mercredi 30 septembre 2015

Lectures 3ème trimestre 2015


ROMANS
- "The School of Good and Evil" (Soman Chainani)  ♥︎♥︎
- "Speak" (Laurie Halse Anderson) ♥︎♥︎
- "Ma grand-mère vous passe le bonjour" (Fredrik Backman) ♥︎♥︎♥︎♥︎♥︎
- "The seed collectors" (Scarlett Thomas) ♥︎♥︎
- "Mr Fox" (Helen Oyeyemi)
- "Saint Odd" (Dean Koontz) ♥︎
- "Resistance is futile" (Jenny T. Colgan) ♥︎♥︎
- "What we found in the sofa and how it saved the world" (Henry Clark) ♥︎♥︎♥︎♥︎
- "We all looked up" (Tommy Wallach) ♥︎♥︎♥︎
- "Petits moments de bonheur volés" (Francesco Piccolo) ♥︎♥︎
- "Les beignets d'Oscar" (Fausto Brizzi) ♥︎♥︎♥︎♥︎
- "Hotel Alpha" (Mark Watson) ♥︎♥︎
- "Alors vous ne serez plus jamais triste" (Baptiste Beaulieu)
- "Let's get lost" (Adi Alsaid) ♥︎♥︎
- "Papa, tu es fou" (William Saroyan)
- "Comment (bien) rater ses vacances" (Anne Percin) ♥︎♥︎♥︎♥︎
- "Retour en Islande" (Olafur Johann Olafsson) ♥︎♥︎♥︎♥︎
- "The Rocks" (Peter Nichols)
- "L'instinct du troll" (Jean-Claude Dunyach) ♥︎♥︎♥︎
- "La fiancée américaine" (Eric Dupont) ♥︎♥︎♥︎♥︎
- "Comment (bien) gérer sa love story" (Anne Percin) ♥︎♥︎♥︎
- "One small act of kindness" (Lucy Dillon) ♥︎
- "Bestiaire" (Eric Dupont)
- "Les eaux troubles du mojito" (Philippe Delerm) ♥︎♥︎♥︎
- "Quand le diable sortit de la salle de bain" (Sophie Divry) ♥︎♥︎
- "Les intéressants" (Meg Wolitzer) ♥︎♥︎♥︎♥︎
- "Un doux pardon" (Lori Nelson Spielman) ♥︎♥︎♥︎
- "Comment devenir une rock star (ou pas)" Anne Percin ♥︎♥︎♥︎
- "The book of speculation" (Erika Swyler) ♥︎♥︎♥︎♥︎
- "Before I die" (Jenny Downham)
- "Time and time again" (Ben Elton) ♥︎♥︎♥︎♥︎♥︎
- "Black-eyed Susans" (Julia Heaberlin) ♥︎♥︎♥︎
- "The paper magician" (Charlie N. Holmberg) ♥︎♥︎♥︎♥︎

BEDE
- "Au-delà des mers" (Alain Kokor)
- "Orange T4" (Ichigo Takano) ♥︎♥︎
- "Double je T3" (Reiko Momochi) ♥︎
- "Un couple à croquer" (Ana Oncina) ♥︎
- "Le retour d'Antoinette" (Olivia Vieweg) ♥︎♥︎
- "Food wars T1" (Yuto Tsukuda/Shun Saeki) ♥︎♥︎
- "Catherine Certitude" (Modiano/Sempé) ♥︎♥︎♥︎
- "Je reviendrai vous voir" (George Morikawa) ♥︎♥︎♥︎
- "L'échappée" (Gregory Mardon) ♥︎♥︎
- "Six half T6" (Ricaco Iketani) ♥︎
- "Emilie voit quelqu'un" (Anne Rouquette/Théa Rojzman) ♥︎
- "The ancient magus bride" T1&2 (Koré Yamazaki) ♥︎♥︎♥︎♥︎
- "Eloge de la névrose en 10 syndromes" (Leslie Plée) ♥︎♥︎♥︎♥︎
- "Plum T1" (Hoshino Natsumi) ♥︎
- "Le maître des livres T5" (Shinohara Umiharu) ♥︎♥︎
- "Double je T4" (Momochi Reiko) ♥︎
- "L'attente infinie" (Julia Wertz) ♥︎♥︎
- "Les équinoxes" (Pedrosa) ♥︎♥︎♥︎♥︎♥︎

DIVERS
- "La magie du rangement" (Marie Kondo) ♥︎
- "Cataloging the world" (Alex Wright) - en cours de lecture

mardi 29 septembre 2015

"Time and time again"


2024. Hugh "Guts" Stanton, ex-militaire des forces spéciales et aventurier star d'internet, a perdu sa femme et ses deux enfants dans un accident. C'est un homme solitaire et désabusé, que plus rien ne rattache à la vie - ce qui fait de lui l'exécuteur idéal du projet Chronos selon Sally McCluskey, son ancien professeur d'histoire à Cambridge. Alors qu'une tempête de neige provoquée par le dérèglement climatique fait rage dehors, celle-ci révèle à Stanton l'existence d'une théorie signée Isaac Newton, selon laquelle une boucle temporelle pourrait lui permettre de revenir en 1914 afin d'empêcher le déclenchement de la Grande Guerre... 

Il y a fort longtemps, aux tout débuts de la télé-réalité en France, j'avais lu "Dead Famous" de Ben Elton, et si j'avais bien aimé sur le coup, je n'en conserve aucun souvenir a posteriori. Mais mes lecteurs réguliers savent que je suis incapable de résister à une histoire de voyage dans le temps. Et bien que "Time and Time Again" repose sur une théorie absolument fumeuse selon laquelle le temps serait "un Slinky emmêlé", c'est sans doute un des meilleurs romans que j'ai lus dans le genre.

Ben Elton sait dépeindre de manière vivace et intéressante l'atmosphère de Constantinople, Vienne ou Berlin au début du siècle dernier, et sa projection de ce que serait devenue l'Europe si aucun conflit international n'avait éclaté en 1914 m'a paru très réaliste. Comme souvent dans ce type d'histoire, le héros doit malgré ses scrupules sacrifier des innocents au salut du plus grand nombre, et en essayant d'améliorer les choses, il ne réussit qu'à les aggraver par ailleurs... Jusqu'à 80 pages de la fin, ses (més)aventures en la matière sont très classiques bien que d'excellente facture et fort agréables à lire. Puis soudain, le récit bascule, et quelques éléments auxquels on n'avait pas nécessairement prêté attention jusque là refont surface pour une conclusion stupéfiante qui chamboule la perspective du héros comme celle du lecteur. Franchement, j'en suis restée sur le séant. Si vous aimez les histoires de voyages dans le temps, ne manquez surtout pas celle-là!

lundi 28 septembre 2015

"Les équinoxes"


Quatre ans après l'émouvant "Portugal" qui avait été primé à Angoulême, Cyril Pedrosa revient avec un autre album énorme chez Aire Libre. Découpé en quatre saisons, "Les équinoxes" met en scène des gens ordinaires qui tous à leur façon s'interrogent sur le sens de la vie. Louis a rendu sa carte du Parti en 1968 et perdu autrefois un fils âgé de 11 ans. Sa femme l'a quitté. Aujourd'hui, il vit seul avec ses livres et, parfois, quelqu'un de passage qui a besoin d'être hébergé. Vincent, orthodontiste, est séparé de sa femme Christine. Il habite une somptueuse maison d'architecte au bord de la mer, enchaîne les dîners ennuyeux à mourir et peine à comprendre Pauline, sa fille de 14 ans. Camille, trentenaire à la dérive, sert de fil rouge au récit en photographiant les gens qu'elle croise - et lorsqu'elle les saisit dans son objectif, nous entendons leurs pensées l'espace d'une, deux, trois pages de prose. Un ado mal dans sa peau, un sans domicile fixe, un conducteur de tractopelle bientôt à la retraite, une secrétaire d'Etat que tout le monde aime détester... Leurs trajectoires s'entrecroisent autour de la construction décriée d'un aéroport, jusqu'à ce que celle-ci aboutisse à une étonnante découverte et que l'on comprenne enfin la raison d'être des petits interludes au début de chaque partie. Graphiquement, "Les équinoxes" est splendide, ses couleurs sourdes et son atmosphère crépusculaire soulignant la solitude de ses personnages et la mélancolie de son propos - un album d'une grande maturité artistique et humaine. Vraiment, je ne peux que vous le recommander.



dimanche 27 septembre 2015

Les brèves de la semaine #38




- Lundi, je teste le Bikini Body Guide de Kayla Istines et... non, ça ne me convient pas non plus. Beaucoup trop répétitif. Je commence à désespérer de trouver une autre coach avec qui j'accroche aussi bien qu'avec Jillian. Je sens que je vais devoir bricoler mes séances moi-même (et ça me gonfle d'avance). 

