dimanche 29 novembre 2015

Française



Suite aux attentats du 13 novembre et à la mise en oeuvre de l'état d'urgence en France, on a beaucoup parlé de patriotisme - une notion qui m'a toujours plongée dans la plus grande perplexité. Je ne suis pas fière d'être française parce que je n'ai aucun mérite à l'être. Ce n'est ni un choix ni un accomplissement de ma part. Seul le hasard m'a fait voir le jour dans ce pays. Moi, je n'y suis pour rien - pas plus que dans le fait d'être fille de fonctionnaires ou d'avoir les yeux noisette, mettons.

Est-ce que je me réjouis d'être née ici plutôt qu'en Afghanistan, en Syrie ou dans à peu près 90% des autres pays de la planète? Bien sûr que oui! Et je me sens solidaire de la communauté au sein de laquelle je vis; j'ai fait du bénévolat dans plusieurs associations caritatives et toujours scrupuleusement payé mes impôts. Mais l'identité française, ça ne me parle pas: j'y vois au mieux un portrait folklorique (bérét-baguette-bistro), au pire, une appropriation nationaliste puante. La culture française, j'en prends et j'en laisse. La politique française, ça fait un moment déjà que je l'ai désavouée en bloc. L'Histoire française - parfois glorieuse et parfois bien dégueulasse -, je n'y ai pas participé. Le mode de vie français, sorti du principe admirable de laïcité (dont nous n'avons pas l'apanage) et la présence en boulangerie de pain décent, je ne vois pas bien en quoi il est censé consister. 

Je n'ai pas honte quand on commet au nom de la France des exactions auxquelles je n'ai pas participé et que je désapprouve de toutes les fibres de mon être: je suis dument consternée, point. Je ne suis pas non plus fière quand une de nos équipes sportives gagne une médaille; sa victoire peut éventuellement me faire plaisir, mais elle ne m'appartient pas. Ce n'est pas moi qui ai tapé dans le ballon! Oui, j'ai été façonnée par le fait de grandir en France plutôt qu'ailleurs: dans aucun autre pays je n'aurais pu développer une telle propension à la râlerie et à la rébellion de principe. Mais j'ai aussi été façonnée par mes voyages à l'étranger qui m'ont appris qu'on pouvait avoir d'autres points de vue et faire les choses différemment - pas mieux ni plus mal, juste différemment. Si j'éprouve parfois un sentiment d'appartenance, ce n'est pas à un pays, mais à la race humaine tout entière.

De manière générale, je me méfie des cases toutes faites dans lesquelles on cherche à me ranger, des profils auxquels on voudrait me faire adhérer aveuglément. Etre française, pour moi, c'est comme être une femme: une donnée de base qui m'a été imposée, pas un kit identitaire façon Ikea - un truc fourni avec une notice de montage dont je ne pourrais pas dévier d'un iota. Je me suis construite de bric et de broc, en piochant à droite à gauche ce qui me correspondait le mieux: les expériences, les goûts, les opinions et les valeurs. Du coup, la Marseillaise, ça ne me touche absolument pas. Et les appels à ma fibre patriotique atrophiée, non plus. Je ne suis sensible qu'aux gestes de solidarité, aux initiatives bienveillantes, aux actions individuelles posées indépendamment de toute notion de drapeau - juste parce que l'Autre est notre frère humain, quel que soit le pays inscrit sur son passeport ou sur le nôtre.

Et vous, ça signifie quelque chose pour vous, être français(e)? Si oui, quoi? Ce n'est pas une question-piège, je suis sincèrement curieuse de votre point de vue. Par contre, il va sans dire que les commentaires trop virulents voire injurieux seront supprimés sans remords. 

Les brèves de la semaine #46




- Bien que Chouchou trouve ça un peu mou, le test de "Jessica Jones" est concluant. Après ses rôles d'écervelée fofolle dans "Veronica Mars" et "Gilmore girls", c'est assez bizarre de voir Krysten Ritter en héroïne sombre et tourmentée, mais elle s'en sort très bien!

- Lundi, Facebook me suggère que je pourrais connaître mon ex et avoir envie de le demander en ami. Que répondre? "En effet, je le connais, et c'est justement pour ça que je n'ai surtout pas envie de le demander en ami"? Ou encore: "Non merci, je suis déjà assez déprimée en ce moment"?

- Mercredi matin, je vais faire mon marché dans le centre de Monpatelin. Il y a un nouveau caviste, auquel je me dépêche d'acheter une bouteille de Tariquet; ma fleuriste ne me fait pas payer ma botte de renoncules jaunes parce que deux des têtes sont abîmées, et ma pharmacienne piétine allègrement les règles de la Sécu afin de me donner assez de Lutényl pour tenir jusqu'en janvier. J'aime les commerçants de mon village. 

- Comme je rentre chez moi après avoir fait mes courses, je suis contactée par une jeune femme du service clientèle de ma banque qui fait un sondage pour savoir si je suis satisfaite des services qui me sont fournis à titre professionnel, ainsi que de ma relation avec ma conseillère. L'expression "fléau lâché à la face du monde" est employée dans la conversation qui suit. J'espère que c'est assez clair.

- La nuit, le vent se déchaîne et fait un raffut monstre qui, combiné à mes angoisses, me tient éveillée jusqu'à 4h30. Ensuite, avec une vivacité intellectuelle que m'envient les mollusques du monde entier, je me souviens que j'ai des boules Quiès dans ma table de chevet. 

- Jeudi, j'apprends que "Ici" de Richard McGuire, que j'ai traduit, vient de remporter le prix de la meilleure bédé de l'année 2015 décerné par le magazine LIRE. Je n'y suis pas pour grand-chose, mais ça me fait quand même super plaisir!

- Pendant l'assemblée générale de copropriété, le ravalement de la façade de ma résidence (coût estimé: dans les 4200€ pour mon appart', sauf si on rajoute les volets, auquel cas il faudra compter pas loin de 5000€) est voté pour 2017. Je finis de rembourser mon crédit immobilier début 2018. Depuis le temps que ça traîne, je suis vraiment dégoûtée qu'on n'ait pas attendu un an de plus.

- Vendredi, après maintenant 2 ans d'abstinence, j'ai envie d'une box surprise. Le thé, en période de Noël, il ne faut pas trop y songer: tout va être bourré de cannelle. Alors, j'opte pour la maxi-boîte d'Hortense, création d'une jeune entrepreneuse belge sympathique dont j'ai déjà testé les produits à ma grande période "box". Je profite également des frais de port gratuits chez Pulpe de Vie en ce Black Friday pour me commander leur mousse nettoyante que j'ai super envie de tester.

- Pour me convaincre de faire une séance de fitness, je dois me promettre 1/ un bain chaud quand j'aurai terminé 2/ une assiette de fromage et de raisin blanc arrosé de Tariquet en guise de dîner. Je deviens chère à auto-soudoyer, moi.

- A une heure du matin, au lieu de dormir, je suis en train de tenir une conversation hilarante sur Facebook avec IsaScully, Maminoupik, Fabulus et, par intermittence, PPLC qui est à un concert (si j'ai bien tout compris). Ceci est un authentique revival de l'ex-forum du fan club des *biiiiip*, à l'époque où nous avions des goûts musicaux de merde mais encore un seul menton par personne.

- Samedi matin, je me pointe à la gare de Monpatelin à 11h. Une voix féminine onctueuse m'annonce que le prochain TER pour Toulon passera dans 8 minutes. Au bout d'un quart d'heure d'attente, je me lève et vais consulter l'affichage électronique. Mon TER a purement et simplement disparu. Tout comme celui d'après, d'ailleurs. Et bien entendu, sans la moindre explication orale ou écrite.

- Cela ne m'empêche heureusement pas de passer quelques heures délicieuses avec Gaby. Nous commençons par déjeuner chez Marco où je déguste de sublimes saccottini au gorgonzola, à la poire et aux noix, puis un dolce ricotta-poire, le tout arrosé d'un verre de Falanghina. Après ça, nous dévalisons Contrebandes, puis descendons jusqu'à la Fnac et faisons un crochet infructueux par Le carré des mots. Je finis mes achats du swap Perfect Strangers (un foulard tacheté de doré chez Camaïeu, un set de 3 miniatures de crème pour les mains dans une jolie boîte métallique chez L'Occitane), puis nous allons reprendre des forces à La Théière où nous papotons un long moment, elle devant un chocolat chaud à l'amande, moi devant un thé 3 Empires, avant de nous séparer ravies. A refaire!

