vendredi 31 juillet 2015

Juillet 2015



Treez: financez un arbre près de chez vous ou à l'autre bout du monde


(Imaginez si les arbres émettaient un signal wifi: on en planterait tellement qu'on sauverait sans doute la planète au passage. Malheureusement, ils ne produisent que l'oxygène que nous respirons.)


Comme vous vous en souvenez peut-être, un de mes objectifs pour l'année 2015 était de soutenir chaque mois une cause qui me touchait. En juillet, je suis tombée sur le projet Treez, une communauté d'"utopistes pratiquants" engagés dans la reforestation un peu partout à travers le monde. Pour les aider - et se faire plaisir, ou faire plaisir à un amoureux de la nature -, on peut financer un arbre qui sera planté en France, au Ghana, en Thaïlande, au Brésil ou au Pérou par un travailleur local. Ca ne coûte que 12€, en échange desquels on reçoit un bracelet en bois à monter (d'une couleur variable selon le pays choisi) et un code qui, entré sur le site, permet d'avoir de plus amples informations sur "son" arbre: son espèce, l'endroit où il pousse... Le mien sera un tamarin sauvage et il poussera à Dhamma Rakhsa, en Thaïlande, parce que j'aime bien voyager par procuration. Si vous êtes intéressé par l'idée, j'ai un code de 10% à valoir sur l'achat de votre premier arbre; n'hésitez pas à me le demander par mail!







jeudi 30 juillet 2015

Où je me ruine pour l'amour de mon coccyx


A l'époque où je touchais, chaque mois de juin, une somme coquette en droits d'auteur excédentaires sur l'exercice précédent, j'avais pris l'habitude de programmer de petits travaux d'amélioration de mon appartement pendant l'été. Ainsi, en 2012, j'ai fait changer mes fenêtres d'origine en bois passablement abîmé pour des fenêtres en PVC dont certaines à oscillo-battant. En 2013, j'ai remplacé mon vieux tableau électrique par un modèle plus moderne et plus sûr, puis fait poser une climatisation réversible - une décision dont je me félicite depuis, aussi bien pendant les grosses chaleurs de l'été que pendant les mois les plus froids de l'hiver. L'an dernier, mes droits d'auteur excédentaires avaient tellement piqué du nez que je me suis contentée de changer mes tapis et ma table de salon (l'ancienne avait presque 15 ans et je ne pouvais plus la voir en peinture). 

Cette année, mes droits d'auteur excédentaires sont devenus quasi inexistants, mais comme le grand voyage auquel j'aspire ne s'est toujours pas concrétisé, j'avais quand même un peu de sous en banque, et après longuement hésité, j'ai décidé de les consacrer à un aménagement dont je parle depuis l'achat de mon appartement en janvier 2003: remplacer l'escalier de ma mezzanine. L'escalier d'origine n'était guère plus qu'une échelle améliorée, avec des marches de 18 cm de large couvertes d'une moquette super glissante. Chaque fois que je me levais la nuit pour descendre aux toilettes, j'avais peur de tomber et de me péter le coccyx ou pire. Et il restait jusqu'au mur d'en face assez de marge pour tirer un escalier un peu plus long qui décrirait un virage d'un quart de tour dans la fin, ce qui permettait de gagner sur l'inclinaison et donc de faire des marches plus larges.


Ceci n'est pas un bouquet de tulipes rouges. 

En octobre dernier, j'ai confié le projet à mon ami Jean-Michel, menuisier émérite qui avait déjà fabriqué ma bibliothèque sur mesure à l'époque de mon emménagement, ainsi qu'un meuble à chaussures et une étagère de cuisine assortis au reste de mon mobilier Interiors. Je savais qu'il bossait super bien et à des tarifs corrects. Je lui ai exposé mon idée; il m'a confirmé que c'était tout à fait réalisable et que ça donnerait bien, et m'a présenté un devis qui correspondait à ce que j'avais en tête. J'ai dit banco. Les travaux initialement prévus au printemps ont été repoussés deux fois, la première parce que je manquais de liquidités, la seconde parce que Jean-Michel manquait de temps. Finalement, ils ont eu lieu lundi dernier.




Le samedi précédent, Jean-Michel était passé avec son fils et un collègue pour m'apporter le plus gros morceau de mon escalier déjà assemblé (montants en fraké, marches en hêtre). Ils avaient dû le hisser par mon balcon, en une manoeuvre dangereuse qui m'avait fait grimper la tension à 28. Le dimanche, le bois encore non traité a embaumé tout mon petit appartement tandis que je me familiarisais avec la bête. J'ai ôté tous les bibelots des meubles placés sous l'escalier actuel et dégagé le reste du salon afin de laisser un maximum de place pour manoeuvrer les pièces anciennes et nouvelles. Le lundi matin, Jean-Michel est arrivé un peu après neuf heures et a commencé la dépose de mon ancien escalier. La manoeuvre, plus rapide et beaucoup moins bruyante que je m'y attendais, m'a même permis de faire un peu de relecture dans le bureau voisin. Quand il est parti déjeuner, il n'y avait plus moyen d'accéder à ma mezzanine. J'ai posté un Instagram pris de face, et plusieurs personnes ont commenté: "J'ai d'abord cru que c'était une maison de poupée!". C'est vrai que ça faisait tout bizarre. 




L'après-midi, Jean-Michel est revenu avec son collègue pour mettre en place le nouvel escalier, et ça a été une autre paire de manches. Pendant deux heures, je les ai entendus jurer, grogner, casser des plinthes et scier des trucs qui ne passaient pas. J'étais à deux doigts de m'évanouir de stress en imaginant mon salon dévasté. Mais finalement, c'est rentré. Après ça, le collègue est parti et Jean-Michel a encore passé plus de quatre heures à poser la rambarde de la mezzanine et la main-courante de l'escalier (ouvert côté pièce), puis à lazurer le tout en blanc et à remettre un peu d'ordre. Après son départ vers 20h30, j'ai dû faire la poussière, passer un sérieux coup d'aspirateur et tout remettre en place, avec quelques petites améliorations par rapport à la disposition précédente. J'ai notamment pu caser sous la partie supplémentaire de l'escalier un coffre qui jusqu'ici était coincé entre mon canapé et mon plan de travail américain. Les appareils électro-ménagers qui reposaient sur le coffre en question sont partis sur la petite commode qui contient des chopes et mes verres: la hauteur est bien plus pratique et ça m'évitera de contourner le plan de travail chaque fois que je veux faire bouillir de l'eau pour me préparer un thé.





Je maintiens que j'aurais préféré consacrer mon argent à un beau voyage, mais puisque ça n'était pas possible, investir dans un aménagement pratique et sécurisant me semble une solution de rechange nettement plus satisfaisante que le dépenser insidieusement en conneries au fil des mois. Je n'ai plus de visions d'horreur de mon corps fracassé sur le carrelage quand je me lève la nuit. Le nouvel escalier est bien plus beau que l'ancien, au bois lacéré de vieilles griffures de chat et à la moquette jaune à moitié effilochée. Je pense même qu'on pourrait y faire des photos sympas. D'un point de vue strictement esthétique, la main-courante était dispensable, mais d'un point de vue "gestion de mes angoisses idiotes", je préfère quand même l'avoir. Globalement, donc, un bilan positif pour ces travaux dont la réalisation me stressait pas mal d'avance.





La prochaine fois que j'aurai un peu de sous à consacrer à mon intérieur, je ferai refaire les peintures (la hauteur sous plafond dans ma pièce principale est telle que je ne peux pas envisager de m'en charger moi-même, et puis j'adorerais me débarrasser de l'horrible revêtement gouttelette et ça, c'est clairement un travail de pro) et j'en profiterai pour virer les petites loupiotes de la cuisine dont les caissons de coffrage se détachent du plafond et dont plusieurs ampoules ont un faux contact qui les maintient éteintes depuis des années. 

mercredi 29 juillet 2015

Challenge Instagram 31 jours d'été




Le dernier challenge Instagram que j'ai lancé a été bien suivi et m'a permis de découvrir l'univers des participantes - alors que d'habitude c'est moi qui montre ma vie sans savoir grand-chose de mes lectrices. J'ai adoré, et vu que ça suscitait aussi plein d'échanges entre vous. Du coup, j'ai envie de remettre ça sous une forme un peu moins directive, pour éviter que la contrainte du thème quotidien ne vous rebute et laisser plus de place à votre créativité. 

Cette fois, voilà donc ce que je vous propose: pendant tout le mois d'août, chaque jour, vous postez une photo d'une chose qui est pour vous typique ou symbolique de la saison d'été. Peu importe que vous partiez en vacances ou pas: il y aura probablement du ciel bleu, de jolies sandales, des lunettes de soleil, des cornets de glace, des cocktails ornés d'ombrelles et des bouquets de tournesols même dans votre lieu de résidence habituel. Ca vous dit? On commence samedi avec le hashtag #31joursdete (pas d'accents ni d'apostrophe). A très vite j'espère!