- Amanda Palmer et Neil Gaiman annoncent la naissance de leur fils. Je suis très curieuse de voir comment ce couple inhabituel (non-cohabitant jusqu'ici, et dans un mariage libre) va s'adapter à la parentalité.

- Le season premiere de Downton Abbey se conclut par le plus chouette bisou de toute la série.

- Mardi midi, je veux être sage et faire un déjeuner light chez AMI. C'est complet, et je finis donc par faire plutôt un déjeuner crapuleux chez Les super filles du tram. L'univers a décidé que je ne perdrais pas le moindre gramme cette semaine. Qui suis-je pour lutter?

- Bien contente de retrouver aussi "The Big Bang Theory". Je sais que la plupart des fans de la première heure ont lâché la série en cours de route, mais moi, elle me fait (presque) toujours autant marrer.

- Mercredi, je prépare le dernier gaspacho de l'année. Il fait plutôt un temps à consommer une soupe chaude, mais j'ai déjà acheté les tomates et le reste, alors...

- Pour un esprit sain dans un corps sain, je tente de faire ma séance de fitness en écoutant des conférences TED - et ça fonctionne très bien! Je ne m'ennuie pas; je ne pense pas (trop) que je suis en train de souffrir. Adopté!

- C'est seulement au troisième visionnage intégral de "Gilmore Girls" que je me rends compte que Lorelai, un peu mon idéal féminin à l'époque de la diffusion originelle de la série, est insupportablement chieuse et égoïste.

- Jeudi, le couperet tombe: le projet insensé du RAAP est entériné.  En plus des charges écrasantes qu'ils paient déjà, les artistes-auteurs français devront désormais s'acquitter de 8% de leurs revenus au titre d'une retraite complémentaire obligatoire. Sur une année, ça représente un mois de rentrées d'argent qui vont s'évaporer pour une contrepartie lointaine et vraisemblablement ridicule.

- Je prépare ma valise pour Budapest. Au tarif Check & Go de Brussels Airlines, nous n'avons droit qu'à un bagage cabine chacun, et dans le mien, il restera assez de place pour ramener quelques bricoles. Je suis fière.

- Vendredi, je déjeune au Balmoral avec Sophie-Grosquick enceinte jusqu'aux oreilles. Je n'étais pas venue depuis très longtemps et je me demande pourquoi: on y mange toujours aussi bien (même si le mojito n'est pas franchement terrible). En plus, comme Bruxelles est minuscule, on y tombe parfois sur une tête connue: hello, The Geek Whisperer!

- Chez Holy Moly, ma boutique de kawaieries attitrée, ils ont un Totoro aussi grand que moi, qui pèse 100 kilos. Il faut trois personnes pour le soulever, et il est arrivé du Japon en bateau. Tout à coup, je me sens svelte.

- Samedi après-midi, le ménage expédié, j'abandonne Chouchou à son travail et je sors profiter du beau temps. Un aller-retour à pied jusqu'à Bourse = plus de 13 000 pas!

- Chez Cora Kemperman, je trouve une jupe kaki asymétrique dans une espèce de coton molletonné, avec une grosse poche fermée sur un côté, qui sera absolument parfaite pour notre voyage et qui se mariera très bien avec le reste de ma garde-robe. En plus, il y a 10% de réduction sur tout le magasin aujourd'hui.

Bonne fin de week-end et excellente semaine à tous!

vendredi 25 septembre 2015

HUMAN: magnifique, bouleversant, fondamental


"Qu'est-ce qui nous rend humains ? Est-ce le fait d'aimer, est-ce le fait de lutter ? Le fait de rire ? De pleurer ? Notre curiosité ? Notre quête de découvertes ?
Poussé par ces questions, le réalisateur et photographe Yann Arthus-Bertrand a passé trois années à collecter les histoires de 2 000 femmes et hommes dans 60 pays. Avec son équipe passionnée de traducteurs, journalistes et cameramen, il a capturé en profondeur les émotions et les sujets qui nous unissent tous : les luttes contre la pauvreté, la guerre, l'homophobie et le futur de notre planète, mêlées à des moments d'amour et de bonheur."

C'est mercredi en fin de soirée que j'ai découvert l'existence de ces films tournés par Yann Arthus-Bertrand, dont je connaissais jusqu'ici surtout les travaux de photographie (des portraits de la mère de Scarlett figurent dans son très bel ouvrage "Chats"). J'ai lancé le premier en me disant que j'allais regarder quelques minutes pour me faire une idée. Une heure et demie plus tard, on était jeudi, et le générique de fin défilait sous mes yeux humides.

"HUMAN", ce sont des portraits de gens du monde entier, de tous les âges, de toutes les couleurs, de toutes les nationalités et de toutes les classes sociales. Devant un fond noir, afin que rien ne vienne distraire l'attention du spectateur, ils fixent la caméra et racontent leur histoire parfois drôle, parfois empreinte d'optimisme ou d'une grande sagesse, mais le plus souvent difficile, poignante, voire tragique. Je les ai tous trouvés  magnifiques dans leur franchise, dans cette façon d'aborder sans fard des sujets si fondamentaux et parfois si douloureux. L'émotion pudique d'une larme qui coule en silence, d'une voix qui bute sur des mots, d'un sourire paisible au milieu d'un récit atroce m'a serré le coeur. Et je défie quiconque de les écouter sans se sentir très, très chanceux d'être né dans un pays riche.

Entre leurs témoignages, Yann Arthus-Bertrand filme depuis un hélicoptère des endroits hallucinants de beauté et d'étrangeté (du moins, pour une citadine occidentale comme moi). Il met en évidence la formidable diversité de la race humaine, que nous devrions chérir au lieu de la craindre et de chercher à la nier, mais aussi celle de notre environnement que nous sommes si occupés à détruire. Cette oeuvre triple porte tellement bien son nom qu'on devrait l'inscrire dans tous les programmes scolaires, la diffuser obligatoirement partout et à tous. Elle met une claque terrible à nos petits égoïsmes de privilégiés. Et puis surtout, elle ouvre immensément le coeur et permet, par-delà la distance et les différences, de se sentir relié à l'ensemble de la race humaine. Se la prendre en pleine figure, ce n'est pas facile, mais je trouve ça primordial. 

Le volume 1 parle d'amour, des femmes, de travail et de pauvreté.




Le volume 2 est consacré aux thèmes de la guerre, du pardon, de l'homosexualité, de la famille et de la vie après la mort.




Le volume 3 se penche sur le bonheur, l'éducation, le handicap, l'immigration, la corruption et le sens de la vie.



Diffusion sur France 2 le 29 septembre.

jeudi 24 septembre 2015

Ras-le-bol des loisirs créatifs


Une des sublimes créations en laine cardée d'Hine Mizushima,
si un généreux mécène cherche un cadeau à me faire...

Depuis le début de l'année, je n'ai touché ni un crochet, ni une aiguille à broder. Ce n'est pas l'envie qui me manque, ce sont les modèles inspirants. Et surtout, je ne sais plus quoi faire de mes créations. Je n'ai qu'un seul cou pour déjà une dizaine d'écharpes; deux couvertures gigantesques, ça me semble bien suffisant; les amigurumi, c'est du travail trop minutieux pour moi; et les vêtements en crochet, je trouve que ça fait atrocement mémère. Du coup, un énorme panier de laine bien trop chère pour que je me résolve à m'en débarrasser moisit près de mon lit depuis une éternité. C'est complètement idiot. 

