte bleue.
Bien sûr, j'ai immédiatement contacté mon banquier pour lui dire que je contestais ces opérations, mails "échec paiement" de la SNCF à l'appui. Et je me suis fendue d'un autre mail bien incendiaire au service commercial de la SNCF.
J'espère que cette affaire pourra être réglée rapidement et sans trop de problème. Mais je voudrais que le mauvais plaisantin qui a planqué un totem au fond de mes toilettes se dépêche de venir le retirer dans les meilleurs délais. Les blagues les plus courtes sont les meilleures, et celle-ci a déjà assez duré.
D'avance, merci.

mercredi 13 octobre 2010

Allô, le consulat?

Ca ne peut plus durer.
Je ne peux pas continuer à me laisser bouffer par mes angoisses.
En particulier, mon angoisse du cancer.
Qui est en réalité et par-dessous tout le reste une angoisse d'être séparée de Chouchou.
Bien sûr, j'ai peur de la souffrance, du spectre de la mort qui plane sur cette maladie, et plus prosaïquement, de me retrouver en difficulté professionnelle puis financière si je suis incapable de travailler pendant plusieurs mois.
Mais je ne peux pas contrôler l'occurrence de la maladie en elle-même. Enfin, si, dans une mesure limitée. Je peux faire attention à mon hygiène de vie, manger sainement, bouger un peu plus, continuer à faire des check-up réguliers pour choper au plus tôt un éventuel problème. Pour le reste, il arrivera ce qui doit arriver (ou pas, j'espère!).
A titre préventif, je ne peux faire qu'une chose: mettre en place dès maintenant une organisation béton sur laquelle me reposer en cas de pépin. J'ai déjà une complémentaire santé qui assurera le maintien de mon revenu en cas d'arrêt de travail de plus d'un mois. Mais un gros point noir demeure: ma sécurité sociale se trouvant en France, c'est en France que je devrais me faire soigner. Donc, loin de Chouchou qui est salarié ici à Bruxelles et qui ne pourrait pas laisser tomber son boulot pour venir jouer les garde-malades.
Or, presque plus que tout au monde, je redoute de devoir endurer une épreuve pareille sans le soutien de la personne que j'aime. En prenant soin de mon père ces dernières semaines, j'ai vu à quel point le moral du malade était à la fois important et fragile. Et dans ce genre de situation, mon moral serait au trente-sixième dessous si je n'avais pas Chouchou près de moi.
Je ne vois pas trente-six solutions. Aujourd'hui, j'ai contacté le consulat de France pour savoir quelles démarches effectuer afin de devenir officiellement résidente de Belgique. Je crains que ce soit compliqué et pas forcément avantageux d'un point de vue matériel, mais je ne peux plus vivre avec cette angoisse. J'en ai discuté avec Chouchou, et s'il faut en passer par la case mariage pour nous simplifier la vie, nous sommes prêts à le faire.
J'avoue: j'en ai un peu assez de cette situation bâtarde dans laquelle je vis depuis 3 ans, d'accumuler les aller-retour qui me bouffent deux journées par mois, d'avoir mes affaires éparpillées à mille kilomètres de distance, de devoir caser tous mes rendez-vous médicaux et administratifs dans le peu de temps que je passe à Monpatelin, de dépendre d'une organisation sans faille et pourtant si facile à faire dérailler - bref, de ne sentir rien de solide sous mes pieds. Jusqu'à présent, j'avais surtout envie de rester le plus libre possible. Mais à ce stade de ma vie, j'ai besoin d'un minimum de sécurité. Que je n'ai pas DU TOUT en ce moment.

mardi 12 octobre 2010

London, here we come

Je l'avais presque oublié avec toute l'agitation des dernières semaines, mais le week-end prochain, Chouchou et moi serons à Londres pour fêter nos 4 ans - merci les chèques éco distribués par son boulot qui nous offrent l'aller-retour pour 2 personnes en Eurostar!

Au programme so far:
- Une nuit à l'hôtel Pavilion, réputé design et déjanté
- Du shopping, of course: chaussures Shellys et Irregular Choice, mode rock'n'roll chez Tatty Devine, cosmétiques Kiehl's ou Philosopy chez Space NK, gadgets rigolos chez Birdcage et Playlounge, papeterie chez Paperchase
- Du geocaching: j'ai dressé une liste d'une douzaine de caches intéressantes et situées à distance de marche des endroits où nous passerons de toute façon
- Une expo choisie par Chouchou et dont j'ai déjà honteusement oublié le nom comme le thème
- Un repas au Wagamama local et peut-être un high afternoon tea chez Fortnum & Mason
- Pour la traditionnelle comédie musicale, j'hésite encore... Rien ne me tente vraiment et j'ai peur que nous soyons 1/ crevés le samedi soir 2/ hors budget

