lundi 29 octobre 2012

Remerciements presque comme dans les livres (mais pas tout à fait)


Au milieu de tout le chagrin qui me glace le coeur depuis deux semaines, j'ai quand même rencontré de petites oasis de chaleur. Merci aux amis qui se sont manifestés par mail, sur Facebook, par texto voire par courrier; je ne suis pas sûre d'avoir répondu à chacun comme il l'aurait fallu et j'espère qu'ils ne m'en tiendront pas rigueur. Merci aux lecteurs avec qui j'avais déjà eu des échanges, et merci à ceux qui se sont manifestés à cette occasion pour la première fois. Vous avez été des dizaines et des dizaines à vous excuser de ne pas trouver les mots magiques qui m'auraient consolée. Ne vous en faites pas: il n'y en avait pas, et vos simples "je suis désolé pour ton papa" ou "je pense fort à toi et à ta famille" m'ont réellement aidée. 

C'était bon de sentir toute cette bienveillance à portée d'écran - vraiment. J'ai reçu des paroles de soutien des sources les plus inattendues. Un nombre incroyable de messages incluaient une formule du genre "je sais ce que c'est, moi aussi je suis passé par là"; ils m'ont évidemment touchée un peu plus que les autres. Comme si nous faisions partie d'une triste société secrète: celle des adultes qui ont déjà dû faire le deuil d'un parent, et qui vivent sans rien en montrer avec un trou en forme de mère ou de père dans le coeur. Mention spéciale à la lectrice qui m'a confié qu'elle comptait appeler son fils à naître Abel, et que mon portrait la confortait dans l'idée que ce prénom était porté par de belles personnes. Et puis un merci tout particulier aux gens qui m'ont dit que les mails de mon père les faisaient rire et qu'ils se souviendraient un peu de lui même sans l'avoir connu. Ca me fait plaisir de penser que son sens de l'humour douteux subsistera dans un petit coin de leur tête. 

Pour conclure sur une note positive, je voudrais exprimer ma reconnaissance envers tous les gens qui ne liront pas ceci et qui ont pourtant adouci les dernières années de mon père. Les voisins qui ont offert spontanément de servir de taxi ou de tondre la pelouse. Les infirmières à domicile dont le sourire et la bonne humeur rendaient les piqûres un peu moins pénibles. Le généraliste qui bien que lui-même atteint d'un cancer se montrait toujours disponible en cas de besoin. La pharmacienne compatissante qui demandait des nouvelles comme si la réponse lui importait vraiment. Les amis et la famille qui venaient de l'autre bout de la France pour rendre visite  à mon père et lui changer un peu les idées. Ma mère qui a parfois craqué mais jamais lâché prise. Ma soeur qui a consenti d'énormes sacrifices personnels pour être là. Mon beau-frère qui aimait mon père comme le sien. Mes neveux qui étaient les deux rayons de soleil de leur papy.  

Je connais malheureusement beaucoup (trop) de gens qui ont eu des parents abusifs, et dont les anecdotes me laissent sans voix tant je suis navrée pour eux que les adultes qui auraient dû les aimer et les protéger aient ainsi massacré leur enfance. Aujourd'hui, mes larmes ont le goût de la tristesse, mais surtout celui de la gratitude: pendant plus de 41 ans, j'ai eu un père qui méritait d'être pleuré. Mon dernier et mon plus grand merci est pour toi, papa. 

dimanche 28 octobre 2012

Autopsie d'un week-end


Avant

Samedi matin, je laisse Chouchou et son ami Gianluca descendre le vieux meuble télé pour l'emporter chez Troc International. Je les regarde négocier l'escalier plutôt raide et étroit de l'immeuble avec des visions de marche ratée et de crâne éclaté sur le palier du dessous. Quand Chouchou rentre, nous filons chez Pêle-Mêle où je veux me débarrasser d'un sac de bouquins déjà lus, et où je réussis à en trouver 3 autres qui figuraient sur ma liste "à acheter". Puis cap sur Ikea pour acheter les deux buffets bas destinés à maximiser l'espace de rangement contre le mur face au canapé. Il fait une température négative et un beau ciel bleu; en regardant défiler les arbres jaunes-orange-rouge sur le bord de la route, je pense que c'est une journée parfaite pour la chasse, et mes larmes coulent en silence. 

Bien entendu, nous sacrifions à la tradition qui veut qu'on ressorte TOUJOURS de chez le Suédois avec quelques merdouilles supplémentaires: en l'occurrence, un tapis de douche antidérapant car ça m'arrangerait de ne pas me péter le coccyx dans les jours qui viennent - ni même jamais -, un valet de douche pour remplacer le nôtre qui est tout rouillé, un nouveau panier à linge sale car l'ancien vient de rendre l'âme, et deux mugs blancs que je veux décorer avec un feutre à céramique. En sortant, je me dis que j'aurais dû en prendre quatre pour en faire décorer deux autres à Chouchou avec nos avatars BD. Tant pis. 

Il est 14h et il commence à faire vraiment faim: nous nous garons sur l'avenue Louise pour aller tester le Makisu de la rue du Bailli. Malgré l'heure un poil tardive, la salle est encore blindée de monde. Nous parvenons néanmoins à obtenir une table et à commander. Même avec l'option customisée, le choix de makis et de California rolls reste moindre que chez Sushi Shop, mais le rapport qualité-prix est correct ici aussi, et j'aime bien le petit tempura mix traité façon donburi que je partage avec Chouchou. La soupe miso, par contre, est vraiment trop salée. Une adresse sympa sans être extraordinaire, à fréquenter seulement en dehors des heures de pointe. 




Petit détour chez Allemeersch pour acheter une de leurs délicieuses tartes aux fraises (pas de saison, je sais, et là tout de suite, je m'en cogne), puis retour à la maison et déchargement de tout le barda. J'ai monté des dizaines et des dizaines de meubles Ikea dans ma vie; j'ai un doctorat avec double spécialisation Expedit/Billy. Franchement, je suis une championne olympique de la notice de montage muette. Hé bien ces deux cons de buffets manquent me rendre chèvre quand même. Pas une seule vis, que des trucs à emboîter - mais sur une telle longueur que quand ça clique d'un côté, ça sort de l'autre. Impossible à faire seul, et à deux, clairement, on risque son couple. Les séances de thérapie conjugale de l'été 2011 étaient de toute évidence un investissement plus que rentable à long terme, car nous réussissons à finir sans divorcer avant même de nous être mariés. Mais je ne vous cache pas que ce fut rude. 

Nous laissons le chantier inachevé pour partir chez un couple d'amis qui attendent un heureux événement. Quand je trouve le monde un peu dur avec moi, les bonnes nouvelles des autres me mettent du baume au coeur et me rappellent qu'un jour, je redeviendrai gaie moi aussi. Je complote déjà pour crocheter une couverture de naissance au futur enfant, partant du principe qu'un cadeau fait main ne se refuse pas et doit même obligatoirement être accepté avec un air extatique. Je sais, je suis diabolique. Mini-madeleines à la pistache, tajine de poulet au citron confit, tarte aux fraises, Bourgogne et thé à l'orange. Surtout: pelotage éhonté d'un des deux chats de la maison, gros pépère noir et blanc super placide qui se laisse tripoter sans broncher par Chouchou et par moi. Nous ne revenons pas sur notre décision de ne pas reprendre de chat tant que nous vivons dans ce (très) petit appartement et bougeons beaucoup, mais ça me manque terriblement. 

Chouchou dort debout - ou assis, ou vautré par terre -, et nos amis semblent eux aussi un peu fatigués par leur semaine. Nous prenons congé vers 23h et rentrons nous faire une nuit exceptionnellement prolongée par le passage à l'heure d'hiver. En relevant ma boîte mail avant d'aller dormir, j'y trouve un message signé de mon père. Je comprends que ma mère ait voulu conserver son adresse, mais voir "Abel T: news" sur l'écran de mon ordi avec la date du jour, ça me retourne un tout petit peu le coeur... Comme ça doit bien faire douze heures que j'ai les yeux secs, je pleure un coup pour la bonne mesure. 


 Après 
(mais ça n'est pas terminé, il faut encore virer le vieux poste Panasonic 
pour le remplacer par un écran plat, un de ces 4...)

Dimanche matin, Chouchou part chez sa mère lui installer son nouvel ordinateur pendant que je réarrange le coin salon et fais le ménage de la cuisine et de la salle de bain. Lorsqu'il rentre, j'improvise une brouillade aux courgettes pour qu'on mange vite et qu'il puisse attaquer sa part du ménage. Pendant ce temps, je lis un des trois bouquins achetés la veille. "Intuitions", histoire de secrets de famille dans un milieu bourgeois, se révèle assez désastreux sur le plan du style avec une narration laborieuse, des personnages en carton et des dialogues qui sonnent atrocement faux. Je suis bien contente de ne l'avoir payé que 3 euros: il ne les vaut même pas. 

