jeudi 7 janvier 2016

De la joie dans chaque journée




Hier matin, quand je suis allée à la boulangerie m'offrir une petite galette des rois briochée, j'ai vu que les santons de cette année étaient des Barbapapa. Je ne sais pas si ça parlera aux gosses d'aujourd'hui, mais moi, ça m'a convaincue de prendre la galette grand modèle pour en avoir un. 

Ma fleuriste, à qui je confiais que les anémones achetées à Bruxelles fanaient toujours dans les 48h et que je n'osais plus en acheter, a insisté pour m'en offrir deux bottes, une de rouges et une de roses, avec les renoncules que je lui prenais, "Comme ça, vous verrez si elles ne tiennent pas, celles d'ici!". J'ai voulu les lui payer; elle a refusé catégoriquement. 

Ma pharmacienne, qui sait que je suis toujours à la ramasse avec mes longues absences et le problème des renouvellements d'ordonnance, m'a spontanément donné trois boîtes de Lutényl au lieu de deux. 

La secrétaire de mon ophtalmo m'a appelée pour me proposer d'avancer mon OCT à aujourd'hui, ce qui m'arrangeait vachement. Mon père et moi avons été en guerre contre cette femme pendant plus de 20 ans; chaque fois que nous avions affaire à elle au téléphone ou en direct, nous finissions fulminant "Non mais quelle nioque, c'est pas possible!". Puis j'ai remarqué que beaucoup de patients semblaient l'apprécier énormément. Alors, il y a deux ans, j'ai décidé que moi aussi, j'allais bien m'entendre avec elle. Au lieu de me braquer quand elle me semblait faire preuve de mauvaise volonté, j'ai adopté la technique du "Oui bien sûr je comprends" et de la conciliation. Depuis, je l'appelle par son prénom et elle essaie toujours de m'arranger. 

Dans la salle d'attente, avec les yeux qui brûlaient et qui y voyaient flou à cause des gouttes pour dilater mes pupilles, j'ai trompé mon angoisse et mon impossibilité de continuer à lire en plaisantant avec un couple de sexagénaires venus eux aussi pour un OCT. Le monsieur était plein d'ironie fine et de gestes affectueux envers sa femme, c'était mignon comme tout. Et pour une fois, on est passés très vite. 

Chez Cotélac, où j'étais entrée pour regarder une paire de bottines aperçue en vitrine, je suis tombée sur le pull doudou parfait, en grosse maille écrue chinée gris hyper douce, avec un col cheminée et bien long sur les cuisses. 229€ à la base, soldé 83 et des poussières. C'est la seule fringue que je me suis offerte en ce premier jour de soldes françaises, et elle suffit largement à mon bonheur. 

J'ai pris une carte de fidélité chez Falba, l'ancienne librairie Bédule de ma jeunesse, et acheté deux des bédés prévues ce mois-ci, plus une autre parce qu'elle était dessinée par Gregory Panaccione, un des deux auteurs du sublime "Un océan d'amour". J'ai hâte de les dévorer vautrée sur mon canapé avec mon nouveau pull préféré. 

Je suis allée boire un Earl Grey dans mon repaire habituel, et j'ai eu une vraie conversation avec la serveuse sur le deuil, le cancer, les sales années et la vie qui continue malgré tout. Je l'ai longtemps prise de haut à cause de son manque de culture - honte à moi. Maintenant que je me donne la peine de parler avec elle à chacune de mes visites, je me rends compte que c'est une fille extrêmement gentille et courageuse. Je lui ai peut-être expliqué la différence entre un thé vert et un thé noir ou entre la luxure et le luxe, mais je pense que de nous deux, c'est moi qui ai tiré la leçon la plus profitable de nos échanges. 

Au 1er janvier, j'étais si lasse de déprimer en permanence que je me suis fait une promesse: chercher la joie dans chaque journée de cette nouvelle année. Au besoin, la provoquer. Et m'y accrocher au lieu de ruminer le négatif comme j'ai tendance à le faire spontanément. 

Jusqu'ici, tout va bien.

13 commentaires:

Sylvaine a dit…

Quel magnifique texte.Merci de m' avoir permis de commencer ma journée sur cet élan d' optimisme

Jeanne Blue a dit…

Yes. J'essaie de m'accrocher à la locomotive.

Anonyme a dit…

Bravo ! Et merci. Vraiment merci pour l'exemple que tu me donnes. Pour l'énergie magique et communicative que dégagent tes textes. Si je prenais des résolutions de nouvelle année, je crois bien que la mienne serait de suivre ton sillage...
Cécile

Mâche a dit…

Bonjour Armalite,
Je ne commente quasiment jamais pourtant je te lis tous les jours depuis bien des années. Je ne sais pas pourquoi ce matin j'ai eu besoin de te dire que ce texte m'a beaucoup émue. Va comprendre... Ta relation avec la serveuse m'a vraiment bousculée. Je pense que je vais réfléchir à cela une bonne partie de la journée.
Bonne année!
M.

LaurenceDeBxl a dit…

Bravo, très beau texte. Les beaux moments sont là, il faut juste y être attentif.

ARMALITE a dit…

Oui, oui, venez toutes, et faisons de 2016 une année ridiculement formidable!

Anonyme a dit…

C'est l'attitude qu'on devrait toujours avoir :)

Mélusine

Lorelei a dit…

je te souhaite d'avoir plein de belles journées comme celle là ;)
bizzz

elmaya a dit…

Ton texte m’a tellement boostée qu’au lieu de m’appesantir sur mes soucis et de râler sur le temps incertain, j’ai pris mon vélo… 1h de paradis, puis 1 h d’enfer face à un vent de 60km/h, j’en reviens lessivée physiquement mais remontée à bloc ! :-))


Allez, cette année, on allume toutes les petites chandelles qu’on trouvera au lieu de nous lamenter dans l’obscurité !

N.B. : Ah, oui, les barbapapas… les personnages préférés de ma fille de 5 ans. ;-)

Nekkonezumi (Ed) a dit…

Haha, super les Barbapapa ! Moi j'avoue avoir acheté un kit galette à Monop' rien qu'à cause de la promesse d'une fève Caliméro... régression réconfortante, quand tu nous tiens :-D

Lylou a dit…

Bonsoir Armalite,

Aujourd'hui vers 15h00 j'ai vu une fille tomber du 6ème étage. J'étais dans tous mes états. Je ne veux plus y penser car je ne veux penser qu'à de bonnes choses. J'espère qu'elle n'aura pas trop de séquelles car lorsqu'ils l'ont emportées elle parlait. Lylou

ARMALITE a dit…

Je suis désolée Lylou, ça doit être bien choquant comme expérience...

Clarisse a dit…

Très inspirant! Merci pour cette chouette dose d'esprit positif! (je garde les coordonnées du dealer ^^)