Je suis rapide, mais j'ai besoin de beaucoup d'élan




D'un côté, je suis une feignasse extrême, jamais à court de raisons pour procrastiner les trucs modérément fun - c'est-à-dire, tout ce qui n'est pas lire en buvant du thé ou un cocktail, aller bruncher dans un endroit bobo ou prendre un avion pour une destination semi-lointaine. De l'autre, quand je m'attaque vraiment aux choses, elles sont souvent pliées en un temps record. Exemple concret. Le matin, à moins d'avoir un train à prendre, je mets trois plombes à me lever, et je passe autres trois plombes à errer sur les internets en sirotant un mug de you zi hua cha. Comme en plus, je ne sais me mettre à bosser que sur l'heure pile ou la demie (bonjour la manie idiote), il est minimum 10h quand je tape le premier mot rémunéré de la journée. Par contre, deux heures plus tard, j'ai aligné 15 à 20 000 signes français - et pas du kilométrique, du presque propre. Au final, j'ai un super rendement professionnel en 4 heures par jour à peine, mais sauf exception en période de bouclage, je suis presque incapable de bosser davantage dans une journée. J'ai besoin de temps pour me mettre en condition, et de temps pour laisser refroidir mon moteur après l'effort. 

C'est la même chose avec les grands projets qui risquent de s'avérer difficiles à mettre en oeuvre: j'y pense pendant dans mois, voire des années, en me trouvant tout un tas d'excuses pour ne pas m'y mettre. Et puis un jour, il me prend le coquin de sort (comme on dit par chez moi) et je révolutionne ma vie dans la semaine. Vu de l'extérieur, le brusque changement de régime a de quoi surprendre: je n'ai pas d'autre mode de fonctionnement que "mollusque neurasthénique" et "Speedy Gonzales". Mais en réalité, pendant que j'ai l'air de glander, je me prépare mentalement. Je rassemble des idées - consciemment ou non, d'ailleurs; je soupèse mes propres objections; j'élimine les distractions. Je laisse mûrir ou décanter mes projets initiaux; je les apprivoise jusqu'à ce qu'ils me semblent réalisables. Extérieurement, je reste immobile. Intérieurement, je prends de l'élan pour sauter le plus loin possible du premier coup, parce que les obstacles me rebutent et que les échecs me découragent. 

Voilà pourquoi ça fait déjà deux ou trois ans que je parle de reconversion professionnelle sans rien faire de concret. Mais là, depuis quelques semaines, je tiens une piste qui me plaît beaucoup, et j'ai commencé à chercher des moyens de l'explorer, notamment à travers des lectures personnelles et des cours en ligne. Je bute encore sur un très gros obstacle, qui est mon rapport difficile à autrui. J'ai néanmoins décidé de ne pas attendre d'avoir trouvé une solution pour commencer à me former, parce que sinon, j'y serai encore à l'heure de prendre ma retraite. J'espère qu'en travaillant sur le sujet qui m'intéresse, je vais débloquer en moi les choses nécessaires. Et sinon, bah, j'aurai quand même appris des trucs. Mais je ne pars pas perdante. J'ai réussi à beaucoup progresser sur le plan personnel ces dernières années, et même le bastion "sociopathie" me semble un peu moins imprenable maintenant. 

mardi 28 juillet 2015

"Les beignets d'Oscar", ou: l'important, c'est que la mort nous trouve vivants


Lucio n'a pas assuré.
Prof de sport dans une salle de quartier minable, entraîneur d'une équipe junior de water-polo à ses heures perdues, ce presque quadragénaire un peu bedonnant (la faute, entre autres choses, au délicieux beignet qu'il passe manger tous les matins dans la pâtisserie de son beau-père) a trompé son épouse adorée avec une de ses clientes. Quand Paola l'apprend, elle le jette dehors. 
Et quelques jours après, Lucio fait la connaissance de "l'ami Fritz": une tumeur de 6 cm de long qui s'est confortablement installée dans son foie avant de faire plein de petits dans ses poumons. Sans chimiothérapie, son médecin estime qu'il lui reste trois mois avant d'entrer dans la phase terminale de son cancer. 
Paradoxalement, ces 100 jours vont être les plus heureux de la vie de Lucio.

J'ai fait l'emplette de ce roman parce que je cherchais une lecture estivale feel-good.
Grosse erreur.
Sans doute influencée par la couverture pimpante et le sous-titre contenant le mot "bonheur", j'imaginais que la maladie ne serait qu'un prétexte sur les aspects matériels duquel l'auteur passerait pudiquement, le déclencheur d'un joyeux conte philosophique dont le héros resterait serein face à sa mort inéluctable.
...Pas trop, non.
Ne vous y méprenez pas: Lucio ne passe pas 400 pages à se tordre de douleur, vomir et regarder tomber ses cheveux. Le propos du livre est effectivement que l'imminence de la mort va lui apprendre à vivre pour de vrai, et en cela, on peut considérer qu'il s'agit d'un roman globalement positif.
Mais qui fait beaucoup pleurer, quand même. Parce que si le côté médical n'est abordé qu'assez superficiellement, les souffrances mentales du héros, elles, occupent une bonne partie du bouquin - et il est difficile de ne pas se projeter à sa place. Ce qui est sans doute le but: pousser le lecteur à réfléchir à ce qu'il voudrait faire s'il vivait ses dernières semaines sur Terre et donc, plus largement, au sens qu'il veut donner à sa vie.
Pas un sujet léger, donc.
Pour autant, même si j'aurais sans doute esquivé "Les beignets d'Oscar" eussé-je mesuré son potentiel lacrymal, j'ai adoré ce roman au style enlevé et souvent drôle (mais je suis très sensible à l'humour du désespoir). Le découpage en 100 chapitres brefs donne un rythme dynamique. Les personnages secondaires sont assez savoureux - le beau-père qui retrouve l'amour sur le tard, les deux meilleurs amis qui organisent de grosses parties de déconnade, le libraire qui écrit et vend des romans en exemplaire unique, le vieux monsieur qui a changé son appartement en boutique de bavardages pour gens esseulés... Le héros, un type très ordinaire, bon vivant un peu lâche, déploie des efforts touchants bien que tardifs pour reconquérir sa femme et tisser des liens avec ses enfants. Et puis, difficile de ne pas éprouver de sympathie pour cet admirateur acharné de Léonard de Vinci ("le Toscan multicasquette") qui partage son petit-déjeuner avec un moineau, dresse des listes de qualités des gens qu'il aime et, à une séance avec un psychologue, préfère une glace pistache-croustichoc-vanille d'antan.
Je n'ai que peux petits bémols: un fond de machisme qui s'exprime à travers quelques considérations bien rétrogrades sur l'infidélité programmée des hommes et l'incapacité des femmes à réaliser un créneau, et un épilogue dont je trouve l'angélisme limite insultant. Cela ne change rien au fait que "Les beignets d'Oscar" est un roman émouvant, qui parvient à divertir et faire réfléchir en même temps. Pas une lecture feel-good, certes, mais une très bonne lecture tout de même.

lundi 27 juillet 2015

Plaisirs coupables




- L'hiver, me faire un chocolat chaud et le manger avec de la brioche tartinée de confiture d'abricot en guise de dîner. 
- Finir par jeter à la corbeille un mail auquel je n'ai pas répondu depuis si longtemps que l'expéditeur doit avoir oublié qu'il me l'avait envoyé en premier lieu.
- Décider que le ménage peut bien attendre encore une semaine et que personne n'est jamais mort de vivre dans un appartement aux vitres presque opaques de poussière.
- Laisser Chouchou monter les gros sacs de courses maintenant qu'il est plein de muscles. 
- En rangeant les restes du dîner au frigo, boulotter subrepticement une autre cuillère du risotto désormais froid. 
- Choisir dans ma PAL un roman jeunesse rigolo qui vient juste d'arriver plutôt qu'un des gros bouquins très intelligents qui attendent depuis des mois. 
- Profiter d'une petite migraine au réveil pour décider qu'aujourd'hui, c'est congé - et faire uniquement des choses dont j'ai envie.
- Préférer obstinément la mayonnaise en tube Lesieur à toutes les mayonnaises maison. 
- Trouver enfin le courage de me débarrasser d'une fringue chère et jamais portée. 
- Renoncer officiellement à poursuivre un projet personnel qui, tout compte fait, m'emmerde. 
- Apprendre l'arrêt d'une série chiante que je ne continuais à traduire que parce que je m'y sentais moralement obligée vis-à-vis de l'éditeur.
- Commander un second cocktail.
- Abandonner en cours de route une lecture qui ne m'apporte aucun plaisir.
- Craquer pour une Xième paire de chaussures irrésistibles.
- N'avoir qu'un vieux Nokia déchargé la plupart du temps, et être injoignable dès que je sors me balader. 
- Exceptionnellement, manger un burger avec un vrai steak de boeuf saignant. Ou des rillettes  maison. 
- Masquer les publications de mes contacts FB qui parlent toujours du même sujet rasoir. 
- Comme une sale bourge, payer 20€ de supplément pour une place de 1ère classe isolée dans le TGV. 
- Caresser les lobes d'oreille de Chouchou, qui déteste ça.
- Ecrire un article assassin sur un bouquin que j'ai trouvé inepte.
- Avoir une excellente raison de zapper le fitness un jour de flemme.
- Finir par jeter le dernier petit bout de savon qui semble absolument inusable pour le plaisir d'en entamer un nouveau avec un parfum différent. 
- Quand ma voisine Solange (89 ans, sourde comme une Le Creuset) n'entend pas mon coup de sonnette et que je peux laisser ce que je lui apportais sur son paillasson sans avoir à subir pour la 197ème fois l'énumération détaillée de tous ses maux.
- Quand mon train a un retard juste suffisant pour que la SNCF me rembourse une partie de mon billet, mais pas assez important pour me faire rater ma correspondance. 
- Quand un proche tout penaud vient me dire: "Tu avais raison". 

dimanche 26 juillet 2015

Les brèves de la semaine #30




- "Je te trouve super sexy", me dit Chouchou avec les yeux brillants et un grand sourire alors que, hirsute et les yeux encore collés de sommeil, je m'avance en débardeur et en culotte dans notre cuisine/salon pour me préparer un thé, lundi matin. C'est ce qui s'appelle bien commencer la semaine.

