jeudi 20 septembre 2012

"La coureuse": où je me rends compte que Maïa Mazaurette et moi n'avons pas la même définition du féminisme


Aujourd'hui est la date officielle de parution du nouveau livre de Maïa Mazaurette, "La coureuse", auto-fiction dans laquelle elle raconte essentiellement sa relation d'un an avec un Danois prénommé Morten. "La coureuse" était déjà en rayon hier après-midi chez Filigranes, et comme je pensais l'acheter, j'ai commencé à le lire dans le magasin. Après l'avoir survolé en totalité, j'ai éprouvé une telle déception que je l'ai reposé pour, à la place, investir dans un roman paru chez Actes Sud. N'ayant pas noté les passages qui m'avaient interpelée, je ne comptais pas en parler ici. Et puis hier soir, l'auteur a posté sur son blog un extrait qui illustre parfaitement bien mon malaise. 

Après avoir menti au Danois en lui affirmant qu'elle n'avait, avant lui, eu que deux relations sérieuses et quelques aventures, elle se justifie de la sorte: "Je joue le jeu parce que je n'ai pas le choix. S'il faut que je sois une princesse comme dans les contes de fées, alors je m'inventerai une couronne. S'il faut que je me transforme en guerrière je prendrai les armes, parce que j'aime les hommes jusqu'à l'absurde et que toute mon éducation féministe ne m'empêchera jamais de me conformer à ce qu'ils veulent. Pas pour l'argent ou le pouvoir mais pour le privilège de tomber amoureuse, de ne pas en dormir la nuit."

Paaaaaaardon?

Que deux choses soient claires. Premièrement, j'aime beaucoup Maïa Mazaurette. Outre le fait qu'elle écrit très bien, et pas seulement dans le registre de la sexo, j'ai toujours apprécié l'intelligence dont elle faisait preuve dans ses analyses des relations hommes-femmes et du rapport de séduction qui les lie. Je la trouve pertinente dans le fond et percutante dans la forme. Deuxièmement, elle a tout à fait le droit de professer les opinions de son choix et de mener sa vie personnelle comme elle l'entend... mais j'ai le droit, moi, d'avoir une réaction à ce qu'elle écrit dans le but d'être lue. 

Ce que j'ai retenu de son livre (et qu'illustre donc le passage ci-dessus, mais bien d'autres m'ont fait bondir...), c'est qu'une féministe auto-proclamée estime ne pouvoir séduire et être aimée que si elle se conforme à ce qu'un homme attend d'elle - en l'occurrence, si elle reste sagement dans les clous en n'avouant pas trop d'amants au compteur. D'une part ça me semble très triste de devoir mentir à l'autre pour susciter son désir ou son amour; d'autre part je suis bien placée pour savoir que ça n'est en aucun cas une règle universelle. C'est vrai, je suis tombée sur des hommes que mon expérience sexuelle tous azimuts dérangeait. Ils n'étaient pas pour moi, voilà tout. Mon partenaire actuel n'a aucun problème avec ça, et si unique soit-il à mes yeux, j'ai du mal à croire qu'il soit réellement le seul spécimen de son espèce. 

Pour tomber amoureuse, il n'y aurait pas d'autre choix que de se couler docilement dans un moule? Etre tantôt une rouquine pétillante, une brune amatrice de jeux vidéo ou une blonde qui fait du yoga, au gré des préférences de ces messieurs? De la part d'une femme qui m'a toujours semblé avoir de la personnalité à revendre, ces propos me sidèrent. Je n'achèterai finalement pas "La coureuse", et si je pense continuer à suivre le blog de Maïa Mazaurette, ce ne sera sans doute plus jamais du même oeil. Dommage, vraiment, car elle était pour moi l'exemple typique de la féministe qu'on ne peut pas accuser de ne pas aimer les hommes, et qui de ce fait renforce notre crédibilité à toutes. Plus maintenant. 