Nous sommes censés aller voir le dernier Tim Burton à la séance de 17h30. Trois quarts d'heure avant, Chouchou finit par suggérer que peut-être, ça n'est pas une très bonne idée vu que ça parle d'un petit garçon qui a perdu son chien qu'il aimait beaucoup et qui tente de le ressusciter. Avec toute la dignité et la maturité qui me caractérisent, je me mets alors à sangloter que je veux qu'on me rende mon papa. Hum. Une autre fois, le ciné, donc. Au lieu de ça, je me lance dans la confection d'un flan à l'ananas avec le spécimen réunionnais rapporté par mon oncle la semaine dernière. J'avais oublié combien c'est fourbe, un ananas, encore plus chiant à éplucher qu'une tranche de courge. Et bien que je suive la recette à la lettre, le résultat final ne ressemble pas du tout à la photo: l'ananas a rendu beaucoup d'eau, si bien que l'appareil ne s'est pas solidifié correctement à la cuisson. 

Si j'ajoute à ça qu'il fait maintenant nuit avant 18h, je crois que l'univers tente de m'envoyer un message: ce deuxième semestre 2012 est à jeter, et je ferais mieux d'aller hiberner sous la couette jusque début 2013. 

"La vie"


"Enfoiré. On hérite ensemble d'un magnifique manoir à la campagne et il préfère le vendre plutôt que le partager. Si Bonne-Maman n'était pas complètement gaga, elle en mourrait de tristesse...

Je comprends tout mais je fais semblant. C'est beaucoup plus simple. Je suis lasse des déceptions de ce monde, jaime mieux sucrer les fraises en attendant de rejoindre Bon-Papa...

Voilà dix ans que j'attends son arrivée, je nous ai trouvé un petit nuage, je crois qu'elle va l'adorer. C'est drôle de regarder les vaches d'aussi haut, on dirait des fourmis...

Je donnerais tous mes veaux pour être une fourmi. Elles travaillent beaucoup plus que nous mais elles doivent beaucoup moins s'emmerder. Encore quarante minutes avant de voir passer l'omnibus pour Clermont-Ferrand, les autres trains vont trop vite, on n'a plus le temps d'apercevoir les passagers aux fenêtres...

Que c'est beau la France! On dira ce qu'on voudra, c'est beau. J'en parlerais volontiers avec mon voisin, mais il a l'air complètement envoûté par son téléphone... 

Je n'arrive pas à vaincre le monstre du cinquième niveau. J'ai essayé tout le week-end, il est imbattable! Ce jeu est trop difficile pour moi, je ne comprends pas comment mon filleul a réussi à le terminer...

Il faut utiliser les trois bazookas à la fois, pile au moment où il saute en arrière. J'ai mis un peu de temps mais j'ai trouvé. Je n'ai plus personne contre qui me battre maintenant, vivement que ma belle-mère accouche..."

Pendant 120 pages, Régis de Sa Moreira saute ainsi des pensées d'un personnage à un autre. En quelques lignes à peine, il brosse un portrait éphémère tantôt drôle, banal, joyeux ou poignant. Dans son cinquième livre se croisent des amoureux et des époux désabusés, des enfants à naître et des vieillards morts, Julia Roberts et Harrison Ford, des chats et des ours, et puis une caissière, une végétarienne, une blogueuse et un assassin. Enchaînement de brèves tranches de vie hyper-réalistes ou éminemment farfelues, dont certains donnent le sourire et d'autres font froid dans le dos, "La vie" est moins un roman qu'une expérience littéraire savoureuse. En le refermant, j'avais envie de prendre la plume pour continuer à en dérouler le fil. 

samedi 27 octobre 2012

Taihon: la perle asiatique secrète de Bruxelles


Il était une fois un restaurant taïwanais perdu au milieu des moules-frites à touristes de la "rue des pitas" (officiellement, la rue du marché aux fromages). Grâce à son excellente cuisine, cet établissement d'abord minuscule avait grandi jusqu'à occuper tout l'angle de la rue sur deux étages. Puis un jour, mystérieusement, il disparut.

Quelques années plus tard, des informateurs nous apprirent que les propriétaires avaient, sans tambour ni trompette, refait surface juste à côté de chez nous, et que la nourriture qu'ils servaient était toujours aussi divine. En grands amateurs de cuisine asiatique, nous nous devions d'aller vérifier sur place...

Sis dans la portion piétonnière de la chaussée de Wavre qui court entre la porte d'Etterbeek et la place Jourdan, "Les délices de M. Taihon" (abrégé en "Taihon" sur la carte de visite) ne paye pas de mine au premier abord. Pas d'enseigne. Une salle de 22 couverts décorée archi-sobrement. Mais le jeune serveur est aimable et souriant, et des odeurs appétissantes s'échappent de la cuisine. 

La carte propose une quinzaine d'entrées et environ deux douzaines de plats, plus une formule lunch et deux menus. C'est beaucoup moins que dans les restos vietnamiens où le client doit choisir dans l'équivalent du catalogue de La Redoute, mais tout fait envie. 




Nous avons commencé par une soupe wonton, classique mais succulente, et par une soupe ba-gui (boeuf, scampi, champignons noirs, courgette) qui était juste la perfection gustative dans un bol. J'aurais pu en boire des litres. A ce stade, déjà, j'étais conquise par le Taihon.




Nous avons ensuite partagé un assortiment d'entrées: mini-nem, canard, ravioli frit, scampi, poisson. Je serais incapable de vous dire comment ils étaient préparés ou avec quoi, mais j'ai pratiquement dû enchaîner Chouchou à sa chaise pour qu'il ne lèche pas l'assiette à la fin. 




Les plats: scampi aux aubergines à l'ail, et boeuf aux aubergines à l'ail (servis avec du riz blanc). Oui, nous sommes tous les deux obsédés par l'ail; c'est toujours mieux qu'une addiction au crack. Je n'ai pas de mots pour décrire le parfum de ces plats, ni la texture fabuleuse des aubergines, ni le croquant des machins verts non-identifiés sur le dessus. En dessert, Chouchou qui avait pris un menu a eu droit à une petite coupe de litchees.

C'était un repas parfait pour clore une semaine très difficile, un petit moment de calme et de ravissement des papilles. En plus, au lieu d'une affreuse musique asiatique générique, nous avons eu droit à un best of des musiques de films de Miyazaki. Que demander de plus?

Montant de l'addition pour deux: 44,50€. Et ils prennent les cartes de crédit, Visa y compris. Du coup, je pense qu'ils vont nous revoir souvent, et que je vais même tester leur formule lunch un midi où le frigo sera vide... 

Taihon
356 chaussée de Wavre
1040 Bruxelles
Tel: 02/230.01.31
Réservation conseillée

vendredi 26 octobre 2012

Inconnu à cette adresse


Illustration empruntée ici

Déjà neuf jours que tu nous as laissés, papa, et j'ai encore un peu de mal à réaliser. L'aller-retour express à Toulouse pour tes obsèques est passé comme un mauvais rêve, et je suis revenue à un quotidien qui n'a guère changé somme toute. Je pleure devant "How I met your mother" pendant une scène entre Lili et son père finalement pas si irresponsable. Je consacre un peu de temps à des formalités qui peuvent être traitées à distance. Je téléphone à Soeur Cadette et à maman pour leur demander si ça va. Je n'ai plus personne à qui m'adresser si dans une traduction, j'ai un doute sur l'habitat naturel d'un oiseau ou le fonctionnement d'un fusil de chasse. A part ça, tout est affreusement, miséricordieusement pareil. Il y a toujours des deadlines de boulot à tenir, des livres à lire, un couvre-lit à terminer, des repas à préparer, des lave-vaisselle à ranger, des arbres qui rougissent sous la pluie d'automne. 

Hier, j'ai failli faire une attaque de panique après avoir cherché "glaucome" dans Google, et je m'en suis voulu de laisser mon angoisse atroce de devenir aveugle oblitérer mon chagrin l'espace de quelques heures. Mais peut-être n'était-ce pour mon esprit qu'une façon pas très subtile de faire diversion, de me forcer à rester dans le présent et une certaine projection vers l'avenir. Tu disais que la vie, c'est pour les vivants - alors même que tu étais le premier à te laisser bouffer en silence par les remords et les regrets que t'inspiraient les défunts. Faites ce que je dis, pas ce que je fais. J'essaie, papa. J'essaie vraiment. Je n'ai rien changé à mon programme des semaines qui viennent. Je vais remplacer les meubles du salon comme prévu, passer quelques jours à Barcelone pour refaire le plein de soleil et prendre les mêmes photos que des millions d'autres touristes avant moi. Mais sur la carte postale que j'enverrai à Votrepatelin, il n'y aura plus que le nom de maman. 

jeudi 25 octobre 2012

"Partie commune"


La maison des Manin va être vendue à une curieuse troupe de saltimbanques désireux de la changer en théâtre. Cette transformation est racontée tour à tour par Joseph, le petit-fils des anciens propriétaires qui évoque sa famille éclatée; Iris, une aspirante comédienne qui voit là une occasion de décrocher de la came et d'être autorisée à revoir sa fille de 6 ans; Hector, le directeur artistique étrangement dénué d'émotions; mais surtout par la maison elle-même qui, avide de la compagnie des hommes, va se découvrir une nouvelle vocation... 