- Où manger un lundi midi de pont, en plein mois de juillet, alors que le frigo est désespérément vide? Au Taihon, bien sûr, tenu par une famille asiatique qui se contrefout des jours fériés belges!

- L'enveloppe-mystère de Shermane aura mis 15 jours pour faire Paris-Bruxelles, je crois qu'elle a dû tomber du camion et finir à pied. (Mais ça valait le coup d'attendre, l'expéditrice a été très généreuse!)

- Mardi, dans le Bruxelles-Nice, je peste intérieurement contre les parents qui font regarder des DVD à leurs gamins sans écouteurs si bien que tout le wagon en profite. J'en ai un devant et un derrière, c'est super pratique pour lire. J'arrive tout de même à finir un chouette roman jeunesse et à descendre un manga ainsi que les deux tiers du dernier Odd Thomas (hélas très, très mauvais).

- Quand j'arrive chez moi, aucune trace de dégâts perpétrés par des souris en mon absence. Une victoire de plus pour l'optimisme forcé.

- Mercredi matin, je fais la queue au guichet de la Poste de Monpatelin et réclame de jolis timbres pour envoyer les 11 dernières enveloppe-mystère, qui ont un poids variable et quatre destinations différentes (France, Italie, Allemagne, Nouvelle-Zélande). La postière peine à s'y retrouver; heureusement que personne n'attend derrière moi!

- Jeudi, j'appelle ma tante pour prendre de ses nouvelles suite à son opération; elle va couper à la chimio "de justesse", mais pas à la radiothérapie, car même si elle avait été détectée à 1 cm de diamètre et avant toute atteinte ganglionnaire, sa tumeur au sein était du genre hyper virulente. Je suis contente de voir que son moral est plutôt bon dans l'ensemble, et nous passons trois quarts d'heure à papoter au téléphone (le truc que je ne fais jamais d'habitude).

- Vendredi, je déjeune à la Fabbrica di Marco de fabuleux raviolis morue/pomme de terre et j'apprends que le baba au rhum est une spécialité napolitaine (mais avec cette chaleur et juste après un plat de pâtes, je préfère me contenter d'une salade de fruits frais).

- Sephora vend maintenant des flacons de bain dissolvant spécial paillettes. Je suis assez curieuse de tester ça pour entrer dans un de leurs magasins où je n'avais pas remis les pieds depuis... 2, 3 ans? "Bonjour madame, je peux avoir votre carte de fidélité?" "Je n'en ai pas." "On va arranger ça tout de suite, j'ai juste besoin de quelques informations." "Non, merci." "C'est gratuit et très rapide." "Non, merci." "Mais ça vous donne droit à plein de..." "Non, merci." "Vous êtes sûre que...?" "Non, merci." Je sens bien que la vendeuse est à deux doigts d'appeler le SAMU pour me faire interner.

- Je me faisais une joie de remplacer ma pédicure précédente, qui tenait impeccablement depuis 6 semaines. Mais j'avais envie de vernis aqua et il n'y en avait pas; le topcoat à paillettes énormes  que j'adore n'était pas disponible, et la jeune fille qui s'est occupée de moi (une nouvelle) m'a fait une pose de vernis simple au lieu du traitement brésilien que je voulais. Si j'avais su, j'aurais fait ça toute seule à la maison avec mon Turquoise & Caicos Essie. Groumpf.

- Le barman de l'Oasis me donne ses trucs pour un mojito parfait: il utilise du Havana 3 ans d'âge pailleté, presse légèrement le citron vert dans la cassonade et ajoute deux gouttes d'angostura à la fin. A tester.

- Suite de la persécution ferroviaire: le TER que je veux prendre pour rentrer chez moi est annoncé avec 30 mn de retard. Du coup, je me dis que je serai aussi vite arrivée en bus. Je descends jusqu'à l'arrêt. Le bus censé partir à 17h45 est en panne et sera remplacé... on ne sait pas quand. Je remonte à la gare ferroviaire. Le TER est maintenant annoncé avec 45 mn de retard. LAISSEZ-MOI RENTRER CHEZ MOI BORDEYL.

- 400 followers sur Instagram. J'organiserais bien un petit concours pour fêter ça, mais je suis en panne d'idées.

- Proverbe de juillet: barquette d'abricots en train de s'abîmer, délicieux clafoutis vite fait!

- Samedi en fin d'après-midi, mon menuisier vient déposer chez moi le plus gros morceau de l'escalier qu'il doit m'installer lundi. Le biniou ne passe pas dans le hall de ma résidence; il le monte donc par le balcon avec l'aide de deux collègues et d'une corde ridiculement fine. C'est hyper galère à manoeuvrer, et j'ai des visions d'horreur dans lesquelles la rambarde (vieille de 30 ans, passablement rouillée) cède sous leur poids combiné. Pas d'accident en fin de compte, mais c'était vraiment hyper imprudent de leur part et je mets la soirée à m'en remettre. La journée de lundi va être fun, je le sens.

Bonne semaine à tous.

vendredi 24 juillet 2015

"Je reviendrai vous voir"


Dans le sillage du tsunami de mars 2011, Nobumi, un ex-voyou devenu père de famille et illustrateur, se mobilise pour collecter 4000 livres jeunesse et les faire envoyer aux enfants de Fukushima. Cette initiative lui vaut de nombreuses insultes sur son blog, dont les lecteurs trouvent sa démarche narcissique et inutile. Touché en plein coeur, Nobumi décide de participer à une opération de bénévolat organisée par un de ses amis. C'est ainsi qu'il va passer cinq jours dans la région dévastée pour aider au mieux de ses moyens...

Après l'excellent "Daisy, lycéennes à Fukushima", "Je reviendrai vous voir" est le second manga publié par les éditions Akata sur le thème de l'après-tsunami. Ici, cependant, il ne s'agit pas de l'inquiétude provoquée par les fuites radioactives de la centrale, mais du problème plus immédiat de gérer une destruction à l'ampleur ahurissante. George Morikawa a mis en images l'expérience réelle de l'illustrateur Nobumi dont on perçoit très bien l'hébétude et les questionnements sans réponse, le découragement face à une tâche souvent macabre et répugnante qui semble ne pas avoir de fin, mais aussi les petite éclaircies apportées par des rencontres avec des rescapés dont le courage et la dignité illuminent ces pages. C'est un très beau témoignage sur les conséquences matérielles et humaines de la catastrophe, sur le sentiment d'impuissance que l'on ressent face aux choses qui nous dépassent et la manière dont on peut survivre quand même. Graphiquement, je ne suis pas fan du style de Morikawa, et encore moins du fait qu'il ait fait appel à des mangaka invités pour dessiner certains personnages secondaires, ce qui donne un résultat peu homogène. Mais je recommande quand même la lecture de ce manga au sujet hélas toujours tristement d'actualité.

jeudi 23 juillet 2015

Swap "Perfect Strangers" de Oh Comely


En mai dernier, je me suis inscrite au swap "Perfect Strangers" organisé par le magazine anglais Oh Comely. Le principe: envoyer un petit colis de surprise à un(e) parfait(e) inconnu(e) habitant soit le même pays, soit un pays étranger. J'ai choisi la seconde option, et comme cela avait statistiquement de grandes chances de se produire, j'ai été appariée avec une jeune femme anglaise vivant à Bath. Voici son petit mot de présentation:

Hello dear stranger! I'm F***, I love summer sun, barefoot walks, starlight conversations and floating in the arms of the ocean. I'm creative, a visioner, writer, photographer and lover of life. I teach for a living but live to learn and I am so thankful for every opportunity to do so. Whoever you are and wherever this message finds you may you be blessed beyond your greatest dreams, may the sun shine on your smiles and the beauty of the day light up your heart with passion, joy and laughter. Life is good and you are too! 