Je ne parle même pas de la Billy de deux mètres de haut bourrée de fournitures de scrap qui, à de rares exceptions près, n'ont pas servi depuis 2008. Je m'étais dit qu'au lieu de mon agenda traditionnel, j'allais tenir un art journal en 2015, histoire d'en écluser une partie. Résultat: au lieu de les utiliser, j'en ai acheté d'autres qui convenaient mieux à mon projet. Puis, celui-ci ne tournant pas comme je le souhaitais, je l'ai abandonné au courant du mois de juin, et je me retrouve avec encore plus de fournitures surnuméraires qu'avant. 

Et encore, le crochet, la broderie et le scrap sont des activités que j'ai pratiquées avec constance pendant un laps de temps assez long pour justifier mon investissement. Mais quand j'ai voulu me mettre à fabriquer des bougies, ma première tentative a été tellement désastreuse qu'elle m'a ôté toute envie de recommencer. Les perles Hama ne m'ont pas amusée longtemps. La peinture ardoise a servi royalement une fois. L'atelier de reliure, c'était chouette, mais j'ai déjà bien trop de carnets et une fâcheuse tendance à foutre de la colle de partout. Les figurines en laine cardée, je trouvais ça super joli; alors, j'ai suivi un cours d'initiation, fait une souris assez réussie, acheté tout le matos, fait un hippo pas terrible et un hibou totalement raté. Depuis, d'énormes paquets de laine à feutrer encombrent mon buffet rouge. Je sais que je ne confectionnerai jamais d'autre figurine, mais je les garde parce que je me dis que ça peut servir pour du mixed media. Probabilité que ça me serve réellement un jour? 0,5%, à vue de nez. 

J'en ai un peu assez de ce gaspillage. Et puis, c'est très sympa de se crocheter une écharpe: le côté zen de la fabrication, la fierté de dire "C'est moi qui l'ai fait"... Mais chez Veritas, je peux acheter quelque chose d'aussi joli voire davantage pour douze euros, soit environ la moitié de ce que m'a coûté la laine de mon ouvrage. Et si je veux un objet original et de qualité, qui n'ait pas été produit par des enfants chinois honteusement exploités, des tonnes de merveilles me tendent les bras sur Etsy. 

Bref: entre mon manque de persévérance, mon attrait pour la nouveauté et mes aspirations minimalistes, j'ai décidé que le DIY, c'était fini pour le moment. Ma nouvelle marotte - les cours en ligne - a l'immense avantage de remplir mon cerveau (et quelques-uns des dizaines de carnets qui somnolaient sur mes étagères) plutôt que mon espace vital. Je vais garder de quoi faire des carnets de voyage et du journaling, parce que ça je pratique encore, et de la broderie parce que ça prend très peu de place. Tout le reste doit, d'une façon ou d'une autre, dégager d'ici la fin de l'année. 

mercredi 23 septembre 2015

"The book of speculation"


Simon Watson vit seul dans sa maison familiale du détroit de Long Island, perchée au sommet d'une falaise qui s'effrite lentement dans la mer. Ses parents sont morts tous les deux depuis des années: sa mère par noyade, son père de chagrin. Sa soeur cadette Enola travaille comme voyante dans une fête foraine ambulante et ne l'appelle que rarement. Sur le point de perdre son emploi de bibliothécaire en raison de coupes budgétaires, Simon se demande comment il va bien pouvoir financer les travaux indispensables pour sauver sa maison. 

Un jour de fin juin, il reçoit un livre mystérieux dans lequel figure le nom de sa grand-mère. Cet ancien registre de cirque raconte l'histoire de deux amants maudits: un Garçon Sauvage et une Sirène qui faisaient partie de la troupe deux siècles auparavant. Fasciné par leur histoire, ainsi que par les étranges dessins de cartes de tarot qui émaillent les pages, Simon découvre que toutes les femmes de sa famille ont une fâcheuse tendance à mourir noyées un 24 juillet. Parviendra-t-il à contrer la malédiction pour sauver Enola, qui vient de réapparaître après une absence de plusieurs années? 

Ne vous laissez pas abuser par sa couverture peu excitante: "The Book of Speculation" est un roman original à l'atmosphère étouffante juste ce qu'il faut. Nous suivons en parallèle l'histoire de Simon, de nos jours, et celle de son ancêtre Amos deux siècles plus tôt. Tous deux placés sous le signe de l'eau, les récits - dont l'un est narré à la première personne et l'autre à la troisième, ce qui permet d'instaurer la distance nécessaire avec les événements du passé - se font écho de maintes façons bien entendu pas du tout fortuites. Au fil des chapitres alternés se révèle une histoire sombre empreinte d'un fantastique subtil, qui touche à leur insu non pas une mais trois familles aux destins entremêlés. Plutôt qu'au "Cirque des Rêves" (auquel il a été défavorablement comparé pour la seule raison qu'une partie de l'action se déroule dans le milieu des forains), ce roman d'Erika Swyler m'a de par son atmosphère fait penser à ceux d'Alice Hoffman, une auteur que j'adore. Une lecture prenante.

mardi 22 septembre 2015

Autumn To Do LIst




1. Recommencer à me lever à 7h
2. Obtenir le certificat de réussite du MOOC "The science of happiness",
et boucler aussi "The science of everyday thinking"
3. Lire "Cataloging the World", "Big Magic" et "Le charme discret de l'intestin"
4. Faire une des salles de l'Escape Hunt Bruxelles
5. Trouver au moins une géocache en Hongrie
6. Prendre des photos sous l'eau aux thermes de Budapest
7. Tester un cours d'aerial yoga
8. ...Et une recette de One Pan Pasta
9. Essayer de faire pousser des pleurotes dans mon salon
10. Prendre rendez-vous chez l'ophtalmo pour mon prochain OCT
11. Faire un saut d'une journée ou deux à Paris
12. Caler un prochain passage à Toulouse
13. ...Et en prévoir un autre à Rotterdam
14. Trouver un endroit à l'étranger où fêter le Nouvel An
15. Me procurer deux jolis agendas 2016

lundi 21 septembre 2015

IL & ELLE




IL décapite ses oeufs à la coque avec un couteau.
ELLE casse le dessus avec une petite cuillère et enlève les morceaux à la main. 
Mais ILS adorent tous les deux bruncher le dimanche midi. 

IL est passionné de cinéma et s'exprime mieux avec des images. 
ELLE est passionnée de littérature et s'exprime mieux avec des mots. 
Mais ILS ont tous les deux la fibre créative et besoin de partager leur vision du monde. 

IL a une excellente capacité à replacer les choses dans un contexte plus large. 
ELLE est douée pour remarquer et fignoler les détails. 
(Et c'est assez flagrant quand on regarde leurs photos respectives.)

IL aime conduire.
ELLE déteste ça.
IL ne boit pas d'alcool.
ELLE s'est récemment découvert une passion pour les cocktails.
Du coup, ILS ne se demandent jamais qui conduira pour rentrer du dîner chez les amis qui habitent hors de Bruxelles. 

IL est bordélique. 
ELLE est maniaque. 
Mais ILS apprennent à faire des compromis pour ne pas s'entretuer. 

IL peine à distinguer les couleurs. 
ELLE doit pouvoir identifier 50 nuances de rouge. 
C'est une source d'amusement constante pour 50% de leur couple. 

IL a la cheville droite reconstruite. 
ELLE a le genou droit bousillé. 
IL fait une heure et demie de muscu dans un club de gym, tous les matins. 
ELLE peine à faire trois séances de fitness hebdomadaires à la maison. 
Mais ILS ont tous les deux pour objectif de se maintenir en forme le plus longtemps possible. 

IL est romantique. 
ELLE est terre-à-terre. 
Mais ILS sont absolument d'accord pour boycotter la Saint-Valentin. 

IL adore s'examiner longuement dans le miroir en pied du salon, plusieurs fois par jour. 
ELLE regarde sa propre tête environ dix secondes chaque matin, quand elle se débarbouille. 
En fait, ILS ont un peu tendance à inverser les rôles de genre traditionnels dans ce couple. 

IL aime les plats super épicés. 
ELLE ne les supporte pas. 
IL est accro au sucre. 
ELLE est vite écoeurée par les aliments trop doux.
IL grignote énormément. 
ELLE ne mange presque jamais entre les repas. 
Mais bien que gourmands l'un et l'autre, ILS font tous les deux très attention au contenu de leur assiette. 