- En rentrant chez moi, je commets l'erreur de lire une récente interview de Marion Maréchal-Le Pen à côté de qui ma banquière n'est qu'un fléau de catégorie Poussin, et qui risque malheureusement fort de devenir la prochaine présidente de la région PACA. J'avais passé un super après-midi, me voilà de nouveau avec la tension à 26.

Bonne fin de week-end et excellente semaine!

jeudi 26 novembre 2015

Giving thanks




Ca faisait très longtemps que je ne m'étais pas sentie aussi déprimée, sans plus de foi en l'avenir que ce soit à titre individuel ou global. Et franchement, je déteste ça. Alors, comme aujourd'hui c'est Thanksgiving aux Etats-Unis, j'ai eu envie (malgré les origines consternantes de cette fête) de recenser tout ce pour quoi j'étais reconnaissante plutôt que de continuer à focaliser sur ce qui me manquait. 

Je suis reconnaissante...
...que personne dans mon entourage n'ait été touché par les récents attentats. 
...d'être globalement en bonne santé. 
...d'arriver encore, pour le moment, à vivre de mon métier de ces vingt dernières années.
...que l'activité free lance de Chouchou commence enfin à prendre son essor.
...pour plus de 9 ans d'une relation parfois orageuse mais si riche et pleine de sens. 
...que ma soeur m'ait appelée avant-hier et mon beau-frère le lendemain matin. 
...qu'ils aient envisagé de me faire la surprise de venir à Bruxelles pour le Nouvel An, même si ça ne sera pas possible en fin de compte. 
...que l'opération de ma mère se soit bien passée et qu'elle retrouve peu à peu sa mobilité. 
...pour le ciel presque invariablement bleu de ma région natale. 
...pour la bienveillance et la gentillesse de mes amis. 
...pour la familiarité réconfortante des commerçants de Monpatelin (et l'ouverture récente d'un caviste dans la grand-rue!). 
...pour la bouffe italienne sublime de Marco qui me met toujours les papilles en joie.
...pour le canapé du Berger, ses chouettes cocktails et sa bonne musique.
...pour les belles histoires de Humans of New York et le blog de Baptiste Beaulieu, deux endroits sur internet où je retrouve un semblant de foi en l'humanité.
...pour ma capacité salutaire à m'évader dans un bon roman quand tout va mal. 
...pour les cartes postales et autres "vrais" courriers inattendus qui me font chaud au coeur. 
...pour l'enthousiasme systématiquement rencontré par les activités que je propose sur mon blog.
...d'avoir eu depuis début janvier autant d'occasions de pratiquer des escape games, que j'adore. 
...qu'il y ait autant de cours formidables disponibles gratuitement sur internet.
...d'avoir su évoluer dans le bon sens au cours d'une année pourtant très difficile.
...d'avoir connu Yal, même si sûrement pas assez. 

Finalement, la liste est longue. 
Et vous, pour quoi êtes-vous reconnaissants malgré tout en cette fin d'automne? 

mercredi 25 novembre 2015

Parfois, juste un peu, ça compte vraiment beaucoup




Franchement, je m'étais préparée à me retrouver coincée à Bruxelles. Ou alors, à atteindre Toulon, mais avec trois heures de retard. Et je me serais encore estimée heureuse d'arriver vivante et en un seul morceau. 
Ouais, j'ai beau crâner et faire comme si de rien n'était, je suis légèrement traumatisée par les attentats de Paris et le lockdown bruxellois. Ca fait dix jours que je dors super mal et que je passe mon temps éveillée à imaginer des scénarios catastrophe tous plus horribles les uns que les autres. J'arrive à me faire chialer toute seule, c'est d'une connerie...
Bref. Hier matin, je me suis pointée à la gare du Midi une heure avant le départ de mon train, tellement je m'attendais à ce que ce soit un bordel innommable. 
En fait, les halls étaient quasiment déserts. Il y avait plus de policiers et de militaires que de passagers. Pour la première fois, j'ai mis environ quinze secondes à acheter mon sandwich chez Panos au lieu des dix minutes habituelles. J'ai fait un bisou à Chouchou (qui m'avait accompagnée en voiture, vu que le métro ne circulait toujours pas) en essayant de ne pas écouter la petite voix dans ma tête qui me disait: "Si ça se trouve, c'est la dernière fois que tu le vois". Je lui ai fait promettre de m'envoyer des petits mots toute la journée pendant mon absence. Puis il est parti. J'ai montré mon titre de transport, ma pièce d'identité, ouvert mon sac et ma valise, remercié les agents pour leur service, et je me suis retrouvée avec trois quarts d'heure à tuer avant l'heure officielle de départ de mon TGV. 
Je crois qu'il s'est ébranlé avec deux minutes d'avance. 
Pendant tout le début du trajet, j'étais super crispée. Je me disais: "S'il se passe quoi que ce soit, tu es cuite. Aucun moyen de t'échapper ou de te planquer." Dans ma paranoïa, j'ai recensé les enfants de ma voiture (seulement deux, moins de 5 ans pièce à vue d'oeil), et calculé que si on entendait tirer à l'autre bout du train, en faisant très vite, on avait juste le temps de les cacher derrière les valises dans les nouveaux porte-bagages au sol pour qu'eux au moins soient sauvés. 
C'était riant dans ma tête, je vous raconte même pas. 
(Ah si, en fait, je suis en train.) 
(En train. Ha ha.)
(Humour ferroviaire.)
Comme Bruxelles puis Paris s'éloignaient, j'ai commencé à me détendre un peu. Je suis allée au wagon-restaurant me chercher un Earl Grey et une mousse au chocolat au prix de la truffe blanche. J'ai lu un premier roman qui connaît un très gros succès en librairie, et que j'ai trouvé pas terrible. J'ai repéré, dans le carré en diagonale à mon siège, un jeune couple qui voyageait avec un British Shorthair bleu de cinq ou six mois à vue de nez, terriblement mignon. J'ai été prise d'une folle envie de l'enlever et de m'enfuir en courant avec, mais j'ai résisté. J'ai entamé un second roman que j'ai tout de suite adoré, et dont j'ai dévoré les 250 premières pages. 
Un peu après Marseille, mon téléphone a sonné. C'était Seb et Gaby. "On est dans le centre de Toulon, tu veux qu'on vienne te chercher pour t'emmener chez toi en voiture?" J'ai dit: "C'est gentil, mais vous êtes sûrs que ça ne vous dérange pas?" "Mais non enfin, avec tout ce qui se passe en ce moment!". J'ai accepté avec gratitude.
Pour la première fois en trois ans, mon TGV est arrivé à l'heure à la gare de Toulon. Et un quart d'heure plus tard, Gaby me déposait chez moi avec environ une heure et demie d'avance sur mon horaire habituel. J'ai remercié tout plein. 
Et je me suis dit qu'au milieu de toutes ces horreurs, il restait une multitude de petits miracles comme celui-là. Les miracles de la solidarité, de la bienveillance, de l'amitié, de l'entraide. Des mains spontanément tendues dans le noir, qui chassent les ténèbres juste un peu. 
Mais parfois, juste un peu, ça compte vraiment beaucoup. 

mardi 24 novembre 2015

Avec Bongo, j'ai testé pour vous: l'Airspace Indoor Skydiving de Charleroi


Il y a quelques années, Chouchou m'avait offert pour mon anniversaire un coffret Bongo grâce auquel nous avions tous les deux sauté en parachute au Skydive Center de Spa - une expérience inoubliable. Plus récemment, j'ai appris qu'il existait des simulateurs de chute libre permettant de recréer les sensations du saut sans devoir se taper les vingt minutes de montée en altitude dans un tout petit avion empestant le gazoil, et je trouvais l'idée tellement chouette que je l'avais inscrite dans ma liste d'objectifs pour 2015. Alors, quand j'ai été contactée par Bongo pour tester leurs nouveaux coffrets - disponibles depuis le début du mois de novembre, avec un design amélioré et une date de validité de 2 ans au lieu d'un jusqu'ici -, et que j'ai vu que le simulateur de chute libre figurait parmi la très longue liste des activités proposées, je me suis mise à faire des bonds dans mon salon en poussant des couinements assez peu dignes. Dès que je me suis calmée, j'ai répondu un énorme OUIIIIIIIIIIIIIIII! Puis je me suis empressée de réserver.