Très sympa, mais ça ne me disait pas grand-chose sur ses goûts. Alors, je lui ai envoyé un mail pour faire plus ample connaissance. Et je n'ai pas reçu de réponse. Du coup, la date limite d'envoi approchant, j'ai composé mon colis un peu au hasard. J'y ai mis une jolie trousse La Marelle, un carnet rouge à la couverture en cuir ouvragé, une plaquette de chocolat Dolfin au babelutte (un bonbon belge), une broche hibou en feutrine et en tissu, une carte-puzzle sur laquelle dessiner soi-même, des Post-it marrants en anglais, un savon fantaisie, et une jolie carte derrière laquelle j'expliquais mes choix (la gomme dent présente sur la première photo ne rentrait pas dans mon enveloppe à bulles; elle a donc été remplacée au dernier moment par un sachet de tisane au bambou). J'ai tout emballé soigneusement et expédié à l'adresse fournie, puis signalé mon envoi sur le site comme prévu. Et j'ai attendu que ma swapée accuse réception, au moins par le même moyen. 





Un mois plus tard, j'étais toujours sans aucune nouvelle, et je commençais à penser que je n'en aurais pas. Puis ce midi, j'ai trouvé une enveloppe en provenance d'Angleterre dans ma boîte. Elle contenait: 
- un carrier bag "Happy Days", qui tombe à pic car j'ai égaré mon carrier bag précédent (un cabas en toile Irregular Choice génial) il y a quelques mois; il sera très pratique pour faire mes courses les jours où je n'ai pas prévu d'acheter assez de choses pour emporter mon caddie de mamie
- trois jolies paires de chaussettes en fibres de bambou; malheureusement c'est du 37-41, donc bien trop grand pour moi
- un savon parfumé à la rose (sans doute l'odeur que je déteste le plus au monde à égalité avec le patchouli), dans une mignonne boîte en métal
- une plaque de chocolat blanc bio au citron et aux graines de pavot, dont j'estime l'espérance de vie à quelques jours tout au plus
- une carte avec une citation inspirante
- un plan de Bath dont, euh, je ne sais pas trop ce que je vais faire




Niveau contenu, on va dire que c'est 50% bien vu et 50% à côté de la plaque, mais que je trouverai toujours quelqu'un à qui faire profiter des chaussettes et du savon. Par contre, je suis déçue de l'absence totale de communication du côté de ma swapeuse. Elle n'a jamais répondu à mon mail (peut-être était-il parti dans ses spams?), ni signalé qu'elle avait reçu mon colis et envoyé le sien, ni même joint un petit mot à son envoi. Alors que moi, je m'étais essentiellement inscrite pour me faire une copine internet à l'étranger. Du coup, ça restera pour moi une expérience en demi-teinte. Ce qui ne m'empêchera probablement pas de rempiler l'an prochain dans un élan d'optimisme!

mercredi 22 juillet 2015

"Ce qu'on a trouvé dans le canapé, puis comment on a sauvé le monde"


River est un minuscule rouquin de 13 ans qui boîte depuis l'accident de voiture dans lequel ses parents ont perdu la vie. Ses voisins et meilleurs amis par la force des choses sont Freak, un garçon de son âge dont la soeur est morte, dont la mère est partie et dont le père alcoolique et endetté le brutalise régulièrement, et Fiona, une fille d'un an plus jeune très intelligente mais accro à son téléphone, et qui s'habille comme un épouvantail parce qu'elle ne voit pas les couleurs. Tous trois vivent dans une petite ville sinistrée de Pennsylvanie, entre l'enfer de Hellsboro où un dangereux feu souterrain brûle depuis des années et le manoir Underhill habité par un vieil excentrique.

Un jour, près de l'arrêt de leur bus scolaire, les trois gamins découvrent un canapé vert au revêtement entaillé et au siège orné d'une grosse tache de sang. De ses recoins, ils extirpent une coque d'arachide écrasée, un emballage de chewing-gum froissé, une chaussette à carreaux, une pièce de monnaie bizarre, un hameçon qui se plante dans le doigt de River, et surtout un Crayola couleur courgette grâce auquel, dans les jours qui suivent, ils vont tenter de sauver le monde...

Je sais bien que le début de mon résumé pourrait faire croire à un bouquin sinistre, mais c'est tout le contraire. Bien qu'il aborde de biais un certain nombre de sujets graves, "Ce qu'on a trouvé dans le canapé, puis comment on a sauvé le monde" est avant tout un roman d'aventure génialement loufoque, une ode à la curiosité pleine d'action haletante et de jeux de mots savoureux qui ont dû être un casse-tête à traduire. Ses jeunes héros sont très attachants dans leurs qualités et leurs imperfections uniques, dans les casseroles que traîne chacun d'eux et l'amitié authentique qui les unit même si ça leur ferait mal de l'admettre. Bien qu'il vise un public de 9-11 ans, j'ai pris énormément de plaisir à le lire, et je me jetterai sur la suite si jamais Henry Clark en écrit une. En plus, la couverture de la VF est franchement magnifique, au point que je regrette d'avoir acheté la VO! Je recommande très chaudement aux amateurs de littérature jeunesse et à tous les enfants férus de lecture. 

Quand soudain, un inconnu m'offre un beignet




Hier. Parti avec un retard d'une demi-heure "à cause des âneries habituelles de la SNCF", annonce franco le chef de bord, le Bruxelles-Nice arrive à Toulon à 19h30 au lieu de 18h44. D'un côté, je serai contente de me faire rembourser un tiers de mon billet en première classe (pendant les grandes vacances, je n'hésite pas à payer 20€ de plus pour éviter de voyager dans des wagons de seconde bondés de familles avec enfants). De l'autre, il ne faudrait surtout pas que je rate le TER Toulon-Trululu, supprimé pendant toute l'année scolaire qui vient de s'écouler pour cause de travaux sur les voies, rétabli l'espace de deux mois pour les touristes et voué à disparaître de nouveau à la rentrée prochaine. C'est la seule fois de l'année où j'aurai pu faire Toulon-Monpatelin en 13 minutes au lieu d'une grosse heure en bus; ça ne se manque pas. 

Grâce au retard de mon TGV, je n'ai que 5 minutes pour l'attraper, et je crains que ça ne fasse un peu court. Mais comme mon premier train s'immobilise enfin en gare de Toulon, je vois que mon TER attend sur le même quai, à sa voie-habituelle-de-quand-il-daigne-circuler. Parfait! Je me jette dedans et reprends la lecture du dernier Odd Thomas. Premier arrêt: "Machinette-les-Oies". Deuxième arrêt: "Prosper-Youplaboum". Je rassemble mes affaires et vais me positionner près de la porte. Tiens, ça me semble un peu plus long que d'habitude jusqu'à Monpatelin, et je ne reconnais pas trop le paysage. "Duquai-Dugland". Je blêmis. "Hein? Mais comment ça, Duquai-Dugland? Je vais à Monpatelin, moi." "Ah, vous n'êtes pas dans le bon TER, m'informe un monsieur roux tout transpirant qui attend à côté de moi. Ce n'est pas le Toulon-Trululu, mais le Toulon-Tralala. Il ne passe pas par Votrepatelin". 

Grand moment de solitude. Bien que Monpatelin et Duquai-Dugland soient des communes mitoyennes, elles ne sont reliées par aucun transport en commun. Il faudrait que je trouve un bus pour retourner à Toulon, puis que j'attende le dernier bus pour Monpatelin qui me mettrait chez moi aux environs de 22h30. Un instant, j'envisage de faire le trajet à pied, mais le soleil cogne encore très fort, je suis trop habillée pour la météo, je n'ai pas de crème solaire ni de chaussures adaptées à la marche, je traîne une valise à roulettes et surtout: je ne connais pas le chemin et j'ai un sens de l'orientation méga-pourri. Taxi, alors? Mon portable est chargé, mais je ne suis pas certaine d'avoir de numéro idoine en mémoire et je ne connais pas le numéro du service de renseignements de mon opérateur. C'est alors qu'un miracle se produit: face à ma mine déconfite, le monsieur roux tout transpirant pousse un gros soupir et me dit: "Bon, de toute façon, j'ai déjà une demi-heure de retard, je vais vous emmener en voiture". 

En temps normal, j'aurais sans doute refusé poliment. Ca pourrait être un serial killer (oui, à Duquai-Dugland, parfaitement: il faut bien que les serial killers vivent quelque part), ou au moins un conducteur fou, et surtout, j'ai déjà un mal de chien à me sentir redevable envers mes proches - alors, envers un parfait inconnu! Mais là, je suis franchement embêtée. Et aussi, ça fait des mois que je travaille à gommer mon hostilité naturelle envers "Les Gens", cette espèce qui ne m'a jamais rien inspiré de bon. Alors, je décide de faire confiance et de monter dans la Fiat 500 rouge du monsieur roux tout transpirant.

Vingt minutes plus tard, je ne reconnais toujours pas le paysage et je commence à flipper; on devrait être arrivés en terrain familier depuis un bon moment. Le monsieur roux tout transpirant n'est néanmoins pas un serial killer: il a juste un sens de l'orientation presque aussi pourri que le mien. On fait trois fois plus de chemin que nécessaire, mais on finit par s'arrêter dans le parking de ma résidence, où je remercie mon Bon Samaritain du fond du coeur. Le pauvre semble juste pressé de rentrer chez lui, ce qui est bien naturel. Je ne pourrai jamais lui rendre service en retour, et ça me désole. Mais ça m'est aussi arrivé de faire spontanément une grosse bonne action pour un parfait inconnu, et quelque part, c'était une récompense en soi. Alors, je décide de considérer que le monsieur roux tout transpirant vient de créditer son compte karmique, et que je ferai circuler quand l'occasion se présentera. 