IL aime l'art moderne et part du principe que toute création est art.
ELLE hait l'art moderne et considère que si ça n'est ni beau ni signifiant, ce n'est pas de l'art. 
(ILS ont eu cette conversation des dizaines de fois à la sortie d'un musée.) 

IL écoute surtout des bandes originales de films. 
ELLE est restée musicalement bloquée à la fin du XXème siècle. 
Mais ILS aiment tous les deux le rock un peu lourd genre Muse, le groupe islandais Sigur Ròs et toute la discographie d'Etienne Daho. 

IL raffole du poisson cru, surtout le thon rouge.
ELLE ne commande que des maki ou des California rolls. 
IL adore manger très épicé. 
ELLE ne supporte pas du tout. 
Mais ILS sont toujours d'accord pour se faire livrer par Sushi Shop ou un bon resto thaï.

IL prend la couleur d'une jeune pousse d'épinard au moindre trou d'air en avion. 
ELLE prend la couleur d'une jeune pousse d'épinard dès qu'elle pose le pied à bord d'un bateau. 
Du coup, il y en a toujours un pour tendre un sac à vomi à l'autre.

IL est isotherme et assez indifférent à la météo.
ELLE est super-frileuse et la pluie, le froid, le manque de lumière la font gravement déprimer.
Si bien que les matins d'hiver, IL chantonne à poil en préparant son petit-déjeuner tandis qu'ELLE grelotte avec trois pulls en rêvant à son Sud natal. 

IL a toujours le temps.
ELLE a toujours peur d'être en retard.
Il leur a fallu des années pour ne plus frôler l'incident diplomatique chaque fois qu'il y a un train ou un avion à prendre. 

IL est distrait. 
ELLE est parano. 
Ce n'est pas facile tous les jours. 

Heureusement qu'ILS sont l'un et l'autre très friands de bisous!

dimanche 20 septembre 2015

Les brèves de la semaine #37




- Mardi, je découvre sur l'esplanade du Parlement Européen le résultat du projet photo #LikeYou auquel j'avais participé cet été. Je m'attendais à ce que toute la place soit couverte de portraits; en fait, il y en a quatre ou cinq pauvres bandes scotchées au milieu. On ne peut pas dire que ce soit spectaculaire. 

- Le soir, nous testons la série "UnReal". Je tiens environ 6 minutes et demi devant le pilote; le record de rejet immédiat jusqu'ici détenu par "Scandal" est battu. 

- J'avais réussi à faire baisser ma PAL de moitié pendant l'été, mais j'ai acheté tellement de bouquins  depuis début septembre qu'elle est de retour à son niveau initial. Je suis un cas désespéré.

- Mercredi, bien que je ne sois pas du tout fan de space opera, la prémisse de "Dark matter" m'intrigue suffisamment pour me donner envie de regarder la suite.

- Jeudi, je dois ressortir mon manteau kaki pour m'aventurer dehors. Alors que l'été n'est même pas terminé officiellement. Bouhou.

- Je m'aventure jusqu'au centre de tri qui récolte les dons en nature pour les réfugiés du parc Maximilien. Et ben de chez moi, Belgica, ça prend quasiment une heure - glups. Mais j'aime beaucoup le concept des fresques écomilitantes avec plein de trucs intéressants à lire sur les murs de la station de métro!

- Expériences gintoniciennes: le mélange Boss 509 au pamplemousse rose et Schweppes au poivre rose avait l'air d'une bonne idée, et puis non.

- Vendredi midi, je fais une première expérience de cuisson de maïs au four avec les épis reçus dans le panier Cirkle de la semaine dernière: du papier sulfurisé, du sel, du poivre, un peu de beurre, on ferme la papillote et on laisse cuire 25 mn à 200°. Miam!

- Je teste Fitness Blender, un programme sur 5 jours, et manque me jeter par la fenêtre d'ennui tellement c'est répétitif.

- Le soir, en faisant nos courses hebdomadaires, nous sommes ravis de trouver enfin des pâtes d'épeautre chez Delhaize. Non seulement elles sont un peu moins chères que celles que nous achetons dans les magasins bio, mais en plus des spaghetti habituels, ils ont aussi des penne, ce qui va nous permettre de faire des gratins et des salades, voire des pastasotto!

- Samedi, nous allons passer la journée à Lille avec Philou et son amie Stéphanie, que nous n'avions pas encore rencontrée. Alors que nous testons l'escape game local, une voix lance en direction de l'écran sur lequel s'affichent les indices: "Colonel, ça prend un seul N!". Cette voix n'est pas la mienne, mais celle de Stéphanie. Je pense qu'il devrait y avoir moyen de s'entendre.

- L'escape game se révèle décevant: décor moche et intrigue ultra-linéaire, avec presque uniquement des codes chiffrés. Pour se consoler, on se tape un goûter crapuleux chez Meert. Gasparde avait raison: la religieuse abricot-amandes est tout simplement divine, et le chocolat viennois a de quoi tuer d'extase un foie un peu faiblard.

- Dans un magasin de cuirs, j'essaie un blouson coupe motard vraiment sympa, mais dont l'achat ne rentre pas du tout dans mon budget, surtout à une semaine de notre départ à Budapest. Dommage: au bout de trois ans d'utilisation intensive, mon petit perfecto Mango commence à donner des signes de fatigue!

- Dimanche, nous voulions aller voir l'expo sur la bédé belge et coréenne, mais c'est son jour de fermeture hedbomadaire. Heureusement, elle reste en place jusqu'à fin octobre; ce n'est donc que partie remise.

Bonne fin de week-end et excellente semaine à tous!

vendredi 18 septembre 2015

"The ancient magus bride"


Lors d'une vente aux enchères, Chise Hatori, jeune orpheline capable de voir les créatures surnaturelles, est acquise pour la somme considérable de £5 millions par l'étrange Elias Ainsworth. Ce magicien qui a un crâne de chèvre en guise de tête la ramène dans son manoir anglais pour faire d'elle son apprentie et, plus tard, son épouse. Malgré son apparence effrayante, il semble faire preuve d'une authentique bienveillance envers l'adolescente dont la vie a été extrêmement difficile jusque là. Il lui apprend qu'elle est une Slay Vega, et possède la capacité de stocker en elle d'énormes quantités d'énergie...

Intriguée par la couverture du tome 1, je me suis jetée sur les deux tomes actuellement disponibles de "The ancient magus bride". Bien m'en a pris, car les personnages et l'histoire sont aussi originaux et envoûtants que l'illustration le laissait supposer. Elias, ses alliés et ses adversaires se révèlent animés par des motivations complexes, jamais manichéennes. Difficile de se faire une opinion sur eux, ou à tout le moins, de la conserver plus de quelques chapitres - et c'est justement ça qui est bon! Les rencontres avec des créatures surnaturelles donnent lieu à des scènes tantôt émouvantes et poétiques (la mort du dragon islandais), tantôt fascinantes dans leur horreur (le parcours du tueur de chats). Et impossible de prévoir à l'avance ce qui va advenir de Chise et de sa drôle de relation avec Elias. Complètement séduite, j'attends la sortie du tome 3 avec impatience.

jeudi 17 septembre 2015

Premiers émois gourmands




Si j'ai assez peu de souvenirs d'enfance globalement, je me rappelle très bien mes premiers émois gourmands. J'ai encore en bouche le goût d'une tripotée des plats familiaux simples mais goûteux que préparait ma grand-mère paternelle, chargée de nous récupérer le midi et de nous garder le mercredi, ma soeur et moi. Ses beignets de courgette, ou mieux encore, de fleurs de courgette. Son omelette de pommes de terre qui ressemblait plutôt à une galette épaisse et roborative. Ses gnocchi maison aux formes inégales, dont la confection lui demandait des heures. Ses farcis à la provençale, préparés avec du corned-beef (prononcer à la française: "cornèdeuhbiffeuh"). Quand j'étais très petite, elle me servait deux plats que je semblais apprécier mais n'ai plus voulu avaler dès que j'ai compris de quoi il s'agissait: de la cervelle d'agneau et du bifteck de cheval. J'ai également renoncé dès que possible aux infâmes Savane qu'elle achetait pour le goûter du mercredi, et aux biscuits secs avec des messages écrits dessus qu'on trouvait chez elle et chez ma grand-tante. 

