dimanche 10 mars 2013

Le Formidable Salon de la Bédé: dédicaces et renards


Franchement, ce salon, j'ai bien failli ne pas y aller. La semaine précédente, les gens de chez Brüsel avaient fait savoir qu'il serait utilisé un système de tickets limitant les dédicaces à 30 par auteur. Bon plan pour ne pas se taper des queues files d'attente kilométriques, a priori. Sauf que les tickets étaient dispos seulement le jour même à partir de 10h du matin, alors que les auteurs arrivaient à 13h30, et que pour en obtenir un, il fallait acheter sur place un ouvrage de l'auteur correspondant. Or, je possède déjà la plupart des ouvrages des auteurs que j'aime (et souvent, même, je les ai achetés chez Brüsel). D'où gros mécontentement. Je comprends que la venue des auteurs doit être rentabilisée, mais zut. 

Et puis finalement, comme le FSBD était couplé avec Made in Asia où Chouchou voulait absolument prendre des photos de costumes délirants (l'entrée était de 10€ pour les deux), et comme en outre le salon Créativa se tenait juste à côté, je me suis dit qu'on arriverait toujours à tuer le temps entre 10h et 13h30, et qu'en cherchant bien, je trouverais sans doute une ou deux bédés qui me faisaient envie et que je ne possédais pas déjà. Donc, nous nous sommes levés aux aurores hier matin pour faire l'ouverture du salon. 

A la station gare du Midi, le métro qui nous transportait a été littéralement pris d'assaut par des hordes de jeunes déguisés en personnages de manga, et j'ai commencé à avoir un peu peur. A la sortie de la station Heysel, une file d'environ deux cents mètres s'étendait jusqu'à l'entrée du hall 5 de Bruxelles Expo. Vu que je déteste la foule, je me suis dit: "Tant pis pour Made in Asia et le FSBD, faisons un tour à Créativa et attendons de voir si ça se dégage en cours de journée". (L'espoir fait vivre.) Sauf que la moitié des fans de manga tentaient eux aussi d'accéder à l'expo par le hall 4 qui abritait Créativa mais qu'un passage intérieur reliait au 5. Bref, en franchissant enfin la sécurité, j'ai pensé qu'on avait été bien bêtes de prendre juste des tickets pour Créativa.

Chouchou a alors suggéré que, peut-être, il y avait moyen d'acheter des tickets pour Made in Asia et le FSBD à l'entrée du passage intérieur. Je lui ai ri au nez: "Tu penses, il va juste y avoir d'autres agents de sécurité pour déchirer les tickets achetés dehors". On se trompait tous les deux: il n'y avait... rien du tout. En fait, une fois payé l'accès à l'une des deux manifs, on pouvait se faire l'autre aussi pour le même prix. Ce dont nous ne nous sommes pas privés.

Bref. Contre toute attente, j'ai donc pu obtenir des tickets pour quatre dédicaces sur les six qui m'intéressaient. Barbara Canepa s'était fait porter pâle, et Lewis Trondheim avait déjà beaucoup de monde. En plus, je lui en voulais encore d'avoir poireauté pour rien presque une journée entière au Festival de Solliès-Ville il y a des années: le matin, il ne s'était pas levé, et en début d'après-midi, il était à la plage... Chouchou et moi nous sommes répartis les files d'attente: il est allé se placer dans celle pour Boulet, seul invité à avoir refusé le système de dédicaces limitées tandis que je patientais avec les gens munis de tickets qui voulaient voir tous les autres dessinateurs.

J'ai commencé par Aude Picault, à qui j'ai fait dédicacer son "Fanfare" (seul de ses albums qui me manquait encore; j'aurais préféré "Transat" ou "Papa", mais ils étaient restés à Monpatelin...). J'ai été sa première "cliente", elle ne s'est guère montrée bavarde et l'échange est resté poli mais limité. 