N'empêche. En novembre dernier, quand je me suis retrouvée bloquée à Toulon par des inondations, j'ai appelé un ami de longue date pour me servir de chauffeur jusqu'à Monpatelin. En mai, quand j'ai cru ne pas pouvoir atteindre la gare pour cause d'absence de bus un jour férié, c'est ma couturière (que je connais depuis dix ans, mais dont je ne suis pas proche) qui a offert de m'y conduire. Et aujourd'hui, un parfait inconnu m'a tirée d'un mauvais pas. Que dois-je en déduire? Que je suis victime de persécution ferroviaire? Ca me semble évident. Que le monde n'est pas toujours un endroit hostile et qu'il existe aussi des gens sincèrement gentils? Malgré ma méfiance et mon pessimisme naturels, je le savais déjà, même si je préfère ne pas compter dessus. Alors, quoi?

Dans son mémoire "The Art of Asking: How I Learned to Stop Worrying and Let People Help", Amanda Palmer parle de la difficulté qu'ont les artistes à accepter l'aide qu'on leur propose spontanément en comparant ça à une boîte de donuts offerts. Puis elle explique comment elle en est venue à solliciter l'aide des autres sans craindre de se montrer vulnérable ni considérer ça comme une faiblesse de sa part. Je n'en suis pas encore tout à fait là. Mais désormais, je suis capable de prendre le beignet qu'on me tend. C'est déjà un gros progrès pour moi. 

mardi 21 juillet 2015

Une liste de choses notables que j'ai perdues




- Ma gourmette de baptême, offerte par ma grand-mère paternelle qui était aussi ma marraine (et dont je porte le prénom en deuxième position), un samedi soir de... 1986 ou 1987, je dirais, dans une cafétéria Casino où je dînais avec ma bande du club de jeux de rôles. Elle est tombée de mon poignet sans que je m'en rende compte et je ne l'ai jamais revue.

- Ma chaîne de baptême, que j'utilisais à l'époque pour y suspendre d'autres pendentifs que ma médaille. Le fermoir s'est cassé pendant que j'étais dans la salle de bain de mon appart' en colocation, la première année de mes études à Toulouse (1988-1989, donc). Je l'ai rangée dans la poche latérale d'une trousse de toilette en attendant de pouvoir la faire réparer. Je ne l'ai jamais retrouvée. Il me reste donc seulement la médaille, très épaisse et très lourde comparée à ce qui se fait aujourd'hui: l'or n'était pas cher l'année de ma naissance!

- Le 45 tours que j'avais enregistré au studio Miraval (aujourd'hui propriété de Brad Pitt et Angelina Jolie) après avoir remporté le deuxième prix d'un concours de poésie organisé par la Caisse d'Epargne sur le thème "L'enfant et l'espace" quand j'étais en CM2. J'avais été horrifiée d'entendre ma voix de Minnie Mouse sous hélium pour la première fois, mais quand même, j'étais un peu fière d'avoir réussi à réciter comme il fallait dès la seconde prise. J'imagine que ce 45T est parti à la poubelle avec le reste des affaires laissées trop longtemps chez mes parents après mon départ de la maison.

- Mon exemplaire original de "Neverwhere", un de mes bouquins préférés au monde, prêté à un voisin vers la fin du dernier millénaire et jamais récupéré. Bon, ça a été l'occasion de le racheter en VO plutôt qu'en VF. 

- Mon premier permis de conduire, en 2005. J'en ai fait faire un autre, et puis j'ai retrouvé le premier dans un sac à main que j'avais cessé d'utiliser un moment. Sur la photo du premier, j'avais les cheveux orange vif, un carré lisse, des lunettes rouges de secrétaire et un rouge à lèvres tirant sur le brun. Sur la photo du second, je suis semi-blonde et je ne me ressemble pas du tout. (La preuve sur Instagram.)

- Tous mes passeports. Du moins, c'est ce que je déclare systématiquement quand je dois en faire un nouveau. 

- Ma carte Visa. Oubliée dans un distributeur bruxellois au printemps 2009, la veille de mon départ pour une semaine au Maroc. Je m'en suis aperçue le lendemain à l'aéroport de Madrid. Grosse panique pour faire opposition et récupérer un moyen de paiement en catastrophe sur Marrakech.

- Régis 1er. Techniquement, ce n'est pas moi qui l'ai perdu: il est tombé du sac à dos à demi ouvert dans lequel Chouchou le promenait durant nos vacances d'été 2009 à Toulouse. Nous l'avons cherché partout; nous avons été faire la queue aux objets trouvés, et en Belgique, un entrefilet avec photo est même paru dans le Flair du mois suivant. J'étais inconsolable. Cette bête peluche avait accompagné notre premier voyage ensemble à l'autre bout du monde; elle nous avait inspiré un blog humoristico-photographique et un milliard de conneries qui nous avaient soudés en tant que couple bien davantage que n'importe quelle initiative romantique n'aurait pu le faire. J'ai commandé une autre Ugly Doll identique sur internet, mais ça n'a plus jamais été pareil. Régis appartient désormais à nos archives, plus à notre quotidien. 

- Un porte-cartes - en réalité, une pochette de pansements Hello Kitty qui avait juste le bon format - contenant une carte STIB (transports en commun bruxellois), une carte RMTT (transports en commun toulonnais) et une carte Tisséo (transports en commun toulousains). J'ai pesté de manière tout à fait disproportionnée avec l'importance matérielle de la perte, probablement parce que la veille encore, je maugréais intérieurement contre la distraction de Chouchou. 

- Trois Sacrés de Birmanie: Lucrèce, qui était atteinte d'axonopathie dystale et que j'ai regardé mourir âgée de sept mois seulement, la nuit de mon 25ème anniversaire; Copernique et Scarlett, que j'ai dû emmener chez le vétérinaire pour les faire euthanasier aux âges plus respectables de 15 et 17 ans. 

- Brigitte et mon père, tous les deux emportés par un foutu crabe. 

- Beaucoup d'illusions, mais aussi de complexes, de peurs et d'idées toutes faites!

lundi 20 juillet 2015

Arrière l'armée des ombres, les monstres à tentacules




Je glisse mon marque-page à la fin du chapitre, referme mon livre et le range dans ma table de chevet, puis tends la main pour éteindre la lampe. 
Près de moi, mon amoureux dort déjà, tout nu sur les draps. Il a toujours trop chaud. Je me colle doucement à lui, mon ventre moulé contre ses fesses, un pied crocheté par-dessus son mollet. Il remue vaguement les orteils pour me faire signe depuis le rivage du demi-sommeil. 
Je pose un baiser dans sa nuque, là où les poils forment un coeur dont je ne me lasse jamais, avant de caler ma joue contre ses omoplates. 
J'écoute mon souffle se faire plus profond et se synchroniser aux battements de mon coeur qui ralentissent peu à peu. 
Je sens l'air sur ma peau légèrement moite. 
Des pensées parasites tentent de m'assaillir; je les laisse passer sans réagir, tel un rocher immobile au milieu d'un torrent. 
Je refuse le tumulte intérieur. 
J'inspire... J'expire... 
J'habite mon corps, un point c'est tout. 
Je suis ici et maintenant. 
Vivante.
En paix.

dimanche 19 juillet 2015

Les brèves de la semaine #29




- Lundi après-midi, Chouchou passe un scanner. Evidemment, il faut encore attendre quatre ou cinq jours pour avoir les résultats. Je ne suis pas DU TOUT angoissée. 

- Révoltée et consternée par l'accord finalement conclu entre l'UE et la Grèce. Une porte s'était entrouverte sur un espoir; elle vient de claquer au nez de la démocratie. Wolfgang Schaüble occupe désormais la première place de mon hit-parade de Grands Méchants Politiques, devançant Vladimir Poutine qui stagnait là depuis un moment. 

- Comme souvent le mardi après-midi, je m'offre une crêpe à l'ananas au food truck Ty Penty, stationné ce jour-là square de Meeus. C'est délicieux (bien que pas facile à manger en marchant) et toujours servi avec le sourire!

- Je profite d'une place gratuite pour accompagner Mlle Mars au cinéma voir "Les Minions", et contre toute attente, je ris beaucoup. Je suis très mauvais public pour le comique, surtout de situation, mais le film est vraiment drôle même pour un Grinch comme moi.

- Mercredi, je mange ma toute dernière barre de Blanc Vanille Villars. Faute de séjour en Suisse dans un avenir proche, vais-je devoir me résoudre à acheter du Galak? (Horreur, malheur.)

- Jeudi, je descends à pied jusqu'à De Brouckère sous un beau soleil qui donne envie de jouer les touristes. Je m'arrête pour un lunch rapide dans le jardin (très agréable) du restaurant Green Kitchen au musée Belvue, puis je fais les petites courses qui m'ont amenée dans le centre et je remonte en bus vers le parvis Saint-Boniface, où je m'installe à l'Ultime Atome pour boire un verre en bouquinant. Et là, je me souviens pourquoi ça fait des années que je ne viens plus à l'Ultime Atome: parce que le service est invariablement abyssal.