Le samedi 24 octobre, Chouchou et moi nous sommes donc rendus à l'Airspace Indoor Skydiving de Gosselies, tout près de l'aéroport de Charleroi. A l'accueil, on nous a annoncé que nous aurions droit à trois fois deux minutes de chute libre, et remis un bracelet de couleur désignant notre groupe de passage, ainsi qu'un jeton à échanger contre une consommation au bar. En attendant notre tour, nous avons pu observer les gens qui nous précédaient, et notre impatience n'a fait que grandir, parce que ça avait l'air vraiment fun. Entre les groupes de débutants, moniteurs et autres professionnels profitaient du simulateur pour s'entraîner et faire des démonstrations aux clients émerveillés. A les regarder, ça avait l'air si facile! (Spoiler: c'était une impression trompeuse.)






Notre tour venu, nous avons été appelés avec les autres membres de notre groupe dans la salle de briefing où notre instructeur suédois Johannes nous a expliqué les bases et passé une vidéo de quelques minutes montrant la manière d'entrer et de sortir du simulateur, ainsi que la position à adopter pour voler et les signaux utilisés pour communiquer à l'intérieur - un peu comme en plongée sous-marine. Puis nous sommes allés nous équiper: une combinaison (tellement serrée pour moi que j'ai eu peur de l'exploser en m'asseyant), des bouchons d'oreille, des lunettes transparentes et un casque. Enfin, nous sommes entrés dans le sas et nous sommes placés en file indienne pour passer chacun à notre tour. Le temps dans le simulateur est chronométré et tout s'enchaîne à la seconde près... 





La grosse surprise, c'est de constater combien il est difficile de rester stable et à une hauteur raisonnable du sol. Les bras doivent être écartés, les jambes légèrement repliées, la tête tenue bien haut... Tout cela force pas mal sur les lombaires - bien que la seule contre-indication pour cette activité soit de s'être déjà déboîté une épaule. Il y avait dans notre groupe une petite fille de six ou sept ans, un garçon d'une dizaine d'années, mais aussi un monsieur d'un certain âge et d'un poids pas négligeable. Donc, pas la peine d'être un athlète pour faire de la simulation de chute libre. Par contre, c'est super, super crevant. Même si nos six minutes chacun sont passées très vite, avec une montée en spirale guidée par Johannes au dernier passage, nous étions complètement lessivés en ressortant! Et les deux jours qui ont suivi, j'avais tout le tonus d'une palourde. 





(En rentrant à la maison, j'ai piqué un énorme fou-rire à la vue des photos de mes vols. La soufflerie par en-dessous, avec des bonnes joues et une face hilare, me fait une tête absolument atroce - alors que Chouchou, lui, est barbu et digne sur tous ses clichés. Injustice, je crie ton nom.)

Niveau sensations, non, ce n'est pas comme un saut en parachute. Je crois que rien ne peut remplacer le vrai vent d'altitude dans la figure et surtout la vision du monde déployé en contrebas. Et puis, même pour un simple "baptême", il faut constamment faire attention à sa position et lutter pour la maintenir, ce qui est beaucoup plus dur que de se laisser tomber comme une pierre accroché à l'instructeur. Pourtant, je trouve l'activité intéressante en soi, d'abord pour les gens qui ont le vertige ou peur de l'avion et qui peuvent ainsi goûter quand même aux joies de la chute libre. Ensuite, le danger est inexistant et le temps passé à s'équiper très court, ce qui permet de profiter au maximum de l'expérience. Enfin, en simulateur, la météo n'est jamais un problème, et on ne se gèle le fondement à aucun moment! J'ajoute que nous avons été super bien accueillis à l'Airspace Indoor Skydive, et très impressionnés par l'organisation impeccable des vols.  




Bon, maintenant, il est tout à fait possible que vous ne soyez pas fan d'activités aériennes ou de sports extrêmes. Qu'à cela ne tienne: il existe des coffrets Bongo à thème "Gourmandises", "Parenthèse de douceur", "Rendez-vous gourmand", "Tentations à deux", "Brasserie" ou "Sauna et bulles". Et puis toutes sortes de formules axées sur l'évasion l'espace d'un week-end: pittoresque, au bord de l'eau, en amoureux... Franchement, c'est impossible de ne pas y trouver son bonheur, ou de quoi faire plaisir à un proche, à partir d'une vingtaine d'euros seulement. Pour la liste complète, c'est ici, et on peut même commander en ligne! 

lundi 23 novembre 2015

Belges, je vous ♥︎


On ne peut pas dire que le week-end ait été folichon. Pour ma part, je n'ai pas mis les pieds dehors - moins parce que j'angoissais que parce que tout était fermé à Bruxelles, y compris le musée où nous voulions aller voir une expo. Chouchou s'est aventuré dehors trois fois: pour aller faire sécher une lessive à la laverie, pour aller faire du sport à son club évacué le vendredi matin, et pour se rendre à vélo à une réunion de travail. Moi, j'ai lu, j'ai écrit et j'ai tenté de ne pas trop ruminer, mais le succès n'a pas été foudroyant. Je dois descendre à Toulon mardi et ça ne me plaît pas du tout, premièrement de devoir passer par la gare du Midi et rester six heures assise dans un train, deuxièmement de laisser Chouchou seul dans des circonstances pareilles. Bref, j'étais d'humeur plutôt morose hier soir sur le coup de 23h, quand Chouchou a éteint son ordinateur pour aller se coucher. Pendant qu'il s'affairait dans la salle de bain, j'ai fait un dernier tour sur le site de La Libre et sur Twitter, et je me suis mise à hurler. 

De rire. 

Depuis 19h, d'importantes opérations policières étaient en cours du côté de la Grand-Place et peut-être aussi ailleurs. Les médias ne reliaient rien, et les réseaux sociaux non plus, pour une bonne raison: les autorités avaient réclamé un silence absolu afin de garantir la sécurité des intervenants et la réussite des coups de filet. Or, non seulement les Belges sont plus disciplinés que les Français, mais ils ont aussi un sens de l'humour délicieusement surréaliste. Au lieu de s'obstiner à poster des infos dangereuses, ils ont noyé le hashtag #BrusselsLockdown avec... des photos de chats. Des chats coiffés de demi-pastèques évidées en guise de casque. Un chaton roux qui lève les pattes devant un pistolet brandi. Des chats vautrés par terre qui roupillent, parfaitement indifférents. Des chats fascinés par un écran d'ordinateur. Un chat en train de se limer les griffes d'un air agacé. Mais aussi, des improvisations sur le thème "je vous montre ma chatte". Bernard Minet. Des jeux de mots hilarants. Une fausse pub de lessive: Le Chat contre Dash. Ca et là, un tigre, un panda roux, une petite chèvre ou même une poule. Un déchaînement d'absurdité et de drôlerie, entrecoupé parfois d'un "Je ne comprends rien, c'est quoi, tous ces chats?". Même les principaux journaux s'étaient mis au diapason et affichaient des matous à l'air ahuri. 



On s'est tellement marrés dans notre lit, Chouchou et moi, que j'ai senti s'envoler la chape de plomb qui pesait sur mes épaules depuis une dizaine de jours. A cet instant, j'ai vraiment aimé les Belges, capables de faire face aux menaces non pas avec la fronderie ouverte des Français, mais avec un humour dévastateur qui n'appartient qu'à eux. 

Les opérations se sont soldées par l'arrestation de 16 terroristes présumés, dans différents quartiers de la capitale mais aussi à Charleroi. Pendant la conférence de presse qui a suivi, les autorités ont remercié les médias et la population d'avoir aussi bien suivi les consignes. Aujourd'hui, l'alerte de niveau 4 est maintenue à Bruxelles, mais j'ai le coeur un peu plus léger. Cette ville est pleine de Belges. Ca va bien se passer. 