Objets inanimés, avez-vous donc une âme? Oui! répond Camille Bordas, jeune auteure de 25 ans à peine. Dans "Partie commune", elle fait s'exprimer non seulement la maison dans laquelle se déroule l'histoire, mais aussi une horloge, un arbre, une tasse, un miroir, une porte, une pompe à bière, une valise ou un ruisseau, auxquels elle prête des sentiments plus humains qu'à certains de ses protagonistes bipèdes. C'est une vraie bonne idée, et la grande force de son roman - avec une écriture qui m'a semblé étonnamment mature pour son âge. Par contre, si j'ai beaucoup aimé les histoires de la famille Manin vues par le regard acerbe et désabusé, mais nullement malveillant, de Joseph, je n'ai pas du tout réussi à m'attacher à Isis et Hector qui sont les narrateurs des deux autres parties, et encore moins aux six acteurs qui les entourent. Ils étaient, à mes yeux, moins vivants, moins réels et bien moins intéressants que cette maison pleine de caractère et d'ambition - la véritable héroïne de "Partie commune". 

mercredi 24 octobre 2012

"Le caveau de famille"


Il y a 3 ans, j'avais passé un très bon moment à lire "Le mec de la tombe d'à côté". La suite des aventures de Désirée la bibliothécaire et Benny le paysan venant de sortir en poche, je me suis dit qu'elle serait parfaite pour occuper quelques heures de train. Et de fait, "Le caveau de famille" m'a occupée - mais essentiellement à rouspéter en mon for intérieur. 

(Attention, spoilers!) Désirée tombe enceinte des oeuvres de Benny comme prévu. Du coup, elle va s'installer avec lui à la ferme. Où elle rechigne à participer aux travaux quotidiens et se révèle une piètre ménagère. Et où elle enchaîne les pontes successives de marmots jusqu'à épuisement total. Pendant ce temps, Benny râle qu'elle ne fout pas grand-chose et que, quand même, elle pourrait se fendre d'un petit effort: sa mère, elle, tenait parfaitement son intérieur et secondait son père comme une bonne épouse d'exploitant agricole se doit de le faire. Désirée et Benny ont toujours autant de mal à se comprendre mais de temps en temps, l'un d'eux lâche qu'il n'échangerait leur vie commune contre rien d'autre au monde parce que les enfants, y'a que ça de vrai ma bonne dame. 

Voilà voilà voilà. 

Envolée, la comédie drôle et grinçante qui m'avait séduite dans "Le mec de la tombe d'à côté". Ici, une femme adopte la vie de son homme - vie qui clairement ne lui convient pas du tout - et elle s'en dit heureuse au nom de l'amûr et de la maternité. Pitié, qu'on me file une bassine. 

mardi 23 octobre 2012

Deauty: enfin une box beauté belge!


Depuis le début de l'année, ça grognait ferme chez les petites Belges amatrices de cosmétiques. Pourquoi toutes ces box beauté en France, et pas une seule chez elles? Depuis le mois dernier pour une poignée de blogueuses influentes, et ce mois-ci pour le commun des mortelles, Deauty est là pour les satisfaire. Elles peuvent s'abonner pour 15€ mensuels, frais de port compris, et recevoir chez elles un coffret contenant 4 à 6 produits des marques partenaires. Personnellement, j'avoue que ce sont des noms comme ceux de Shu Uemura ou Kiehl's qui m'ont décidée à rempiler après la déception de la Jolie Box et des dernières Little Box pré-changement de formule. 




Ma boîte d'octobre est donc arrivée vendredi dernier. Je suis allée la chercher lundi après-midi, et je l'ai déballée tranquillement à la terrasse de l'Ultime Atome pour profiter d'une journée d'automne à la douceur exceptionnelle. 




Dans un petit coffret carré noir et blanc, plutôt élégant, j'ai découvert ceci:




- Un mascara Méga Volume Collagène 24h Black Smoke de Loréal
- Un crayon contour des yeux et estompe n°201 Black Velour de Loréal
...D'accord, ce sont deux produits full size, mais franchement, y'en a marre du Loréal. Je n'en achète pas en grande surface parce que pour moi, Loréal, c'est vraiment la World Company dans toute sa splendeur. Et même sans parler d'arguments éthiques, on en trouve partout, tout le monde connaît, je ne vois pas trop l'intérêt. 
- Un sérum réparateur des signes de l'âge Blue Therapy de Biotherm
- Une gelée nettoyante exfoliante tonifiante Biosource de Biotherm
...Là encore, c'est de l'archi-connu de parapharmacie, mais au moins, je n'ai rien contre la marque. Je testerai sans doute les deux produits pendant mon prochain séjour à Barcelone, puisque ce sont des formats de voyage. 
- Un baume à lèvres Kiehl's
...J'adore la marque, qui a en outre le mérite d'être un minimum "pointue", mais je n'utilise pas de baume à lèvres. On notera quand même que c'est encore un fill size. 
- Une brume aérienne de finition Shu Uemura
...Une bombinette de laque, donc. Même remarque que ci-dessus: j'adore la marque, mais ce produit ne me servira à rien. 

On notera en outre la présence d'un sachet destiné à offrir à une amie les produits dont on ne veut pas, et celle d'un code promotionnel permettant d'avoir les frais de port offert pour une commande chez Kiehl's. 




Le bilan est assez mitigé en ce qui me concerne. La boîte est belle et, niveau valeur, contient  près de 65€ de produits (reste à savoir si cela se maintiendra avec le temps...). Pour le reste, je suis sans doute trop difficile: je me maquille très peu, toujours avec les mêmes produits; j'ai la peau du visage sensible, donc je ne m'écarte pas de ma routine habituelle; et je fais service minimum question cheveux - shampoing, un masque de temps en temps, basta. Malgré mon amour des colis-surprise, je suis donc sans doute condamnée à l'insatisfaction avec ce genre de boîte, étant donné que leurs créateurs ne tiennent jamais compte des préférences exprimées dans les profils. Je peux comprendre que ce serait trop compliqué, mais dans ce cas, pourquoi les demander?

lundi 22 octobre 2012

Il s'appelait Abel


Je suis rentrée à Bruxelles hier. 4ème journée dans le train en 15 jours. A un roman par voyage, au moins, ma PAL a diminué. J'ai retrouvé ma prochaine trad sur laquelle je suis désormais en retard avant même de l'avoir commencée, mon couvre-lit entamé à l'époque où j'avais encore un chat et un père, le moule à gâteau hippopotame reçu la veille de mon départ en catastrophe et que je cherchais avec quelle recette tester, l'avis de passage de ma première Deauty Box. La vie continue, mais pour l'instant au moins, tout a un goût de cendres. Je sais que ça passera, que je m'habituerai à son absence, que le chagrin aigu se muera au fil des ans en douce nostalgie. Mais là, j'en suis encore au stade où les larmes jaillissent dès que je pense un peu trop fort à lui - ce qui m'arrive souvent. 

Les obsèques ont eu lieu samedi après-midi au crématorium d'Albi. Je ne pensais pas revenir si tôt dans cette petite ville que j'avais tant aimé découvrir fin août, et je n'imaginais certainement pas que ce serait pour un événement aussi triste. Nous n'avions rien prévu, ni musique ni discours. J'ai envisagé de dire quelque chose, commencé des bouts de texte dans ma tête, et puis tout s'est enchaîné si vite les deux jours précédents que je n'ai même pas eu cinq minutes pour m'asseoir et coucher tout ça sur papier. Au lieu du portrait drôle et émouvant que j'espérais tracer de lui, il n'y a donc eu qu'un morceau instrumental destiné à faire pleurer dans les chaumières - et qui a très bien atteint son but -, puis le défilé des proches pour déposer chacun une rose rouge ou blanche sur le couvercle du cercueil. Ma soeur m'a pris la main pour un au revoir légèrement désynchronisé. 

Il y a eu beaucoup de larmes pendant cette courte cérémonie. Beaucoup de chagrin. Beaucoup d'amour, surtout. Le frère de ma mère était venu depuis La Réunion avec des ananas et des bouteilles de punch à distribuer. Sa soeur, qui considérait mon père comme "son frère de coeur", était arrivée de Lyon le matin avec son mari, sa fille cadette et son gendre; elle était livide et ravagée par la tristesse. Le frère de mon père, qui lui ressemblait tant avec 8 ans de moins et 20 centimètres de plus, avait fait le voyage depuis Monpatelin avec sa femme; c'était la première fois qu'il me prenait dans ses bras et que je le voyais pleurer. Son fils, qui était aussi le filleul de mon père, avait emprunté le 4x4 de son patron pour faire l'aller-retour dans la journée. 27 ans, gérant d'un magasin de moto, entièrement couvert de tatouages: il a chialé comme tout le monde. La meilleure amie de ma soeur, ex-basketteuse blonde à zyeux bleus et forte poitrine que mon père adorait et réciproquement ("même si notre amour était impossible à cause de la différence de taille", a-t-elle plaisanté dans la cour du crématorium), avait séché l'anniversaire de sa propre fille pour descendre en avion depuis Paris. Un ancien collègue de boulot de mon père, qui avait dû le revoir une seule fois ces 15 dernières années et qui ne connaissait personne à part ma mère, est resté planté dans son coin pendant toute la durée de la crémation et ne s'est éclipsé qu'une fois que nous avons récupéré l'urne. 

Et puis il y avait plein d'autres amis de ma soeur, des voisins de mes parents qui ne tarissaient pas d'éloges sur l'humour et la droiture de mon père. Il y avait Chouchou, à qui j'avais dit que ça n'était pas la peine de descendre et qui avait tenu à le faire quand même. Qui avait mis son costume gris et une cravate, alors que j'étais en slim et boots de moto. Qui a déclaré que mon père était quelqu'un d'important pour lui aussi, et que cet au revoir était beau car débordant de sincérité. Finalement, j'étais bien contente qu'il soit là. 