lundi 11 octobre 2010

Back in Brussels

Je suis de retour à Bruxelles, après un voyage en avion étonnamment dénué de tout incident.
J'ai retrouvé Chouchou et mes minettes, ainsi qu'une montagne de courrier en souffrance et de projets interrompus en plein milieu. Je m'attellerai à rattraper mon retard demain. Pour ce soir, je me suis contentée de dévorer quelques carrés de pizza de chez Mamma Roma devant les deux premiers épisodes de la saison 4 de Big Bang Theory. Dieu que ça fait du bien de rire à se tordre sur le canapé!
Pourtant, une petite partie de moi n'arrive pas à oublier la tumeur qui grignote le ventre de mon père, son visage ravagé par la douleur et les larmes. Je crois que cette image-là me hantera jusqu'à la fin de mes jours. Mais j'ai le droit de vivre malgré tout, de prendre du plaisir dans les petites choses du quotidien - voire d'être heureuse malgré l'inquiétude qui ne me quittera pas jusqu'au jour où, je l'espère, un médecin dira à mon père qu'il est guéri.
Et c'est ce que je vais m'employer à faire.

Merci à tous les lecteurs qui ont pris la peine de me manifester leur soutien. Vos gentils petits mots m'ont aidée à me sentir moins seule ces dernières semaines.

dimanche 10 octobre 2010

Fingers crossed

Si tout se passe bien, demain soir à la même heure, je serai de retour à Bruxelles après très exactement un mois d'absence.

Je précise "si tout se passe bien", parce que les forces du chaos semblent se déchaîner pour m'empêcher de retrouver Chouchou. D'abord, il y a eu cette grève reconductible de la SNCF annoncée pile pour mardi, jour où j'étais censée rentrer en train. Un remboursement de billet plus tard, je réservais une place sur le vol Carcassonne-Charleroi de la veille (le Toulouse-Bruxelles pris au dernier moment étant hors de prix). C'est alors que la météo décidait de faire des siennes et de mettre tout le sud-ouest de la France en alerte orage orange jusqu'à lundi soir.

Donc, c'est pas encore gagné. Je ne crierai vraiment victoire qu'une fois les deux pieds sur le sol belge.

J'ai hâte. Et en même temps, ça me fait tout drôle de quitter mes parents. Oh, je ne culpabilise pas: je pense avoir fait tout ce qui était en mon pouvoir pour leur faciliter la vie ces dernières semaines. Et puis, je ne les laisse pas seuls. Mon oncle et ma tante de Lyon viendront leur tenir compagnie jusqu'au retour définitif de Soeur Cadette et de sa petite famille, à la fin du mois. Je sais aussi que je commence vraiment à atteindre mon taux de saturation question manque d'intimité. Même si l'automne est magnifique à Toulouse, même si je mange mieux qu'à la maison (et sans devoir faire la cuisine!), j'ai besoin de retrouver mon chez-moi, mon amoureux, mes chats et mes petites affaires. La simple liberté de pouvoir m'isoler quand j'en ai envie et travailler correctement pendant la journée. Le cours normal de ma vie, quoi. Et d'un autre côté, je sais que le cours normal de la vie de mes parents va continuer à être perturbé, au mieux, pour plusieurs mois encore. Je ne me sens pas lâche de partir, mais une petite partie de moi estime que quand même, je m'en tire à bon compte.

Pendant ces semaines où ils se sont tellement appuyés sur moi, j'ai eu l'impression que les rôles s'inversaient; que maintenant, c'est moi qui étais responsable d'eux. C'est un sentiment assez troublant, surtout pour quelqu'un qui a passé sa vie à fuir les responsabilités familiales comme professionnelles. Franchement, je ne trouve pas ça confortable. Mais j'ai le sens du devoir, et de l'amour pour eux. Donc, bon.

Je reviendrai. Mais en attendant, j'ai besoin de retrouver Chouchou. Affronter le mois qui vient de passer sans personne pour me réconforter et me serrer contre lui est l'une des choses les plus difficiles que j'ai jamais faites. J'ai bien mérité un gros câlin.

vendredi 8 octobre 2010

Dans une autre vie, j'aurais eu très envie...

De cette bague de geek en deux exemplaires, un pour Chouchou et un pour moi.




Des Guronzan d'Annabel Winship, même motif qui me plaisait tant sur les Expistols la saison dernière mais hauteur beaucoup plus portable et forme plus adaptée à mes goûts.



