mercredi 25 novembre 2015

Parfois, juste un peu, ça compte vraiment beaucoup




Franchement, je m'étais préparée à me retrouver coincée à Bruxelles. Ou alors, à atteindre Toulon, mais avec trois heures de retard. Et je me serais encore estimée heureuse d'arriver vivante et en un seul morceau. 
Ouais, j'ai beau crâner et faire comme si de rien n'était, je suis légèrement traumatisée par les attentats de Paris et le lockdown bruxellois. Ca fait dix jours que je dors super mal et que je passe mon temps éveillée à imaginer des scénarios catastrophe tous plus horribles les uns que les autres. J'arrive à me faire chialer toute seule, c'est d'une connerie...
Bref. Hier matin, je me suis pointée à la gare du Midi une heure avant le départ de mon train, tellement je m'attendais à ce que ce soit un bordel innommable. 
En fait, les halls étaient quasiment déserts. Il y avait plus de policiers et de militaires que de passagers. Pour la première fois, j'ai mis environ quinze secondes à acheter mon sandwich chez Panos au lieu des dix minutes habituelles. J'ai fait un bisou à Chouchou (qui m'avait accompagnée en voiture, vu que le métro ne circulait toujours pas) en essayant de ne pas écouter la petite voix dans ma tête qui me disait: "Si ça se trouve, c'est la dernière fois que tu le vois". Je lui ai fait promettre de m'envoyer des petits mots toute la journée pendant mon absence. Puis il est parti. J'ai montré mon titre de transport, ma pièce d'identité, ouvert mon sac et ma valise, remercié les agents pour leur service, et je me suis retrouvée avec trois quarts d'heure à tuer avant l'heure officielle de départ de mon TGV. 
Je crois qu'il s'est ébranlé avec deux minutes d'avance. 
Pendant tout le début du trajet, j'étais super crispée. Je me disais: "S'il se passe quoi que ce soit, tu es cuite. Aucun moyen de t'échapper ou de te planquer." Dans ma paranoïa, j'ai recensé les enfants de ma voiture (seulement deux, moins de 5 ans pièce à vue d'oeil), et calculé que si on entendait tirer à l'autre bout du train, en faisant très vite, on avait juste le temps de les cacher derrière les valises dans les nouveaux porte-bagages au sol pour qu'eux au moins soient sauvés. 
C'était riant dans ma tête, je vous raconte même pas. 
(Ah si, en fait, je suis en train.) 
(En train. Ha ha.)
(Humour ferroviaire.)
Comme Bruxelles puis Paris s'éloignaient, j'ai commencé à me détendre un peu. Je suis allée au wagon-restaurant me chercher un Earl Grey et une mousse au chocolat au prix de la truffe blanche. J'ai lu un premier roman qui connaît un très gros succès en librairie, et que j'ai trouvé pas terrible. J'ai repéré, dans le carré en diagonale à mon siège, un jeune couple qui voyageait avec un British Shorthair bleu de cinq ou six mois à vue de nez, terriblement mignon. J'ai été prise d'une folle envie de l'enlever et de m'enfuir en courant avec, mais j'ai résisté. J'ai entamé un second roman que j'ai tout de suite adoré, et dont j'ai dévoré les 250 premières pages. 
Un peu après Marseille, mon téléphone a sonné. C'était Seb et Gaby. "On est dans le centre de Toulon, tu veux qu'on vienne te chercher pour t'emmener chez toi en voiture?" J'ai dit: "C'est gentil, mais vous êtes sûrs que ça ne vous dérange pas?" "Mais non enfin, avec tout ce qui se passe en ce moment!". J'ai accepté avec gratitude.
Pour la première fois en trois ans, mon TGV est arrivé à l'heure à la gare de Toulon. Et un quart d'heure plus tard, Gaby me déposait chez moi avec environ une heure et demie d'avance sur mon horaire habituel. J'ai remercié tout plein. 
Et je me suis dit qu'au milieu de toutes ces horreurs, il restait une multitude de petits miracles comme celui-là. Les miracles de la solidarité, de la bienveillance, de l'amitié, de l'entraide. Des mains spontanément tendues dans le noir, qui chassent les ténèbres juste un peu. 
Mais parfois, juste un peu, ça compte vraiment beaucoup. 

8 commentaires:

Gasparde a dit…

Juste un tout petit peu, ça compte parfois tellement surtout en ce moment. J'ai failli pleurer en déballant mon paquet de chocolat suisse, samedi dernier...

Il ne nous reste plus qu'à nous chouchouter mutuellement, je crois ;)

Kleo a dit…

J'avoue, l'humour ferroviaire m'a fait hurler de rire. Merci !

ARMALITE a dit…

Gasparde: tout à faut d'accord, mais il va falloir trouver des moyens moins caloriques que ceux employés jusqu'ici si on ne veut pas doubler de volume avant 2016!
Kleo: ' Service :-)

Anonyme a dit…

Je n'en menais pas large non plus l'autre jour dans le train en montant voir mon amoureux à Paris (billet prem's réservé avant les attentats) ... A tel point que pour le retour j'ai préféré passer la journée en covoiturage de 8h à 17h pour rentrer plutôt que faire ça en 3h en TGV... Le week end dernie j'ai aussi fait un cauchemar atroce et tres intense en lien avec les attentats. C'est fou comme ça nous pollue ce truc... Anne-Claire

Gasparde a dit…

Oui, il va falloir, sinon même Jillian ne va plus rien pouvoir faire pour nous.
(Enfin, n'empêche que ce midi, religieuse à l'abricot...)

sara a dit…

<3

Lorelei a dit…

je suis bien contente que tout se soit bien déroulé ;)
bisous

Bunny Solaena a dit…

Si ça peut te rassurer: tu n'es pas seule. J'ai beau me répéter "plutôt mourir debout que de vivre à genoux", j'ai la trouille.
Et quand j'ai du prendre le train mardi pour le boulot, j'en menais pas large. Je sursautais au moindre bruit, et j'imagineais divers plans d'évasions en cas d'attaque.

Quelle horreur de vivre dans la paranoïa :-/