Abel, 1946-2012. Il n'a jamais réussi à se dépêtrer des secrets qu'il gardait ni des angoisses qui le rongeaient. Il disait que sa famille était sa plus belle réussite, et ses deux petits-fils le menaient par le bout du nez (qu'il avait grand). Il s'efforçait d'être toujours juste. Il tenait ses comptes dans de grands cahiers à petits carreaux, les mêmes depuis plus de 40 ans. Il avait une écriture extraordinairement nette. Il était colérique, pas trop doué pour exprimer ses sentiments, très économe pour lui-même et généreux envers les autres. Il m'a transmis son humour sarcastique, sa maniaquerie son amour des choses bien faites et la forme de ses mains - les ongles, surtout. Il adorait les mille-feuilles et la réglisse, l'aïoli et le fromage. Il se trouvait gras dès qu'il dépassait les 60 kilos. Il était fortement sujet au mal de mer et détestait prendre l'avion. Il fut la terreur des petits oiseaux, des profs d'anglais, des vendeuses de Carré d'Artistes et des Témoins de Jéhovah. Un homme ordinaire, avec ses qualités et ses failles. Il ne laissera pas de traces dans l'histoire, mais restera pour toujours dans le coeur de ceux qui l'ont connu. 

samedi 20 octobre 2012

Avant les flammes


Avant-hier soir à 21h, le vent a arraché un câble électrique, et la moitié du village s'est trouvée plongée dans le noir. Nous étions seules à la maison avec ma mère, les volets roulants baissés impossibles à rouvrir, la voiture coincée dans le garage, pas d'internet, pas de télévision ni de téléphone, pas même moyen de se préparer un café ou un thé. 

Et dans la chambre voisine, mon père dormait pour toujours, froid et dur comme du bois. 

Pour arriver à dormir dans l'obscurité, j'ai pris un somnifère. Ma mère a fait des allées et venues dans la maison toute la nuit, en pestant à voix très haute. Le jour s'est levé, le courant n'avait toujours pas été rétabli. Je n'ai pas eu le courage de prendre une douche froide. Je ne pouvais pas attaquer les démarches administratives, donc je me suis rabattue sur l'autre chose de ma liste: évacuer (à la demande de ma mère) les affaires de mon père. Maigre lumière en provenance de la salle de bain attenante. Sacs poubelle de 100 litres. Pose tout sur le lit et enlève les cintres. Cette chemise-là, il n'a même pas eu le temps de la mettre. 

Et tandis que je pliais mécaniquement les pyjamas qu'il portait encore 36 heures plus tôt, dans la chambre voisine, mon père dormait pour toujours, froid et dur comme du bois. 

Un gentil voisin pas touché par la panne a prêté son groupe électrogène pour qu'on ne reste pas dans le noir toute la journée. Dépêchons-nous de faire le maximum de formalités pendant qu'il y a encore des gens dans les bureaux pour répondre au téléphone. Où sont vos relevés de compte? Bonjour monsieur, j'appelle suite au décès de mon père, je voudrais savoir comment faire pour que l'assurance habitation soit transférée au nom de ma mère. Tu as des timbres quelque part? La vieille boîte à cigares rouges, là. EDF, 17 minutes d'attente en ligne, j'ai fini par perdre patience et raccrocher. Tant pis, je passerai par leur site internet. 

Et pendant que je fouillais ses papiers si bien rangés, ses documents rédigés de son écriture si nette, dans la chambre voisine, mon père dormait pour toujours, froid et dur comme du bois. 

Mon oncle et ma tante sont arrivés au moment où le voisin revenait chercher son groupe électrogène. C'était bien de voir d'autres gens, et puis l'électricité est revenue en même temps, et repartie, et revenue vers 19h. Ma soeur et David nous ont rejoints avec les enfants. Ils ont tous les deux voulu voir leur papy. Cahouète a d'abord pensé qu'il dormait, et puis il lui a touché l'épaule et a éclaté en sanglots. Sa mère l'a emmené. Attila est resté longtemps assis à son chevet, à parler avec nous, à se faire expliquer, à dire combien il l'aimait, à arranger René la Taupe sous sa couverture. Nous avons évoqué quelques souvenirs entre rires et larmes. 

Et tandis qu'on faisait salon autour de lui, mon père dormait pour toujours, froid et dur comme du bois. 

On a décidé de dîner tous ensemble, même si ça n'était pas prévu. Un reste de soupe de légumes, un rôti de veau cuit à la va-vite, et puis il y a du fromage et des glaces. De toute façon, vous avez faim, vous? J'ai débouché une bouteille du Tautavel que mon père aimait tant et on l'a vidée pour l'apéro. Attila a eu un choc en voyant la place de son papy désormais occupée par sa mamie, et il a pleuré pendant tout le repas. Mais j'ai réussi à faire rigoler les autres en racontant nos mésaventures avec Dumbo et l'histoire des figues de Solange. L'espace de quelques minutes, c'était juste un repas de famille normal malgré l'absence. 

Mais pendant qu'on rangeait les assiettes dans le lave-vaisselle au mépris de toutes les règles qu'il avait instaurées, dans la chambre voisine, mon père dormait pour toujours, dur et froid comme du bois. 

Aujourd'hui, les flammes emporteront son corps, et il ne nous restera de lui que nos souvenirs et notre chagrin. 

vendredi 19 octobre 2012

My favorite person in the whole wide world


Illustration: Heather Landis

C'est la personne la plus intéressante que je connais. Et grâce à mon boulot, j'en connais vraiment beaucoup, des gens intéressants. Mais Chouchou, il sait tout sur tout, ou presque. Les domaines dans lesquels je peux lui en remontrer se comptent sur les doigts d'une main: la littérature ou la génétique féline, par exemple. Pour le reste, ce garçon est une encyclopédie vivante, calé en sciences aussi bien qu'en histoire-géographie ou en trucs inutiles plus futiles comme le cinéma. Surtout, il a suffisamment bossé sur lui-même et étudié le fonctionnement de l'esprit humain pour avoir un jugement très sûr. Il cerne les gens super vite et ne se trompe jamais. On n'est pas d'accord sur tout mais, même quand je ne finis pas par me ranger à son avis, une discussion avec lui me pousse toujours à regarder les choses sous un angle nouveau. Et puis il est drôle. Souvent, son humour belge tombe complètement à plat avec moi, mais quand il touche juste, personne ne me fait rire autant que lui. Je le trouve délicieusement absurde et farfelu. 

Que je propose une virée shopping, un goûter dans un salon de thé, un voyage dans un pays lointain ou la visite d'une expo par un artiste dont il n'a jamais entendu parler: il est toujours partant. Ce n'est pas qu'il n'ait pas ses propres goûts, c'est que contrairement à moi, tout l'intéresse et qu'il trouve quelque chose à tirer de toutes les situations. Avec lui, même un aller-retour à la boulangerie peut se changer en aventure. Il n'est avare ni de câlins ni de compliments; je n'ai jamais l'impression d'être transparente à ses yeux. Depuis le début, il me semble qu'on a une bonne influence l'un sur l'autre, qu'on se tire mutuellement vers le haut - parfois dans la douleur, mais toujours avec beaucoup de bonne volonté.

Quand je l'entends monter l'escalier le soir à 18h, je suis toujours contente de le voir et de lui demander comment s'est passé sa journée. Quand il m'arrive quelque chose, bon ou mauvais, il est le premier à qui j'ai envie de le raconter. Quand nous sommes séparés, j'ai hâte de le retrouver. Il m'a déjà fait de la peine - beaucoup, même -, mais jamais je ne me suis ennuyée avec lui sauf quand il part dans des tirades interminables sur le cinéma. Parfois, je refuse des invitations à faire des trucs sympas avec mes copines juste pour glander à l'appart' avec lui le dimanche après-midi. Il est tout simplement ma personne préférée au monde, et ce depuis 6 ans aujourd'hui. 

J'ai écrit ce texte il y a presque un mois déjà. Il était programmé pour paraître aujourd'hui. A défaut de pouvoir fêter notre anniversaire comme prévu, Chouchou méritait que je lui dédie quand même cette pensée. 

jeudi 18 octobre 2012

J'ai cueilli ce brin de bruyère


Le lundi 3 septembre au matin, ma soeur ne s'est pas réveillée à l'heure prévue pour me ramener à la gare de Toulouse. Quand elle a débarqué chez mes parents, je n'ai eu le temps que pour un au revoir bâclé, serrer dans mes bras mon père si frêle dans sa robe de chambre et lui dire: "Je vous appelle ce soir en arrivant à Monpatelin". 

La semaine dernière, j'ai eu mes parents trois fois au téléphone. Une première fois brièvement, le mardi, pour leur annoncer que j'étais bien arrivée à Monpatelin (de Bruxelles, cette fois). Mon père sortait de chez son oncologue; ses marqueurs stratosphériques la fois précédente avaient bien rebaissé même s'ils restaient très élevés. Du coup, il avait une bonne voix et semblait assez content. Une seconde fois le mercredi en milieu de journée, parce que je flippais un peu après le verdict de surtension dans les deux yeux posé par ma nouvelle ophtalmo et que je voulais interroger mon père sur ce problème hérité de lui. Une dernière fois dimanche soir. Je ne sais même plus de quoi on a parlé. Les orages sur Monpatelin, un peu. Et quoi d'autre? Ma mémoire me fait défaut. On est pourtant restés au téléphone 20 minutes; je m'en souviens parce qu'en raccrochant, j'ai regardé la pendule et je me suis dit: "Pile poil en dessous de mon forfait mensuel d'une heure".

