samedi 1 septembre 2012

Le musée Toulouse-Lautrec d'Albi




Jeudi, bravant la météo qui prévoyait orages et pluie, nous avons passé la journée à Albi. Soixante kilomètres seulement séparent Toulouse de cette ville au coeur médiéval bien protégé, fait d'étroites rues piétonnes en brique rouge. Au bord du Tarn se dresse la massive cathédrale Ste-Cécile et, juste à côté, le palais de la Berbie qui abrite un musée dédié à Toulouse-Lautrec. "Mais puisqu'il était d'ici, pourquoi on ne dit pas Albi-Lautrec?" a lancé Chouchou. L'humour belge, tu apprends à l'aimer ou tu te mets en couple avec un Suédois. En attendant, mon aspirant graphiste était très intéressé par ledit musée, et comme je suis une amoureuse admirable, j'ai accepté que nous le visitions en échange d'un nombre de bisous que la décence m'interdit de mentionner

Toulouse-Lautrec, pour moi, c'était un petit monsieur barbu portant chapeau melon, auteur des célèbres affiches à dominantes rouge et noire qui fleurissaient partout à Montmartre à la fin du XIXème siècle. Alors, quand j'ai pénétré dans une première salle remplie de tableaux à l'huile über classiques représentant des gens montés à cheval, le doute m'a assaillie. Dans mon abyssale inculture artistique, n'étais-je pas en train de confondre avec quelqu'un d'autre? Discrètement, j'ai attrapé une des fiches laminées mises à la disposition de la grande confrérie des Anti Audio-Guide, dont je suis un membre éminent. En la lisant, j'ai appris qu'Henri de Toulouse-Lautrec était le fruit d'un mariage consanguin qui lui avait donné une ossature fragile et qu'enfant, il s'était successivement cassé les deux jambes: d'où sa petite taille d'adulte (moins d'un mètre cinquante!) et une convalescence prolongée qui fut l'occasion d'apprendre dessin et peinture. Donc, au minimum, j'avais à moitié bon. 

Les salles suivantes présentent la période où, monté à Paris pour parfaire son art, Toulouse-Lautrec découvre la vie nocturne des cabarets et des bordels montmartrois. Son style effectue un virage à 180°; il se met à dessiner au crayon et au fusain sur de grands supports en papier brunâtre, avec une nette préférence pour les prostituées et les danseuses dont il saisit les attitudes intimes sans aucune vulgarité. Il semble particulièrement fasciné par les rousses. Même pour quelqu'un comme moi, qui ne s'intéresse pas du tout à la peinture, l'humanité qui imprègne son travail est saisissante. On sent qu'il ne regardait pas ces femmes comme des objets mais bien comme des êtres humains dignes d'intérêt jusque dans leurs gestes les plus anodins.

Nouveau virage stylistique quand Toulouse-Lautrec découvre la lithographie et commence à dessiner les fameuses affiches qui sont sans doute ses oeuvres les plus connues. Palette de couleurs réduite au maximum et traits simplifiés à l'extrême donnent à ses dessins une incroyable force graphique, proche de ce qu'on peut trouver aujourd'hui chez certains auteurs de bédé. Ses modèles (notamment la danseuse Jane Avril et la chanteuse Yvonne Guibert) deviennent des icônes. Mais la vie de bohème dont il restera à jamais l'une des incarnations finit par avoir raison de ses forces. Ravagé par l'alcool et la syphilis, il s'éteint à l'âge de 37 ans dans les bras de sa mère. On raconte que ses dernières paroles furent: "Mère, il n'y a jamais eu d'autre femme que vous". Hum. Et la syphilis, tu l'as chopée en t'asseyant sur des toilettes pas propres, peut-être? En même temps, il n'est écrit nulle part qu'on ne puisse pas rester un menteur et un vil flatteur jusque sur son lit de mort.

4 commentaires:

Anonyme a dit…

J'avais visité ce musée à Albi,ville d'enfance de mon grand-père.En fait j'adore les musées de peinture et j'aime beaucoup Toulouse-Lautrec ce génie,peintre presque attitré du Moulin Rouge,devenu quasi fou à cause de la "fée verte" comme on disait à l'époque.

ANNESO

Isa a dit…

Tu me donnes envie de visiter ce musée, parce que le personnage et son art me plaisent bien et parce que le cadre est superbe, ce qui ne gâche rien.
Et sinon, l'humour marseillais valant l'humour belge, je confirme que j'ai un instant envisagé de me mettre en couple avec un Suédois. Mais rien qu'un instant.

Sophie a dit…

HTL est l'un de mes peintres préférés. Je l'ai découvert à 15 ans, lors d'une expo à Paris. Je me souviens d'un tableau en particulier, une femme, rousse, chemise blanche, elle relève ses cheveux et comme par magie, j'ai tout imaginé, qu'elle en avait marre, elle n'avait pas que ça à faire, mais elle se sentait belle quand même... merveilleux. Je crois que c'est ce que je préfère en peinture, quand mon esprit décolle pour voir au delà de la toile. ça explique peut-être pourquoi, je suis tout à fait insensible à l'art moderne.

MamzelDree a dit…

J'y suis aussi allée il y a quelques années, j'ai beaucoup aimé.