- Les babies Wonders rose pâle et blanc que je guigne depuis des mois sont soldées à 50% chez Kusje, et il reste ma pointure. J'hésite: d'un côté, je ne suis pas censée acheter de chaussures  ce mois-ci; de l'autre, j'ai déjà deux paires de babies de cette marque (des rouges et des noires), et je les porte énormément parce qu'elles sont aussi confortables que mignonnes.

- Chouchou dépanne, par Skype et en catastrophe, la filleule d'un ami qui vient de planter sa migration de site internet sans avoir fait de backup préalable. C'est très amusant de constater qu'au-delà des conseils techniques, il assure aussi le soutien psychologique: "Le pire est déjà arrivé, tu ne peux plus rien faire, donc ne te mets pas les nerfs en boule et passe une bonne nuit de sommeil".

- Vendredi, le résultat du scanner de Chouchou tombe: il a un gros calcul (5 mm) dans un rein. Ca risque de ne pas être plaisant à évacuer, mais au moins, c'est bénin. Je respire.

- Je suis ravie de remporter le concours Instagram organisé par My Cup Of Tea pour ses 300 abonnés. Du courrier dans ma boîte à lettres et des découvertes en perspective!

- L'Amour Fou a changé sa carte. De nouveaux cocktails, mais plus que 6 recettes de burgers contre une quinzaine avant. 2 des 3 formules végétariennes (dont ma préférée: Portobello farci de chèvre frais et de cerneaux de noix) ont disparu. Ce n'est vraiment pas une amélioration.

- Dans la partie de la chaussée d'Ixelles qui redescend vers la place Flagey après la place Fernand Cocq, le collectif Yarnbombing Bruxelles a habillé un autre arbre. J'aime tellement ces installations urbaines qui mettent de la gaieté dans les rues toutes grises!

- Samedi midi, nous testons la salade de ramen froide du Samouraï Ramen: avec de la sauce aux cacahuètes, c'est une tuerie.

- Au 5ème épisode (sur 10), "The astronaut wives club" commence enfin à devenir intéressant - il était temps.

- Dimanche, je profite d'une journée maussade pour faire du tri dans ma penderie d'été: plusieurs T-shirts et pulls abîmés partent à la poubelle, une grande brassée de robes neuves ou presque va aller dans un sac en attendant une prochaine troc party, deux paires de chaussures se retrouveront bientôt dans mon vide-dressing. Pendant que j'y suis, je fais du ménage dans ma PAL, dont je retire une bonne dizaine de bouquins que je revendrai chez Pêle-Mêle. Et je vire de ma table de nuit l'Eggling dont aucune pousse n'a jamais daigné sortir.

Bonne semaine à tous.

samedi 18 juillet 2015

La revue de presse du week-end #30




[BLOG] Les aventures dessinées du chat Madame, par Nancy Pena.

[DEVELOPPEMENT PERSONNEL] Un très beau billet d'Anne-Solange Tardy sur la nécessité de l'individualisme.

[POLITIQUE] Pourquoi je ne voterai plus socialiste: une liste non-exhaustive des iniquités commises sous la présidence de François Hollande.

[POLITIQUE] Cinq fausses idées reçues sur la crise grecque.

[POLITIQUE] La Grèce a perdu, et l'Europe avec elle

[SANTE] Homéopathie: y croire est un problème.

[SANTE] L'Europe prête à accepter des niveaux de radioactivité élevée dans ses aliments

[SPORT] De magnifiques photos d'athlètes nus dans l'exercice de leur sport.

vendredi 17 juillet 2015

Flow special Mindfulness




Ca fait déjà un petit moment que je chante les louanges du magazine Flow - même si je préfère sa version internationale, en anglais, à sa plus récente version française. Courant juin est sorti un hors-série consacré à la Pleine Conscience, qui est une cousine de la pensée positive et l'un de mes dadas actuels. Je ne pouvais donc que me jeter sur ce numéro spécial et le dévorer quasiment d'une traite!

Que trouve-t-on au sommaire?
- Un article qui explique l'utilité de la Pleine Conscience dans la vie de tous les jours, notamment en tant que réducteur de stress et aide de gestion des émotions
- Plusieurs entretiens avec des journalistes qui ont fait un stage de 8 semaines avec un des fondateurs du mouvement - leurs impressions, ce que ça a changé pour eux
- Des témoignages de personnalités plus ou moins connues qui ont adopté la Pleine Conscience
- Des articles dédiés à la Pleine Conscience appliquée à divers sujets: le couple, la colère, la peur, la jalousie, l'auto-compassion...
- De nombreuses suggestions d'exercices pratiques: listes, collage...
- Des recettes de soupes qui mijotent lentement
- Comme d'habitude, des tas de goodies papier aux illustrations ravissantes: cartes au dos desquelles écrire des remarques, cartes à ranger annotées dans un bocal de beaux moments, cartes postales à envoyer, mini-journal "une pensée par jour", mini-journal "une chose à la fois"
- Un répertoire contenant des sites internet de référence, des adresses de lieux qui organisent des stages ou des retraites, des critiques d'ouvrages théoriques ou pratiques...











Est-ce que je le recommande? Si vous avez un niveau d'anglais correct et que vous êtes intéressée par le sujet sans y connaître grand-chose pour le moment, oui, définitivement. Si vous avez déjà beaucoup lu et écouté sur la Pleine Conscience, vous risquez de vous ennuyer par moments, mais vous pourrez toujours profiter des goodies et piocher des idées dans le répertoire pour poursuivre votre exploration. Par exemple, j'y ai dégoté un cours en ligne de l'UCLA (payant, mais bien moins cher qu'un stage IRL) qui nous intéresse tous les deux, Chouchou et moi. Je vous en reparlerai sûrement cet automne...

Vous pouvez commander le hors-série Flow Mindfulness ici

jeudi 16 juillet 2015

En juillet, j'ai envie...




...d'un abonnement à la box Saperlipapier (mais ça ne serait pas raisonnable)
...de ce sac Nat&Nin qui serait parfait pour  mes voyages en train ou en avion
...et de ce livre dont la couverture me fait complètement craquer
...puis surtout d'un appareil à ultra-sons efficace pour éloigner les souris
sans jamais avoir directement affaire à elles
...d'un regain de motivation pour continuer le fitness (je commence à m'ennuyer sérieusement)
...de déjeuner dehors tous les midis ou presque
...de manger des soupes froides tous les soirs ou presque
...d'une bonne séance de réflexologie plantaire
...de vernis aqua sur mes orteils, avec un top coat à paillettes
...de faire la grève des actualités jusqu'en septembre tellement tout me fout en rogne:
la crise grecque, le 49.3 de Macron, le Tafta...
...de décaler mon heure de réveil pour profiter davantage de ces longues journées
...que la météo bruxelloise cesse de jouer au yoyo entre "surface de la planète Mars au mois d'août vers midi" et "ambiance landes écossaises autour de la mi-novembre", merci, bisous
...que l'Adventure Rooms de Toulouse se décide à ouvrir sa deuxième salle avant nos vacances là-bas (mais ça me paraît plus que compromis)
...d'assister à un festival de montgolfières (celui d'Hotton le mois prochain, peut-être?)

mercredi 15 juillet 2015

"Ma grand-mère vous passe le bonjour"


Elsa a sept ans, presque huit. Son plus grand trésor est son écharpe Gryffondor. Elle lit de la littérature de qualité (à savoir, des bédés de super héros) et tout ce qu'elle ne sait pas, elle l'apprend sur Wikipédia. Elsa est vachement futée pour son âge. Pour tous les âges, même. Du coup, elle n'a pas d'autre amie que sa grand-mère - et quelle grand-mère! Une femme chirurgien qui a sillonné le monde toute sa vie pour venir en aide à ceux que personne d'autre ne voulait aider, une briseuse de coeurs qui ne s'est jamais fixée avec personne, une fieffée emmerdeuse imperméable aux conventions. "Il n'arrive jamais d'accident à Mamie: c'est Mamie qui arrive aux accidents", affirme Elsa. C'est aussi Mamie qui, chaque soir, l'entraîne dans le Pays Presqu'Eveillé pour lui faire vivre des contes et légendes fantastiques. Mais un matin, à cause d'un sale crabe, Mamie ne revient pas du royaume de Miamos. Elle a laissé pour Elsa une drôle de chasse au trésor: trouver et distribuer des lettres dans lesquelles elle demande pardon...

