vendredi 10 février 2012

"Café de Flore"


Paris, 1969. Jacqueline (Vanessa Paradis, brune, pas maquillée, portant des fringues informes et les chaussures les plus laides du monde) élève seule son fils trisomique. Avec beaucoup de courage, de tendresse et de fantaisie, elle se bat pour lui offrir la vie normale d'un petit garçon de son âge, et notamment pour le scolariser dans une école ordinaire afin qu'il progresse davantage. Un jour, Laurent rencontre Véronique, une fillette également trisomique, et quelque chose de très fort se produit entre les deux enfants...

Montréal, 2011. A l'approche de la quarantaine, Antoine a tout pour être heureux: un job de DJ qui l'emmène dans le monde entier, une compagne superbe avec qui il fait l'amour comme un fou, deux filles qu'il adore. Pourtant, il ne parvient pas à oublier son ex-femme, qui fut son tout premier amour et avec qui il vécut 20 ans de relation fusionnelle. De son côté, cette dernière enchaîne les crises de somnambulisme et les cauchemars étranges...

Comme on s'en doute dès le début, les deux histoires sont liées, et j'ai passé près de deux heures à me demander de quelle façon. Je ne suis pas trop cruche: j'ai compris à la moitié d'"Usual Suspects" que le boîteux semblait beaucoup trop inoffensif pour ne pas être le vrai coupable, et pigé dès la scène du resto entre Bruce Willis et sa femme que le premier était mort dans "Sixième Sens". Mais là, vraiment, je n'ai pas deviné avant la fin, avant cette révélation qui donne une tonalité assez particulière au film. Je conçois que certains aient pu détester; pour ma part, j'ai trouvé que c'était plutôt original, et que ça servait le propos sur les âmes soeurs développé tout au long du film.

Pour autant, "Café de Flore" n'est pas exempt de défauts. Il m'a paru un peu long (mais c'était peut-être parce que j'avais eu le tort de boire un thé juste avant, et que j'attendais le générique final pour me précipiter aux toilettes), et surtout légèrement déséquilibré dans sa construction: trop de temps passé à établir que Jacqueline ferait n'importe quoi pour son fils; du coup, le drame final semble trop subit et difficile à avaler. Et un élément important à mon sens reste inexpliqué, même si je ne peux pas en parler ici sans spoiler.

Néanmoins, j'ai beaucoup aimé ce film, et je l'aurais beaucoup aimé même sans Vanessa Paradis. "Café de Flore" n'est pas très gai, mais il fait passer des émotions fortes et troublantes. J'ai aimé la façon dont Jean-Marc Vallée entremêlait passé et présent; j'ai trouvé que la musique était utilisée de manière intelligente; et j'ai été frappée par le rayonnement qui se dégage des deux jeunes acteurs trisomiques pendant la scène de la rencontre. Leurs sourires, leurs regards sont inoubliables, et c'est une femme globalement imperméable au charme des enfants qui vous l'assure. Bref, "Café de Flore" vaut bien mieux que les critiques lapidaires et la maigre programmation qui lui a été réservée.

2 commentaires:

Isa a dit…

Voilà qui me donne envie de le voir... Tu as réussi à m'intriguer sur un sujet qui ne m'emballait pas trop à la base.

Sabine a dit…

Je l’ai vu hier et ai été hypnotisée par ce film au rythme étrange...
La musique et le montage contribuent à cette sensation je pense.
J’ai beaucoup aimé le thème des âmes sœurs malgré – comme tu le soulignes – certains points inexpliqués ou la radicalité du drame final.
J’ai trouvé que c’était un joli film, original tant par son scénario que sa mise en scène.