(Si vous n'avez pas Twitter, vous pouvez toujours jeter un coup d'oeil à l'article en ligne du Monde.)

dimanche 22 novembre 2015

Les brèves de la semaine #45




- Je râlais de n'avoir pas vu "The age of Adaline" au cinéma, parce que l'histoire d'une femme qui a cessé de vieillir et qui se trouve obligée de refaire sa vie tous les dix ans, c'était une idée de base très prometteuse. Au final, ça donne une romance d'une niaiserie et d'une prévisibilité confondantes. Et non, même les abdos ciselés de Michiel Huisman ne rachètent pas cette horrible bouse. Je suis bien contente d'avoir économisé 10€. 

- Mardi, je reçois les coordonnées et le mot de présentation de ma partenaire du swap Perfect Strangers, une Anglaise de 28 ans prénommée Kim qui me contacte aussitôt par mail. Nous commençons à discuter. Elle semble très enthousiaste et adore le chocolat - Dolfin, me revoilà!

- Mercredi, je lâche mon boulot un peu plus tôt que prévu pour aller dès 16h30 faire la queue chez Brüsel Flagey, où Boulet dédicace à partir de 17h. Bien m'en prend: à 16h30, Boulet est déjà là et en train de dessiner, avec une file d'une dizaine de personnes devant lui. Entre 16h40 et 16h45, il débarque environ une trentaine de fans dans la librairie. Glups. Moi, je ressors avec mon "Par bonheur, le lait" orné d'un pirate à 17h tout pile. Youhou!

- Du coup, je file au Berger bouquiner devant un cocktail. Chouchou me rejoint à 18h30, et nous tentons de profiter du buffet italien malgré les hordes de pique-assiette - ces gens que je ne vois jamais là les autres jours, mais qui le mercredi soir se ruent sur les plats et prennent 5 exemplaires de tout sans se soucier d'en laisser pour les autres.

- Jeudi matin, Anne M. signale sur Facebook qu'elle ne parvient pas à trouver près de chez elle deux références d'aquarelles bien précises dont elle a besoin. Comme je dois passer chez Schleiper pour autre chose, je propose de les lui prendre s'ils les ont en stock et de les lui envoyer par la Poste. Je suis toute contente de pouvoir rendre un petit service à cette illustratrice dont j'adore le travail.

- L'après-midi, donc, je brave la pluie battante pour aller marcher et faire quelques courses. Premier arrêt: un magasin Mobistar, afin de recharger mon portable à carte. En essayant de payer, je m'aperçois que mon abrutie de banquière a annulé, non pas ma Visa pro comme convenu, mais ma Visa perso. Et me voilà tremblante de rage, rentrant chez moi au pas de course pour laisser un nouveau message écumant sur le répondeur de mon agence. Dès que cette histoire est enfin réglée, je demande à changer de conseiller.

- Apéro à la Belladone pour les 40 ans de Luvan. Gasparde et moi arrivons pas mal en avance, ce qui nous laisse le temps de siffler un cocktail et de descendre un truc à grignoter en papotant de nos soucis de santé chroniques ou du fait qu'en cas d'attentat, on ne veut pas que nos amoureux nous sauvent la vie au prix de la leur: on préfère mourir avec eux. Une prochaine fois, on discutera poneys et paillettes.

- Vendredi matin, alors que Chouchou finit à peine son échauffement, sa salle de sport (située à deux pas du Parlement Européen) est évacuée en raison d'une alerte à la bombe.

- L'après-midi, je fais quelques courses pour mon swap dans un centre-ville envahi par les policiers et les militaires: de la papeterie et une boule à thé en forme d'oiseau chez Hema, un ornement de Noël chez Maisons du Monde... Je résiste à deux bouquins chez Waterstone's, mais pas à deux fromages anglais chez Marks & Spencer - et dans la soirée, tentée par Laurie, je me commande ce bel ouvrage au concept irrésistible.

- Samedi, quand je me réveille, Bruxelles est en état d'alerte terroriste maximale. Le métro ne circule pas, et beaucoup d'établissements seront fermés aujourd'hui. Bon, ben on va annuler la visite de l'expo qu'on comptait aller voir et rester sagement au chaud chez nous. On a du thé, de quoi se faire à manger, et plein de travail (Chouchou) ou de critiques de livres à rédiger (moi).

- Ah, tiens. En plus, il neige.

- Malgré la présence de George Clooney, "Tomorrowland" m'ennuie encore davantage que "The age of Adaline". (Oui, je suis difficile en films.)

- Je ne sais pas si on peut avoir un cheese crush, mais si oui, le Blacksticks Velvet - lait de brebis, pâte persillée - est actuellement le mien.

- Dimanche, je manque tellement d'inspiration et de motivation qu'au lieu de me mettre à écrire ou de lancer une vidéo de fitness, je range un milliard de petits trucs en souffrance dans l'appart'. Evitement, quand tu nous tiens.

- En fin d'après-midi, Chouchou a une réunion de boulot; à son retour, nous testerons probablement "Jessica Jones", nouvelle série Netflix qui met en scène une héroïne un peu dark de l'univers Marvel.

Continuez à prendre soin de vous...

vendredi 20 novembre 2015

Comme dans une chanson de Renaud




Cet après-midi, je suis allée faire quelques courses pour mon swap dans le centre de Bruxelles. Les rues grouillaient de flics en gilet pare-balles, de militaires Famas à la main au milieu des chalets de Noël et des dorures des galeries Royales. Ca m'a laissé un goût amer dans la bouche. Je me suis offert une tarte au citron meringuée chez Méert; elle était très bonne mais à peine terminée, j'ai eu une violente envie de la vomir. 

On ne peut pas dire qu'elle aura été transcendante, cette année 2015. Commencée par les exécutions chez Charlie Hebdo, terminée par le massacre du Bataclan. Entre les deux, la mort de Yal, ma mère qui déraille de plus en plus, un éloignement grandissant avec ma famille, le boulot qui se raréfie, les voyages auxquels il faut renoncer, l'incertitude grandissante de l'avenir, l'impression que mes projets ne se réaliseront jamais. Tout cela actuellement amplifié par l'arrivée de la mauvaise saison et la perspective de fêtes où je serai clouée à Bruxelles et devrai bosser deux fois plus que d'habitude. 

Je ne suis pas du genre à baisser les bras ni à voir le verre à moitié vide, mais la lassitude me gagne peu à peu. Je ne deviens pas tant zen que résignée à ce que désormais, les choses ne fassent qu'empirer - les gens par disparaître, ma situation matérielle par se dégrader, le climat européen par devenir de plus en plus violent et instable. 

Je suis fatiguée.

jeudi 19 novembre 2015

Escape Hunt Bruxelles: "Kidnapping à l'Opéra"




Ouvert depuis Noël dernier, Escape Hunt Bruxelles, branche locale d'une franchise qui compte une quarantaine d'établissements similaires à travers le monde, propose 3 scénarios de niveaux différents jouables en simultané sur 8 salles: Bombe au Palais Royal (débutant), Le vol du Manneken Pis (intermédiaire) et Kidnapping à l'Opéra (avancé). Samedi après-midi, nous avons testé cette dernière avec le Rock'n'roll bunny et son amoureux, qui découvraient les escape games à l'occasion. Sans spoiler le jeu, disons que la décoration et les énigmes étaient axées sur le thème assez original de la musique en général et de l'opéra en particulier, et que nous avons réussi à sortir en 55' 20", alors que 90% des équipes n'y parviennent pas avant la fin du chrono. 

La raison, malheureusement, n'est pas notre génie collectif mais plutôt le fait que le jeu était très linéaire et pas très riche d'après notre expérience de vieux routards de l'escape game, à Chouchou et à moi: nous avions déjà eu affaire à pratiquement tous les "mécanismes" et n'avons été surpris que par l'ultime point avant la sortie. Il y avait très peu de fouilles à effectuer, ce qui est avantageux si l'on vient juste en couple, mais ennuyeux pour une équipe plus nombreuse. Bref, malgré le taux de réussite étonnamment bas, je ne recommanderais pas ce scénario à des joueurs chevronnés, même si des débutants pourraient l'apprécier malgré tout. Les indices éventuels ne sont pas donnés par un écran, mais au moyen d'un téléphone, et les joueurs peuvent en réclamer eux-mêmes s'ils pataugent, ce qui doit éviter frustration et découragement pour une première expérience de ce type. 