De ce superbe ouvrage en édition limitée. Il est déjà épuisé,
mais comme de toute façon, il coûtait 500€, pas (trop) de regrets!

jeudi 7 octobre 2010

JDM

Ce matin, j'ai ouvert un oeil en entendant mes parents partir à l'hôpital. Je me suis dit: "8h30, je m'accorde encore un petit quart d'heure à traîner au lit et je me lève pour faire une bonne journée de boulot".
Résultat, c'est le bruit de la porte d'entrée se rouvrant sur les mêmes parents qui a fini par me réveiller à... 11h. Je me suis tirée du lit en catastrophe avec un bon début de migraine. Après avoir avalé un Doliprane et préparé mon thé matinal, je me suis assise devant mon PC pour faire ma petite tournée internet habituelle et commencer aussitôt à travailler.
Oui mais voilà, impossible de me connecter, que ce soit au wifi de mes parents ou au réseau non-protégé de leurs voisins qui me dépanne en cas de caprice de leur Livebox. Et pour bosser, j'ai besoin d'un accès à mes différents dictionnaires et lexiques en ligne, surtout quand je traduis un texte avec du vocabulaire très spécifique comme en ce moment.
Afin de résoudre mon problème, Chouchou m'a demandé de m'installer avec mon portable dans le bureau de mes parents, histoire qu'on puisse utiliser leur PC (très bien connecté à internet, lui) pour communiquer. Mais avant même qu'il puisse me contacter sur Skype, mon ordinateur s'est éteint... et n'a plus voulu se rallumer du tout.
Là, je l'avoue, j'ai eu un moment d'intense désespoir pendant lequel je me suis vraiment sentie maudite.
Jusqu'à ce que mon père me fasse remarquer que je m'étais branchée sur une multiprise éteinte. Et bien entendu, comme le portable que j'utilise est un vieux (étant donné que le dernier en date m'a déjà lâchement claqué entre les pattes juste avant mon départ de Bruxelles il y a presque un mois), sa batterie est morte depuis longtemps: il ne fonctionne que branché sur secteur.
Le temps de sécher mes larmes et de remédier à mon souci de connexion, il était l'heure de déjeuner. J'ai enfin pu commencre à travailler vers 14h.
A 14h15, alors que j'avais traduit environ une page et demie, le courant s'est éteint dans tout le village.
A 15h, n'y tenant plus, je me suis dit: "Tant pis, foutu pour foutu, je vais mettre mon temps à profit en allant chez le coiffeur".
Sauf que bien entendu, sans électricité, impossible d'ouvrir la porte du garage pour sortir la voiture de mes parents. Il a fallu réclamer l'aide d'un voisin qui a peiné un bon quart d'heure avant de réussir à l'ouvrir manuellement. A ce stade, dire que je me sentais persécutée par l'univers serait un doux euphémisme.
Je suis arrivée chez le coiffeur. J'ai expliqué que je voulais changer de couleur, choisi un brun foncé sur le nuancier et, parce que Chouchou avait exprimé le désir que je raccourcisse ma botte de foin, demandé qu'on me coupe une vingtaine de centimètres mais en conservant le même dégradé.
A 18h, je suis ressortie de là délestée de 99€, avec une coupe qui n'est pas forcément la pire de toute mon existence mais qui se classe facilement dans le top 5. C'est trop court, ça ne me va pas du tout, et rien que de me regarder dans la glace, j'ai envie de pleurer.
Il y a des jours comme ça où on ne peut pas gagner.

mercredi 6 octobre 2010

Grand bas et petit haut

Hier a été l'une des pires journées de ma vie. Mon père a appris qu'un de ses cousins, très malade depuis longtemps, était décédé dans la nuit. A cette mauvaise nouvelle sont venues s'ajouter les premières brûlures de la radiothérapie. Résultat: une crise horrible qui a duré quasiment sans discontinuer de midi à minuit, pendant laquelle mon père a pleuré comme jamais et dit des choses auxquelles je ne veux même pas repenser. Selon lui, les médecins ne faisaient qu'agraver son mal au lieu de le soigner, et il parlait d'arrêter le traitement. J'ai tenté de le convaincre d'accepter l'hospitalisation, arguant que que sa douleur serait mieux gérée qu'à la maison, mais cette idée l'a jeté dans un paroxysme de désespoir. Il souffrait tant, physiquement et moralement, que j'ai eu peur que son coeur lâche.