Juste à côté d'elle, Bastien Vivès dont je n'avais jamais rien lu mais dont plusieurs personnes m'avaient chaudement recommandé "Polina". Une histoire de danseuse classique, ça avait des chances de me parler. J'ai été surprise de trouver le dessinateur aussi jeune. Je lui ai demandé pourquoi il avait choisi ce thème: "Je voulais faire un truc sur l'art, et le graphisme, ce n'était pas assez visuel." "Alors, pour vous documenter, vous avez pris quelques cours?" "Euh, non. On trouve de tout sur Youtube, vous savez."





Un peu plus loin, j'ai patienté un petit quart d'heure en bavardant avec un autre festivalier avant d'arriver près de Guillaume Bianco. Super sympa, il m'a demandé ce que je voulais comme bestiole sur ma dédicace, puis m'a bombardée de questions en dessinant. J'ai ainsi découvert qu'il était originaire d'un village à quelques kilomètres de Monpatelin, et nous nous sommes amusés à réciter une liste plutôt hétéroclite de célébrités locales: Cathy Guetta, Raimu, Mireille Darc, Hélène Ségara... "et Mourad Boudjellal", a-t-il ajouté. Un nom qui ne parlera guère qu'aux amateurs de bédé et de rugby!





Etienne Davodeau dessinait sur un canapé à la cool. Comme il n'y avait personne immédiatement derrière moi, après lui avoir fait dédicacer mon tome des "Ignorants" (gros coup de coeur lors de sa sortie), je lui ai demandé s'il voulait bien me signer aussi le "Quelques jours avec un menteur" acheté le matin même parce que l'histoire avait l'air sympa. Il s'est animé: "Ah, c'est mon préféré celui-là". "Pourquoi?" "Parce que c'est celui où j'ai trouvé mon style actuel, du noir et blanc pas trop fignolé avec juste du lavis de gris, et ça m'a libéré."






Le temps que je termine, il restait encore une douzaine de personnes avant Chouchou dans la file pour Boulet. J'aimerais signaler que ce dernier, non content d'avoir refusé le système de tickets et d'achat obligatoire sur place, est arrivé une demi-heure avant tous les autres auteurs et s'est mis à dessiner immédiatement, ne s'interrompant qu'une ou deux fois dans l'après-midi pour littéralement courir aux toilettes. Il passait vingt personnes par heure, et il trouvait encore le moyen de sourire et de bavarder avec chacun. En plus, même avec seulement 3 minutes à me consacrer, il m'a chambrée gentiment parce que je parlais hyper vite, et il a bien voulu me dessiner un renard.






En parlant de renard... Regardez ce que j'ai trouvé sur le stand Avenue of the Stars! Pour ne pas me le trimballer toute la journée, car la boîte était assez encombrante, je l'ai laissé sur place avec un Post-It à mon nom, en disant que je passerais le chercher avant de repartir. Résultat, c'est au moment d'entrer dans le métro pour notre voyage de retour que j'ai sursauté: "Merde, le renard!". Qui, alors qu'elle était sur les rotules et avait un mal de dos carabiné après avoir piétiné pendant des heures, a dû rebrousser chemin au pas de course et expliquer aux vigiles qu'elle sortait juste de l'expo où elle avait oublié un truc déjà payé? C'est Bibi. 




(Pour les photos des cosplay de Made in Asia, c'est sur le blog de Chouchou.)

9 commentaires:

Miss Babooshka a dit…

Je garde un excellent souvenir d'une séance avec Guillaume Bianco ...

Nairo a dit…

Muahahaha ! Ce qui a failli être une grosse galère s'est finalement bien terminé ! J'ai adoré le "On trouve tous sur youtube!", c'est une autre génération !
Heureusement que tu as pu récupéré ton renard, il est magnifique ^^

Isa a dit…

J'ai rencontré Boulet il y a quelques années au Salon du Livre sur le stand Bragelonne ; il dédicaçait Erik le Viking dont il avait réalisé la couv'. C'est un type adorable. J'aime beaucoup toutes les dédicaces que tu as reçues, avec une mention spéciale pour la danseuse dont j'attends ta chronique avec impatience. Quant au renard... désolée pour ton dos, mais ça aurait été un crime de l'oublier !