Points positifs: d'abord, les organisateurs se sont montrés très ouverts à nos remarques (contrairement à ceux de l'escape game lillois testé en septembre, dont les MJ nous ont limite accusés de crétinerie quand nous leur avons fait remarquer qu'une de leurs énigmes prenait de trop de place dans le jeu et surtout était complètement tirée par les cheveux). Ils ont dit qu'ils travaillaient constamment à améliorer leurs scénarios, et aussi que nous aurions sans doute davantage apprécié Le vol du Manneken Pis dont les mécanismes sont plus originaux - c'est noté. Ensuite, l'accueil est très sympathique, dans une grande et belle pièce décorée de façon cosy avec de beaux tapis et des tas de canapés ou fauteuils confortables. Après chaque partie, les organisateurs offrent à boire aux joueurs, et ceux-ci peuvent se faire prendre en photo déguisés en Sherlock Holmes célèbre détective du XIXème siècle. 

En résumé, si Chouchou et moi n'avons que modérément apprécié, c'est surtout parce que nous commençons à être très difficiles en matière d'escape games. Les débutants devraient être conquis par la machinerie bien rodée d'Escape Hunt, le côté luxueux de l'accueil et la possibilité de jouer à plusieurs équipes en parallèle sur la même énigme. 

Rue de Livourne 13-15
1060 Bruxelles

mercredi 18 novembre 2015

Faire-part de naissance: "L'annexe"




J'y pensais depuis longtemps. C'est désormais chose faite: j'ouvre "L'annexe", un blog dédié uniquement à mes lectures. 
Vous y retrouverez mes critiques passées, qui resteront consultables sur "Le rose et le noir". En revanche, mes nouvelles critiques et les futurs concours pour gagner des livres paraîtront exclusivement là-bas, mais seront signalés ici dans la colonne de droite.
La création de "L'annexe" sert un quadruple objectif:
- Elle allègera "Le rose et le noir", dont je crains parfois qu'il ne devienne trop touffu avec plus d'une parution par jour en moyenne depuis une grosse dizaine d'années. Les lecteurs qui ne sont pas intéressés par mes critiques de livres y gagneront une meilleure visibilité, tandis que ceux qui apprécient essentiellement mes critiques pourront s'épargner mes états d'âme! 
- Elle permettra une meilleure organisation de mes critiques, avec notamment des tags par thème; ainsi les différents billets seront-ils plus faciles à retrouver dans les archives. Et si vous avez aimé un livre que j'avais recommandé, vous pourrez désormais chercher d'autres ouvrages similaires d'un simple clic.
- Elle m'incitera, je l'espère, à augmenter d'un cran le niveau de mes critiques, avec un texte plus détaillé, des photos personnalisées et des extraits choisis. 
- Elle me donnera une légitimité pour démarcher des éditeurs et solliciter des services de presse en tant que blog axé 100% littérature. 
Comme toujours, ici ou à "L'annexe", les suggestions et avis constructifs sont bienvenus dans les commentaires. 

mardi 17 novembre 2015

"La balade des pas perdus"


A sept ans seulement, Millie Bird a déjà vu beaucoup de Choses Mortes qu'elle consigne dans un cahier. Le numéro 28, c'était son père. Peu de temps après, sa mère laisse la fillette dans un grand magasin en promettant de revenir bientôt la chercher. Mais les jours passent sans qu'elle réapparaisse. Puis Millie croise la route de Karl le Dactylo, un octogénaire veuf qui a fui sa maison de retraite en emportant une collection de touches tiret volées sur des claviers d'ordinateur, et d'Agatha Pantha, une vieille voisine acariâtre qui n'a pas mis les pieds hors de chez elle depuis la mort de son mari, six ans auparavant, et dont la seule distraction consiste à engueuler les passants pour un oui ou pour un non. Ensemble, tous partent à la recherche de la maman de Millie en semant une belle pagaille sur leur passage...

Brooke Davis a écrit "La balade des pas perdus" pour exorciser la mort de sa propre mère; c'est sûrement pour ça qu'elle parvient à traiter le sujet du deuil de manière aussi juste et poignante. Mais si son roman tord souvent le ventre, il fait aussi beaucoup sourire et même rire aux éclats. De rencontres émouvantes en actes de délinquance spontanés, le road trip foutraque des trois héros prend des allures de voyage initiatique qui fait découvrir la vie à la fillette et en rend le goût aux deux vieillards. Bien que déçue par la fin un peu abrupte, j'ai adoré cette histoire si grave et si légère à la fois - et gagné au moins dix points de Quotient Emotionnel en la lisant. 

"Peut-être que le jour où tu rends ton dernier soupir, tu reconnais tout, tes souvenirs et tes pensées et les choses que tu regrettes de ne pas avoir dites et celles que tu aimerais ne pas avoir dites et les images dans ta tête des volutes de café chaud et l'expression de ton père juste avant de mourir et la sensation de boue entre tes doigts et le vent quand tu descends la colline en courant et la couleur de toute chose, pour toujours." 

"Chacun sait que nous avons tous un visage qui pleure, de même que nous avons tous un visage qui jouit, mais ceux-là se trouvent sur la liste des Visages Que Personne Ne Voit. Chacun sait que tout le monde se masturbe et pleure, et nous nous parlons en respectant ce contrat implicite, nous tenons des conversations avec ce mur transparent entre nous: Je ne me masturbe pas et je ne pleure pas non plus, je ne me masturbe pas et je ne pleure pas non plus, je ne me masturbe pas et je ne pleure pas non plus, mais comme en réalité je le fais, je sais que vous le faites aussi parce que nous sommes tous pareils. 
Il avait vu Evie avec un visage qui pleure. Visage qui jouit. Visage de terreur. Visage de mort. Est-ce donc cela, l'amour? S'arrêter de faire semblant? Etre capable de dire à une autre personne: Je me masturbe, je pleure, j'ai peur, je meurs?"

lundi 16 novembre 2015

"The Science of Happiness"




Début septembre, j'ai commencé mon premier cours en ligne, consacré à "La Science du Bonheur". Il s'agi d'étudier les facteurs qui permettent d'être heureux sous un angle à la fois biologique et social. Les cours se présentent sous la forme huit modules hebdomadaires, explorant chacun un sujet précis à base d'articles écrits et de vidéos enregistrées par les instructeurs du Greater Good Science Center, à l'université de Californie. Pour contrôler l'acquisition des connaissances, il y a un QCM chaque semaine et deux examens plus longs, un au milieu et un à la fin, qui portent la durée totale du cours à dix semaines. 

Contrairement à "The Science of Everyday Thinking" dont j'ai déjà parlé ici, "The Science of Happiness" est un MOOC qui ne reste pas disponible plusieurs mois d'affilée; les participants doivent le suivre au rythme de mise en ligne des modules. Par contre, c'est un cours récurrent, avec une nouvelle session chaque trimestre - donc, si vous êtes intéressé, vous pouvez toujours vous inscrire à celle qui démarre le 5 janvier! Comptez 4h d'étude par semaine pour faire le minimum prescrit, et un peu plus si vous voulez explorer davantage certains sujets. L'inscription est gratuite, mais si vous voulez obtenir un certificat de réussite officiel à la fin, il vous en coûtera US$50. Un niveau d'anglais correct est nécessaire, sachant que toutes les vidéos sont retranscrites par écrit si vous vous sentez plus à l'aise en lecture qu'en compréhension orale. 

Les sujets abordés au fil des semaines sont les suivants: le pouvoir des connexions sociales, la compassion et la gentillesse, la coopération et la réconciliation, la pleine conscience, les habitudes mentales, la gratitude, les nouvelles recherches et la manière de déterminer les pratiques les plus appropriées pour soi. En gros, la première moitié du cours est tournée vers l'extérieur et le rapport aux autres, tandis que la seconde se recentre sur l'univers intérieur de l'individu. Après avoir abondamment expliqué chaque facteur permettant de contribuer au bonheur, les instructeurs proposent aux élèves d'essayer divers exercices assez connus dans le domaine de la pensée positive, comme tenir un carnet de choses pour lesquelles ils sont reconnaissants. 