9 commentaires:

funambuline a dit…

Je ne lis plus son blog depuis environ 2 ans, après une série de réflexions qui, sous couvert d'humour, avaient pourtant écorché mon féminisme.
Cette fille est drôle, elle écrit bien et a l'esprit ouvert, mais sa manière de s'affirmer féministe alors qu'elle ne se positionne sans cesse que face aux carcans (pour ou contre) ne me plaît pas du tout.

Anna E. a dit…

Je suis assez partagée : d'un côté, je suis déçue pour les mêmes raisons que celles que tu as exposées, mais d'un autre je me dis que Maïa n'est, finalement "qu'une femme" - dans le sens où c'est un être humain, avec des failles, pas seulement une blogueuse qui choisit l'image qu'elle se construit au fil du temps.

J'hésite, j'hésite ...

ARMALITE a dit…

La sincérité et l'honnêteté dont elle fait preuve dans ce bouquin sont tout à fait louables, mais j'avoue être choquée par le manque de cohérence entre son "personnage public" et ce qu'elle raconte là.

Helolie a dit…

J'ai pensé à cette chanson d'Anne sylvestre qui dit "On n'est pas tout neuf, on a son barda... On n'est pas tout neuf, on est tous des ex" etc.

Suis-je la seule à trouver que le Danois n'est pas super élégant ?

Je trouve intéressant le décalage entre la vie intime et sexuelle et la vie publique. Souvent, on n'en sait pas grand chose. Là, elle le met en scène, ça me paraît courageux, même si je n'aurais pas réagi de la même façon.

cryingwall a dit…

Ouah, étonnant.
J'ai pas mal fréquenté le site de Maïa puis je m'en suis lassée (toujours le même contenu) (bon ok, la forme des sex-toys peut varier, mais).
Rien ne m'aurait laissé penser cette façon de penser, que je ne qualifierais pas de "pas féministe", mais de "très différent de mon idée du féminisme".

Ceci dit, j'ai lu l'extrait que tu as cité comme une sorte d'humour. Oui, avec l'humour, on peut justifier toutes sortes de choses, mais je n'aurais pas imaginé Maïa Mazaurette se conformer à une image.
Mais si tu dis que le reste du livre est également de cet acabit, ça change un peu ma vision de cette personne talentueuse.

Je n'ai plus rien à lire d'elle alors. J'ai essayé ses romans SF sans être emballée. En fait, y a que son style littéraire "billets de blog" que j'aime...

the Geek Whisperer a dit…

C'est marrant mais ça ne m'étonne pas vraiment.
Je la suis depuis des années et j'ai toujours ressenti chez elle une contradiction entre idéaux "traditionnels" et "progressistes". Paradoxalement je trouve sa démarche plus "vraie" dans roman, pour la première fois, elle assume vraiment le décalage. Ca me rend d'autant plus curieuse d'en savoir plus

Cécile de Brest a dit…

Je ne suis pas fan de ce type de blog mais je connais quand même le sien pour y avoir trainé plusieurs fois.
Mais je n'ai qu'une chose à dire : M.... à ceux qui veulent que je change ou que je sois conforme à l'idée qu'ils ont de moi. Je n'étais pas tentée par son livre, je le suis encore moins !

dola a dit…

Je suis partagée entre la consternation , la fascination un peu malsaine ( comme si je regardais un émission de télé-réalité), l'admiration ( je trouve la démarche courageuse, elle s'expose énormément) , l'agacement ( la publicité me fatigue ) et enfin carrément de l'exaspération qund elle parle du livre de toute une géneration.

Je ne me reconnais pas du tout dans ses attitudes, je suis de celles qui ont épousé un des ses hommes féministes à qui tu rendais si bien hommage il y a quelque temps.
Sa guerre n'est pas la mienne...

Katioucha a dit…

C'est un livre puissant. S'il était signé Michel H., il serait qualifié de "portrait grinçant et lucide des moeurs du temps" et classé en blanche. Il est signé Maia M., il est donc en "littérature sentimentale" entre "Un pirate d'amour" et "Angélique face à son destin".
Hé.