Chez mes grands-parents maternels, à la campagne, il y avait d'énormes faitouts de compote de pommes du verger, entreposés dans une petite pièce attenante à la cuisine qu'on appelait la souillarde. Tard le soir, avec ma soeur et ma cousine Fred, on allait en piller discrètement, en priant pour que la différence de niveau ne se remarque pas le lendemain. Je revois aussi les dessins que mon grand-père traçait avec la pointe du couteau dans le beurre des biscottes du petit-déjeuner, et les truites entières pêchées par mon père qu'on déposait grillées dans nos assiettes le lendemain midi. Je sens le goût aigrelet des griottes rouge clair gorgées de soleil, cueillies à même l'arbre et mangées par dizaines malgré les avertissements des adultes qui protestaient que ça n'était pas fait pour ça. Parfois, les enfants dont je faisais partie se laissaient convaincre de ramasser le cassis avec lequel mon grand-père confectionnait un fabuleux sirop. En revanche, je ne raffolais pas précisément de la soupe de pissenlits de ma grand-mère, et il était hors de question que j'avale la moindre caille ou autre oiseau minuscule abattu par mon père (en ce temps-là terreur de la faune locale). 

J'aimais les barres de chocolat Milka à l'emballage mauve auxquelles j'avais parfois droit pour le goûter, les jours d'école, et les boudoirs Brossard que je trempais dans mon Nesquick où ils se désagrégeaient en une fraction de seconde, ou que je collais très fort contre mon palais avec ma langue pour que ma salive les ramollisse. Je ne sais pas trop pourquoi mes parents en achetaient: ma mère n'a jamais préparé la moindre charlotte. Mais ça et les Thé Brun, c'était les deux seuls types de biscuits qui avaient droit de cité dans nos placards. Il n'y avait pas de bonbons ni d'autres sucreries à la maison - sauf, pendant les fêtes de Noël, des escargots de Bourgogne que ma mère et ma soeur faisaient disparaître à une vitesse record tandis que je les boudais et que mon père rouspétait: "La boîte est déjà vide?". Pas non plus de sodas, et très rarement de jus de fruits. Je dirais bien que c'est la raison pour laquelle les sucres rapides me laissent assez indifférente, mais ma soeur, elle, les adore; j'imagine donc que comme beaucoup d'autres choses, le goût se développe à partir d'une combinaison d'inné et d'acquis.

Et vous, quels sont les plats ou les aliments qui ont marqué votre enfance? 

mercredi 16 septembre 2015

En septembre, j'ai envie...




...de cette planche anatomique Gummi Bär admirée au Mundaneum 
(mais $64 plus $20 de frais de port, glups)
...de m'offrir un second exemplaire de ce parfait bas de pyjama
...et une parfaite cloche déco à 12€ seulement chez Hema
...de dénicher un point de vente français ou belge pour cette drogue d'origine suisse
...d'une date de sortie pour le prochain Paul
et la version française de "Fortunately, the milk"
...de lire davantage de non-fiction
...de me trouver un autre MOOC à suivre en parallèle de "The science of happiness"
dès que j'aurai bouclé "The science of everyday thinking"
(je suis intéressée par divers domaines de la psychologie, mais aussi par le développement durable 
et la biologie, surtout ce qui touche au système immunitaire)
...de voir enfin le début de la saison 6 de "Downton Abbey", la 2 de "Les revenants"
et la 3 de "Bron/Broen"
...de tester le brunch de La Quincaillerie et les dim sum de Dam Sum
...d'organiser une nouvelle troc party
...d'avoir l'incroyable talent de carnettiste de José Naranja
...d'une vraie politique d'accueil des réfugiés en Europe

mardi 15 septembre 2015

"Mr. Robot"


Sociopathe dépressif à tendance paranoïaque, Elliot Alderson travaille comme ingénieur dans une société de sécurité informatique appelée Allsafe Security. Il vit seul, ne fréquente personne d'autre que son amie d'enfance Angela et se drogue à la morphine pour ne pas perdre complètement pied. Il a également pris l'habitude de pirater son entourage et, selon ce qu'il découvre, d'agir en cyber-justicier. Un jour, il rencontre dans le métro un anarchiste connu sous le pseudonyme de "Mr. Robot", qui souhaite le recruter pour la mystérieuse fsociety dont l'objectif est de dynamiter l'économie en détruisant les infrastructures des plus grosses banques et entreprises du monde...

Nous avons dévoré cette série aussi originale qu'haletante dont la première saison comporte 10 épisodes de 45 minutes chacun. Foutre le capitalisme en l'air grâce à un immense plantage informatique, c'est un peu ce que je rêverais de faire si je n'étais pas du genre à galérer pour effectuer une pauvre mise à jour sur mon MacBook. Du coup, même si je n'ai pas toujours compris les détails de certaines opérations, j'ai pris énormément de plaisir à plonger dans l'atmosphère de guérilla technologique de "Mr. Robot", mais aussi à tenter de comprendre ce qui se passe dans l'esprit malade de son héros - l'archétype du narrateur pas fiable. S'il me semble qu'on voit venir d'assez loin la principale révélation de cette première saison, plusieurs autres événements m'ont cueillie par surprise, et jamais de façon plaisante. 

Le seul reproche que je ferais à la série, c'est que je n'ai réussi à m'attacher à aucun de ses personnages. Il n'y en a guère que deux que je trouve sympathiques et dont le sort m'importe vaguement: le patron d'Allsafe et la psy d'Elliot, deux êtres décents victimes d'une situation qui les dépasse. Tous les autres m'apparaissent comme de simples pions sur l'échiquier d'une partie dont le spectateur ne connaît ni les règles ni même les joueurs. Intellectuellement, c'est très stimulant; humainement, ça reste froid et sans accroche. Mais il est rare d'obtenir les deux choses à la fois, et cet été, j'ai déjà vu "Sense8" qui a amplement satisfait au second critère. Sur le premier tout au moins, "Mr. Robot" est carrément brillant.




lundi 14 septembre 2015

#BXLRefugees




C'est un quartier gris et froid, désert le dimanche; un quartier de tours monolithiques en verre et en acier qui suintent le fric et le pouvoir; un quartier sans âme et sans humanité qui se dresse avec arrogance vers les nuages. 

Et puis en son centre, le carré vert du parc Maximilien, îlot de vie presque incongru coincé entre deux mornes avenues. Là, à ras de terre, des centaines et des centaines de tentes se pressent les unes contre les autres. Les allées et le terrain de sport grouillent de gens qui distribuent ou reçoivent à manger, qui portent le hijab ou une chasuble jaune - parfois les deux -, qui discutent en français, en arabe, en anglais ou en néerlandais, qui ramassent les détritus, jouent au ballon, somnolent sur des matelas auto-gonflants, transportent d'énormes marmites de soupe orange, confectionnent des banderoles, démontent des palettes afin de fabriquer des meubles de fortune. Des enfants sourient, dessinent, se courent après et se font rappeler à l'ordre par leurs parents. Non loin d'écoles improvisées, un stand invite à gonfler des ballons blancs pour envoyer des messages de paix.










A première vue, le tableau paraît presque joyeux, une sorte de grande colonie de vacances un peu bordélique. Mais ses protagonistes ne sont pas venus à Bruxelles pour prendre du bon temps. La plupart d'entre eux arrivent de très loin, ont tout perdu et bravé la mort afin d'atteindre la Belgique. 

Où les pouvoirs publics refusent de les accueillir décemment. 

Dimanche matin, les bénévoles qui s'affairent sans relâche depuis quinze jours au parc Maximilien avaient dénombré 1700 réfugiés en attente de papiers et d'hébergement. La seule pseudo-solution proposée par le secrétaire d'Etat à l'Asile et à la Migration Théo Francken: 500 lits de camp dans une tour voisine, sans sanitaires, sans nourriture et sans intimité. A ce compte-là, oui, les demandeurs préfèrent rester dans leur camp remarquablement bien achalandé pour selon qu'il s'est développé en si peu de temps. 

Malheureusement, leur situation est bien trop précaire pour durer. Samedi déjà, malgré les tranchées d'évacuation creusées à la hâte par les bénévoles, les premières pluies automnales inondaient les tentes et changeaient les allées en gadoue. Bientôt, les températures vont chuter. Et les réfugiés affluent sans cesse plus nombreux chaque jour. 