Souvent, je me suis aperçue que c'était les sujets qui m'intéressaient le moins à la base et les exercices qui me rebutaient le plus qui s'avéraient le plus utiles dans la pratique. Par exemple, le module sur la réconciliation m'a aidée à lâcher prise sur ma rancune par rapport à plusieurs incidents et personnes qui ont autrefois été importantes dans ma vie - et ça m'a fait un bien fou. Le module sur la compassion m'a enfin permis de comprendre comment je peux avoir aussi peu d'empathie et être quand même nettement plus altruiste que la moyenne. Le module sur les connexions sociales m'a appris que j'avais un style d'attachement dit "évitant", alors que les gens vraiment heureux sont ceux qui ont un style d'attachement dit "sécure", et ça m'a incitée à revoir mes rapports avec mon entourage. La plupart des sujets abordés figuraient déjà dans ce livre de Sonja Lyubomirsky dont j'avais chanté les louanges à l'époque où je l'avais lu (cette chercheuse est d'ailleurs l'une des intervenantes du MOOC), mais j'avoue qu'ils ont eu beaucoup plus d'impact sur moi cette fois, sans doute parce que j'avais pas mal avancé sur mes réflexions personnelles entre-temps. 

Dans l'ensemble, le matériel de "The Science of Happiness" est vraiment passionnant et tout à fait accessible au grand public. Je déplore toutefois deux choses: d'abord, les vidéos de Dacher Keltner et Emiliana Simon-Thomas sont chiantes à mourir. Bien que je ne doute pas une seconde de leurs compétences, ils parlent face caméra devant un fond neutre, et c'est aussi peu engageant que possible, surtout comparé aux énormes efforts de production de "The Science of Everyday Thinking" avec lequel je ne pouvais m'empêcher de faire une comparaison constante. Ensuite, les examens sont très mal fichus: souvent, les réponses étaient si évidentes que je répondais (tout juste) aux QCM avant d'avoir visionné le matériel correspondant. Les questions ne sollicitent pas du tout la faculté de raisonnement des élèves, juste leur mémoire et leur capacité à se souvenir de formules restituées telles que dans le cours. Pour résumer mon avis sur "The Science of Happiness", je dirais que le fond est absolument passionnant mais que la forme laisse franchement à désirer. Ce qui est fort dommage. 

dimanche 15 novembre 2015

Les brèves de la semaine #44




- Lundi, je m'inscris au swap Perfect Strangers, en espérant qu'on m'attribuera une correspondante qui jouera davantage le jeu que la dernière fois! 

- "Je me réconcilie avec toi, dit Lady Edith à la garce olympique Lady Mary, parce que tu es ma soeur et qu'un jour, nous serons les seules à nous rappeler de Sybil, de Papa et Maman, de Granny, de Carson et Mrs Hughes et de tous les gens qui auront peuplé notre jeunesse, et que ces souvenirs partagés deviendront plus importants que notre antipathie mutuelle." Downton Abbey, c'était sans doute ton meilleur épisode en 6 saisons, et la tirade qui m'a le plus émue.

- Le truc cool sur Amazon, c'est que si tu laisses un commentaire négatif sur le bouquin d'un auteur très connu et très apprécié, tu te prends immédiatement une rafale de Votes Non Utiles qui te font dégringoler dans le classement. Vu qu'il n'y a rien à gagner même pour les contributeurs du Top 100, je ne vois pas bien pourquoi je m'abstiendrais de dire que j'ai trouvé tel ou tel ouvrage complètement nul.

- Mardi, je passe le final exam de The Science of Happiness et termine avec un score global de 90%. J'ai beaucoup de choses à dire sur ce MOOC, mais cela fera l'objet d'un article séparé.

- Après l'affreux coup de fil à ma banquière, je m'en vais piller le rayon bouffe de Marks & Spencer. Butin du jour: une jolie boîte métallique pleine de shortbreads, une chicken pie à partager avec Chouchou demain, un morceau de fromage orange et bleu, un bocal de sauce tomate-gorgonzola. La prochaine fois, je teste le repas indien pour deux.

- Le soir, nous dînons chez les 2M avec Sara et Pierrot, au son d'un vieil album vinyle appelé "I hate the capitalist system" dont le titre m'a tapé dans l'oeil. Je dois devenir sentimentale en vieillissant, parce que les moments entre amis me semblent de plus en plus précieux.

- Mercredi, je tombe sur la critique d'une série de fantasy que j'ai traduite il y a fort longtemps, et qui me cite comme "l'excellente Armalite". Généralement, les rares fois où on parle de notre boulot, c'est pour le descendre en flèche; donc, ce billet me met en joie.

- Jeudi, j'appelle ma mère depuis Paris. Elle a subi une angioplastie lundi, est rentrée chez elle hier et ses horribles douleur à la jambe des derniers mois semblent avoir déjà disparu. Merci la médecine moderne.

- Vendredi, j'essaie le bain dissolvant Sephora spécial paillettes. Je suis sceptique à la base, mais je dois avouer que ça marche pas mal du tout, même si le contact de la boule râpeuse au fond du tube de mousse est un poil perturbant.

- Le soir, vers 22h30, je m'apprête à me coucher quand, faisant un dernier tour sur Facebook, je découvre que tous mes amis parisiens sont en panique ou occupés à signaler qu'ils vont bien. Suspendus aux directs de Libération et du Monde, Chouchou et moi n'éteignons finalement la lumière que trois heures plus tard. La dernière fois que nous avions veillé ainsi en attendant des infos, c'était pendant l'élection présidentielle américaine de 2008.

- Samedi matin, nous sommes encore sous le choc, mais nous avons de la chance: aucun de nos proches ne fait partie des victimes d'hier soir. Je dois m'autoriser un chocolat chaud + croissants pour le petit-déjeuner environ une fois par an, et aujourd'hui, ça me semble bien. Chouchou ce héros se dévoue pour aller à la boulangerie. Rarement viennoiseries auront été aussi appréciées.

- L'après-midi, nous faisons un escape game avec Soleana et son monsieur hackeur de porte dissimulée, puis je vais prendre un thé au Comptoir Florian avec Gasparde pendant que Chouchou rentre travailler. J'ai dit que je dois devenir sentimentale en vieillissant, parce que les moments entre amis me semblent de plus en plus précieux?

- Le soir, besoin de comfort food: nous testons la boîte-repas indien pour 2 personnes de chez Marks & Spencer. Hé ben, pour seulement 12€, ça le fait très bien - merci pour le tuyau, Mlle Mars!

Je vous souhaite une douce fin de week-end.

Je refuse




Je refuse de laisser ma colère (qui est grande) prendre le pas sur ma tristesse (qui est immense). 

Je refuse de prêter l'oreille aux commentaires nauséabonds des cadres du FN et des fachos de tout poil qui se sont empressés de récupérer l'événement alors que les corps des victimes n'avaient même pas encore refroidi. 

Je refuse de considérer que les réfugiés font partie du problème: bien avant les Parisiens, ils ont été les victimes de ces fous sanguinaires, chaque jour pendant des années, au point de finir par braver tous les dangers pour quitter leur pays.

Je refuse de jouer le jeu de l'EI en sombrant dans une haine qui corrobore leur guerre fantasmée entre l'Islam et l'Occident. 

Je refuse de laisser ma peur me paralyser. Je suis bien trop angoissée pour prendre des risques inutiles, mais je ne vivrai pas dans l'attente permanente des prochains attentats; je ne m'empêcherai pas d'aller où je veux, de faire ce que bon me semble, ni surtout de revendiquer les valeurs qui sont les miennes. 

Je refuse de cesser de vivre sous prétexte que des illuminés peuvent me faire sauter n'importe quand ou m'abattre sans sommation. 

Surtout, je refuse de penser que le monde est un endroit pourri et l'humanité une race à jeter. La beauté est partout et la bonté aussi; c'est juste que l'horreur frappe davantage le regard et la cruauté davantage l'imagination. 