A dix heures du soir, j'ai donc filé voir ses voisins de dessus et amis, qui malheureusement connaissent bien le problème du cancer puisque la première femme du monsieur en est morte et que le fils de la dame a été traité pour une tumeur au cerveau il y a quelques années. Sachant que la dame, en particulier, a beaucoup d'influence sur mon père, je souhaitais qu'elle lui parle à un moment où il irait "bien" pour le convaincre d'accepter l'hospitalisation, au moins quelque temps. Mais elle a proposé autre chose: le recours à une magnétiseuse apparemment très connue sur Toulouse, qui traite énormément de patients atteints de cancer pour leur (je reprends son expression) "enlever le feu" de la radiothérapie.

Bien entendu, mon père est tout à fait réfractaire aux médecines alternatives qu'il tient pour du charlatanisme. (Moi-même, je suis extrêmement sceptique, mais à ce stade, si on me disait que le jus de schtroumpf peut le soulager, je partirais en forêt déguisée en botte de salsepareille et armée d'un gros marteau.) Je me demandais donc comment nous allions le conduire à un rendez-vous contre son gré. Annick, la voisine, a proposé de passer le chercher, de l'emmener à sa séance de radiothérapie et de s'arrêter chez Lalie la magnétiseuse sur le chemin du retour. Soit. Mais cet après-midi, elle a appelé pour dire qu'elle ne pourrait finalement pas: elle avait oublié qu'elle avait des billets pour aller à l'opéra ce soir.

J'ai pensé que c'était fichu... puis le gentil taxi qui conduit désormais mon père à la clinique Pasteur a dit qu'il connaissait bien Lalie, que les ambulances faisaient la queue devant chez elle et qu'elle obtenait de très bons résultats. Du coup, mon père s'est quand même laissé traîner là-bas. Et comme on pouvait s'y attendre, il s'est prêté à la séance de mauvaise grâce, en bougonnant tout du long que ça ne servait à rien et en se montrant limite insultant envers Lalie. N'empêche que trois heures et demie se sont écoulées depuis la fin de sa radiothérapie (contre à peine deux heures hier avant le déclenchement de sa crise horrible), et que là, il regarde paisiblement la télé sur le canapé. J'espère qu'il en tirera les conclusions qui s'imposent, mais j'ai du mal à y croire.

lundi 4 octobre 2010

Nouvelles du front fondement

Puisque mes lecteurs me font la gentillesse de nous envoyer plein de pensées positives, à ma famille et à moi, voici les dernières nouvelles en date.

Mon père a commencé simultanément sa chimiothérapie et sa radiothérapie ce matin. La première se présente sous forme de cachets à prendre deux fois par jour juste après les repas. C'est la forme la plus légère du traitement; nous sommes prévenus qu'elle ne suffira peut-être pas et qu'il faudra dans ce cas passer à la forme "lourde" avec injections. Quant aux rayons, le seul établissement équipé pour les faire sur Toulouse est la clinique Pasteur. Nous nous y sommes rendus en une demi-heure de voiture (avec embouteillages dûs à des travaux), 10 stations de métro et 10 minutes de marche sous la pluie. Sur place, il a fallu attendre une demi-heure de plus que prévu, mais la séance elle-même n'a duré qu'un quart d'heure et les suivantes seront plus courtes encore. La bonne nouvelle, c'est que d'après mon père, ça ne fait pas mal. La mauvaise, c'est que ce traitement est assorti d'un régime alimentaire très strict qui lui a, selon ses propres mots, "donné envie de se suicider" quand on le lui a lu: en gros, pas du tout de fibres (les seuls légumes autorisés sont les carottes cuites et les courgettes pelées, les seuls fruits, les bananes très mûres et les pommes crues râpées) ni de gras sous aucune forme que ce soit.

Lorsque nous sommes rentrés à la maison, il avait le moral au plus bas et se montrait très pessimiste sur l'efficacité du traitement. Mais cet après-midi, nous avons pu nous arranger pour qu'un VSL (= véhicule sanitaire léger, soit un taxi ordinaire mais agréé par la sécu) se charge de son transport tous les jours, ce qui a paru le soulager un peu. Ainsi, il gagnera du temps et de la fatigue sur les trajets, surtout avec l'automne et le mauvais temps qui se profilent. Et surtout, il se sentira moins offensé par ma conduite trop molle qui, soi-disant, "ne fait pas de bien au moteur de sa voiture" alors que mon seul souci quand je le véhicule est de ne pas le secouer "à charge" des personnes qui l'entourent. Un des aspects les plus pénibles de sa maladie, outre la douleur physique, est la perte d'autonomie qu'elle entraîne: pour quelqu'un comme lui qui aime tout contrôler, c'est moralement très difficile à supporter. Donc, savoir qu'il peut se rendre à ses rendez-vous sans emmerder personne le réconforte. C'est toujours ça de pris.

samedi 2 octobre 2010

Si fatiguée...