Il est urgent d'agir, et les personnes qui détiennent le pouvoir ne semblent pas du tout décidées à le faire. Alors, en attendant que la situation se débloque, les réfugiés ne peuvent compter que sur les gens de bonne volonté, ceux qui acceptent de retrousser leurs manches, de donner un peu de leur temps, de leurs compétences ou de leur argent pour venir en aide à leurs frères humains. 

Soyons de ceux-là. Elevons la voix au nom de ceux que l'on n'écoute pas, que l'on refuse même de voir. 

Parce qu'en ce moment, ils n'ont que nous au monde. 





Concrètement, comment aider?
- La page Facebook de la Plateforme Citoyenne de soutien aux réfugiés publie chaque jour ses besoins précis en dons matériels, à déposer soit au parc Maximilien, soit au centre de tri de la rue François Mus (métro Belgica). 
- Les bonnes volontés sont les bienvenues au camp, de jour comme de nuit. Inutile de s'inscrire: il suffit de se présenter au point bénévoles pour y recevoir un bracelet bleu et s'enquérir des tâches à effectuer. Les gens qui parlent arabe et ceux qui possèdent des compétences médicales sont particulièrement utiles, mais une paire de bras vaillants pour trier les dons ou préparer à manger sera aussi très appréciée, tout comme les initiatives d'animation et d'enseignement.
- Sur les réseaux sociaux, pour discuter de la situation ou accompagner les photos prises au camp, utiliser le hashtag #BXLRefugees
- Ce soir à 18h, un rassemblement aura lieu au rond-point Schuman:



- Les organisations sérieuses auxquelles donner de l'argent: International Rescue Committee, Médecins du Monde, Médecins sans Frontières, la Croix-Rouge



dimanche 13 septembre 2015

"Le Tout Nouveau Testament"


Dieu existe; il habite à Bruxelles et c'est un odieux connard. Quand il n'est pas occupé à terroriser sa famille, il s'amuse à inventer des tonnes de règles débiles pour faire souffrir l'humanité. Mais un jour, la fille de Dieu en a marre. Après avoir utilisé l'ordinateur de son père pour balancer leur date de décès à tous les gens munis d'un portable, elle s'enfuit par le tambour de la machine à laver et, sur les conseils de son célèbre frère, entreprend de réunir six apôtres supplémentaires...

Je m'attendais au genre de comédie grinçante dans lesquelles Benoît Poelvoorde excelle d'habitude, et je me suis pris une bonne grosse claque. Malgré quelques passages drôles, "Le Tout Nouveau Testament" ne se distingue résolument pas par son humour. Tantôt tragique, tantôt surréaliste, tantôt poétique, tantôt cruel, tantôt émouvant, tantôt absurde, c'est un film frappé du sceau de la pure belgitude, une sorte de "Fabuleux Destin d'Amélie Poulain" qui s'interrogerait sur le sens de la vie sans prendre de gants. Avec en prime une jeune actrice formidable, Pili Groyne, une chouette BO signée An Pierlé et un générique de fin entièrement brodé au point de croix. A mon avis, on adore ou on reste tout à fait insensible - et je suis résolument dans le premier camp. 




Les brèves de la semaine #36




- Lundi, je tente un cours d'abdos sur la chaîne de fitness de Décathlon. C'est chiant et mal foutu. En plus, on peine à distinguer la voix de la prof par-dessus la musique. J'essaierai d'autres disciplines avec d'autres animateurs, mais je sens que ça va être difficile de trouver quelque chose à la hauteur des vidéos de Jillian.

- Mardi, je vais chez la dentiste pour mon détartrage annuel. Contrairement à son prédécesseur, elle ne me fait pas saigner les gencives, et elle m'épargne l'épreuve du sel pour la remplacer par un polissage au vague goût de menthe. Pour un peu, je la demanderais en mariage.

- Le midi, je mange le meilleur baba au rhum de l'univers à la Fabbrica di Marco: moelleux, parfumé, pas trop sucré, alcoolisé juste comme il faut... il est sublime. Je ne veux plus jamais prendre d'autre dessert, ici ou ailleurs.

- Je remonte prendre mon bus boulevard de Strasbourg quand j'aperçois dans la vitrine d'un magasin de brols un solitaire trapu, en terre cuite émaillée orange, qui serait absolument parfait chez moi. Je pousse la porte. Dans la boutique, une femme de mon âge examine un coussin. On se dévisage en fronçant un peu les sourcils. "On se connaît, non?" "Oui, mais impossible de me rappeler d'où." Le mystère est vite éclairci: on faisait de la danse ensemble il y a, euh, plus de 20 ans. Ou bien on est très physionomistes toutes les deux, ou bien on n'a pas beaucoup changé.

- En montant dans le bus, je pose le sac du solitaire orange à mes pieds, en me disant: "Faudra pas que j'oublie de le récupérer avant de descendre". 50 minutes plus tard, arrivée à Monpatelin, j'oublie évidemment de le récupérer avant de descendre. Bon, ben j'ai failli avoir un chouette solitaire trapu en terre cuite émaillée orange qui aurait été absolument parfait chez moi.

- Le soir, j'entame le MOOC The Science of Happiness avec beaucoup d'excitation (due en partie à ce parfait prétexte d'utiliser un joli cahier de chez Hema). Je me rends compte assez vite que le cours s'appuie beaucoup sur les recherches de Sonja Lyubomirsky, auteur de ce livre que j'avais adoré, si bien que j'ai déjà de très bonnes bases!

- Jeudi, c'est soi-disant à cause du malaise d'un passager que nous restons bloqués plus d'une heure en gare de Roissy. Sérieusement, plus d'une heure pour faire intervenir le SAMU? On a le temps de mourir cinquante fois.

- Mais exceptionnellement, quand j'arrive à Bruxelles, il fait un temps radieux, tout à fait raccord avec ma joyeuse humeur de rentrée des classes. J'ai tant de chouettes projets pour cet automne!

- Vendredi, nous retrouvons M1, M2 et Sara chez De Haus pour boire des cocktails et foutre des coques d'arachide partout. Je teste le Brooklyn Boobs (ce qui me confirme que je n'aime pas trop la Chartreuse) et le Midi à 14h (ce qui m'apprend que la confiture dans un cocktail, ça peut être une bonne idée). La musique est excellente: vieilles chansons des Stones, reprises de Leonard Cohen... Quand la faim commence à se faire sentir, nous nous traînons jusqu'à l'Ouzerie voisine où nous faisons un délicieux repas de mézés froids et chauds. C'est quand même pas mal, les soirées improvisées entre amis.

- Comme j'ai déjà fini la semaine 1 de The Science of Happiness, je m'inscris à The Science of Everyday Thinking. J'avais presque oublié à quel point j'aime étudier et apprendre (et écrire dans de jolis cahiers, au cas où je ne l'aurais pas déjà mentionné).

- Samedi matin au réveil, Chouchou se tord de douleur - son calcul rénal est en train de passer. Je lui apporte un Doliprane et une bouillotte avant d'appeler SOS Médecins. Surprise: le docteur qu'on nous envoie est un coworker de Chouchou, qui effectue une étude sur le mal de dos en vue de développer une application de prévention et de soins sur appareils mobiles. "Bon, ben maintenant, j'ai vu tes fesses, mais je dirai rien à personne", promet-il à Chouchou en rigolant.

- Le soir, nous allons boire un verre au Berger. Je ne raffole vraiment pas du nouveau Bloody Mary vinaigre balsamique-basilic: j'ai l'impression de boire une salade de tomates, et je ne sens même pas le goût de la vodka. La prochaine fois, je testerai plutôt le gin tonic concombre-poivre. Après ça, un excellent dîner au Little Tokyo, et retour à la maison à pied sous une pluie battante.

- Dimanche après-midi, nous avons prévu de nous rendre au camp de réfugiés du parc Maximilien pour donner un coup de main. Je vous en reparle plus tard.