Aujourd'hui comme tous les autres jours, j'écrirai ici ce que j'ai sur le coeur; je raconterai un tas de bêtises et je posterai des photos d'animaux mignons sur Facebook; j'irai m'acheter des fleurs sur le marché Flagey; je préparerai un gâteau pour le goûter et je mettrai des poivrons corne-de-boeuf à rôtir dans le four; je boirai des litres de thé et j'irai faire pipi dix-sept fois; j'allumerai une bougie parfumée pour réchauffer un peu une soirée d'automne; je donnerai des bisous à mon amoureux et je me blottirai sous une couverture pour regarder un film avec lui; je me mettrai au lit avec un bon livre et après avoir éteint la lumière, je passerai en revue dans ma tête toutes les choses pour lesquelles je suis reconnaissante. 

Aujourd'hui un peu plus que les autres jours, j'aurai conscience que la vie est courte, précieuse, et qu'il faut en savourer chaque minute. 

Prenez soin de vous et des vôtres. 

vendredi 13 novembre 2015

Huit heures et vingt minutes à Paris




Bilan de ma journée à Paris: 
- Une mini-crise cardiaque en voyant le prix des originaux de Benjamin Lacombe à la galerie Daniel Maghen; après réflexion, je trouve ça chouette que des artistes arrivent encore à susciter ce genre d'intérêt auprès des gens qui ont des sous! 
- Un achat surprise: je ne m'attendais pas à ce que le tome 3 des Vieux Fourneaux sorte ce jour-là, mais impossible de résister quand je l'ai vu chez Album. 
- Un renoncement à contrecoeur: après tests du Scandal de Marc Jacobs et de l'Investigator de MAC au Sephora des Champs-Elysées, je dois me rendre à l'évidence - le rouge à lèvres violacé quasiment noir qui me fait envie me durcit les traits et souligne le flou grandissant du bas de mon visage. Pffff. 
- 2 tablettes de chocolat Dolfin (cuberdon et babelutte) livrées chez mon nouvel éditeur dans le cadre de la Promotion Internationale des Gourmandises Belges, et accueillies avec le ravissement approprié. 
- Un très chouette lunch dans un resto asiatique dont je n'ai même pas regardé le nom, et le temps qui passe beaucoup trop vite en bonne compagnie - mais j'ai peut-être converti une personne de plus à "Bron/Broen" et aux escape games!
- Une trilogie de thrillers australiens à ajouter à mes futurs plannings de boulot. 
- Un énorme coup de coeur pour l'expo Hey! Act III à la Halle saint-Pierre; il était interdit de prendre des photos et je le regrette vraiment, car il y avait des oeuvres magnifiques qui m'ont énormément parlé. J'ai acheté le catalogue, mais ce n'est pas pareil du tout: les photos ont subi un traitement vintage qui aplatit complètement les couleurs par lesquelles j'ai été séduite "en vrai". 
- Un goûter avec Shermane à la pâtisserie-librairie Une souris et des hommes, qui fabrique sur place de très beaux et très bons gâteaux à accompagner de thés du Palais des Thés (leur brunch semble hyper sympa aussi). 
- Une adorable créature à mi-chemin entre tanuki et raton-laveur, rapportée en souvenir du Japon. 
- Une descente à La Dimension Fantastique, dont je suis ressortie avec un manga déprimant, un roman steampunk dont je n'avais jamais entendu parler, un Cthulhu qui brille dans le noir et un Sherlock violoniste
- Beaucoup trop peu de temps sur place et pas la possibilité de voir tous les gens que j'aurais aimé voir. Il faut vite que je cale un prochain passage début 2016. 



Mad Tea Party: Benjamin Lacombe expose son Alice au Pays des Merveilles




Hier, j'ai profité d'un passage éclair à Paris pour me rendre à la galerie Daniel Maghen où Benjamin Lacombe expose, jusqu'à demain soir, les originaux réalisés dans le but d'illustrer une nouvelle édition française d'"Alice au pays des merveilles". Le livre sortira le 2 décembre, juste à temps pour faire un bon cadeau de Noël, mais c'était très agréable d'admirer les magnifiques toiles de l'artiste, ainsi que quelques poupées et vêtements d'enfants inspirés par l'univers de Lewis Carroll. Les oeuvres sont joliment mises en scène avec une nappe imprimée et une profusion de tasses à thé. A moins d'avoir quelques milliers d'euros à dépenser, on évitera en revanche de regarder les étiquettes de prix - d'autant que la plupart des toiles sont déjà vendues. On prolongera plutôt le plaisir des yeux en admirant, sur le mur d'en face, les originaux d'une autre publication de Benjamin Lacombe: "Marie-Antoinette: Carnet secret d'une reine", et dans le fond, ceux du récent "Facéties de chat". 








47 quai des grands Augustins
75006 Paris
Métro Saint-Michel
Ouvert de 10h30 à 19h

jeudi 12 novembre 2015

La conseillère qui ne conseillait pas




Ca faisait un mois que je courais figurativement derrière ma banquière pour obtenir des informations dont j'ai besoin dans le cadre d'un prochain changement de statut du compte que j'utilise à titre professionnel. En l'espace de cinq semaines, j'avais envoyé six ou sept fois les mêmes questions par mail pour n'obtenir que deux réponses. La première: "Ne vous en faites pas, nous avons le temps". La seconde, quinze jours plus tard, alors que je commençais à m'énerver, contenait la réponse à une seule de mes questions et ignorait superbement toutes les autres. Je ne réclamais pourtant rien de bien compliqué: un lien vers le formulaire en ligne qui doit répertorier les modalités de fonctionnement de mon futur nouveau compte, et une date pour procéder au basculement de carte Visa associée, sachant que c'est galère parce qu'il faut d'abord annuler l'ancienne puis en produire une nouvelle, si bien que je resterai huit jours sans moyen de paiement dans le meilleur des cas (celui où la nouvelle carte arrive pile poil pendant que je suis à Monpatelin). 

Donc, après trois semaines supplémentaires de silence malgré mes relances hebdomadaires, j'ai essayé de contacter quelqu'un d'autre. Pas de bol, mon agence étant toute petite, il n'y a qu'une seule conseillère, et ma banque ne possède pas de service client à proprement parler. J'ai fini par décrocher Skype pour appeler la conseillère-qui-ne-conseille-que-dalle. Je suis tombée sur son répondeur, et j'ai laissé un message très sec, dont le ton montait de plus en plus au fur et à mesure que je m'énervais toute seule à mon bout de la ligne, et que j'ai conclu par un aigre: "En espérant que cette fois, vous daignerez ENFIN apporter des réponses à mes questions!". 

Entendons-nous bien, je n'ai pas insulté ni menacé cette dame, juste exigé de manière assez désagréable qu'elle se décide à faire son boulot. Je ne crois pas que c'était déplacé de ma part. Pourtant, ça a fichu le reste de ma journée en l'air. J'étais tellement retournée d'avoir dû en arriver là que j'ai reporté la sortie-plaisir à laquelle je comptais occuper le reste de mon après-midi, tourné en rond chez moi pendant une bonne heure à ranger un truc ou l'autre, et fini par sortir mais uniquement pour faire des courses utilitaires, comme si je cherchais à me punir de ne pas être restée plus digne, plus maîtresse de moi-même - de ne pas avoir trouvé une manière civilisée de résoudre ce problème relationnel. 

Certes, j'aurais pu "scripter" mon coup de fil avant de le passer; cela m'aurait peut-être évité de m'emporter, et c'est une tactique que j'emploierai sans doute la prochaine fois (ma tendance à partir en vrille dans les communications en face-à-face ou au téléphone est l'une des raisons pour lesquelles je privilégie généralement les mails: j'ai le temps de soupeser chacun de mes mots, de sauvegarder le brouillon et de le rectifier si nécessaire avant de finir par l'envoyer). En attendant, je ne me remettais pas du tout de cet incident, et j'ai fort mal dormi la nuit suivante. 