J'avais tellement aimé "Vieux, râleur et suicidaire: la vie selon Ove", le premier roman de Fredrik Backman, que je redoutais la malédiction du deuxième roman super décevant. Et au final, j'ai encore plus adoré "Ma grand-mère vous passe le bonjour". Ici aussi, le personnage principal est quelqu'un de solitaire qui va apprendre à tisser des liens avec les gens qui l'entourent; ici aussi, chaque chapitre suinte l'humanité brute et la tendresse bourrue. Mais "Ma grand-mère..." possède une profondeur supplémentaire. Il parle du pouvoir de l'imagination et des rêves, de choses pas très marrantes comme la folie et la mort,  et puis surtout du droit à la différence ou à l'erreur. C'est une histoire à la fois très drôle et très poignante, parfois en même temps; une histoire bourrée de références à Harry Potter, aux super-héros et à la culture internet; une histoire qu'on termine avec du chaud dans le coeur, de l'amour pour son prochain et de la tolérance pour toutes les failles du genre humain. C'est aussi un portrait de gamine ultra attachante - maligne et têtue, horriblement franche et curieuse, très à cheval sur l'orthographe et la grammaire, bougonne et de mauvaise foi mais toujours droite dans ses bottes -, servi par une très chouette traduction de Laurence Mennerich. Une pépite, tout simplement.

"Mamie a soixante-dix-sept ans, presque soixante-dix-huit. Ce qui ne lui réussit pas très bien non plus. On voit qu'elle est vieille, son visage ressemble à du papier journal fourré dans des chaussures mouillées, mais personne ne trouve jamais que Mamie est mature pour son âge. "En forme", voilà ce que les gens disent parfois à la maman d'Elsa. Ensuite, ils prennent un air soit très inquiet soit très en colère, et maman demande en soupirant combien vont coûter les dédommagements."

"Elsa avait eu très peur cette nuit-là, et elle avait demandé à Mamie ce qu'elle devrait faire si un jour leur monde s'écroulait. Alors, Mamie avait serré fort les index d'Elsa et répondu: "Nous ferons comme tout le monde, nous ferons ce que nous pourrons". Elsa avait grimpé sur ses genoux et demandé: "Que pouvons-nous faire?" Mamie lui avait embrassé les cheveux, l'avait enlacée fort, fort, fort, et avait soufflé: "On porte autant d'enfants qu'on peut, et on court aussi vite qu'on peut"."

"Elsa décide que si les personnes qu'elle aime se sont comportées comme des ordures dans leur jeunesse, elle va juste devoir apprendre à les aimer quand même. Il ne reste plus beaucoup de monde si on disqualifie tous ceux qui se sont conduits en ordures à un moment ou à un autre."

mardi 14 juillet 2015

"Au service surnaturel de Sa Majesté"


Lorsqu'elle reprend conscience dans un parc de Londres, entourée de cadavres d'hommes en costume portant des gants en latex, Myfanwy Thomas ne se souvient de rien. D'après la lettre qu'elle a trouvée dans sa poche, elle savait qu'elle allait perdre la mémoire et s'est laissé tous les indices nécessaires pour découvrir qui veut l'éliminer. Elle rejoint ainsi la Checquy, une organisation secrète chargée de combattre les forces surnaturelles qui menacent la couronne britannique. Au sein de cette version paranormale du MI5 anglais, la jeune femme, entourée de surdoués aux pouvoirs plus que spéciaux, devra se frayer un chemin dans un univers semé d'embûches et lever le voile sur une conspiration aux proportions inimaginables...

Premier roman de l'australien Daniel O'Malley, "Au service surnaturel de Sa Majesté" démarre sur un bon gros poncif littéraire: le personnage principal qui se réveille amnésique avec des méchants à ses trousses et se rend compte qu'il appartient à une puissante organisation secrète. Il se poursuit sur un sous-poncif de la catégorie "amnésie", avec une héroïne qui se rend rapidement compte que sa nouvelle personnalité n'a aucun rapport avec l'ancienne. L'histoire met du temps à démarrer; il y a pas mal de longueurs (notamment dans les lettres laissées par la Myfanwy originelle) et la traduction française, bien que d'un style assez enlevé, recèle des fautes de grammaire et d'orthographe qui m'ont fait saigner les yeux, sans parler de son atroce tendance à sauter du passé simple au passé composé ou à l'imparfait sans aucune raison apparente.

Cela aurait suffi à me faire abandonner presque n'importe quel autre bouquin, mais là, j'étais assez captivée par l'univers déjanté, le côté second degré et la personnalité de l'héroïne pour passer outre. Si la Myfanwy originelle était une bureaucrate timide qui se faisait constamment marcher sur les pieds par ses collègues, la nouvelle a un caractère délicieusement sarcastique, une tendance prononcée à jurer et un humour noir fort à propos pour qui doit affronter une secte d'affreux Belges mutants (oui). Les actions sur le terrain auxquelles elle doit se résoudre ont un petit côté lovecraftien horriblement jouissif, et les pouvoirs des divers membres de la Checquy en font un casting particulièrement coloré, avec des interactions chaotiques à souhait. Et puis, il y a un canard prophétique qui connaît un sort funeste mais hilarant. Bref, bien qu'il soit bourré de défauts, j'ai pris beaucoup de plaisir à lire "Au service surnaturel de Sa Majesté", et je me jetterai certainement sur la suite dès qu'elle sortira. Mais en anglais.

"Dans n'importe quel autre pays, une guerre sanglante et totale aurait éclaté. Ces monstres auraient déferlé sur le territoire, des amas de chair épouvantable se seraient livré bataille et les nuits auraient donné lieu à de nouvelles atrocités innommables. 
Heureusement, on parle ici de la Belgique. 
Plutôt que de créer une armée monstrueuse prête à piétiner les soldats sur les verts pâturages, les riches mécènes rencontrèrent le dirigeant en place - probablement autour d'une sorte de potage crémeux - pour une conversation polie et civilisée."

lundi 13 juillet 2015

"Une merveilleuse histoire du temps"


Etudiant en physique plein de promesses, le jeune Stephen Hawking vient juste de rencontrer sa future femme Jane et de trouver le sujet de sa thèse de doctorat quand il apprend qu'il souffre d'une terrible maladie dégénérative qui ne lui laisse que 2 ans à vivre. A compter de ce moment, il va vaincre toutes les probabilités: d'abord en survivant bien au-delà des prévisions des médecins, puis en menant longtemps une vie de couple harmonieuse et en ayant trois enfants, enfin, en écrivant plusieurs ouvrages majeurs de la science moderne alors que ses muscles atrophiés déforment son corps, le clouent dans un fauteuil roulant, l'empêchent de parler intelligiblement et même de manger sans risquer de s'étouffer...

Bien que Stephen Hawking soit l'un de mes héros, il m'a fallu longtemps pour me décider à regarder ce biopic tiré du livre écrit par sa première femme. Je craignais de le trouver ultra-plombant: en fait, bien que très émouvant, il est beaucoup plus inspirant que déprimant. Eddie Redmayne offre une interprétation fabuleuse; ses mimiques, sa gestuelle reproduisent à la perfection celles de Stephen Hawking, même s'il le rend sans doute plus tendre que son modèle n'a la réputation de l'être. J'ai un peu regretté que l'accent mis sur sa vie personnelle éclipse autant son travail de recherche, et que son génie ne se traduise finalement à l'écran que par des remises de prix ou la mention qu'il est mondialement reconnu dans son domaine.

Mais même s'il faut tenir l'importance de ses découvertes pour acquise, son intimité reste un sujet fascinant, que le réalisateur a le bon goût de ne pas traiter comme une tragédie mais d'aborder avec une immense délicatesse. L'obstination de Hawking à rester aussi indépendant que possible malgré une infirmité écrasante, son sens de l'humour qui continue à transparaître dans les situations les plus cruelles, l'évolution de ses rapports avec Jane au fil du temps, le respect et la compréhension mutuelle avec lesquels ils gèrent une vie de couple hors du commun sont excessivement touchants. J'ai terminé le visionnage du film plus fascinée que jamais par cette incarnation du triomphe de l'esprit sur la matière. J'espère m'en souvenir la prochaine fois que je me trouverai des excuses bidon pour ne pas faire les choses.

dimanche 12 juillet 2015

Les brèves de la semaine #28




Tout ce qui m'a miné le moral cette semaine:
- Lundi soir, je me suis disputée avec Chouchou. Nous ne nous sommes pas adressé la parole de toute la semaine au-delà de "Qu'est-ce que tu veux manger ce soir?". Grosse grosse ambiance jusqu'à dimanche matin.
- J'ai fait du sport à peine deux fois tellement j'étais peu motivée, et vendredi, j'ai carrément séché le boulot. Ma date de remise est dans un mois, et j'ai le temps de me rattraper, mais mon enthousiasme pour le travail comme pour le fitness avoisine actuellement le degré de congélation de l'azote (alors que je traduis un bouquin très sympa).
- Ma prof de yoga a annulé le cours en plein air de samedi pour se rendre en urgence au chevet de son père qui traîne un cancer depuis des années. J'ai lu entre les lignes de son message et eu mal pour elle. Du coup, je n'ai pas arrêté de repenser à mon propre père, qui me manque tellement...
- Les vacances à Toulouse se rapprochent, et j'appréhende de plus en plus. Je vais encore avoir un mal de chien à ne pas m'engueuler avec ma mère; je vais encore à peine apercevoir ma soeur et sa famille en coup de vent et rentrer complètement déprimée. J'ai dit que mon père me manquait?
- Nettement plus trivial mais énervant: le masque Gratiae hors de prix que je me suis fait refourguer par un vendeur horripilant m'a transformé le visage en devanture de mercerie. Et j'ai la tension qui monte rien qu'à m'imaginer ferrailler encore verbalement avec ce type pour obtenir qu'il me rembourse, comme il avait promis de le faire si je n'étais pas convaincue à l'usage.
- Le dernier Scarlett Thomas, que j'étais impatiente de lire au point de l'avoir précommandé en hardback il y a plusieurs mois, est d'une nullité abyssale, avec entre autres choses une héroïne alcoolique/boulimique/shopping addict comme dans un roman de chick lit, des considérations métaphysiques encore plus vaseuses que d'habitude et une pléthore de fantasmes sexuels déviants, dont celui d'une gamine de 12 ans qui imagine les personnages du Club des Cinq dans une scène vaguement BDSM. Au secours.