Ce soir, à 23h39, notre téléphone fixe a sonné à Bruxelles. Nous étions déjà couchés, en train de lire. Chouchou est allé décrocher au salon. Je l'ai entendu prononcer le nom de ma soeur. Puis il est venu m'apporter le combiné qu'il m'a tendu sans un mot. J'ai demandé: "Que se passe-t-il?", mais au fond de moi je le savais déjà. Il me m'a pas répondu, et c'est ma soeur qui m'a annoncé: "Papa est parti. Tout à l'heure. Il était sur le canapé avec maman; il était faible et il avait des difficultés respiratoires depuis sa dernière chimio jeudi dernier. Il a serré la main de maman et essayé de dire quelque chose, puis il s'est arrêté de respirer."

Il n'a pas eu mal. Il est mort paisiblement chez lui. C'est tout ce à quoi je veux penser pour le moment. Depuis le début de sa maladie, j'étais hantée par des visions d'hôpital, lui sous respirateur, chaque souffle une torture. Voire lui prenant son fusil de chasse et partant seul dans la campagne pour se faire sauter la tête. Il n'a pas eu mal. Il est mort paisiblement chez lui. Il n'a pas eu mal. Il est mort paisiblement chez lui. A répéter autant de fois que nécessaire. 

C'est bête la vie. Après avoir vu "Camille redouble", comme tout le monde, je m'étais dit qu'il faudrait que je filme mon père. En fait, je pensais déjà depuis un petit moment à l'enregistrer, mais j'oubliais toujours de demander à Chouchou si c'était possible de capturer une conversation vocale sur Skype. Là, j'avais décidé de faire un petit film à Noël prochain, avec mon appareil photo. Discrétos, sous couvert du souvenir de famille. Je crois que j'ai un film du Noël juste après la naissance de Cahouète, il y a six ans. J'espère. Je le saurai la prochaine fois que je redescendrai à Monpatelin. 

Normalement, j'aurais dû être à Toulouse cette semaine. Mais j'avais décidé de remonter directement à Bruxelles parce que vendredi, c'est l'anniversaire de nos 6 ans avec Chouchou, et que j'avais pris mes dispositions pour fêter ça dignement. Je ne vais pas me torturer avec des remords inutiles. Mais quand même. 

Ce soir - ou hier, car il est maintenant près d'une heure du matin -, nous avons regardé un épisode de série télé dans lequel un des personnages principaux mourait. J'ai haleté et même versé quelques larmes. Et puis je me suis moquée de moi-même, disant que je ramollissais en vieillissant. Mais quand j'ai appris la nouvelle de la mort de mon père, mes yeux sont restés secs. Mes mains ont tremblé, mon coeur s'est glacé, mais je n'ai pas pleuré. 

Je ne doute pas que ça viendra. 

mercredi 17 octobre 2012

La base Peel Off d'Essence: ça vaut le coup, ou pas?


Il y a quelque temps déjà, Essence, marque néerlandaise qui fait le bonheur des nailistas fauchées avec ses produits incroyables coûtant une misère, a sorti une base Peel Off permettant de retirer le vernis à la main en un seul morceau, comme on ôterait un pansement de ses ongles. Pas franchement nécessaire pour une manucure "normale", étant donnée que ça part très vite et très bien au bain dissolvant Sephora (je fais partie des chanceuses dont il n'abîme pas les ongles), mais trèèèèèès intéressant pour les manucures à paillettes qui sont une plaie à enlever (je fais également partie des feignasses qui n'ont pas la patience de recourir à la fameuse technique des papillotes). En tout cas, c'est ce que je me disais avant d'essayer.




Vendredi dernier, donc, j'ai profité de ma soirée pour tester le produit. La base est blanche et collante quand on la pose sur l'ongle, mais si l'on attend une dizaine de minutes comme préconisé, elle devient transparente et ne colle presque plus. Par-dessus, j'ai appliqué une couche de Bleu Poison de Dior (une seule, car il est bien couvrant). Puis, après avoir attendu que tout ça soit bien sec, je suis allée me coucher. 

J'ignore si j'ai fait une crise de somnambulisme et bricolé ou nettoyé ma vaisselle pendant la nuit, mais le lendemain à mon réveil, j'avais déjà plusieurs éclats au bout des ongles. Je les ai comblés, puis j'ai appliqué une couche de top coat à paillettes Confetti Circus. A midi, j'avais de nouveau des éclats au bout des ongles. Je suis partie déjeuner avec un ami, me balader en ville et acheter des trucs que je n'étais pas censée acheter: à seize heures, la moitié du vernis de mon pouce gauche avait carrément sauté. Je me suis assise à une table de mon bistrot préféré, et j'ai tout enlevé. 




Pour certains ongles, le vernis est venu en entier; pour d'autres, il est parti par petits bouts comme on peut le voir sur la photo ci-dessus. Malgré tout, j'ai trouvé ça bien plus pratique que de l'enlever avec du dissolvant. Cela dit, moins de 24h de tenue pour une manucure? Sérieusement? J'aime bien changer de vernis souvent, mais pas à ce point. Ce qui limite l'usage de cette base Peel Off aux manucures à paillettes que je souhaite garder une soirée seulement. Autant dire qu'elle ne va pas servir beaucoup. 

mardi 16 octobre 2012

Découverte: la Thé Box d'octobre


Quelque peu lassée des box beauté, mais pas du tout du principe de la surprise mensuelle et des tests de produits inconnus jusque là, j'ai souscrit il y a quelque temps à la Thé Box. Prévenue vendredi que celle d'octobre était en route vers chez moi, j'ai croisé les doigts très fort tout le week-end pour qu'elle arrive avant mon départ à Bruxelles, et les dieux du shopping (sans doute pour me consoler du foirage spectaculaire de mon mois de no buy) m'ont exaucée. Lundi, mes petites mains fébriles ont donc déballé ceci:




Bien que sobre, la boîte est très belle: un grand coffret en carton glacé, noir et blanc, fermé par un élastique. A l'intérieur, elle est divisée en petits compartiments, mais il est possible d'enlever toutes les séparations sans l'abîmer si on veut la recycler.




Du côté des goodies papier, un petit carnet qui présente le thème du mois (NY des années 50; clubs de jazz et Actors's Studio...) ainsi que les thé contenus dans la box, avec des instructions pour les préparer. Quelques pages sont prévues pour gribouiller des impressions sur chacun. On notera également la présence de trois jolies cartes postales en noir et blanc qui feront le bonheur d'un de mes correspondants de Postcrossing. 

Passons maintenant aux thés. Je vous les classe par marque:
- Tea Tower: 1 sachet de 2 mousselines de Lapsang Souchong, 1 sachet de 2 mousselines de thé à la menthe bio
- Harney & Sons: 1 sachet d'oolong à la grenade, 1 sachet de thé noir à l'abricot, 1 sachet de thé noir à la bergamote, 1 sachet d'infusion au citron
- Betjeman & Barton: 1 petit boîte en métal contenant 20g de Pouchkine, thé noir à la bergamote et aux agrumes
- Dilmah: 1 sachet de Ceylan, 1 sachet de Ceylan à l'amande italienne, 1 sachet de Ceylan à la menthe et au miel, 1 sachet de Ceylan au citron vert et à l'orange
- Coffea: 2 sachets d'infusion verveine-menthe poivrée, 2 sachets de thé noir 
Inutile de vous dire que je suis déçue, moi qui ne bois que du thé vert ou blanc... J'ignore si c'est le thème de ce mois-ci qui justifie son absence, car il y en avait dans la Thé Box de septembre (dont la description m'avait donné très envie). 

Enfin, quelques gourmandises complètent cette box:
- 2 bonbons au puerh noir, présentés dans le genre de bourse en organdi que j'utilise pour transporter mes colliers sans les emmêler
- 3 mini-plaques de chocolat Dolfin (noir à 88% de cacao, noir citron-gingembre, lait caramel)
- 4 mini canistrelli

Entendons-nous bien: je reste séduite par le concept, et trouve que la réalisation est tout à fait à la hauteur. La boîte est belle et bien garnie; il y a vraiment de quoi faire pour les curieux et les amateurs de nouveaut(h)és. Mais ce mois-ci, en tout cas, le thème choisi ne me correspondait pas du tout. Je sais cependant que je suis difficile; aussi, je vais poursuivre mon abonnement en espérant avoir plus de chance en novembre!

PS: A l'heure où je rédige ce billet, j'ai goûté le thé à la menthe bio Tea Tower, qui est correct mais pas bouleversant, et les canistrelli, qui sont délicieux.
PS2: Le thé à l'abricot Harney & Sons, bien que noir, me plaît assez à l'heure du goûter. 

Wilma Tenderfoot Tome 1: "L'énigme des coeurs gelés"


Wilma vit sur l'île imaginaire de Cooper, qu'un mur sépare en deux zones: le Haut et le Bas. Agée de dix ans, c'est une orpheline minuscule et extrêmement bavarde qui s'est mis en tête de marcher dans les traces du grand détective Théodore P. Lebon. Et comme sa détermination n'a d'égale que sa maladresse, elle se fourre très souvent dans le pétrin. 