Il me semblait que la mauvaise volonté de ma conseillère m'obligeait, soit à taper du poing sur la table pour obtenir les informations réclamées, soit à attendre son bon vouloir en rongeant mon frein et en prenant le risque que ma carte n'arrive pas au bon moment (entre autres choses). Dans une situation pareille, je ne voyais pas d'autre alternative que de me comporter comme une brute ou un paillasson. Comme, - puisque j'en parlais récemment ici - mes harceleurs d'autrefois ou la victime que j'étais autrefois. Et je me reprochais de ne pas avoir réussi à trouver le moyen terme dont je voulais croire qu'il existait forcément. De la même façon que je passe ma vie à me reprocher d'être incapable de communiquer "normalement", d'en faire toujours trop ou pas assez, de ne pas avoir le mode d'emploi et de ne rien, mais alors rien comprendre au mode d'emploi des relations sociales. 

Je crois que c'est une mission pour Super Auto-Compassion.

mercredi 11 novembre 2015

"Daho, l'homme qui chante"


"Daho: l'homme qui chante", c'est le récit illustré de trois ans de la vie d'un artiste, depuis le début de la genèse d'un album jusqu'à la fin de sa tournée de promotion. Grande figure de la pop française, Etienne Daho y raconte avec autant d'éloquence que de pudeur son processus créatif et sa vision du métier. Les membres de son entourage viennent témoigner, parler de son incroyable professionnalisme, de ses talents multiples mais aussi de son humilité et de son élégance morale. On observe dans les moindres détails chacune des étapes de la conception des "Chansons de l'innocence retrouvée" - jusqu'au choix de la photo de couverture -, et même pour quelqu'un comme moi qui s'intéresse très peu à la musique, c'est assez fascinant de voir tout ce qui entre dans la création d'un album pour lequel la maison de disques a décidé de mettre les moyens. Les dessins aux dominantes rouges et bleues sont un vrai régal pour les yeux, qu'il s'agisse de rendre l'atmosphère des rues de Londres ou celle d'un studio d'enregistrement. "C'est si beau et si difficile, d'être profondément léger", conclut Etienne Daho à la toute dernière page. Pari tenu aussi bien pour lui que pour l'album d'Alfred et de David Chauvel. 




Découpage




C'est un des moments que je préfère dans mon boulot, et pas juste parce qu'il survient dans la foulée de la remise de ma traduction précédente (toujours une grande source de satisfaction et de soulagement mélangés). Lorsque je me suis mise d'accord avec l'éditeur sur les termes du contrat, j'ai bien entendu calculé grosso modo le temps que je devrais passer sur la VO qu'il me propose. Je sais combien de signes français je suis capable de produire par jour en fonction de la difficulté d'un texte; je convertis ça en nombre de semaines et, s'il n'y a pas d'urgence, je rajoute une marge de 25% pour absorber d'éventuels imprévus. 

Mais à la veille d'attaquer une nouvelle traduction, je ressors mon calendrier, ma calculatrice et je note un chiffre précis de pages à traduire chaque jour. Je tiens compte de mes voyages en train, de mes autres obligations et, s'il y a moyen, je me ménage deux après-midi libres par semaine pour aller marcher, faire quelques courses, glander avec un bouquin dans un salon de thé, prendre des rendez-vous plaisir genre massage ou coiffeur. Je calcule quand je pourrai caser des séances de fitness si la motivation est au rendez-vous (péniblement deux fois par semaine, ces jours-ci). Si je suis à Bruxelles, je préserve mes week-ends pour faire des trucs avec Chouchou; si je suis à Monpatelin, je prévois de bosser le dimanche parce que ça n'est pas comme s'il y avait des masses d'autres occupations. 

Petit à petit, je vois se dessiner sous mes yeux les contours de ma tranche d'année suivante. J'aime bien quand elle est courte, parce qu'en matière de traduction comme pour le reste, je suis plus une sprinteuse qu'une coureuse de fond: passer très longtemps sur le même texte m'ennuie et fait chuter à la fois ma productivité et mon plaisir de travailler. L'idéal de mon point de vue, c'est un mois - le temps qu'il me faut pour traduire très peinardement un tome de "Pretty Little Liars" ou autre roman jeunesse de format standard. Deux mois, ça va encore; au-delà, je déprime d'avance. Bien que ce soit super mal payé, j'adore travailler sur des bédés parce qu'à chaque fois, ça me fait une sorte de récréation de deux ou trois jours. 

Hier, donc, j'ai attaqué un chouette stand alone pour ados: l'histoire d'une ado grosse et bien dans sa peau qui décide de participer à un concours de beauté. Ca me mènera jusqu'aux alentours du 10 décembre. Après ça, je consacrerai un autre mois bien rempli à un thriller, sans prendre de pause pour les fêtes car je n'aurai pas le temps. Puis encore un mois au tome 2 d'une série de fantasy jeunesse. Puis... je ne sais pas. J'attends des nouvelles de plusieurs projets. Il y a dix ans, mon planning était plein un an voire un an et demi à l'avance; maintenant, j'ai de la chance quand je sais ce que je vais faire trois mois plus tard. Ce n'est pas du tout agréable mais c'est comme ça, et je tente de m'adapter avec zénitude à cette insécurité grandissante. Me concentrer en détail sur ce que je vais faire pendant la période où j'ai du boulot assuré m'aide pas mal. 

mardi 10 novembre 2015

En novembre, j'ai envie...




...d'un rouge à lèvres cerise noire
...d'une bougie parfumée "boule de neige" ou "au coin du feu"
... du dernier DVD de Jillian Michaels (enfin disponible en zone 2)
...de trouver un masque capillaire bien nourrissant mais pas trop galère à rincer
...d'essayer ce jeu de société pour geeks
...de m'offrir une séance de réflexologie avec M. Oh
...de renouveler mon abonnement à Oh Comely
...d'apprendre le html sur Code Academy
...de visiter les expos Pop Art et 2050, une brève histoire de l'avenir
...d'aller faire un tour au marché coopératif bio des Tanneurs
...de tester la recette de soupe de pois chiches du Myanmar récupérée à l'expo Family Meal
...de collectionner les Funko à lunettes
...de voir mes amis plus souvent

Les brunchs du dimanche (32): The Little Green Shop




Sans nos amies M1&M2, qui habitent à deux pas de là, nous n'aurions probablement jamais découvert ce "concept store végétal" doublé d'un salon de thé. Ouvert depuis moins d'un an, The Little Green Shop propose de jolis bouquets et des plantes en pot, mais aussi de la restauration végétarienne et notamment, le week-end, un brunch déjà si populaire qu'il est impossible d'avoir une table sans réserver quelques jours auparavant. 





Pour la modique somme de 15€, on dispose d'un accès illimité au buffet situé à l'entrée de la boutique. Côté salé, plein de tartes découpées en petites parts et de salades à base de pâtes, de lentilles ou de pois chiches, mais aussi de la verdure, quatre plats chauds et un plateau de fromage. Côté sucré, les indispensables viennoiseries, céréales, fromage blanc et salade de fruits frais voisinent avec un assortiment de gâteaux tous plus délicieux les uns que les autres - le cake au Nutella, le crumble à la cerise et le moelleux à l'orange ont fait l'unanimité à notre table. Les assiettes de petite taille évitent de trop se servir et de gaspiller de la nourriture. Les boissons sont en sus, avec entre autres un grand choix de thés que l'on peut commander à la tasse ou à la (grande) théière.






The Little Green Shop est une jolie jungle végétale, où les plantes sont partout et les tables serrées les unes contre les autres dans les interstices. Ca manque d'intimité, mais ça donne un charme assez particulier auquel nous avons été sensibles. Dans le fond, l'espace fleuriste où l'on peut se faire composer un bouquet de saison précède une terrasse sur laquelle quelques groupes brunchaient tranquillement grâce à la météo de novembre très clémente. Un jardin potager parachève le tableau. 




Nous sommes totalement conquis par The Little Green Shop, où nous avons très bien mangé dans une ambiance originale. Si vous ne concevez pas un brunch sans charcuterie, ou si vous êtes allergique aux chiens (plusieurs d'entre eux, très sages et très mignons, se promènent dans la boutique), ce n'est peut-être pas l'endroit idéal pour vous. Sinon, je vous le recommande très fortement! 

The little green shop
Chaussée d'Alsemberg 314
1190 Bruxelles
Tel: 02 218 11 21
Ouvert du mercredi au dimanche
Réservation fortement conseillée pour le brunch