Je suis fatiguée.
J'ai passé la semaine à courir à la pharmacie chercher ceci ou cela, à tenir la main de mon père pendant ses crises, à lui distribuer ses médicaments aux heures voulues, à essayer de joindre ses médecins au téléphone, à rester positive-positive-positive et souriante et rassurante.
J'ai lutté contre l'angoisse de la maladie qui m'empêche de m'endormir le soir et qui fait que la première chose à laquelle je pense en revenant à la conscience le matin, c'est le mot "cancer"; cette angoisse qui me donne envie de pleurer de trouille tandis que je me palpe les seins sous la douche et imagine sentir une boule dans celui de droite.
J'ai géré ma mère qui m'appelle toutes les cinq minutes parce que son ordinateur lui propose des mises à jour et qu'elle ne sait pas si elle doit les faire (moi non plus); ma mère qui me harcèle chaque jour pour que j'appelle le SAV de la Fnac afin qu'ils viennent remplacer le disque dur défectueux de son PC, alors que je ne suis pas plus qualifiée qu'elle pour m'en charger et que j'aimerais bien pouvoir bosser un peu au lieu de passer deux heures à m'énerver au téléphone; ma mère qui ne prend plus AUCUNE décision depuis que je suis là - tout à l'heure, elle est venue dans ma chambre (où je tentais de m'isoler parce que je n'en pouvais plus de cette promiscuité étouffante) pour me demander: "C'est quoi déjà qu'il doit prendre 2 heures avant le repas?".
J'ai géré mon père qui ne prend ses médicaments que si on les lui donne, et qui même ainsi rechigne un maximum sous prétexte que "c'est pas bon" ou qu'il déteste boire de l'eau; mon père qui refuse de comprendre qu'il doit être acteur de son traitement, que les médecins ne sont pas dans son corps et que s'il a mal il DOIT le leur dire et réclamer quelque chose pour soulager sa douleur; mon père qui veut conduire alors qu'il est marqué en jaune vif sur la notice de ses patchs à la morphine qu'il ne doit pas le faire, et comme j'insiste pour lui servir de chauffeur, il passe tout le temps où nous sommes en voiture à scander: "3ème... 4ème... Ne roule pas trop près du bord... Attention là il y a un dos d'âne..." (alors que quand c'est ma soeur qui conduit il ne dit rien).
J'ai lutté pour bosser malgré les pitreries de Dechavanne ou de Jean-Luc Reichmann diffusées à 3 mètres de mes oreilles, essayant d'arriver coûte que coûte à traduire 18 pages par jour, y compris quand l'auteur raconte une tempête en mer en se plantant dans les termes de navigation à voile utilisés et que du coup, je ne comprends même pas ce qu'il cherche à dire.
J'ai dû me contenir pour ne pas hurler que je n'étais pas vacances quand mes parents ont protesté qu'on n'allait quand même pas faire les courses un samedi, il y a trop de monde dans les magasins; oui mais c'est ma seule journée de liberté et les rendez-vous en radiothérapie de papa sont à midi toute la semaine prochaine, à l'autre bout de Toulouse, ce qui signifie que ça va me bouffer mes heures les plus productives de la journée; et je veux bien être à leur disposition pour toutes les choses graves ou dont ils ne peuvent pas se charger eux-mêmes, mais merde j'ai aussi un boulot à faire et des factures qui ne vont pas se payer toutes seules et ça fait déjà presque trois semaines que je bosse en pointillés.
Je n'ai pas vu Chouchou ni mes chats depuis le 12 septembre; niveau logistique, je me débrouille avec le contenu de ma valise et ma figure ressemble à une devanture de mercerie de n'avoir pas vu la crème pour peaux intolérantes d'Avène depuis trop longtemps - quant à mes cheveux, mes racines sont si longues qu'ils ont l'air bicolores.
J'ai essayé de me changer les idées en bouquinant un peu. Première tentative: "La Tour de Tokyo, Maman, moi et Papa de temps en temps", de Lily Francky. La mère du héros chope un cancer aux deux tiers du livre et meurt. Je me suis rabattue sur "La musique du hasard" de Paul Auster. A la troisième page, le narrateur explique qu'il a hérité une grosse somme de son père mort d'un cancer. Je suis passée à ELLE: en ce moment, c'est campagne de prévention contre le cancer du sein sur tous les fronts.
Tous les soirs je me couche avec une énorme boule dans la gorge, sans personne pour me réconforter et me dire que tout ira bien, et je tressaille au moindre bruit en provenance de la chambre de mes parents.
J'ai mal partout.