Un jour, l'Institution pour Petits Malchanceux où Wilma vit depuis qu'elle a été abandonnée l'envoie travailler comme domestique chez Mme Ronchard, une vieille dame tyrannique et effrayante. Au même moment, le plus gros diamant du monde disparaît, et l'homme qui l'a découvert est retrouvé assassiné avec le coeur gelé. Wilma tient une occasion rêvée de prouver à Théodore P. Lebon qu'elle est digne de devenir son apprentie!

Dès la première page, le ton de ce roman jeunesse est donné: une illustration montre notre héroïne suspendue par son fond de culotte à un crochet à jambon, un rouleau de PQ contre l'oeil en guise de longue-vue. Wilma Tenderfoot est une mini-Miss Catastrophe, pleine de bonne volonté mais qui réussit essentiellement à semer la pagaille autour d'elle. Difficile, cependant, de ne pas s'attacher à cette orpheline têtue et volubile imaginée par la britannique Emma Kennedy. L'histoire est bien troussée, avec des personnages manichéens et d'autres plus nuancés ou surprenants. Casterman en propose une édition française de qualité, avec une excellente traduction de Corinne Daniellot et des dessins amusants de Nancy Pena (y compris un monogramme rigolo à chaque début de chapitre et, dans le coin inférieur droit des pages impaires, un chien que l'on peut faire courir façon flip book). 

Sur les quatre tomes que doit comporter la série, deux sont déjà parus en français. Je trouve qu'ils feraient un très bon cadeau de Noël pour une fillette de 8 à 10 ans aimant la lecture et les histoires de détective. Je dis ça, je dis rien. 

lundi 15 octobre 2012

Monpatelin




Il y a ici quelque chose que je trouve profondément apaisant. 
Les traînées roses du couchant que j'aperçois, depuis la fenêtre de mon bureau, derrière la montagne d'en face. 
Le hululement d'un oiseau nocturne, régulier comme un métronome, tandis que je me pelotonne sous les draps bien après minuit.
Le silence immobile de mon quartier le dimanche matin. Et la certitude que je n'ai que cinq cents mètres à faire pour tomber sur un petit marché provençal grouillant d'animation. 
Le souffle d'air tiède qui, milieu octobre, entre encore par la porte-fenêtre grande ouverte, et l'éclat du soleil qui me dissuade de m'installer sur la terrasse pour tremper mes toasts briochés dans mon chocolat chaud. 
Les rires des enfants dans la cour des maisons d'en face; les voix de leurs parents qui au téléphone parlent trop fort comme tous les gens d'ici. 
L'odeur d'ozone et d'asphalte mouillée qui flotte dans l'air après un orage surprise; le bruit d'éclaboussures produit de loin en loin par le passage d'une voiture dans l'avenue.  
Si je vivais ici tout le temps, je crèverais d'ennui. C'est pourtant le seul endroit où je me sens vraiment sereine.




dimanche 14 octobre 2012

"No buy" d'octobre: bilan semaine 2


Dimanche: Cela fait plusieurs jours que je me dis que, malgré ma haine des écrans tactiles, un iPad me serait bien utile: pour regarder des épisodes de série télé ou jouer à des jeux débiles dans le train, pour bloguer quand je suis en voyage à l'étranger... Je rechigne à trimballer mon MacBook parce que c'est mon outil de travail et qu'il reste quand même assez encombrant, mais un iPad avec clavier, ça pourrait être commode pour le city trip de début novembre à Barcelone. Sauf que mon mois de "no buy" ne me laissera pas le temps de l'acheter avant le départ. "Si tu comptes ça comme des frais professionnels, ça rentre dans tes exemptions, non?" me lance Chouchou, jamais le dernier pour me tenter avec un produit estampillé Pomme. Argh. 

Lundi: J'ai de plus en plus de mal à me lever le matin; il faut vraiment que j'arrête mon choix sur un modèle de réveil-lampe pour en faire l'acquisition dès notre retour de Barcelon, sinon l'hiver va être trop rude! Mais je dois pouvoir tenir sans jusque là.

Mardi: Journée dans le train. Après avoir hésité, j'achète quand même mes trois féminins habituels, au prétexte qu'ils ne m'encombreront pas vu que je les poubellise direct après les avoir lus. Je sais, je triche un peu. Mais 6h d'affilée sur le même bouquin, je n'y arrive pas, et je ne sais pas travailler avec des gens et du bruit autour de moi. Donc, j'ai peu de solutions pour m'occuper pendant mon voyage en l'absence d'un iPad.

Mercredi: En sortant de l'ophtalmo qui vient de me découvrir un potentiel glaucome aux deux yeux, j'hésite à m'offrir des fleurs, des fois que j'en aurais plus pour longtemps à pouvoir les voir. Comment ça, je dramatise? Bon, alors je me contenterai de deux courses chez l'épicier et le primeur, pfff. Mais là, je suis DEPRIMEE et j'ai envie d'ACHETER des trucs pour me consoler. Y'a des gens qui bouffent quand ça va mal; moi, je fais du shopping. Sauf cette fois, donc, où je vais reprendre un morceau de la pizza parmigiana d'hier soir. Pas sûre que ça soit très bon pour ma ligne cette histoire de "no buy"...
Le craquage se produit l'après-midi. Je suis en train de faire de la relecture (pas le côté le plus excitant de mon boulot) quand je commets l'erreur, pendant un mini-break, de me connecter sur Vente Privée. Là, je tombe sur une vente Brontibay de ces fameux sacs plissés qui me font baver depuis des années. Le premier modèle que j'aime est en rupture dans la couleur qui me plaît. Pas le second. 110€ au lieu de 268. Je l'achète, et je passe la fin de la journée à me détester. Quelle excellente affaire.

Jeudi: Ce n'est pas parce que j'ai craqué hier que je renonce. Aujourd'hui, je crochette un bonnet pour Chouchou avec la laine rapportée spécifiquement d'Islande dans ce but. Alors que je ne fais aucune erreur par rapport au modèle, le résultat final est assez grand pour abriter à la fois ma tête et celle de Chouchou. Romantique, mais peu commode. Je défais tout, cassant mon fil "poilu" une demi-douzaine de fois au passage. Il n'est pas du tout adapté au modèle que j'ai choisi. Donc, soit je trouve un autre modèle rapidement, soit j'attends de rentrer à Bruxelles pour essayer avec un autre type de laine pioché parmi mon stock pléthorique. Je pourrais en acheter deux pelotes vite fait à Monpatelin, mais non.

Vendredi: RAS.

Samedi: Journée en ville. Le piège. A la dédicace de Nancy Pena, je craque pour une des boîtes à thé qu'elle a magnifiquement illustrées, plus le premier tome d'une série jeunesse qui a l'air trop-trop-bien. A ma décharge, je n'ai pas emporté assez de lecture et voilà trois soirs que je tourne en rond sans rien à faire une fois mon boulot terminé. Il me FALLAIT un bouquin pour ne pas finir zinzin. Par contre, la paire de bottines en daim noir André, le gilet fourré, le pull à boutons et le débardeur Pimkie? J'ai pas d'excuse.
Je me rends compte que m'interdire d'acheter est à peu près aussi efficace que vouloir faire un régime en m'affamant. Tôt ou tard, le craquage est inévitable. Dans un cas comme dans l'autre, l'achat/le grignotage n'est qu'un symptôme. Ce que je devrais faire, c'est analyser les raisons qui me poussent à acheter/manger, trouver quel manque je cherche à combler ce faisant, et imaginer d'autres moyens de le satisfaire. Du coup, la question se pose: continuer cette expérience ratée jusqu'à la fin du mois, ou pas?
On notera quand même que je n'ai PAS acheté d'iPad (d'accord, essentiellement parce que le rayon info de la Fnac était blindé de monde et qu'il n'y avait pas un vendeur disponible), et que j'ai résisté au chant de sirène d'un SUBLIME perfecto bleu électrique en cuir de bébé chez 1.2.3 (d'accord, essentiellement parce qu'il n'y avait pas ma taille et qu'il coûtait un rein). 