ElanorLaBelle a dit…

Superbe ce renard! Belle trouvaille!

Anonyme a dit…

Boulet, sympa et disponible, des qualités super rares chez un auteur de BD (la plupart dessinent parce qu'ils n'arrivent pas bien à communiquer autrement ...)

J'imagine bien ta tête devant Bastien Vivès ... J'aimais bien cet auteur à ses débuts, puis maintenant plus du tout vu comme il est arriviste: il a dit dans plusieurs interviews à la sortie d'une BD érotique aux Requins Marteaux qu'il avait dessiné ses premiers livres ("Polina""Le Goût du Chlore, "Amitiétroite" ...) pour "les filles", en prenant des thèmes bateaux et sensibles pour se faire connaître et vendre beaucoup. Et que maintenant qu'il était connu, il pouvait se permettre de faire ce qu'il voulait, "pour les garçons" (de la baston, des jeux vidéos, des gros seins ...)

J'ai mis volontairement tout ça entre guillemets parce que bien sûr que je ne suis pas d'accord avec ce clivage, et que je trouve que ces propos puent l'arrivisme et le mépris pour les lectrices ...
Depuis je ne l'aime plus du tout, même si je lui concède un bon trait.

Ses propos peuvent être facilement retrouvés sur Google, il doit penser que ses lectrices ne savent pas lire ... Ou qu'elles ne pourront pas comprendre la fumisterie.


Madame Manon a dit…

Oui, mais il vaut le coup, ce renard <3

Egogramme a dit…

@Anonyme Je lis le blog de Vivès depuis quelques années. J'ai le sentiment que Bastien Vivès est le roi de la provoc' facile (surtout ces denriers temps), qu'il est cynique mais sensible aussi: je ne prends pas au premier degré tout ce qu'il raconte. http://bastienvives.blogspot.be/

Anonyme a dit…

@Egogramme: je sais tout de même reconnaître l'humour, même limite, et le second degré. Je sais bien que Vivès veut se donner le rôle du troll arrogant,ça transpire de partout.Mais c'est un peu facile de clamer le second degré à tout bout de champ, ou le personnage "grossier-mais-si-sensible-à-l'-intérieur".
Ce ne sont pas ses propos que je condamne, mais l'arrivisme qui en suinte, et le mépris qui en découle. Et indépendamment de toute interview ou discours de lui, il faut être de mauvaise foi pour ne pas voir que ses choix de publication sont très arrivistes et calibrés pour plaire: Poungi la racaille quand la mode était aux skyblogs; des romans graphiques "sensibles" et orientés public féminin à l'époque de Pilules bleues, Blankets; Polina au moment du revival danse classique et Black Swan; Les Melons de la Colère pour ne pas laisser échapper le public masculin et faire le buzz, et enfin son dernier, "La Grande Odalisque", parce que les geeks fans de Dorothée reprennent le pouvoir d'achat ...

J'ai déjà dit que son trait était très bon, mais ce qu'il en fait et le personnage qu'il se compose me donne envie de vomir ... Comme tu dis, c'est de la "provoc facile". Et c'est utopique, mais je condamne toujours les arts (dont la BD) qui font régresser le public en leur donnant de la merde pré-mâchée, plutôt que de "l'élever".

Et au fait, moi c'est Blandine.

Egogramme a dit…

@Blandine Votre point de vue est intéressant. Je note votre remarque sur le choix arriviste de ses publications.
Il y a plusieurs planches publiées sur son blog (puis parue dans la collection Shampooing, "Bande dessinée" et probablement "Blog") où il se dépeint comme un vieil auteur à succès arrogant, dénigrant son premier album ou s'énervant sur un plateau télé. Je trouve drôle de le voir endosser ce rôle "en vrai".
Il dépeint avec beaucoup de justesse les relations humaines. Le personnage n'a pas encore réussi à me dégoûter.
Mais que pensez-vous de cette planche-ci (manjari.free.fr/bastblog/bambi.jpg) ?

Et puis, tant qu'on y est, n'hésitez pas à nous conseiller des bédés qui nous "élèvent"... ;-)