Bonne fin de week-end et excellente semaine à tous.

vendredi 11 septembre 2015

Lire sous les draps




Malgré ma gourmandise pour les nourritures terrestres, la lecture obsessionnelle est la seule forme de véritable boulimie dont j'ai jamais souffert. Enfant, je lisais mes manuels scolaires en intégralité dès qu'on les avait récupérés à la société de prêt, fin août - et puis je m'ennuyais en classe jusqu'aux grandes vacances de l'année suivante. Je lisais dans la cour de récré pendant que les autres filles jouaient à chat ou sautaient à l'élastique. Je lisais à l'arrière de la R9 familiale, même si ça me donnait atrocement mal au coeur et que je devais m'interrompre régulièrement pour vomir dans un sac en plastique. A table, je lisais subrepticement les inscriptions au dos des paquets de biscottes ou de Thé Brun, et au dîner, je me dépêchais de finir mon assiette pour retourner dans ma chambre.

Je lisais le soir, au lieu de regarder la télé. Et après l'extinction des feux, dès que le pas de ma mère s'était éloigné dans le couloir, je me hâtais d'allumer ma lampe de poche et de me fourrer sous les couvertures pour reprendre ma lecture là où je l'avais interrompue. Combien d'heures j'ai passées à transpirer à grosses gouttes sous ma tente improvisée, en pleine canicule estivale! Combien de fois ma soeur a grogné et menacé de me dénoncer quand on dormait dans le même lit chez mes grands-parents! Combien de paquets de piles R6 j'ai dû sacrifier sur l'autel de mon addiction! Mais impossible de m'arrêter avant de savoir comment Michel Strogoff allait mener sa mission à bien après que les méchants Tartares lui avaient brûlé les yeux, ou si les trois mousquetaires (qui étaient quatre) allaient réussir à sauver l'honneur de la reine en récupérant ces foutus ferrets. 

Souvent, je m'usais les yeux ainsi jusque bien après minuit, et j'avais beaucoup de mal à me lever le lendemain. Je me demande si cette habitude n'est pas responsable du dérèglement de mes rythmes biologiques et des insomnies qui m'ont pourri la vie quasiment jusqu'à la quarantaine. Alors maintenant, je suis raisonnable: je lis toujours beaucoup, mais quoi qu'il arrive, j'éteins ma lampe à une heure du matin. Et je ne me planque plus sous les draps que pour échapper à des moustiques ou des souris assoiffées de sang d'orteils. 

jeudi 10 septembre 2015

Summer To Do List: bilan




1. M'inscrire à un MOOC sur la pensée positive
C'est fait depuis début juillet, même si les cours ont commencé seulement avant-hier.
Taux de réussite: 100%; taux de satisfaction: en attente!

2. Confectionner un beau colis pour le swap Perfect Strangers
C'est fait; j'en ai parlé icihttp://leroseetlenoir.blogspot.fr/2015/07/swap-perfect-strangers-de-oh-comely.html.
Taux de réussite: 80%; taux de satisfaction: 50%

3. Ouvrir un compte Vimeo pour regarder le show de Jillian Michaels
C'est fait. Quelques semaines plus tard, le show était disponible sur iTunes. Si j'avais su...
Taux de réussite: 100%; taux de satisfaction: 50%

4. Observer un mois de no buy en juillet
Finalement, ça n'a pas été nécessaire comme je l'expliquais ici.
Taux de réussite: 0%; taux de satisfaction: N/A

5. Bruncher au Marcel Burger Bar à Bruxelles
Pas trouvé l'occasion, ni la motivation à vrai dire.
Taux de réussite: 0%; taux de satisfaction: N/A

6. Aller voir "Vice-versa", "Tomorrowland" et "Mr. Holmes" au cinéma
C'est fait pour "Vice-Versa" et "Mr. Holmes", que nous avons adorés tous les deux. Je n'avais pas mis les pieds dans un cinéma depuis le début de l'année, mais là, je n'ai pas regretté mes places à plus de 10€. Par contre, nous avons manqué de réactivité pour "Tomorrowland" qui est sorti d'affiche avant que nous ne nous décidions à aller le voir. Nous nous rattraperons plus tard.
Taux de réussite: 66%; taux de satisfaction: 100%

7. Tester un escape game avec ma soeur et mon beau-frère
C'est fait, et même doublement, comme je l'ai raconté ici et là.
Taux de réussite: 200%; taux de satisfaction: 100%

8. Courir deux fois par semaine
9. Perdre encore 3 kilos
10. Faire une séance de photos de fitness
Trois objectifs contrecarrés par la canicule aussi bien à Bruxelles qu'à Toulon ou à Toulouse. J'ai profité du beau temps pour sortir et marcher plus que d'habitude, mais je n'ai fait de vrai fitness que deux fois par semaine en moyenne. Résultat, à peine moins un kilo sur la balance. J'espère retrouver ma motivation avec le retour de températures plus clémentes.
Taux de réussite: 10%; taux de satisfaction: N/A

11. Prendre rendez-vous chez le dentiste et la dermato pour l'automne
C'est fait. Je suis allée chez le dentiste avant-hier, et j'ai rendez-vous chez la dermato en octobre pour un contrôle grains de beauté + brûlage de trois moches verrues brunes.
Taux de réussite: 100%; taux de satisfaction: 100%

12. Passer un samedi à Anvers
Finalement, nous avons plutôt opté pour Mons. Mais bon, Anvers ne va probablement pas disparaître dans les mois à venir; nous aurons sûrement une autre occasion!
Taux de réussite: 0%; taux de satisfaction: 100%

13. Réserver des billets d'avion pour Budapest fin septembre
C'est fait, et pour 120€ par personne, ce n'était vraiment pas la ruine: dans le meilleur des cas, un aller-retour Bruxelles-Toulon en train me coûte aussi cher et dure nettement plus longtemps! Nous avons également réservé un chouette appart Airbnb hyper coloré et deux escape games. Avec un peu de géocaching et beaucoup de trempette dans les nombreux thermes locaux, ça devrait donner un séjour très agréable.
Taux de réussite: 100%; taux de satisfaction: 100%

14. Proposer des enveloppes-mystère sur le blog
C'est fait. J'ai eu 25 inscrites très vite, si bien que j'ai dû clôturer l'opération beaucoup plus tôt que prévu. Apparemment, mes correspondantes ont aimé ce que je leur ai envoyé, et elles ont à leur tour mis de la gaieté dans ma boîte à lettres au fil des semaines. Merci à Annelise, Debby, Elodie, Elise, Stéphanie, Shermane, Marylise, Aurélie, Hélène, Zéphine, Méghane, Sabine D, Pascale, Taz, Margot,  Clarisse, Pauline et l'expéditrice anonyme dont l'enveloppe contenait des mini-PostIt éléphants roses. Certaines autres participantes m'ont prévenue que leur enveloppe partirait plus tard; par contre, si vous m'avez déjà envoyé la vôtre et que votre nom ne figure pas sur la liste ci-dessus, je crains malheureusement qu'elle ne se soit perdue en chemin!
Taux de réussite: 100%; taux de satisfaction: 75%

15. Changer ma bannière
C'est fait depuis début juillet.
Taux de réussite: 100%; taux de satisfaction: 100%

mercredi 9 septembre 2015

"Un doux pardon"


Hannah Farr est une personnalité en vue de la Nouvelle-Orléans, une animatrice télé dont l'émission quotidienne est suivie par des milliers de fans. Côté coeur, elle file depuis deux ans le parfait amour avec Michael Payne, le maire de la ville. Mais sa vie toute tracée va être bousculée par deux petites pierres. 
Ces "pierres du Pardon" connaissent un immense succès aux Etats-Unis. Le concept est simple: si vous avez quelque chose à vous faire pardonner, il suffit d'envoyer une lettre d'excuse à la personne que vous avez blessée, accompagnée de deux pierres. Si cette personne accepte vos excuses, elle vous renvoie l'une des deux. 
Bien inoffensives à première vue, les pierres du Pardon vont pourtant forcer Hannah à replonger dans son passé, celui-là même qu'elle avait soigneusement mis de côté depuis de nombreuses années, et toutes les certitudes de sa vie vont être balayées comme un château de cartes...

J'avais vraiment bien aimé "Demain est un autre jour", le premier roman de Lori Nelson Spielman, et même si le sujet m'interpelait moins à première vue, je me suis quand même laissée tenter par le second. Je n'ai pas été immédiatement emballée: difficile de m'identifier à une trentenaire obsédée par son apparence et dont le but premier dans la vie est de se faire demander en mariage. Et puis cette histoire de pierres du Pardon, je trouvais ça super cucul. Mais plus l'histoire avançait, et plus j'étais surprise par les secrets assez affreux que cachaient les personnages principaux, par leurs répercussions horribles et irréparables. Je pensais lire un bouquin feel-good, et en fait, pas du tout. 