Tout ce qui m'a réconfortée:
- L'opération de ma tante s'est passée aussi bien que possible; dès le lendemain soir, elle était de retour chez elle. On va voir maintenant ce qu'elle aura comme chimio et radiothérapie préventives, et je n'ose jamais me réjouir prématurément avec cette saleté de maladie, mais disons que so far, so good.
- Un bon burger aux Super Filles du Tram mardi; un fabuleux bahn mi au Yéti 2 vendredi; des caïpiroska à la pastèque préparées par la serveuse du Berger qui commence à bien me connaître et qui fait des grimaces en me récitant la liste des cocktails du moment pour m'indiquer ceux qu'il faut éviter à son avis. La bouffe et l'alcool, deux valeurs sûres pour se remonter le moral (avec modération, évidemment).
- Continuer à remplir mes enveloppes-mystère m'amuse vraiment, et j'ai commencé à en recevoir en retour. Egalement dans ma boîte aux lettres cette semaine: une carte inattendue d'Autre Moi, qui m'a fait super plaisir.
- Pour la première fois depuis une éternité, je me suis fait une manucure avec des paillettes-confetti. Ce sera un fléau à enlever, mais en attendant, j'ai les ongles ultra festifs.
- Dimanche après-midi, nous sommes allés voir l'expo sur les paysages belges au musée d'Ixelles. Nous en avons profité pour faire un peu les andouilles dans les galeries de la collection permanente, où Chouchou m'a gratifiée de ses inénarrables commentaires. Face à un tableau représentant une femme de dos devant une fenêtre ouverte: "Dans cette oeuvre, par exemple, la perspective légèrement faussée introduit une dimension onirique." Se tournant vers le tableau suivant: "Ca, c'est une casserole de moules."
- Histoire de conclure la semaine mieux qu'elle n'a commencé, j'ai réservé nos billets d'avion pour Budapest fin septembre et jeté un coup d'oeil aux tarifs des apparts Airbnb: ça a l'air à peu près aussi bon marché qu'à Porto, ce qui tombe vraiment bien!

Bonne semaine à tous.

vendredi 10 juillet 2015

30 new things: week 4



Jour 22: Tirer la première prédiction de mon bocal de bonheurs instantanés
Lors de notre récent passage à Maastricht, je n'ai acheté qu'une seule chose: ce mignon petit bocal fabriqué  par une société néerlandaise à partir de matériaux recyclés. Il contient douze prédictions heureuses que je suis censée tirer au rythme d'une le premier de chaque mois pendant un an - et hier, j'ai complètement oublié. Mais ce n'est pas grave: ma chance inattendue a encore trente jours pour se manifester; elle sera de toute façon bien accueillie!



Jour 23: Faire une séance de yin yoga
J'ai envie de bouger un peu, et en même temps, il fait une telle chaleur que je n'ose ni courir ni faire le moindre exercice de fitness. Je jette donc mon dévolu sur cette séance de yoga quasi-immobile, censée stimuler mon métabolisme. J'ai peur de m'ennuyer en tenant chaque posture pendant la durée indiquée (3 à 10 minutes), mais non. J'entre dans un état presque méditatif très agréable, et j'aime sentir mes articulations s'assouplir sous le simple effet de la gravité. Il faudra que je cherche d'autres séances du même type pour les jours où des activités physiques plus exigeantes ne seront pas une option.



Jour 24: Tester le masque régénérant Gratiae
Mardi alors que je me baladais en ville, je me suis fait alpaguer par un vendeur d'une marque bio très chic que je ne connaissais absolument pas. Si je n'avais pas été déboussolée par une mauvaise nouvelle reçue quelques heures plus tôt, jamais je ne l'aurais suivi jusqu'à son comptoir. Mais j'avoue que le Renewing Peeling Gel qu'il a testé sur ma main semblait bluffant, alors malgré son prix atroce, je l'ai laissé me convaincre d'en acheter un. Je n'étais pas encore sortie de la boutique que je regrettais déjà cette folie. Quand je l'essaye à la maison, non seulement je ne constate pas le même effet sur mon visage, mais il est hors de question que je me contente d'ôter la texture pelucheuse avec un coton comme recommandé: j'ai au minimum besoin d'un rinçage à l'eau micellaire. Je pressens l'achat le plus mal avisé de l'année.



Jour 25: Soutenir un artiste sur Patreon
Patreon est un site de crowdfunding qui permet de soutenir un artiste dans la durée plutôt que sur un projet ponctuel (façon Kickstarter), en lui assurant un revenu régulier versé soit chaque mois, soit chaque fois qu'il publie une création. C'est la seconde option qu'a choisi ma chère Amanda Palmer, et comme j'aime autant ce qu'elle fait que la façon dont elle le fait j'ai envie, à ma modeste échelle, de faire partie de ses "mécènes".



Jour 26: Regarder "The astronaut wives club"
Après avoir terminé "Sense8", il faut bien trouver une autre série pour occuper les longues soirées d'été. J'aime beaucoup l'Amérique du début des années 60, alors même si la conquête de l'espace n'est pas un de mes thèmes préférés, je me dis que "The astronaut wives club" peut être sympa à regarder. Le pilote me laisse partagée, ni conquise ni rebutée. Il faudra attender les épisodes suivants pour me prononcer.



Jour 27: Acheter des freesias
S'il y a presque toujours des fleurs fraîches chez moi, j'ai tendance à acheter toujours les mêmes: selon les disponibilités saisonnières, des pivoines, des renoncules ou des tulipes, plus rarement des oeillets ou des tournesols, très exceptionnellement des lisianthus, des dahlias ou des anémones. Mais aujourd'hui, j'ai décidé de changer un peu et opté pour une brassée de freesias jaunes, violets et rouges.



Jour 28: Me relever les cheveux autrement qu'en queue de cheval
Je suis une minimaliste de la coiffure: la plupart du temps, après un shampoing, je lisse ma frange à la brosse ronde et je laisse le reste de mes cheveux sécher tout seuls comme ils le sentent. Si j'ai besoin de les attacher - pour faire du sport, parce qu'il fait trop chaud ou pour camoufler que je n'ai pas eu le temps de les laver -, je fais une queue de cheval haute, et basta. Mais j'envie tout le temps les filles que je croise avec des messy buns qu'elles ont l'air d'avoir confectionné négligemment en un tour de main et trois épingles, et encore plus celles qui se font des... demi-couronnes de tresses dans la nuque (je ne sais même pas comment ça s'appelle). Alors aujourd'hui, je tente ma version du truc. Certes, je n'y passe pas plus de 5 minutes, mais une chose est certaine: pour ma reconversion professionnelle, la coiffure, c'est out.
(Des lectrices indulgentes m'ont demandé sur Instagram comment j'avais fait. C'est pas dur: on tresse les cheveux de chaque côté de la tête, on noue les deux nattes dans la nuque en les passant dessus-dessous, on planque les extrémités et on fixe avec des épingles!)



Jour 29: Goûter une Pavlova
Je ne suis pas très sucré, mais en général, les trucs aux fruits passent bien, et je n'ai encore jamais goûté ce grand classique des salons de thé. La version bio maison de God Save The Cream est délicieuse... ce qui ne m'empêche pas de saturer au bout de trois bouchées.



Jour 30: Goûter un sandwich bahn mi
Funambuline cherchait récemment du pain convenable pour se préparer cette recette vietnamienne dont je n'avais jamais entendu parler jusque là. Alors, quand j'arrive au Yéti 2 ce midi pour me prendre un burger végé mais que je vois "sandwich bahn mi" à la carte, je suis obligée de goûter. Comme c'est mon premier, je ne saurais pas dire dans quelle mesure c'est fidèle ou non à la recette originale, mais je trouve ça délicieux! Le pain est croquant, le porc tendre, la sauce piquante juste comme il faut; les légumes crus et la coriandre à foison apportent une très agréable note de fraîcheur.

Bilan de ce mois de petites découvertes: c'était très sympa! Certains jours, j'ai eu plus de mal que d'autres, parce que je ne sortais pas de chez moi, que j'étais très occupée ou que j'avais la tête ailleurs, mais j'ai presque toujours trouvé un truc nouveau à tester (et sinon, je me suis rattrapée dès le lendemain). Ca m'a servi de coup de pouce pour des activités que je procrastinais depuis un petit moment, ou parfois juste aidée à être un peu plus aventureuse et à sortir de ma routine. Dans tous les cas, une bonne expérience, que je me verrais bien reconduire une fois par an.