samedi 13 octobre 2012

Une fille qui



Avant toute chose, je suis une fille qui lit. Boulimiquement.
Une fille qui a peur de l'orage.
Une fille qui parle toute seule, tout le temps, même en public.
Une fille qui n'aime pas les trucs sucrés mais qui se damnerait pour un bon plat de pâtes.
Une fille qui ne sait dormir que les volets ouverts. 
Une fille qui achète la même culotte en vingt exemplaires. 
Une fille qui voudrait bien perdre un peu de poids mais qui déteste le sport. 
Une fille qui adore les couleurs franches et vomit les pastels.
Une fille à la langue bien pendue qui démarre au quart de tour et parle parfois sans réfléchir.
Une fille naturellement angoissée qui lutte pour ne plus l'être (trop).
Une fille qui se lasse vite des choses et qui adore la nouveauté.
Une fille qui ne pratique pas l'amitié fusionnelle. 
Une fille fourmi par éducation et cigale par choix. 
Une fille qui vote à gauche mais rêve quand même de tout faire péter.
Une fille qui s'est trouvé un hippopotame mauve comme totem.
Une fille qui se définit comme féministe, encore et toujours.
Une fille que les comédies romantiques ennuient à mourir. 
Une fille qui fréquente assidûment les salons de thé. 
Une fille qui n'a jamais voulu d'enfants.
Une fille que la solitude dérange bien moins que la compagnie de gens ennuyeux.
Une fille amoureuse du Japon et de la Scandinavie.
Une fille qui a du mal à se lever le matin sauf si c'est pour prendre un avion. 
Une fille très engagée dans la lutte contre la domination mondiale du speculoos.
Une fille qui se préfère en robe mais qui porte plus souvent des pantalons.
Une fille incapable de résister à une paire de chaussures rouges, surtout si elles ont une bride. 
Une fille qui déteste être dans l'eau mais adore se laisser tomber d'un avion en vol. 
Une fille qui se dit depuis des années qu'elle recommencerait bien à dessiner. 
Une fille plus douée pour la théorie que pour la pratique.
Une fille qui pense que quand on n'a pas le choix, c'est pas du courage mais de la nécessité.
Une fille peu sensible aux grands gestes, et beaucoup aux petites attentions.
Une fille qui, plus jeune, rêvait de devenir alchimiste.
Une fille allergique à la technologie mais accro à internet.
Une fille qui assume à mort le rouge à lèvres pupute. 
Une fille qui a trois tatouages et deux cicatrices de piercings.
Une fille pas très préoccupée par l'opinion ou l'approbation d'autrui. 
Une fille qui était tellement sage, petite, que ses parents craignaient qu'elle soit autiste.
Une fille qui s'est bien rattrapée plus tard!
Une fille qui a mis au point le mode ultime du rangement de lave-vaisselle. 
Une fille super-organisée, mais capable de partir pour un road trip américain d'un mois en oubliant son permis de conduire.
Une fille dont le genou droit a été bousillé par un vieil accident de ski. 
Une fille qui se souvient très rarement de ses rêves.
Une fille qui n'a jamais cru aux âmes soeurs et qui a quand même trouvé la sienne. 
Une fille qui essaie d'être bienveillante, qui échoue certains jours, et qui recommence le lendemain.
Une fille qui trouve que pour apaiser les nerfs, une séance de crochet vaut bien un Xanax.
Une fille qui a eu 30 ans avant de commencer à boire du vin, et qui aujourd'hui se damnerait pour un bon Bordeaux rouge.
Une fille qui valorise la sagesse acquise avec l'âge bien plus que l'énergie de la jeunesse. 
Une fille bourrée d'idées et de projets, mais qui peine souvent à les concrétiser.
Une fille qui sait que pour manger un éléphant, il faut procéder une bouchée après l'autre. 
Une fille qui aime marcher seule dans les rues d'une ville inconnue à l'autre bout du monde. 
Une fille qui rêve de savoir faire de belles photos mais refuse de potasser un mode d'emploi. 
Une fille qui en vieillissant devient à la fois de plus en plus inquiète et de plus en plus apte au bonheur.
Une fille qui sait apprécier sa chance.
Une fille qui n'est pas une blogueuse influente, mais dans la vie de laquelle son blog tient une place énorme. 
Une fille qui vous souhaite un excellent week-end :-)

Illustration de Nathaliemadethis

vendredi 12 octobre 2012

"The Bletchley Circle"



Pendant la Deuxième Guerre Mondiale, quatre femmes ordinaires jouent un rôle primordial dans la victoire des Alliés en déchiffrant les messages codés de l'armée allemande. Neuf ans plus tard, Susan croit déceler un code derrière les agissements d'un tueur en série qui sévit à Londres. Elle tente d'abord de s'adresser à la police, qui ne lui prête qu'une oreille paternaliste et distraite. Alors, elle rallie ses anciennes camarades Millie, Jean et Lucy afin d'identifier elles-mêmes le coupable, quitte à provoquer bien des remous dans leur vie privée et à se mettre physiquement en danger... 

Je ne sais pas trop quoi penser de cette mini-série en 3 épisodes. Je l'ai trouvée bien écrite et bien jouée, avec des héroïnes très intéressantes qui devraient plaire à toutes les féministes. La plus mise en avant des quatre, Susan (à droite sur la photo), a un mari et des enfants mais refuse de se laisser enfermer dans sa condition d'épouse et de mère alors que, de par ses facultés de raisonnement, elle se sent capable d'arrêter un criminel responsable de nombreuses morts. Elle est consciente des risques qu'elle prend, et souvent morte de trouille, mais elle continue à s'obstiner, mue par son intelligence analytique autant que par son sens de la justice. 

Pour le reste, j'ai quand même quelques réserves. Le modus operandi très complexe du tueur m'a souvent semblé tiré par les cheveux, donc peu crédible. La révélation de son identité à la fin de l'épisode 2 prive toute la première moitié de l'épisode 3 du suspens qu'elle aurait pu conserver quelque temps encore. Et surtout, si le concept de profilage était encore nouveau au début des années 50, aujourd'hui, n'importe quel amateur de séries télé ou de cinéma en sait davantage sur ce sujet que la police de l'époque. Depuis "Le silence des agneaux", nous avons tous une vague idée de la façon dont fonctionnent les tueurs en série: en s'attaquant toujours au même type de victime, en observant des rituels immuables... Bref, la seule véritable originalité de l'histoire, c'est l'époque à laquelle elle se situe. 

Dernier détail: si, comme moi, vous êtes beaucoup plus habitué à l'accent américain qu'anglais, procurez-vous la série avec des sous-titres. Quand Susan se met à réfléchir très très vite à voix haute, j'ai souvent eu du mal à la suivre...

jeudi 11 octobre 2012

"Génération blogueuses"


A première vue, on peut s'interroger sur la pertinence de faire un livre pour parler de blogs - d'autant qu'il ne s'agit pas ici d'analyser le phénomène d'un point de vue social, mais de présenter une cinquantaine de blogs auxquels n'importe qui peut accéder gratuitement avec une connexion internet. C'est donc avec une curiosité mêlée de scepticisme (ou l'inverse) que j'ai commencé à feuilleter cet ouvrage, gracieusement envoyé par le service de presse des Editions du Chêne.

Et j'ai passé un super moment, parce que la mise en page est absolument craquante. Kawaï, pleine d'inventivité et différente pour chaque portrait de blogueuse, elle m'a fait penser au design des livres franco-japonais des Editions de Paris, dont j'ai une étagère pleine dans ma bibliothèque.

Malgré ma fréquentation assidue de la blogosphère, je ne connaissais que quelques-unes des filles présentées; me voici avec une longue liste d'adresses à visiter. Je regrette cependant l'absence de blogs féminins sortant des catégories "girly" habituelles (mode, beauté, cuisine, déco...). J'aurais aimé que cet ouvrage me fasse aussi découvrir des blogs d'humeurs et des points de vue féminins sur l'actualité - parce qu'être une fille, ça ne consiste pas seulement à parler de futilités.

A la fin du livre, un annuaire répertorie plusieurs centaines d'autres blogs; j'avoue avoir été ravie de trouver "Le rose et le noir" en catégorie "Art et Culture", ainsi que diverses copinautes côtoyant là les stars de la blogosphère.

mercredi 10 octobre 2012

"L'étrange Odd Thomas"


J'ai une sale manie: j'adore les spoilers. Quand je suis fan d'une série télé que je découvre avec un peu de retard, je ne peux pas m'empêcher d'aller regarder sur un guide quelconque comment elle se termine. Et quand je lis un roman, particulièrement s'il s'agit d'un thriller, je commence par survoler le dernier chapitre pour voir qui a fait le coup. Ainsi, au lieu de me retourner les méninges à chercher le coupable, je peux admirer la façon dont l'auteur construit son histoire et sème des indices dans le texte. Libérée de la pression du suspense, je décortique paisiblement la mécanique, je traque les incohérences, je mesure le savoir-faire de l'artisan. Ca ne me gâche pas mon plaisir, bien au contraire. 

Pourtant, une fois n'est pas coutume: je regrette d'avoir regardé dès la page 100 comment allait se terminer le premier volume des aventures de Odd Thomas. 

Ce roman de Dean Koontz avait peu de chances d'atterrir entre mes mains. En principe, je ne suis pas ou peu cliente de la catégorie horreur/fantastique. Mais la critique lue sur le blog de Sun-Jae m'avait suffisamment intriguée pour que je décide de sortir un peu de ma zone de confort littéraire. 

Odd Thomas habite une petite ville californienne recuite par le soleil, au milieu du désert du Mojave. Agé de vingt ans, il n'a pas d'autre ambition dans la vie qu'aimer pour toujours sa petite amie Stormy Llewellyn et préparer les meilleurs pancakes de Pico Mondo... s'il ne se reconvertit pas un jour dans la vente de pneus. Mais comme son nom l'indique (en anglais, du moins), Odd Thomas possède un don étrange: un sixième sens hyper développé qui lui permet, entre autres choses perturbantes, de voir les morts. Quand il le peut, il se fait un devoir d'aider les victimes d'assassinat à obtenir justice pour qu'elles puissent enfin passer dans l'au-delà. Mais en ce 14 août écrasé de chaleur, c'est à un phénomène bien plus perturbant qu'assiste le jeune cuisinier: il voit grouiller dans la ville des centaines de bodachs, créatures d'ombres attirées par l'imminence d'un massacre à grande échelle...