Au final, il y a bien une morale positive: confesser ses turpitudes soulage et permet de repartir sur de bonnes bases. Mais même sans tenir compte du fait que je ne suis pas vraiment d'accord avec le principe (parfois, avouer une faute sert juste à se faire du bien sans tenir compte du mal qu'on va infliger à la personne d'en face), je n'ai pas apprécié la façon dont l'auteur boucle son récit, un peu hâtivement et sans éclaircir un point crucial. D'un côté, elle prône la vérité à tout crin, et de l'autre, elle conclut qu'il existe des choses qu'il vaut mieux ne pas chercher à savoir? "Bonjour, vous avez appelé la logique? Désolé, elle est aux abonnés absents."

Pourtant, "Un doux pardon" a réussi à me toucher suffisamment pour que je le lise tout entier en l'espace d'un après-midi et d'une soirée. J'ai aimé le fait qu'Hannah, si lisse en apparence, vive avec un secret aussi lourd depuis son adolescence, tout comme sa vieille amie Dorothy qui semble pourtant la bienveillance incarnée. Cette dernière affirme qu'on naît tous avec une certaine quantité de bougies: chaque fois qu'on fait du mal à quelqu'un, l'une d'elles s'éteint; chaque fois qu'on fait une bonne action, une autre s'allume. Et le but, c'est de quitter cette vie en laissant derrière nous plus de lumière qu'il n'y avait à notre arrivée. Une philosophie qui pourrait sembler bien commode (on peut commettre toutes les horreurs qu'on veut du moment qu'on compense plus tard!), mais qui dit surtout qu'aucun être humain n'est un ange, qu'on peut nuire sans en avoir eu l'intention et que l'essentiel, c'est de faire de son mieux dans l'ensemble. 

mardi 8 septembre 2015

Où je règle mes comptes avec Minnie Mouse



Hier soir, je bouquinais paisiblement sur mon canapé quand, à la limite de mon champ de vision, j'ai cru voir un éclair brun traverser mon tapis. J'ai poussé un petit cri étranglé et mis quelques secondes à jeter un regard prudent à la ronde. Pendant les dix minutes qui ont suivi, je me suis convaincue que j'avais halluciné, que mon imagination me jouait des tours. 

Puis une petite souris est tranquillement sortie de derrière le comptoir de ma cuisine, est restée plantée sur le carrelage blanc deux ou trois secondes histoires de bien s'assurer que je l'avais repérée, et a de nouveau battu en retraite hors de ma vue. Je pense avoir poussé un gémissement dans un registre sonore habituellement réservé aux chauve-souris. 

La bestiole a réitéré son manège encore deux fois, tout tranquillement comme si elle me narguait. A ce stade, pour éviter un incident cardiaque qui n'aurait été découvert que lorsque les voisins, alertés par l'odeur de décomposition émanant de mon appartement, se seraient décidés à appeler les pompiers, j'ai jugé préférable de battre courageusement en retraite dans ma chambre en mezzanine où s'est engagé un passionnant débat intérieur.

Ma Raison: Oui, parce que monter quelques marches va suffire à te mettre hors d'atteinte. Au-delà du deuxième étage, c'est sûr, l'air deviendra trop rare pour ce monstre redoutable. 
Ma Panique: Ta gueule. Je vais m'enrouler bien serré dans le drap, tête y comprise; comme ça, elle ne pourra pas me mordre et me refiler la Peste Noire. 
Ma Raison: Tu as raison: le monstre redoutable a très probablement déclaré une vendetta personnelle contre tes orteils. Mieux vaut encore t'empoisonner au monoxyde de carbone, ce sera plus rapide et moins douloureux. 
Ma Panique: C'est... c'est quoi ce bruit de meuble déplacé que j'entends à l'étage de dessous? 
Ma Raison: Certainement pas un voisin peu respectueux de la tranquillité des autres. Je penche plutôt pour un rongeur élevé au Banania et salarié chez les Déménageurs Bretons. 
Ma Panique: Moque-toi. Je te signale que si on se fait grignoter dans notre sommeil, tu y passes avec moi. 
Ma Raison: Pour qu'il y ait sommeil, il faudrait déjà que tu te décides à t'endormir. Tu t'es couchée avant minuit, et là, on approche des 2h30 tellement tu gamberges. Tu penses qu'une nuit blanche va améliorer ton jugement déjà si affûté?
Ma Panique: M'en fous, demain matin, je sors les pièges que j'avais achetés en juin
Ma Raison: Pourquoi pas maintenant? Si ça pouvait te convaincre de nous laisser fermer un oeil...
Ma Panique: Tu veux que je lise un mode d'emploi d'au moins 3 lignes AU BEAU MILIEU DE LA NUIT?
Ma Raison: *gros soupir*
Ma Panique: ...Putain, faut que j'aille faire pipi. 

Cette nuit-là, j'ai dû descendre aux toilettes pas moins de quatre fois, les pieds chaussés de pantoufles d'hiver en moumoute rose vif, en allumant toutes les lumières de l'appartement, en jetant des regards soupçonneux autour de moi, en dévalant les marches de la mezzanine et en courant dans le couloir (bien fait pour le voisin du dessous) à l'aller comme au retour. 

Ce matin, j'ai sorti un piège, lu le mode d'emploi, glissé un bout de Lindt noir à la fleur de sel dans le fond (apparemment, le bon vieux gruyère ne fait plus recette: il faut utiliser du chocolat ou du beurre de cacahouète!) et installé le tout au pied du comptoir de ma cuisine. Puis je suis partie chez le dentiste en priant pour retrouver le piège vide à mon retour: je n'avais aucune envie de devoir le trimballer bien fermé jusqu'à 400 mètres de chez moi pour pouvoir relâcher son contenu gigotant sans risque qu'il revienne aussitôt.

Quand je suis rentrée de chez le dentiste, le piège était vide. Je me suis enfermée dans mon bureau pour commencer à bosser sur le MOOC The Science of Happiness qui démarrait aujourd'hui. Quand je me suis prudemment aventurée jusqu'à la cuisine pour dîner, le piège était vide. Je suis retournée dans mon bureau, j'ai skypé avec Chouchou et commencé à rédiger ce billet. Et au moment où j'allais conclure que le piège était toujours vide et que j'espérais qu'il le resterait, j'ai entendu un premier petit bruit sec, suivi par une série d'autres petits bruits plus frénétiques. Je me suis dit: "Merde, elle est dedans".




Je me suis approchée de la cuisine sur la pointe des pieds. Oui, elle était dedans. J'ai pris une photo de loin. Puis je me suis accroupie avec un peu le coeur dans la gorge, et je me suis forcée à la regarder. Elle était... minuscule, plutôt jolie et complètement affolée. J'avais lu qu'il ne fallait pas laisser les souris trop longtemps dans ce genre de piège, car le stress pouvait les tuer, ou bien elles pouvaient réussir à ronger le plastique pour se libérer. Je n'ai pas pris le temps de me changer: j'ai juste enfilé les premières chaussures qui se présentaient, soulevé le piège très délicatement en coinçant la porte avec mes doigts, et je suis sortie dans les rues obscures de Monpatelin à 21h45, en pyjama corail et bottines léopard. 

J'ai fait deux fois la distance prescrite, juste au cas où, et aussi parce que je ne voulais pas relâcher la bestiole trop près d'une autre habitation. Arrivée en bordure d'un champ, j'ai posé le piège par terre et j'ai soulevé la porte. La souris a mis quelques secondes à se rendre compte qu'elle pouvait sortir. Puis elle s'est retournée, a hésité un instant sur le seuil du piège et détalé d'un coup - sans même emporter mon bout de Lindt noir à la fleur de sel, l'ingrate. Les fourrés ont bruissé sur son passage. Après, le calme est revenu, et je suis rentrée chez moi avec mon pyjama corail, mes bottines léopard et mon piège vide qui avait rempli son office. 

Je n'ai plus aussi peur des souris. 

Mais quand même, je vais remettre le piège en position dans la cuisine, juste au cas où Minnie Mouse aurait des frangines dans le coin.