Dès les premières pages, j'ai été séduite par le ton de l'auteur et par la personnalité attachante de son héros. Odd Thomas a beaucoup souffert et été témoin de quantité d'horreurs; pourtant, il conserve une fraîcheur, voire une naïveté, extrêmement touchante. L'amour qu'il porte à Stormy Llewellyn est pur et absolu, mais même s'il n'est pas immunisé contre la peur, le jeune homme n'hésite ni à enfreindre la loi ni à se mettre en danger pour sauver des innocents. On pourrait le croire un peu simple d'esprit: c'est, au contraire, un sage capable d'accepter les failles des autres et le sort qui lui est échu dans la vie. Sa grande lucidité transparaît dans l'humour ironique et légèrement distancié avec lequel il raconte son histoire à la première personne. 

Dean Koontz réussit le tour de force d'écrire un roman très noir, voire glaçant par moments, sans jamais en plomber l'atmosphère - y compris à la fin qui, alors que je la connaissais d'avance, a quand même réussi à m'arracher une larme. Pour une fois, j'aurais aimé ne pas savoir ce qui allait se passer afin de me laisser cueillir complètement par l'émotion au lieu d'être dans l'analyse du scénario. Quoi qu'il en soit, "L'Étrange Odd Thomas" est une sacrée réussite que je recommande sans réserve aux lecteurs de tous horizons. Et dès début novembre, je m'offre la suite de ses aventures! 

J'ai lu ce roman en VO et ne peux donc rien vous dire sur la qualité de sa traduction française.

mardi 9 octobre 2012

"Comment j'ai arrêté de CONsommer"


J'ai déjà plusieurs fois évoqué ce livre dont la lecture a accompagné la première semaine de mon mois de "no buy". Frédéric Mars, auteur de plusieurs romans et essais, y raconte son "année de lutte contre l'enfer marchand". L'expérience - dans laquelle il entraîne sa compagne et leur fils de 7 ans - commence de manière assez soft, quand il décide de ne pas faire les soldes d'hiver et de soumettre tous ses achats envisagés au verdict de l'indice MBA ("Minimum de Bonheur Acheté"). Chaque objet convoité est noté selon divers critères, et s'il n'atteint pas un total d'au moins 50 points sur 100, la famille renonce à en faire l'acquisition.

Enthousiasmé par les premiers résultats, l'auteur passe à la vitesse supérieure en explorant d'autres moyens de réduire sa consommation, notamment le troc à travers les réseaux SEL. Il guette les sorties culturelles gratuites, résilie ses divers abonnements et annule ses prélèvements automatiques, rend sa carte de crédit et demande la réduction de son découvert autorisé à une banquière ahurie, cesse de fréquenter les hypermarchés pour se tourner vers les petits producteurs, et réussit même une fois à passer 16 jours sans acheter quoi que ce soit, fût-ce une baguette de pain. Il touche aux limites de son expérience lorsqu'il tente de bannir les marques de sa vie: d'abord en arrachant ou en recouvrant tous les logos présents dans son logement, puis en cessant d'en utiliser le nom. Imaginer la tête de la caissière du MacDo quand il lui demande "un soda goût caramel allégé", ou celle de son fils à qui il réclame de lui apporter "des notes repositionnables" est assez savoureux.

Mais alors qu'il s'efforce de modifier ses comportements d'achat en profondeur, il se heurte à l'incompréhension de son entourage. Si sa compagne adhère plus ou moins à ses idées, son fils est trop jeune pour en comprendre l'intérêt, et il peine à comprendre pourquoi la télé du salon tombée en panne ne va pas être remplacée immédiatement (au final, elle ne le sera pas du tout, et il s'y habituera très bien). Le pire, toutefois, ce sont les amis, dont la plupart commencent par ricaner ou se montrer sceptiques avant de finir par traiter l'auteur de radin, voire de parasite. Frédéric Mars ne le cache pas: durant cette année, il développe beaucoup de recul par rapport à la société de consommation, mais sa vie sociale en pâtit sérieusement... et au final, il se rend compte qu'à moins de devenir un vrai marginal, il est impossible d'échapper complètement à la pression ambiante à acheter toujours plus. Un récit édifiant. 

lundi 8 octobre 2012

Les brunchs du dimanche (19): O Reilly's


Ce dimanche commence mal. Je me lève péniblement vers 9h30 avec un mal de tête épouvantable, la gorge qui gratte, le nez qui coule, un début de nausée et une splendide diarrhée. Visiblement, mon système immunitaire s'est mis en grève. Est-il possible de cumuler gueule de bois, coup de froid et gastro? Après avoir bu un thé et vérifié qu'internet n'a pas cessé de fonctionner pendant la nuit, je vais me recoucher en traînant les pieds tel un zombie. Chouchou passe en mode infirmière pour me bourrer de cachets et m'enduire le museau de Vicks Vaporub. Deux heures plus tard, je me sens capable de me verticaliser et de prendre une douche. Après le samedi gris, pluvieux, venteux et glacial qu'on s'est tapé la veille, je tiens absolument à profiter du ciel bleu et de l'air vif d'une vraie belle journée d'automne à Bruxelles. Cap sur la place Rouppe pour tester le brunch du Houtsiplou!

Les rues du centre-ville grouillent de gens en baskets bizarrement empapillotés d'aluminium. Ah oui, c'était le marathon de Bruxelles ce matin! A voir leur mine défaite et la façon dont certains d'entre eux sont avachis contre les murs ou écroulés sur des pas de porte crasseux, je me dis que décidément, le sport, ça abîme. ...Et ça creuse, faut-il croire, car le Houtsiplou est pris d'assaut par les coureurs affamés. La serveuse ne nous laisse aucun espoir: il n'y aura pas de table libre avant la fin du service. Nous cherchons des solutions de repli. Burger Republic ou les Super Filles du Tram, du côté de la place Flagey? Oui, mais c'est loin, pfffff. Timidement, Chouchou suggère d'aller prendre un burger chez O Reilly's, le pub irlandais qui fait face à la Bourse. Je me méfie du genre de clientèle qu'on trouve là-dedans (des amateurs de sport télévisé bruyants et bourrés à la bière), mais je me dis qu'en milieu de journée, ça devrait aller. Et puis il est 14h et la révolte gronde dans mon estomac. Va pour O Reilly's.




La salle du bas est bondée, tout comme la terrasse. Nous nous installons à l'une des deux dernières tables libres de l'étage. Le volume sonore flirte avec la limite de ma tolérance, mais ça va encore. Une serveuse qui doit avoir des fessiers en béton étant donné le nombre de fois où je la verrai monter et descendre l'escalier en l'espace de trois quarts d'heure s'enquiert en anglais de ce que nous prendrons. Après avoir hésité avec le très traditionnel sunday roast, j'opte pour un full irish breakfast (qui existe aussi en version végétarienne) et Chouchou pour l'un des six burgers à la composition archi basique: un chicken bacon cheese burger. Il s'extasie à n'en plus finir devant la sauce brune HP qu'on lui apporte dans un petit panier: apparemment, c'est rare d'en trouver de la vraie hors Royaume-Uni. J'arroserai mes agapes de Strong bow (cidre sec pas terrible dont je laisserai la moitié dans mon verre) et Chouchou de son sempiternel Coca. 




La nourriture se révèle simple mais goûtue et copieuse, au contraire de l'addition qui reste plutôt light: 28,30€ pour l'ensemble. Et la salle a ce côté chaleureux de tous les bons pubs. Au final, le O Reilly's était plutôt un bon plan B. La prochaine fois, on pensera quand même à réserver pour le Houtsiplou... 

1, place de la Bourse
1000 Bruxelles

Cas Oorthuys: Bruxelles 1946-1956


Peut-on avoir la nostalgie d'une époque que l'on n'a pas connue? Telle est la question que je me posais samedi après-midi devant l'exposition Cas Oorthuys au musée de la ville: 70 clichés carrés en noir et blanc qui montrent Bruxelles durant la période charnière où les séquelles de la Seconde Guerre Mondiale commençaient à s'effacer et où la société de consommation prenait son essor. Le regard d'étranger du photographe (originaire des Pays-Bas) s'arrête sur les monuments et les endroits célèbres de la ville qui ont, somme toute, assez peu changé depuis. Mais surtout, il s'attache à capturer l'activité humaine et la façon dont elle s'inscrit dans ce cadre urbain. En regardant ces gens accrochés en grappe à la porte des trams, ces enfants sages qui se promènent au parc un ballon de baudruche à la main, ces messieurs en costume et ces dames en chapeau, cette pimpante hôtesse de l'air qui pose en uniforme de travail, j'ai eu l'impression d'une période où l'agressivité et la méfiance n'avaient pas cours dans les rues des grandes métropoles, une période où la vie était plus simple et peut-être plus douce. Je me leurre sûrement; les années 50 avaient sans doute leurs difficultés propres, juste différentes de celles d'aujourd'hui. La Guerre Froide et la menace d'une apocalypse nucléaire étaient-elles moins effrayantes que l'épuisement des ressources naturelles et le réchauffement climatique? Probablement pas. Il n'en reste pas moins que les photographies de Cas Oorthuys m'ont fait faire un agréable retour vers un passé que je n'ai pas vécu. Bravo aux responsables de la scénographie, qui ont su les mettre en valeur avec un éclairage tamisé mais d'une intensité correcte, quelques meubles d'époque et des dessins stylisés sur des panneaux aux couleurs douces - un décor sobre mais efficace. 





Jusqu'au 31 décembre
Grand-Place
1000 Bruxelles
Du mardi au dimanche, de 10h à 17h
Fermé les jours fériés
Entrée: 5€ (donne également droit à visiter la collection permanente)